L’'ANNONCIATION
Groupe en ivoire XV° SIÈCLE
Musée de Langres
D'heureux hasards ont permis d'exposer, à côté de l'admirable groupe d'ivoire de la fin du x‘ siècle que possèdent en partage MM. Garnier et Chalandon, cette Annonciation, monu-
ment le plus précieux du petit musée de la ville de Langres. La comparaison est ainsi des
plus instructives entre l'œuvre du xui° siècle et celle du xv°, et l'on peut suivre la trajectoire que, pour les ivoires, l'art gothique a parcourue, ayant perdu à ce dernier moment la plupart de ses qualités de simplicité, de calme et de noblesse.
La Vierge, en cette nouvelle représentation, s'est épaissie et banalisée:
l'ange, plus pittoresque en son costume très exact qui porte bien la date de l'époque, a perdu toute dignité et ce sentiment de sa mission divine dont il était, dans la première version, tout inspiré.
Le groupe est dans un merveilleux état de conservation, et sa polychromie primitive, un peu brutale et voyante, a conservé toute sa vivacité.
Le style des figures, leur présentation et l'esprit même qui les anime inviteraient à supposer que cette œuvre peut être italienne. Le socle sur lequel elles sont placées et qui semble bien né en même temps qu'elles, fortifierait encore cette opinion; il est de cette technique de marqueterie de bois de couleur, qu'on a dénommée « alla certosina > et qui est essentiellement italienne. Deux grands monuments célèbres d'ivoire, bien authentiquement italiens, le Retable de la Chartreuse de Pavie et le Retable du Louvre provenant de l'Abbaye de Poissy, se présentent dans des montures tout à fait semblables.
Le groupe de l'Annonciation du Musée de Langres possède encore son étui en cuir gravé,
aux armes de Philippe le Bon, due de Bourgogne, auquel il a appartenu.
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FLAMBEAUX
XII ET XIV‘ SIÉCLES Collection de M. Chabrières-Arl
porte de la main gauche la bobèche du chandelier
Un personnage vêtu à la mode du xive sii
tours sur le dos, reflètent, il semble bien, l'influence
Deux petits éléphants portant
orientale qui s'est exercée sur l'art des Dinandiers.
PEPDIRONZE EINEPANDINANDERIE
Es bronzes du moyen âge sont tout ce qu'il y a de plus rare, non que cette industrie n'ait été très prospère, mais elle produisit surtout alors des pièces monumentales, parmi lesquelles beaucoup ont disparu, d'autres sont immobilisées dans les édifices pour lesquels elles furent faites ; très peu subsistent en France.
La cloche est le premier objet de bronze qui soit mentionné dans les
mobiliers des premières basiliques. Comme il n’y avait pas de clochers,
elles étaient abritées sous des édicules isolés. Celle de Saint-Gauthebert de la cathédrale de
Noyon, prêtée à l'Exposition rétrospective, est une œuvre de fonte faite sur un modèle de chaudronnerie. Des cloches analogues existent encore à Nevers, à Saint-Pol-de-Léon, à Rocamadour.
Selon Eginhardt, Charlemagne avait réuni un grand nombre de bronzes dans l’'Octogone
d’Aix-la-Chapelle (les portes de bronze et les balustrades à claire-voie y subsistent encore).
Il semble impossible d'admettre que le grand Empereur, si épris de monuments antiques (on sait ceux qu'il avait rapportés de Rome et d'Italie), aimant à s’entourer d'œuvres d'art, n’en ait
pas fait faire. Aix-la-Chapelle occupa un monde d'ouvriers. Je veux bien croire qu'il y eut un
fréquent remploi de monuments antiques; mais il est impossible qu’il n’y ait pas eu de nombreuses créations artistiques dont il faut déplorer la perte. Nous possédons de cette époque un monument des plus intéressants. C’est une statuette
équestre en bronze doré qui appartient au Musée Carnavalet. Achetée par Albert Lenoir à Metz
en elle fut acquise en 1860 par la ville de Paris. Elle a été étudi | l
ée par maint archéologue.
Aussenwerth la publia en 1885 dans « le Bulletin des Antiquaires du Rhin » et la déclara carolingienne. D'autres voulurent y voir une figure même de Charlemagne. Apportons un peu plus de scepticisme dans l'identification de ce monument. Ce qui est certain, c'est que la statuette de Carnavalet, à l'examiner attentivement, par le costume, la coiffure, en la rapprochant des miniatures de manuscrits carolingiens, en offre bien tous les mêmes caractères.
Je passe rapidement sur le fauteuil de Dagobert, provenant de Saint-Denis et conservé à la Bibliothèque Nationale, et que l’on s'accorde maintenant en général à considérer comme un siège antique.
