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L'exposition comique

beux 7nots d histoire, — Quiconque possède lu moindre notion d’histoire sait que, malgré tout son mérite, M. Eiffel n’est pas le premier homme qui ait conçu l’idée d'escalader le ciel au moyeu d^une tour : bien des années avant lui, un ingénieur dont le nom n’est point parvenu jusqu’à nous^ éleva au milieu de l’Exposition Universelle de Babel une tour qui atteignait déjà la deuxième plate-forme, quand des difficultés d’ordre politique et social, notamment une grève des ouvriers qui ne parvenaient pas à s’entendre avec les patrons, fit interrompre les travaux.

Cette tour semblait pourtant appelée à rendre

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les plus grands services aux populations hébraïques : on devait y installer quelques restaurants, un observatoire destiné à arrêter le Soleil sans le

'Concours de Josué dont il n’était pas encore question, et, au second étage, les bureaux de rédaction de la Bible qui était, comme chacun sait, le seul journal de l’époque.

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On cite également Tobélisque de la place de la Concorde qui figurait sur le champ de Mars de Lûgsor (Egypte).

Il devait y avoir au sommet une grande plateforme avec tout ce quvl faut pour distraire les étrangers, mais au dernier marnent on s’aperçut que les ascenseurs ne fonctionnaient point, et voilà pourquoi on ne monte pas à l’obélisque.

Ce détail historique n’est guère connu que de quelques égyptologues.

M. Eiffel ne s’est pas heurté à de moins grandes difficultés, mais, grâce aux progrès delà civilisation, il a réussi à en triompher: ce fut d’abord, au moment du vote des crédits à la Chambre, une discussion babélienne entre des groupes politiques qui ne parlaient pas la meme langue ; il fallut Lockroy et la bannière pour en sortir. Puis s^éleva contre la tour de trois cents mètres une protestation de trois cents maîtres des diverses écoles artistiques et littéraires qui, j’ai hâte de l’ajouter, ont pour la plupart fait amende honorable depuis que la Tour verse des torrents de lumière sur ses obscurs blasphémateurs. Enfin il y eut des grèves

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alarmantes et Ton put croire un moment que, comme Babel, Eiffel voulait dire : Confusion. Mais les ressources de la métallurgie ont eu raison de toutes ces résistances et il est permis d’espérer que la prochaine exposition verra s’élever une tour de six cents mètres, il n’y a que le premier pas qui coûte.

Du rôle de la tour Eiffel dans la civilisation, — On avivement reproché àlaTour son apparente inutilité ; cependant on ne saurait nier que cette colonne métallique est un aimant d’une puissance extraordinaire pour attirer les badauds des contrées les plus lointaines ; de plus elle a permis à la science d’affirmer, par l’intermédiaire de M. Janssen, qu’il n’y a pas de raies de l’oxygène dans le spectre solaire, d’où il est logique de conclure que le Soleil ne possède pas de raie au beurre noire, ce qui est d’une importance primordiale pour la gastronomie interplanétaire.

Ajoutons que la tour Eiffel constitue un ferrugineux d’une efficacité si puissante, qu’il suffirait aux sujets les plus anémiques, d’en absorber

quelques mètres chaque matin pour éprouver un soulagement immédiat.

Mentionnons également le service considérable rendu à la littérature par la découverte du journalisme aérien auquel nous devons le Figaro de la Tour

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Eiffel, journal quotidien, rédigé^ composé, tiré et mis sous bande à cent quinze mètres au-dessus du niveau de la presse- L'entrée des bureaux en est publique et la visite de la cage des rédacleurs, à l’heure où on leur donne à écrire, constitue une attraction de premier ordre; nous sommes heureux d'annoncer en outre que chaque dimanche partira de la première plate-forme un ballon emportant une équipe d’im-

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primeurs avec leur matériel : au-dessous du panier sera suspendu un trapèze le long duquel un des principaux rédacteurs du Fujaro exécutera en même temps une chronique aérienne et des exercices de voltige appropriés aux circonstances.

Le Parapluie municipal. — Enfin personne n'ignore que la principale raison d’être de la tour EifTel est de constituer le manche d’un gigantesque parapluie destiné à abriter la ville de Paris contre les intempéries des saisons.

On s’accorde à reconnaître que, par suite de l’accroissement de la population, les rues de la capitale sont devenues trop étroites pour le développement dos parapluies individuels : selon la loi de Malthus, les parapluies se sont accrus en progression géométrique tandis que l’augmentation trottoirs se tenait dans les limites de la progression arithmétique ; il devenait donc indispensable de sacrifier les parapluies de chacun devant le parapluie de la communauté : « Un pour tous et tous sous un ! »

Cette réforme nécessitera malheureusement la

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eréation d'un ministère de plus : le portefeuille du Parapluie ; — tout au moins y aura-t-il un

préfet du Rifflard à côté du préfet de la Seine et du préfet de Police.

Evidemment la tâche de ce fonctionnaire sera délicate, et rassemblée de nos édiles ne lui ména-

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géra aucune vexation. Les agissements du Parapluie municipal figureront à Tordre du jour de toutes les séances du conseil ; chaque mouvement

de ce rouage administratif provoquera quelque interpellation: les anarchistes le voudront toujours fermé, les boulangistes réclameront qu’on Touvre aux premières gouttes du serein ; quant aux oppor-

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tunistes, si on les laissait agir, ils en feraient une ombrelle.

Cependant on peut espérer qu’avec une certaine fermeté tempérée par un sage esprit de conciliation, le préfet du Rifflard saura constituer dans le sein du conseil une majorité de gouvernement, qui lui permettra d’étendre son action préservatrice sur les honnêtes gens de tous les partis.

L’essentiel sera de placer à ce poste de confiance un homme d’un caractère assez énergique et assez indépendant pour mettre l’organe de son autorité hors de l’atteinte des entreprises factieuses, car il est bien évident que le manche du Parapluie municipal sera, si j’ose employer cette métaphore audacieuse, la clé de Paris aux heures de révolution.

Une remarque en terminant :

La plupart des étrangers qui traversent par le chemin de f er Decauville ou par la grande passerelle , l’avenue de La Tour-Maubourgse demandent avec raison pourquoi on a donné à cette grande artère le nom d’une tour infiniment moins illustre que celle qui se dresse dans le voisinage.

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Au Conseil municipal de répondre en changeant ce nom pour Tappellation infiniment plus moderne d’avenue de La Tour-Eiffel.

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