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LE THÉÂTRE ANNAMITE

Enfin pour prendre un peu d’agrément après tant de fatigues, le moment nous semble venu d’aller terminer la soirée au Théâtre Annamite.

l’exposition comique

Le jeune et intelligent directeur du Premier Théâtre Annamite reçoit des quantités de manuscrits qu'il lit consciencieusement avec l’aide d’une escouade d’interprètes assermentés.

Il a déjà reçu à correction cinq actes de Gandillot; mais le jeune et spirituel vaudevilliste, qui qui a horreur du tripatouillage, a retiré sa pièce en traitant le directeur de « Porel exotique », qualification que l’interprète a eu toutes les peines du monde à lui traduire.

On parle également d’un drame en vers annamites d’Emile Bergerat. Mais la direction ne parvient pas à s’entendre avec notre brillant collaborateur qui exige, comme condition qua non, que les neuf cent cinquante Tout-Paristes de la Comédie- Française ne soient pas invités à la première.

Il serait donc fort possible qu’après tant de beaux projets la direction du théâtre de l’Annam en arrivât comme tant d’autres à une reprise du Courrier de Lijon,

Toujours est-il que notre éminent confrère M. FrancisqueSarcey consacre toutes ses matinées à l’étude de la grammaire annamite qui lui per-

LA GASTRONOMIE UNIVERSELLE

‘ mettra de nous donner, sous peu de temps, un feuilleton consciencieux et plein de bon sens sur la « scène à faire » dans rExtrême-Orient.

LA GASTRONOMIE UNIVERSELLE

, La brute se repaîL riiomme mange; le visiteur

^ de l’Exposition du Centenaire seul peut choisir: » c’est là seulement que se rencontrent dans une î fraternelle promiscuité tous les échantillons imagi- ^ nables des nourritures humaines; il y en a pour tous les goûts, depuis la côtelette aux pommes jusqu’au nid d’hirondelles piqué à la gomme élastique ; les boissons populaires de toutes les nations y fraternisent, depuis l’eau de la Vanne jusqu’à l’huile de phoque, retour de Groenland; des serviteurs appartenant aux classes les plus éloignées de l’ethnographie s’y coudoient, bonnes de bouillon Duval ou boys du Kampong Malais; on a même le choix de l’altitude, en même temps que l’illusion de longitudes et latitudes éloignées, grâce aux salons et cabinets de sociétés à tons les étages, depuis

la plate-foTQie de la Tour jusqu'au sous-sol de tel

restaurant à la mode qui donne à dîner dans ses

caves.

LA GASTR0N03IIE UNIVERSELLE

Nous sommes donc assuré de n’être contredit par personne si nous affirmons qu’en l'an de cosmopolitisme 1889 l’estomac est l’organe le mieux

désigné pour passer en revue tous les peuples de l’univers, car il n’y a rien de tel que la gastronomie pour transporter dans un pays les bienfaits des civilisations les plus lointaines et, comme l’a dit un penseur : « Un festin bien ordonné est comme

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un abrégé du monde, où chaque contrée est représentée par ce qu’elle a de meilleur. »

Un seul reproche nous paraît devoir être adressé, sous ce rapport, aux organisateurs de l’Exposition du Centenaire : comment n’ont-ils pas eu l’idée de faire pour Tart Alimentaire ce que M. Charles Garnier a fait pour celui de l’Habitation ? Les progrès accomplis par l’espèce humaine dans l’art de meubler son estomac ne sont pas moins intéressants que ceux qu'elle a réalisés dans l’art de meubler ses maisons et de les décorer, et nous ne doutons pas que l’Histoire de l’Alimentation présentée par un homme de goût et de talent — le poète Ponction, par exemple, dont l’autorité est incontestable — eût obtenu un succès de premier ordre.

Il serait encore temps de combler cette lacune déplorable en organisant dans les bâtiments de M. Garnier une reproduction exacte et consciencieuse d’un repas de l’époque et du pays auxquels ils appartiennent : dans ce que le catalogue nomme les Abris sous Roches on verrait naturellement quelques Troglodytes se partager une anguille ; — chez les Hébreux, nous verrions Esaü dévorant son

LA GASTKOAOMJE UMVEKSELLE

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plat de lentilles ; — dans letriclininm de la Maison

Romaine, on nous montrerait Luciillns dégustant une murène, engraissée avec de la chair liumaiiie et

savoureusement arrosée de Falerne, avec quelques autres plats du jour, assez appétissants quoiqu’en dise le classique Berclioux, auteur du célèbre

poème sur la Gastronomie où se trouvent ces vers bien connus :

Je ne conseille pas à mes contemporains Les monstrueux repas des Grecs et des Romains.

