LE MUSEE RETROSPECTIF DU LUMINAIRE
pendant trop longtemps des objets qui font leur joie. Mais si tous ces musées rétrospectifs, que l'Exposition avait adjoints à chaque classe, pouvaient être réunis pendant quelques mois dans un même palais, ils retrouveraient dans cette réunion un incomparable attrait.
Avant d'entrer dans la dernière salle du palais, il faut revenir en arrière pour visiter les galeries du premier étage au-dessus des classes que nous venons de traverser.
Les jouets y représentaient une industrie vraiment nationale, à en juger par la foule qui s'y donnait rendez-vous.
De fait, quelle industrie demande un concours plus varié d'ouvriers habiles, un effort plus constant pour la recherche de l'r.ctualité? Toutes les substances y sont mises à contribution pour produire ces fantaisies infinies et charmantes qui passionnent les enfants, bons juges à l'esprit prompt. Comment le jouet parisien, qui est l'esprit de Paris, pourrait-il craindre la concurrence étrangère ? Comment, si les fabricants français s'entendaient bien entre eux, une différence de quelques
LART DECORATIF FRANÇAIS
ANCIENNES POUPÉES, DE LA COLLECTION DE M'"' J.-A. U E R N A R l)
SOUS, capitale pour eux par sa multiplication et vraiment peu sensible pour l'acheteur, pourrait-elle faire négliger pour des produits plus lourds leurs délicates créations? Il semble que là, comme trop souvent chez nos industriels, la concurrence soit faite plus entre eux que du fait de l'intervention étrangère.
M. Léo Claretie était tout indiqué par ses ouvrages pour organiser une exposition rétrospective dont il s'est tiré avec honneur. Les jouets anciens partaient d'une conception toute différente de celle des nôtres. Autant ceux-ci sont démocratiques, autant les autres s'adressaient à une élite, enfants de grands seigneurs ou même dauphins de France. C'étaient des pièces de mécanique dignes d'un Vaucanson, de petits meubles aussi solides que des grands, des intérieurs entiers de petits appartements, des maisons même. Pour la somme consacrée à la distraction d'un seul, mille enfants d'aujourd'hui trouvent leur plaisir, et, si leur jouet est peu solide, encore ont-ils été heureux quelques heures et peut-on en profiter pour leur apprendre la fragilité du bonheur. 11 y a certes un progrès social et voilà le jouet élevé à la hauteur d'une philosophie.
A la suite des jouets, la classe 08 contenait dans de jolies vitrines du style Empire partout à la mode, ces objets si divers, catalogués sous le titre de brosserie, maroquinerie, tabletterie et qu'on désigne sous le nom d'articles de Paris. Petits bronzes, petits marbres et pierres fines, écailles, ivoires, cuirs frappés et dorés, éventails, nécessaires, portefeuilles et porte-monnaie, objets de toilette, variaient à l'infini leurs aspects jolis pour témoigner du goût parisien.
L'exposition rétrospective contenant surtout de curieuses trousses de toilette donnait une franche supériorité à l'industrie contemporaine.
Sur cette galerie s'ouvrait l'annexe en retour consacrée aux vitraux. On y pénétrait en traversant d'abord la partie rétrospective où des fragments de verrières allant du xii' au xviT siècle montraient cette naïveté de dessin et cette chaleur de tons que les vitraux actuels ne peuvent décidément pas égaler. Malgré les efforts des maîtres verriers et d'artistes comme Olivier Merson, Grasset et autres, malgré les beaux dessins de l'école Gucrin, le procès du vitrail religieux moderne est entendu. Il y manque ce qui manque aux plus belles basiliques neuves comparées à de modestes églises d'autrefois : le sentiment de la foi.
Par contre le vitrail profane, si l'on peut parler ainsi, s'est complètement modifié et arrive à des résultats surprenants. On y obtient des verres épais, marbrés ou laiteux qui semblent emmagasiner la lumière et qui, presque sans dessin, par le seul reflet des tons, produisent des paysages de rêve du plus curieux effet. Ces vitraux, d'une naïveté très superficielle et d'un art plutôt « roublard », sont plus sévères en Allemagne que chez nous, où ils demeurent encore dans la période trop fantaisiste.