C'est au début du xr° siècle, sous la dynastie des Othon en Allemagne, que nous voyons l'art du bronze cultivé dans les provinces allemandes et françaises. De grandes pièces monumentales apparaissent qui devaient rappeler le fameux chandelier à sept branches du Temple de Jérusalem. En se référant aux bronzes de Hildesheim et à la fameuse porte qui date de 1015, on fut tenté d'attribuer aux artistes allemands tous les bronzes de cette époque ; la vérité est qu'on en fit un peu partout. Et nous voyons presque en même temps apparaître, au x1° siècle,
les grands candélabres de Brunswick,
grand chandelier du Dôme de Milan et celui de l'église Saint-Remi de Reims, qu'on peut admirer à la Rétrospective et qui est un prodige de fonte. Un autre chandelier du même genre a été publié par Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire
du Mobilier. Une triple inscription indique qu'il fut donné à la cathédrale du Mans par
oché, et qu'il avait appartenu antérieurement à l'abbaye de S:
Thomas de P int-Pierre de Glocester.
En dehors de
gran(
prototypes. C'est ainsi «
Is monuments, il en était fabriqué de petits, à
u'on peut voir au Petit Palais deux petits pieds
M. Léopold Goldschmic
t, où se trouve représentée la légende d’Alexandr
‘imitation de célèbres
de chandelier, l'un à
e voyageant dans les
airs soutenu par deux griflons, leur présentant de la nourriture sans jamais la leur laisser prendre :
l’autre à M. Sigismond Bardac, en bronze doré, où des anges très laids, à figures vieillottes, veillent assis aux angles, les ailes droites et éployées.
Une grande figure domine tout le xn° siècle, c’est celle de Suger, ministre de Louis VI et de Louis VIT, abbé de Saint-Denis. Il a laissé un curieux traité daté de 1147, où il relate les actes de son administration. Il parle au chapitre xxvi de portes de bronze pour le portail central de l’abbaye, et nous ne saurons jamais ce qu'étaient ces portes; il parle aussi d'un pied de croix
et il le décrit. Il était en bronze avec des émaux.
us avons heureusement à la Rétrospective un monument d'orfèvrerie qui peut nous éclairer utilement sur ce point. C'est le pied de croix, provenant de l'abbaye de Saint-Bertin, et qui est aujourd'hui au Musée de Saint-Omer. C’est un pilastre rectangulaire monté sur une base hémisphérique portée par les quatre apôtres. Les
émaux qui décorent les surfaces indiquent une influence byzantine manifeste. Nous y retrouvons
caractère absolu de tous les émaux qui, à 1
Doque romane et à la première époque gothique, virent le jour sur les bords du Rhin et de la Meuse. Sachant que Suger employa des artistes lorrains, et que ces artistes étaient alors étroitement soumis à l'influence allemande (puisque l’un
icolas de Verdun, allait travailler à Klosterneubourg),
d'eux, il est permis de supposer que le
grand pied de croix de l'abbaye de Saint-Denis (dont il faut à tout jamais déplorer la perte),
offrait de grandes analogies avec notre pied de croix du Musée de Saint-Omer.
Dès la première époque romane, avaient commencé à apparaître des bronzes du commerce, de petite dimension et d'usage courant. Le trésor d’Aix-la-Chapelle possède un buste en aiguière d’un personnage à cheveux longs couronné de pampres; il y a dans cette figure, qui pourrait être un Bacchus, un souvenir de l'antiquité classique qui est curieux à l'époque
romane. Quelques archéologues, qui s’en sont occupés, ont incliné à y voir une œuvre qui
daterait plutôt de la fin de l'époque carolingienne. Le Musée de Buda-Pesth possède deux
aiguières faites, l’une d'une femme d'aspect assez étrange, la tête aux cheveux nattés, couverte d'ornements inusités, l’autre d'un Centaure tenant une sorte de tambourin, où se sent l'influence des textes littéraires, impérieuse à la fin du xvi siècle. Nous allons retrouver des monuments analogues au siècle suivant. C'est là le début de ce qu'on a appelé la Dinanderte.
En effet, avec le xn° siècle, nous allons voir une région prendre une importance considérable pour tout ce qui se rapportera à la fonte du bronze : c’est la région de Dinant sur la Meuse riche en gisements de zinc, métal qui fut alors préféré à l’étain dans les alliages de cuivre.
Ce qui est infiniment précieux comme jalon pour des études archéologiques, nous possédons a date précise d'exécution d'un monument encore existant, et un nom d'artiste. Jean d'Outre- Meuse nous a appris que ce fut le maître batteur de cuivre Lambert Patras qui exécuta our l'église Saint-Barthélemy de Liège les Fonts baptismaux en 1113. On y voit représentés a Prédication de Saint Jean et le Baptème du Christ. Le couvercle a disparu. — Ce monument capital doit être rapproché de la Cuve baptismale d'Hildesheim, où sont représentés les ivangélistes, les Prophètes et les Quatre Fleuves du Paradis, et des Fonts baptismaux de la cathédrale de Wurzbourg, décorés du Passage de la mer Rouge.