LA GASTRONOMIE UNIVERSELLE

Chez les Huns nous verrions le fameux rosbif nature cuit saignant sous la selle d'un compagnon d'Attila ; au Mexique , où le cannibalisme fut longtemps à la mode, on assisterait au déjeuner, exclusivement composé d'uiiAztèque aux pommes; et ainsi pour toutes les autres maisonnettes ou revivraient ainsi les mœurs locales dans ce qu'elles ont ou ce qu’elles eurent d'essentiel.

On pourrait même remonter jusqu’à l'Arbre du Paradis terrestre^ omis par M. Garnier, et sous lequel il serait intéressant de voir Eve lunchant de

l’exposition C03IIQUE

la fameuse pomme avec son époux et leur serpent intime, le plus heureux des trois.

A part cet oubli archéologique, l’exposition Ali

nientaire est cligne de tous les éloges ; elle a même été jugée assez importante pour donner son nom à une station du Chemin de fer Decauville et il est bien impressionnant pour les estomacs sensibles d’ entendre de» employés à casr|uettes chamarrées

LA GASTROiNOMIE UNIVERSELLE

d’or crier : « Alimentation ! » sur le même ton que sïl s’agissait de Courcelles-Levallois ou de la Râpée-Bercy.

Combiende mères, à l’heure où nous écrivons ces lignes, ambitionnent pour l’avenir de leur enfant, à la sortie de Polytechnique^ les galons de sous-chef de gare à Alimentation !

Rien de ce qui concerne l’art de boire et de manger ne manque à cette exposition; on y admire tout particulièrement, sue la berge de la Seine, une section des poissons et des mollusques, dont le spectacle suffit pour faire oublier aux pécheurs à la ligne les tristesses de la fermeture et aux gourmets la mélancolie des mois sans R.

Plus haut, dans les grands pavillons qui longent le chemin de fer, l’exposition de la Viticulture est pour charmer les cœurs généreux : on voit là tout ce qui concerne les raisins et la manière de s’en servir ; il y manque toutefois un élément qui tient à l’heure actuelle une place considérable dans la production des crûs en France : le Pavillon de la Viticulture est une des seules régions du territoire français d’où le phylloxéra soit exclus ; on remarque

l’exposition comique

également Tabsence des produits usuellement employés pour combattre ses effets : le bois de campêche, la fuschine, Falinine et autres substances qui rendent journellement des services si appréciables à l’industrie vinicole.

A signaler les Foudres colossaux exposés par quelques maisons de Champagne et de Cognac ; Faction de la tour Eiffel comme paratonnerre est, paraît-il, si puissante^ que jamais ces foudres n’ont pu arriver jusqu’au Champ-de-Mars, et c’est évidemment ce qui a déterminé les organisateurs à reléguer l’exposition Alimentaire le long du quai d’Orsay.

Toute cette section gastronomique est plus faite pour le plaisir des yeux que pour celui du palais ; elle charmera surtout les gourmets que la sévérité de l’âge a réduits au rôle de voyeurs ; ceux dont l’estomac a conservé sa vigueur lui préféreront sans aucun doute la gastronomie en action qui leur ouvre ses pavillons élégants et variés, d’architecture autant que de menus, dans tous les coins et recoins du Champ-de-Mars, de l’Esplanade et de leurs innombrables annexes : un visiteur qui se res-

LA GASTRONOMIE UNIVERSELLE

pecte doit considérer comme un devoir de visiter par leur intermédiaire tous les pays habités : il y a là de quoi faire le Tour du monde en quatre-vingts

jours de cuisine : l’Angleterre et rAmériquc y ont des bars où il est facile d’apprendre la langue de Shakespeare en douze pintes ; la Hollande, la Suisse, la Bobrme, y sont représentées par des

l’exposition comique

brasseries variées ; ralliance russe y est cimentée par un restaurant moscovite; la gastronomie hongroise et la gastronomie roumaine y ont aussi leur exposition ; enfin nous n’apprendrons à personne qu’il y a des cafés arabes et tunisiens, même un restaurant créole, un restaurant annamite et un débit de boissons javanaises des mieux fournis. 11 semble donc quel’on soit assuré de trouver à l’Exposition tout ce que les gastronomes les plus exigeants puissent rêver en fait de cuisine exotique ; eh bien ! vous me croirez si vous voulez, il n’y a pas le moindre restaurant anthropophagique.

