‹ L'exposition rétrospective de l'art décoratif français (volume 2)Chapitre 23 sur 52 · PORTRAIT DE MARIE L · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE MARIE L

Tapisserie des Gobelins, par Cogette XVIII* SIÈCLE

Collection de M. Doistau

Les ateliers des Gobelins, dirigés par des entrepreneurs, avaient vu se succéder plusieurs générations de tapissiers, quand l'atelier de basse-lisse fut confié, en 1749, à Cozette père, qui le conserva jusqu'en 1788, époque à laquelle son fils lui succéda. Cozette, dès son arrivée, avait abandonné les ateliers de basse-lisse pour travailler aux métiers de haute-lisse, auxquels le mécanicien Vaucanson, sur la demande de Soufflot, avait apporté d'utiles améliorations.

Cozette semble avoir mis à la mode ces portraits ovales en tapisserie, qui subsistent encore en assez grand nombre (ceux qui sont signés de son nom sont assez nombreux), et qui se recommandent par un grand charme de coloration et une grande harmonie, sans que jamais le caractère individuel des figures soit négligé. Il semble bien avoir profité des moyens techniques parfaits que la manufacture mettait à sa disposition pour y maintenir la traditionnelle suprématie de notre Ecole française dans l'art du portrait où notre goût permanent de la vie et de la vérité

a suscité à toutes les époques d’admirables chefs-d’œuvre.

RP TE — > 2 = = Frs VASE CIRCULAIRE Faïence 4 XV° SIÈCLE Musée du Mans De terre émaillée de jaune, il Présente, sur sa panse, modelée en reliefs accentués, des personnages sous des arcatures de style gothique. PIATT Faïence XVI* SIÈCLE Musée d'Agen De terre blanche, il est décoré en manganèse et en vert, dans le fond, d’une fleur de lis, et, sur le marli, de godrons.

GOURDE Grès — fabrique de Beauvais XVI® SIÉCLE Collection de M. Raymond Kæchlin Couverte bleue, décor central d'un médaillon avec une figure de profil. f SE E - mal —

ENDANT fort longtemps il fut d'usage, dans toutes les études qui furent faites de

la Céramique française, de tenir peu de compte de ses origines et de s'attacher presque exclusivement aux périodes les plus brillantes de son développement, à celles qui nous avaient laissé un si grand nombre de pièces de riche décoration et en parfait état de conservation. Voulant faire avant tout, au Petit Palais, œuvre d'archéologie, on dut s'attacher, avec plus de loyauté scientifique, à montrer les premiers tâtonnements de cet art sur notre sol, à ne pas négliger les monuments de céramique

gallo-romaine que les hasards des

ouilles ont ramenés, dans notre pays, un peu partout à la lumière, et dont la collection de M. Plicque, formée à Lezoux, près de Clermont-Ferrand, et celles de MM. Morel et Protat, ont fourni des objets d’un si vif intérêt.

Quelles sources importantes devaient être aussi nos musées de provinces, si riches en poteries archaïques et en carreaux de pavement de notre moyen âge! Les plus anciens carreaux sont du xiv° siècle : ceux que l'on a pu réunir, des provinces les plus diverses, indiquent l'emploi d'un procédé qui dut être général, la gravure entaillée du décor dans la terre crue et le tassement dans ces creux d'une terre d’autre couleur, faisant motif décoratif sur le fond réservé

(carreau du musée de Troyes, sur lequel un oiseau se gratte le bec, celui du musée de Lons-

e-Saunier, avec deux religieux portant une croix, et un fragment du musée de Vire, provenant

du château de PI s-Grimoult, où une tête de femme est si librement dessinée). D'autres portent des motifs géométriques ou linéaires tracés au pinceau (musées de Troyes et de Carcassonne). Les pièces de formes du xiv° siècle portent une couverte plombeuse très mince, et

des ornements en relief, ornements très primitifs, soit de grandes virgules imprimées sur la

panse par le doigt même du potier quand il tourna la pièce (pots de la collection Coiffet et

des musées de Clermont-Ferrand et de Reims), soit des ornements rapportés au moyen de

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terre délavée dite barbotine; très typique à cet égard est la pièce du musée de Cahors, décorée

de croix et de marguerites en émail jaune sur fond brun.