La variété des objets qui furent alors fabriqués dans la région de la Meuse est très grande ;
a plupart des aiguières et coquemars des xn° et xni siècles en proviennent. Il y eut alors là un développement industriel analogue à celui qui se produisit à Limoges pour l'Émaillerie champlevée pendant les xr° et xu° siècles. Toutefois, si la réputation des fondeurs liégeois fut
exclusif, et des docu-
incontestable en Europe pendant le xn° siècle, ce ne fut pas un privilège ments écrits prouvent qu'on fit aussi des dinanderies à Lyon et à Paris.
Les pièces les plus anciennes sont sans doute les aiguières en forme d'oiseau, quelquefois terminées par des têtes humaines, comme les deux pièces de l'Exposition rétrospective, l'oiseau, de la collection Chabrières-Arlès, et la sirène soufflant dans une flûte, de la collection Martin Le Roy. Il y a dans cette dernière une très grande analogie avec l'une des aiguières du Musée de Pesth, dont nous avons parlé un peu plus haut.
Je croirais également du xn° siècle, par leur caractère roman si déterminé, ces chandeliers formés d’un lion chevauché par un cavalier qui porte le bobêchon sur la nuque, et souvent, d'une main, ouvre la gueule de la bête, tels ceux des collections Oppenheim, Martin Le Roy, Salting et Léopold Goldschmidt. On semble au siècle suivant et au xiv° siècle, avec une production plus hâtive, avoir sup rimé le cavalier ; le lion ne porte plus qu’une anse sur le dos.
Je cite les deux dinanderies prêtées par M. Martin Le Roy et M. Dallemagne. Deux petits chandeliers de la collection de M. Chabrières-Arlès sont formés de lions portant des tours sur le dos.
Toute une série de coquemars, d'aspect très varié, pourrait être attribuée au x siècle, si
l'on s’en rapportait aux apparences, car les types sont encore très romans; mais il faut toujours
se rappeler, quand on étudie les arts industriels, la survivance des formes qu'ils empruntent
à l'architecture et à la sculpture, alors que ces dernières les ont depuis longtemps délaissées.
Ces coquemars sont en forme de cavaliers. Le British Museum, les musées de Stockholm et
de Christiania en possèdent plusieurs : quelques-uns de ceux exposés au Petit Palais sont des plus intéressants : la femme à cheval de la collection Chabrières-Arlès, tenant un faucon, les cheveux nattés sous un petit bonnet rond, est bien du xm° siècle. si l’on examine la forme de
et les ornements du harnachement, faciles à rapprocher de ceux que l'on peut étudier
sceaux ; de la même époque, sont le cavalier casqué et cuirassé, le heaume rabattu. de la collection Oppenheim, et le cavalier de la collection Sigismond Bardac, portant un accoutrement militaire, un bouclier long, et chevauchant un cheval énorme en proportion de sa
taille exiguë.
Toute une série de flambeaux, sous formes de personnages, semblent bien, par les costumes
être du xiv° siècl un homme debout de la collection Martin Le Roy, une femme de la collection Fitz Henry.
Un sujet souvent traité par les ouvriers du cuivre, comme il l'avait été souvent dans certains chapiteaux, d'après une légende que les artistes s'étaient repassée sans la comprendre,
est celui d'Alexandre et du lai d’Aristote. Une dinanderie de la collection Chabrières-Arlès
représente Aristote chevauché par mpaspe, et le montre vêtu à la plus pure mode du
XIV* sièc Avec 1
cuivre, nés dans les provinces flamandes et francaises, mortiers, vases à eau bénite, aiguières,
d'une jaquette, de chausses collantes, et de souliers pointus lacés sur les côtés.
xiIv° siècle apparaissent très nombreux tous ces objets de fonte de bronze ou de
verseuses, objets d'usage, qui faisaient aux cuisines une décoration brillante et gaie. La collection de M. Edmond Guérin est extrêmement riche en pièces de ce genre, et quelques-unes ont
souvent une beauté de formes très réelle.
per" , ü î COQUEMAR Û ARISTOT Di XIV SIECLE Coll de M. Chabrières-A Aristote, vêtu à la mode du xive siècle d'une jaquette ajustée, d isses collantes, de à la poulaine, est représenté à
juatre pattes, formant le cc
appuyée sur le
de l'aiguière. Camp sur son dos; la
ophe. Elle est
main droite tête
longue, serrée à la taille par une longue ceinture er
lanière sur ses joues.
Ë | j. | î h | ll & { | | f |