Un pareil oubli est absolument indigne d’une Exposition qui se prétend universelle, et je vous

LA GASTHONOMIE UMA^RSELLE

demande un peu la tête que vont faire les familles de Canaques ou de Matabélés, venus des pays les plus

extravagants pour se payer un peu de bon temps, quand ils s’apercevroni qu'il n’y a pas au Chainp-de- Mars un seul restaurant en état de leur servir le mets préféré qui constilue la pièce de résistance

l’exposition COMIOüE

de leurs noces et festins. Et si ces gens-là redemandent leur argent à la sortie, croyez-vous que

le gouvernement français agirait loyalement en refusant de le rendre ?

Infortuné Kalaraïka, roi des îles Sandwichs, que penseras-tu delà révolution de 89 quand, à cette Exposition du Centenaire, le garçon de café auquel

LES W.-C

tu demanderas un sandwich t’apportera une languette de jambon entre deux feuilles de mie de pain, au lieu du plantureux rôti d’un tien sujet, que tu attendais logiquement L

Est-ce ainsi, je vous le demande, qu’une nation comme la France doit recevoir des visiteurs qui lui viennent de loin, sur la foi de son vieux renom d’hospitalité, alors que la politesse la plus élémentaire nous impose de mettre à leur disposition tout le confortable et tout le bien-être auxquels ils sont accoutumés dans leur pays ?

Il est parfaitement admissible que M. Berger et ses collaborateurs n’aiment pas la chair humaine, mais ce n’est pas une raison pour en priver ceux de nos visiteurs dont les estomacs réclamentThommesteckou le gigot de citoyen, comme les nôtres exigent le rosbif et la côtelette.

LES W. - C

Si la section alimentaire est des mieux organisée, on ne peut malheureusement pas en dire autant de

l’exposition C03ilQtE

-celle des W.-C. qui est cependant son accessoire indispensable : de toutes parts on déplore leur rareté et la modestie avec laquelle ils se dérobent aux regards de la foule.

Ce n’est cependant pas la bonne volonté qui a manqué,si l’on peut s^en rapporter à cette information que, dès le mois de février 1888, on lisait dans tous les journaux :

« Le crédit de 175.000 fr. prévu pour cet objet, reste absolument disponible, car une adjudication a assuré non seulement la construction des W.-C. nécessaires à la période d’exploitation, mais ceux nécessaires à la période de construction. »

Nous regrettons vivement d’ignorer le nom du philanthrope qui, si noblement, refuse 175.000 fr. et tient à honneur d’élever de ses deniers les monuments nationaux où l’ancien et le nouveau monde, accourus pour fêter le Centenaire de 1889, défilent en nous laissant le souvenir ému de leur passage, — hommage discret et sincère qui ne peut que porter bonheur à notre sol.

En un temps où le désintéressement est si rare, il est bien consolant de penser que l’on trouve encore des gens dont le dévouement à la chose pu-

LES W.-C

blique refuse toute rétribution pour des travaux utiles au plus grand nombre ; il est donc vrai qu’une bonne action porte en soi sa récompense et que ces braves cœurs s’estiment suffisamment rémunérés par leur œuvre elle-même et par le spectacle du soulagement qu’ils procurent à leurs semblables ; l’art pour l’art n’est décidément pas un vain mot et nos grincheux moralistes ont tort quand ils prétendent que la question d’argent domine tout ce qui se fait aujourd’hui parmi les hommes.

