‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 83 sur 126 · LE SACRIFICE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

LE SACRIFICE CHRÉTIEN

dre des choses divines, on s'aperçut de l'insuffisance du sacrifice matériel ; on comprit que le sang des boucs et des génisses ne pouvait racheter un être intelligent et capable de vertu. On chercha donc une hostie plus digne de la nature humaine. Déjà les philosophes enseignaient que les dieux ne se laissent point toucher par des hécatombes, et qu'ils n'acceptent que l'offrande d'un cœur humilié. Jésus-Christ confirma ces notions vagues de la raison. L'agneau mystique, dévoué pour le salut universel, remplace le premier-né des brebis, et à l'immolation de l'homme physique, fut à jamais substituée l'immolation des passions, ou le sacrifice de l'homme moral.

Qui pourrait aujourd'hui souffrir le sang infect des animaux autour d'un autel, et croire que la dépouille d'un bœuf rend le ciel favorable à nos prières ? Mais l'on conçoit fort bien qu'une victime spirituelle, offerte chaque jour pour les péchés des hommes, peut être agréable au Seigneur.

Toutefois, pour la conservation du culte extérieur, il fallait un signe, symbole de la victime morale. Jésus- Christ, avant de quitter la terre, pourvut à la grossièreté de nos sens, qui ne peuvent se passer de l'objet matériel : il institua l'Eucharistie, où, sous les espèces visibles du pain et du vin, il cacha l'offrande invisible de son sang et de nos cœurs.

Telle est l'explication du sacrifice chrétien ; explication qui ne blesse ni le bon sens, ni la philosophie ; et si le lecteur veut la méditer un moment, peut être lui ouvrira-t-elle quelques nouvelles vues sur les saints abîmes de nos mystères.

(Chateaubriand).

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