AVANT-PROPOS
Soixante-seize mille exposants, trente-six mille pour la Franee et quarante mille pour l'étranger, venant apporter le résultat de leurs efforts ; — quatorze millions de travailleurs, pour la France seulement et sans compter leurs familles, vivant annuellement de la fabrication de ses produits ; — les horizons ouverts sur les contrées de colonisation; — l'Art vainqueur sous toutes ses formes ; — toutes les ciuestions sociales étudiées; — la réalisation matérielle d'une étonnante sélection des pensées humaines; — des palais remplis de merveilles peuplant une cité de rêve ; ■ — toutes les nations rivalisant d'émulation; — tels furent les spectacles donnés par la revue de la civilisation passée à l'Exposition de u)00.
Aussi, plus haut que l'admiration pour tant de beauté, le sentiment qu'elle a inspiré est-il celui du respect. Les oppositions ont été étonnées, puis vaincues. La grandeur des idées a dominé la grandeur des choses, et nul n'a cru pouvoir se tenir en dehors du mouvement du monde.
Ce sont ces impressions que nous allons essayer de résumer. Nous signalerons les points qui ont soulevé de justes critiques, avec d'autant plus de liberté que leurs ombres légères disparaissent dans la lumière éclatante de l'œuvre.
L'EXPOSITION DU SIKC LR
LE PONT ALEXANDRE III ET L ESPLANADE DES INVALIDES, VUS DE L AVENUE NICOLAS II
Aucunes paroles ne pourraient exprimer la philosophie de l'Exposition mieux que celles qui ont été prononcées, le samedi 14 avril iqoo, à son inauguration, dans la salle des Fêtes, par M. I.oubet, Président de la République :
. . .Cette œuvre d'harmonie, de paix et de progrès, si éphémère qu'en soit le décor, n'aura pas été vaine. La rencontre pacifique des gouvernements du monde ne demeurera pas stérile. Je suis convaincu que, grâce à l'affiimation persévérante de certaines pensées généreuses dont le siècle finissant a retenti, le vingtième siècle verra luire un peu plus de fraternité sur moins de misères de tout ordre et que, bientôt peut-être, nous aurons franchi un stade important dans la lente évolution du travail vers le bonheur, et de l'homme vers l'humanité.
Le samedi 18 août, lors de la distribution des récompenses dans la même salle des Fêtes, le Président de la République a formulé ainsi sa conclusion :
L'Exposition de 1900 aura fourni à la solidarité son expression la plus brillante. Elle lui donnera une puissance nouvelle d'expansion et de persuasion. La solidarité, à qui nous devons déjà de grandes choses, rendra, dans l'avenir, plus fragile le triomphe de la force, mieux reconnue la souveraineté du droit ; elle imposera le règlement amiable des conflits internationaux et l'affermissement de la paix, toujours plus glorieuse que la plus glorieuse des guerres...
Si l'idée religieuse n'est pas exprimée dans les discours officiels, il serait injuste d'en faire un reproche spécial à notre époque. Il en est ainsi depuis longtemps et il en sera de même jusqu'au jour où l'on aura su la placer au-dessus des passions politiques. Mais dans aucun endroit de l'Exposition on n'aurait pu trouver quelque chose susceptible de lui faire injure.
La genèse de l'Exposition remonte au décret du i-; juillet 1892, signé par
M. Carnot, sur la propo Ministre du Commerce tune, à temps pour d'autres voulaient constituera la syn du xix" siècle », a justifié ses pré
sition de M. Jules Roche. Le
d'alors prenait une mesure oppor-
assurer à la France une date que
retenir. « L'Exposition de u)oo
thèse et déterminera la philosophie
disait-il dans son rapport. L'œuvre
visions et c'est à lui que revient
l'honneur de l'initiative.
Depuis, MM. Casimir-Perier, Félix Faure, Emile Loubet se sont succédé à la présidence de la République. Le Ministère du Commerce a été successivement occupé par MM. Siegfried, Terrier, Marty, Lourties, André Lebon, Mesureur, Henry Boucher, Maruéjouls, Paul Delombre, Millerand. Tous-ont travaillé à l'œuvre commune.
Le i) septembre 1893, sur un nouveau rapport présenté cette fois par M. Terrier, les services de l'Exposition furent organisés par un nouveau décret. Le iS octobre suivant, M. Alfred Picard, qui se trouvait tout indiqué par son monumental rapport sur l'Exposition de iSSq, était nommé commissaire général de celle de igoo.
Enfin, le 4 août 1894, sous la présidence de M. Casimir-Perier, le Ministre de l'Instruction publique, M. Leygues, et le Ministre du Commerce, M. Lourties, contresignaient le déci'et portant le règlement général et adoptant la classification de l'Exposition, présentés par M. Picard cinq jours auparavant.
Le premier '< concours d'idées // eut lieu le 18 décembre 1804, et l'année suivante fut employée par de nouveaux concours, l'établissement du plan général des constructions et la préparation des devis.
La première préoccupation fut d'organiser le budget de l'Exposition.
En 1867, une association de grands industriels avait constitué un fonds
de garantie qui n'a pas été employé, l'opération s'étant soldée en bénéfice.
En 1878, l'Exposition fut entièrement établie aux frais et aux risques de l'Etat, qui eut un solde à payer. En i88q, une association de garantie avait été constituée comme en 1S67, mais elle disparut devant la création des bons de l'Exposition.
Pour iqoo, le budget en dépenses avait prévu 100 millions, dont 21 pour les palais des Champs-Elysées, — 25 pour l'Esplanade des Invalides, les palais du Champ de Mars, le Trocadéro et les quais, — 10 pour les aménagements de la Seine, les nivellements et la viabilité, — 20 pour les décorations diverses, — etc.
Pour y parer, 20 millions furent demandés à l'État, 20 millions à la Ville de Paris, et 60 millions à la création de 05 millions de tickets, la différence de 5 millions abandonnée aux cinq grands établissements de crédit qui en avaient garanti l'émission. Ces conventions financières datent du 13 juin iSgo.
Ainsi assurée de son équilibre financier, l'Administration entreprit les travaux. Elle devait faire d'autres recettes importantes du fait des droits payés par les exposants et par les soumissionnaires des concessions diverses. Pour ces dernières, la location des terrains nus a dépassé i.ooo francs le mètre carré. Nous verrons par la suite que ce zèle fiscal, inspiré par les meilleures intentions, a été poussé trop loin.
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En regard de ces recettes, l'Exposition avait à supporter des frais considérables d'entretien et de gardiennage, ceux des illuminations générales dépassant 50.000 francs par soirée, et ceux des fêtes, encore assez nombreuses, qui ont été données, comme celles de l'horticulture, des vendanges, etc.
Les Parlements des nations exposantes ont voté au total 40 millions pour leur participation officielle. Les exposants ont tous dépensé des sommes notables pour les plus petits et considérables pour les grands. Tous ces chiffres sont venus grossir, si ce n'est le budget même de l'Exposition, tout au moins les moyens d'action.
La classification générale des produits et leur répartition sur les emplacements disponibles jouent un rôle capital dans le bon fonctionnement d'une exposition.
Par la classification, il s'agit de réunir en familles les expressions chaque jour plus nombreuses du progrès, pour permettre les. rapprochements nécessaires à l'examen des jurys et pour offrir au public des comparaisons entre les objets de même nature. •
L'Exposition de 1889 comprenait neuf groupes; celle de U)00 a été partagée en dix-huit. Ces 18 groupes ont été divisés en 121 classes, dont voici le tableau.
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