Des sceptiques, pour lesquels rien n’est sacré, vous insinueront peut-être que l’homme qui a revendiqué la mission de construire ces W.-C. pour eux-mêmes est. au fond, un ambitieux qui entrevoit au bout de ses sacrifices le ruban de la Légion d’honneur, — ou bien un parvenu sans atta-

l’exposition comique

ches mondaines qui compte sur son entreprise pour se faire des relations, — peut-être même quelque vieille garde à qui la solitude pèse et qui cherche, dans le va-et-vient d’une occupation de ce genre, l’occasion de faire un bout de water-causette avec des visiteurs qui ne manqueront pas?

Nous préférons écarter ces suppositions malveillantes ; il est si doux de croire au bien !

CONSEILS AUX ÉTRANGERS

L’art de prendre des fiacres n’est pas à la portée de tout le monde: il exige des aptitudes spéciales, perfectionnées par une longue expérience du pavé de Paris, â laquelle les étrangers peuvent suppléer dans une certaine mesure par la méditation des préceptes qui suivent.

Le cocher de fiacre {aiitomedo vulgaris de Linnée) est ranimai le plus sauvage de la faune parisienne; c’est en vain qu’une Société d’acclimatation intitulée la Compagnie générale des Petites

CONSEILS AUX ÉTRANGERS 7 3

Voitures a tenté de l’apprivoiser; au premier signe du voyageur qui fait mine de l’approcher, il s’enfuit à toutes roues en poussant d’horribles cris.

A la station. — Cependant à Fâge où ses forces l’abandonnent^ il s’arrête parfois, en troupeau, le long de ue trottoir, sous l’œil paternel d’un sergent de ville chargé de le protéger contre les entreprises des passants impitoyables qui tenteraient d’arracher sa vieillesse au repos.

On voit aux abords de la gare de Lyon le plus impressionnant et le plus vénérable de ces asiles pour la sénilité des fiacres ; c’est un spectacle inoubliable que celui de tant d’înfirmités amoncelées sous l’œil attendri du passant : brancards fracassés, portières brisées, coussins chauves de leurs crins,

roues édentées, rênes usées jusqu’à la corde, souvent même jusqu’à de simples ficelles, — et parfois, dans ces ruines de véhicules où le lent amoncellement des poussières et des pluies ? formé

comme un humus, pousse,' entre les fentes du siège ou dans les replis de la capole, une vague touffe de verdure qui représente évidemment tout le fourrage du cheval, ce squelette ballottant dans de la peau d’où toute la viande doit avoir été soutirée pendant le siège de Paris.

Quant aux cochers, des manchots, des borgnes.

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l’exposition co-mique

des boiteux, des culs-de-jatte, je crois même y avoir aperçu un homme- tronc qui tenait les guides avec son nombril.

Ames sensibles, ne passez point auprès de la station de fiacres de la gare de Lyon !

Sur la voie 'publique, — Il va sans dire que le cocher ne songe pas à stationner dans ces hospices d’incurables tant que la vigueur de son cheval et l’énergie de son coup de fouet lui permettent

CONSEILS AUX ÉTRANGERS

d’échapper aux persécutions du voyageur ; on ne

parvient alors à le capturer que par la ruse ou par la violence.

L EXPOSITION COMIQLE

Le moyen le plus simple et en même temps le plus pratique est de tendre une corde à travers la rue, devant le fiacre sur lequel on a jeté son dévolu : le cheval s’abat généralement, et, tandis qu’il se se relève, on a tout le temps de monter dans la voiture.

Mais ce procédé est hasardeux, car il peut arriver que le cheval soit couronné par la suite et hors d’état de fournir une course rapide

Nous recommanderions plutôt, notamment aux personnes qui arrivent de l’Amérique du Sud, l’usage du lasso, adroitement envoyé sur la tête du cocher.

Il n’y a pas d’exemple qu’un cocher de fiacre soit resté sourd à un appel formulé de cette sorte.

Le revolver est d’un maniement plus facile et plus certain, mais il ne faut y recourir que dans les cas désespérés et quand on est bien décidé à prendre soi-même, s’il le faut, sur le siège, la place laissée vacante par la chute du cadavre. Evitez donc prudemment l’emploi de cette arme, si vous ne savez pas ce que c’est que de conduire un cheval.

CONSEILS AUX ÉTRANGERS

Pour les personnes qui ne craignent pas de prendre les rênes en main, mais à qui répugnent l’usage des armes à feu, nous préconiserons sans réserves le coup du père François.