Un monument très remarquable, et certainement du xv° siècle, fut prêté par le musée du Mans: c'est une œuvre de sculpteur et de céramiste. Ce vase tubulaire, émaillé de jaune, est décoré d’une suite d'arcatures creusées dans la panse et abritant des saints en demi-relief. Les pièces du xvi siècle sont des plus intéressantes par les diverses influences que parut subir la Céramique française à cette époque : les fragments de plats du musée de Narbonne, à reflets métalliques, ont d'étroites analogies avec l'art hispano-moresque ; toute une suite de plats très remar-

quables, des musées de Troyes, d'Agen et de Bourges, offre un procédé de décoration bien italien ;

la terre rouge étant recouverte d'une engobe terreuse © aire, on enlevait cette dernière avec un burin, en faisant ainsi réapparaître, selon les lignes de son dessin, la couche du fond en rouge.

Dès le haut moyen âge, peut-être dès le xn° siècle, les poteries de Beauvais jouissaient d'une grande réputation; on en retrouve mention jusque dans l'inventaire de Charles VI. Aussi at-on classé pendant longtemps, sous cette dénomination, toutes les pièces de céramique qui offraient ces caractères d'être recouvertes d’un riche vernis de plomb, brun, vert ou bleu, et décorées parfois de fleurs de lis ou de scènes de la Passion. Depuis lors, tant de poteries analogues ont été retrouvées dans laSaintonge, et particulièrement à la Chapelle-des-Pots, qu'il faut maintenant reconnaître que beaucoup de ces poteries ont vu le jour dans cette région où

l'activité céramique fut intense pendant tout le moyen âge. Les poteries vertes du musée de

Saintes, les gourdes des collections Dubouché, Charles André et Raymond Kæchlin représentent dignement ces divers ateliers.

On sait quelle est la rareté de ces pièces, d’une si délicate élégance, qu'on dénomma suecessivement faïences Henri II, puis d'Oiron, puis de Saint-Porchaire >. On connaît la composition de pâte de ces faïences; elle a été analysée à la Manufacture de Sèvres : c'est une argile blanche très kaolinique. Le décor charmant d'entrelacs qui les couvre était obtenu par incrustation du dessin au moyen de matrices et de roulettes dans la pâte fraiche, les creux étant ensuite remplis par de la terre teintée en brun, procédé absolument transmis par le moyen âge et que nous avons eu l'occasion de constater dans les poteries des âges précédents. Les reliefs et appliques étaient moulés à part et fixés à la barbotine sur la pièce. Les formes habituelles de ces faïences sont celles de buires, de coupes avec couvercles, de biberons, de chandeliers, d'aiguières et de salières à formes architecturales. Le nombre des pièces de ces fabriques qui sont connues ne s'élève pas à plus d'une soixantaine, réparties entre les musées du Louvre, de Cluny, du South-Kensington, de l'Ermitage, et les grandes collections particulières françaises ou anglaises. En grouper quelques-unes ne laissait pas que d'être assez difficile. On put avoir du moins l’une des plus extraordinaires de cette série, l’aiguière célèbre

qui, de la collection Magniac, passa dans la collection de M. le baron Alphonse de Rothschild.

La coupe de M. Mannheim, le drageoir de M. le baron Alphonse de Rothschild, les salières des collections André et Oppenheim sont des objets tout à fait exquis.

La fabrique de Nîmes nous a laissé des pièces d'une rareté mille fois plus grande. Je ne crois pas qu'on en connaisse plus d'une demi-douzaine d'exemplaires. La gourde de la collection de M. le baron Gustave de Rothschild, d'un émail bleu profond, avec son décor de grotesques et d'armoiries, et l'assiette de la collection Salting, à médaillons verts et armoiries, sont des spécimens remarquables de cette série, où se retrouvent tant de caractères de la céramique italienne.