L'architecte Sorel avait installé la papeterie de façon originale et charmante, avec des rinceaux de bois naturel encadrant en façade de frais tableaux qui évoquaient le travail en action, producteur des jolies et délicates choses contenues dans les vitrines.
Au coin de la rue du Grand-Aigle et de la Plume, le sieur Gazet, marchand papetier-cartier des fermes du rov, ouvrait sa boutique : « A bon papier pas d'enseigne >/ qui contenait la partie rétrospective organisée par M. John Grand- Carteret. Estampes, cartes et jeux d'oie, cartouches et menus, calendriers et éventails, images populaires et livres minuscules, assemblage charmant et discret, imprégné du parfum du passé pour avoir été manié par les doigts de nos grand'mères. 11 ne faisait pas tort cependant aux créations modernes, aussi pimpantes en somme et témoignant d'une habileté d'exécution supérieure
VITRAIL PAR EMILE AUEK CUCOre.
L'ART DECORATIF FRANÇAIS
ULCORATION DE LA CLASSE DE LA PAPETERIE (M. S U li E L , ARClIlTECTt)
L'industrie des papiers peints occupait un espace singulièrement vide où des maisons, importantes mais trop rares, présentaient des types gracieux et trop peu variés de la fabrication contemporaine. Le mot contemporain doit être pris dans son sens le plus étroit, car il est peu d'industries où la mode opère d'aussi brusques changements. Aujourd'hui tout est au.\ nuances fondues au point d'en perdre le sentiment des lignes, pâles à en devenir sans vie, claires à ne plus contenir de reflets de lumière. Il faut s'arrêter, car un pas de plus mènerait à l'excès, qui serait ici la sensation du vide.
La collection étonnante de M. F. FoUot remontait jusqu'aux origines de cette industrie où vingt ans semblent une éternité et qui est pourtant ancienne, la première planche à imprimer ayant été inventée par Papellon en ibSS. Avec quelle intensité ces morceaux de papier peint évoquaient un passé disparu! Témoins de la vie intime de nos pères, ils en rellétaient les goûts et, mieux que bien des mémoires, donnaient la note des mœurs de chaque époque.
La Chambre syndicale de l'horlogerie, qui est une des plus actives de Paris, avait organisé une très curieuse exposition rétrospective. On y voyait la montre
io6
EXPOSITION RÉTROSPECTIVE DE L'hORLOGERIE
de Henri III fabriquée en 1580, celle de Marat avec son boîtier d'argent en forme de bonnet phrygien, la pendule de voyage de Louis XVI et le premier chronomètre fabriqué en France par Berthoud, en 1791. Une vitrine appartenant à M. Ch. Roblot contenait une collection de cadrans de montres de l'époque révolutionnaire où les devises patriotiques se multipliaient de la plus amusante façon.
On fabrique encore des montres de luxe, mais en petit nombre. Des usines préfèrentproduirepar jour jusqu'à quinze cents boîtiers où la décoration ne s'est pas affinée en se vulgarisant. Nos pendules, pour affecter des formes de locomotives ou de torpilleurs, n'en sont pas plus artistiques, et les belles pièces d'autrefois semblent ne plus devoir revenir. L'excellence des rouages, où la perfection est devenue courante, console les gens pratiques.
11 serait injuste de s'en prendre aux fabricants de la décadence des formes, les gens riches n'achètent plus de pendules et l'art ne peut s'accommoder du bon marché à outrance. C'est déjà un effort méritoire de pouvoir livrer à si bas prix des instruments qui fonctionnent avec précision.
La coutellerie, dont les produits modernes sont aussi parfaits que variés, avait réuni une exposition rétrospective bien amusante, car le couteau fut, autre-
L'ART DECORATIF FRANÇAIS
TORCHERE, LUSTRES, FLAMBEAUX
(Maison