Cette façon d’opérer, dont l’éloge n’est plus à faire, consiste essentiellement à sauter dans la voiture (pourvu quelle soit découverte), et à passer le bras gauche autour du cou de l’automédon, de façon à le renverser, tout en l’étranglant progressivement, tandis que de la main droite on saisit les

so

guides, afin de conduire le cheval dans la direction où l’on a afiaire.

Dans le cas où l’on ne serait pas seul, il conviendrait de laisser tomber mollement le cocher sur la chaussée, dans le but de faire de la place aux personnes dont on est accompagné.

(Cette précaution est particulièrement recommandée aux clients qui ne veulent pas être obligés de donner un pourboire.)

La démolition des cochers a le seul inconvénient d'être assez dispendieuse; le seul fait de distribuer à l’un d’entre eux des coups et blessures pouvant occasionner une incapacité de travail de plus de vingt jours expose le bourgeois à des sommes à

CONSEILS AUX ÉTRANGERS

intérêts calculés sur le prix de l’heure pour tout le temps écoulé pendant la durée de l’indisposi-

tion; si les blessures sont graves, il est donc plus avantageux de prendre la voiture au mois ou à l’année.

Il se produit parfois que la mauvaise volonté du cheval se joint à celle du cocher; en pareil cas, le

l’exposition comique

mieux est de dételer successivement riiomme et la bcte, puis de s'atteler résolument entre les brancards: c’est un spectacle aussi touchant que pittoresque de voir un chef de famille traîner au petit

trot, à travers les rues de la capitale , un coupé dansle- (juel tous les siens sont tn rmonieusement groupés, avec la bonne sur le siège et le petit dernier faisant joyeusement claquer le fouet sur les cotes de Tauteur de ses jours. O père de famille, ô poète, je t’aime!

Xous ferons cependant observer qu’il est plus économique et tout aussi élégant de retenir une voiture à bras pour la durée du séjour; tous les hôtels bien tenus, dans des prix modérés, se feront certainement un devoir de mettre à 1 1 disposition

CONSEILS AUX ÉTRANGERS

de leurs hôtes un certain nombre de ces véhicules appelés à rendre de si grands services*

Conseils aux femmes et aux vieil lards, — Les personnes que leur sexe ou leur âge interdit de batailler avec les cochers et de traîner des voitures à

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bras ou à jambes se trouveront dans l’obligation de recourir aux moyens dits de douceur.

Le plus naturel pour les dames est d’offrir gra-

cieusement a u cocher la faveur d’un tour de valse en échange de celle d’une course ; une main baisée nous paraît être le moins qu’on puisse offrir pour une promenade à l’heure ; les affaires plus conséquentes se traiteront de gré à gré.

Les hommes d’un certain âge devront, avec cette diplomatie fine et persuasive qui est l’apanage de la vieillesse, capter la bienveillance des cochers en mettant à leur service leurs influences et leurs relations ; appartiennent-ils aux sphères gouvernementales, ils proposeront les palmes académi-

CONSEfLS ATJX ÉTRANGERS

qiies, voire même la Légion d'honneur, s'il s'agissait par exemple de se faire conduire à la gare d'Orléans ou aux Buttes-Chaiimont ; s’ils ont des attaches avec le monde artistique et littéraire, ils proposeront des billets de théâtre, des esquisses de peintres en vogue ou des places de chemin de fer.

Ceux qui sont dans les affaires ou dans le monde du sport glisseront discrètement un conseil 4 pour la Bourse ou un tuyau de course; quant aux rentiers, la seule chance de réussir est évidemment de coucher sur leur testament les cochers de fiacre avec lesquels ils se trouveront en rapport.

Hors de ces divers moyens de corruption, il n’y a guère à compter que sur les lits et fauteuils mécaniques à roulettes, dont le seul inconvénient

est de nécessiter le concours d’un ami sûr et prudent.

EXPOSITION CHEVALINE

On a organisé à l’occasion de l’Exposition universelle un grand concours international de Chevaux; c’est fort avisé, mais ne croyez-vous pas qu’il y aurait eu mieux à faire ? J’aurais rêvé au Champ-de-Mars une reconstitution historique de l’Histoire sportive.

Une Exposition rétrospective des Courses eût été, je me l’imagine, quelque chose d’aussi intéressant que l’Histoire de l’Habitation, que l’Histoire du Travail ou la reproduction de la Bastille en carton-pàte.

