‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 97 sur 126 · L AVENIR DU MONDE I · texte numérisé non relu

L AVENIR DU MONDE I

hommes sont aussi changés que les principes. Bien jue les faits aient quelquefois l'air de se combattre, ils n'en concourent pas moins au même résultat, :omme, dans une machine, des roues qui tournent m sens opposé, produisent une action commune.

Les souverains se soumettant graduellement à des libertés nécessaires, descendant sans violence et sans secousse de leur piédestal, pouvaient transmettre à leurs Ils, dans une période plus ou moins étendue, leur sceptre héréditaire réduit à des proportions mesurées par la loi. La France eût mieux agi pour son bonheur et son indépendance, eu gardant un enfant qui n'aurait pu *aire des journées de juillet une honteuse déception ; liais personne n'a compris l'événement. Les rois s'entêtent à garder ce qu'ils ne sauraient retenir ; au ieu de glisser doucement sur le plan incliné, ils s'exposent à tomber dans le gouffre : au lieu de mourir de sa belle mort, pleine d'honneur est de jours, la Tionarchie court risque d'être écorchée vive : un tragijue mausolée ne renferme à Venise que la peau d'un llustre chef.

Les pays les moins préparés aux institutions libérales, tels que le Portugal et l'Espagne, sont poussés à les mouvements constitutionnels. Dans ces pays, les dées dépassent les hommes. La France et l'Angleterre, :omme deux énormes béliers, frappent à coups -edoublés les remparts croulants de l'ancienne société. Les doctrines les plus hardies sur la propriété, l'égalité, a liberté, sont proclamées soir et matin à la face des monarques qui tremblent derrière une triple haie de soldats suspects. Le déluge de la démocratie les gagne ; ils montent d'étage en étage, du rez-de-chaussée au ;omble de leurs palais, d'où ils se jetteront à la nage :îans le flot qui les engloutira.

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