Les véritables amateurs des choses sportives auraient eu plaisir à trouver là^ — dans le fouillis des documents et des pièces curieuses, où Ton aurait pu exposer la collection du Stud-Book, ce grand livre du Tant-pur-sang, — les plans en relief j

EXPOSITION CHEVALINE

de tous les grands champs de courses du passe, sans oublier ce Cdiamp-de-Mars lui-même qui, vous ne l’ignorez pas, fut notre hippodrome national

de courses plates à une époque où il n’était pas question de la Tour Eiffel.

Et quel joli Musée Grévin des Courses il y aurait à faire avec les portraits en cire des grands chevaux qui appartiennent à l’histoire et des jockeys dont le nom a passé à la postérité: avant d’engager des sommes quelconques dans le Grand

Prix, tous les gens qui tiennent à opérer en connaissance de cause seraient venus, dans ce rétrospectif paddock, regarder un peu comment avaient

la jambe faite les héros immortels qui se nommèrent Eclipse, Monarque, Gladiateur ou Stuart, et saluer au fond du sanctuaire les nobles têtes de vieillards des trois ancêtres vénérés : Beyerley^ Godolphin et Darley, glorieux portraits de famille de la dynastie de Pur-Sang.

EXPOSITION CHEVALINE

Tous tes jockeys, tous les eniraîneurs, tous les lads et jusqu'aux moindres ramasseurs de crottin auraient considéré comme un devoir d’aller, avant la grande épreuve, invoquer pieusement les mânes de ces illustrations de la carrière, qui eurent nom Buckle, — cinq fois gagnant du Derby, sept fois des Oaks, et qui, dit M. Chapus « battit fréquemment ses adversaires avec des chevaux bien inférieurs aux leurs », — Samuel Chifney, le dieu des fins de courses, et Will Clift et AVill Arnull et les deux Robinson et John Day^ Franck Boyce, Chappel, Mann, Macdonald, et vingt autres, jusqu'au regretté Archer dont les funérailles consolèrent l’Angleterre de ne pas avoir vu mourir Victor Hugo.

Il y aurait eu sans doute aussi un Musée des Horreurs pour les jockeys mis à pied et les propriétaires disqualifiés, parmi lesquels la place d’honneur, je veux dire de déshonneur, eût appartenu de droit à un roi d’Angleterre, ce George IV qui, n’étant que prince de Galles, fut, en 1792, expulsé deThippodrome de Newmarket, pour avoir fait « tirer» son fameux Q\ie\di\Escape, — escapade

qui Téloigna jusqu’en 1800 du turf, où sans doute il ne rentra qu’à la faveur du droit de grâce de son royal papa.

Je me plais à croire qu’on aurait également fait figurer en bonne place parmi ces criminels du Ring le gros parieur Frampton, ce notaire fantaisiste qui, ayant gagné un match de t .000 louis avec son étalon Dragon, le fit castrer sur-le-champ dans le seul but d’enlever le lendemain un pari du double sur une course pour chevaux hongres : le notaire empocha, mais le cheval en mourut.

L’histoire du matériel des courses pouvait suffire à elle seule pour constituer une intéressante exposition rétrospective, et il était facile de remplir un pavillon de forte taille, rien qu’avec les modèles des innombrables systèmes en usage pour le Pari-Mutuel.

M. Berger et ses collaborateurs ont négligé tous ces éléments d’attraction: peut-être ont-ils eu raison, car, somme toute, on peut se demander si, dans la foule des gens qui se presseront dimanche à Longcliamp, pour engager leurs pièces de cinq francs, leurs louis^ leurs « poneys» ou même leurs

EXPOSITION CHEVALINE

« monkeys » sur le great-event, il y en aura beaucoup qui se soucient le moins du monde des gloires défuntes du turf.

A parler franc, le dernier canasson de prix à réclamer sur lequel vous risquez vos petits cent

A l’exposition comique

sous, vous passionnera infiniment plus, avouez-le, que Gladiateur, que Monarque et qu'Eclipse ellemême, qui ont toutes les qualités du monde, ainsi que le cheval de Roland, et comme lui un seul défaut, mais irréparable, celui d’être mort.

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