Cette influence italienne, nous la retrouvons encore à l'extrême fin du xvi° siècle, dans les

premiers essais des fabriques de Nevers. Dans les archives nivernaises apparaît, à cette époque, le nom d'un certain Scipion Gambin, peut-être parent de ce Gambin de Faenza auquel Henri III avait concédé, de 1574 à 1592, l'autorisation d'établir une ‘fabrique à Lyon. Les Conrade, potiers d’Albissola, appelés par les Gonzague, apportèrent, eux aussi, le caractère et le style décoratif qui étaient alors en honneur dans la péninsule. Cette imitation italienne dura à Nevers jusqu’en 1660 environ. Alors apparaît un type de faïences très particulières qui

marquent surtout l'originalité de cette fabrique. Ce sont des faïences d'une couverte bleue très

profonde et très intense, décorées, d'après le goût persan ou le goût chinois, de bouquets de

fleurs, narcisses

, tulipes ou marguerites, peints en blanc, en jaune ou en orangé. Les collections Papillon, Perrot et Edmond Guérin ont présenté de remarquables exemplaires de ces différents genres.

Bien italiens d'esprit durent être aussi les premiers ateliers de Rouen, dans la deuxième moitié du xvi° siècle, à l'époque où le potier Abaquesne travaillait pour les Montmorency ; mais toute trace de la céramique rouennaise disparaît pour une période de près d'un siècle, et, quand nous la retrouvons, en plein xvn° siècle, elle est absolument émancipée et bien réso-

lument françai

se par le caractère de ses décors. Le musée de Rouen et les collections Papillon et Doistau ont, par des pièces remarquables, excellemment démontré la chose.

Si Moustiers, par sa situation géographique même, si près des Alpes, ne pouvait échapper aux premières influences d'outre-monts, ce ne fut du moins pas pour longtemps. Le décor devint tout de suite essentiellement français : c'est celui du grand décorateur Bérain, avec ses pendentifs et ses singeries, et ce sont ces médaillons à sujets mythologiques de colorations si harmonieuses. Moustiers triomphe aussi dans l’histoire de la Céramique française par l'excellence de son émail, le plus gras, le plus doux que l’on puisse trouver. Les fabriques de Marseille, si voisines, ouvertes un peu tard, ne doivent rien aux influences étrangères. Le renflement et le contournement de formes de leurs céramiques sont essentielle-

ment rocaille.

Depuis le xv° siècle, tous les Européens, séduits par quelques spécimens importés d'Extrême-

Orient, ne rêvaient plus que d'imiter les porcelaines de Chine. La manufacture de Sèvres, sou-

tenue et défendue par Madame de Pompadour, allait réaliser ce vœu. Durant un demi-siècle elle ne connut pas de rivale; ce fut une folie d'engouement pour tout ce qui en sortait, et les traditions de la Céramique française allaient en être bouleversées. Il est acquis que nous ne possédons plus ce que Sèvres produisit de plus beau et de plus rare. Les étrangers en sont devenus les possesseurs. Et cependant, les services de M. le baron Henri de Rothschild et de M. Ch. Mannheim, le vase rose de Mademoiselle Granjean, peuvent être regardés comme des merveilles insurpassables.

Je n'ai pas parlé de Bernard Palissy, et on lui doit une place à part. Il l'a eue considé- : F ÿ F

rable au Petit Palais, où toute une grande vitrine lui a été consacrée. Toutes les étapes de son

art, toutes ses recherches passionné

s sont représentées par des exemplaires de choix. L'œuvre

e en trois class

de Bernard Palissy peut être divis de céramiques, qui correspondent assez bien à trois époques différentes de sa vie. Dans la première classe on peut placer toutes les pièces dont les éléments décoratifs sont empruntés à la nature, celles qu'on a appelées « les rustiques figulines », pour lesquelles il employait le procédé du moulage. Il avait ainsi un certain nombre de motifs, coquillages, poissons, reptiles, écrevisses, grenouilles, feuilles de fraisier ou de ronces, exactement moulés sur nature, et dont il variait à l'infini la disposi-

tion sur ses plats. Le plat au lézard, de M. le baron Gustave de Rothschild, et le plat à

reptiles sur fond blanc crémeux, de M. le baron Alphonse de Rothschild, représentaient éminemment cette série.

Les pièces ornées de scènes ou de motifs ornementaux, soit inventées, soit interprétées d'après les graveurs, soit moulées sur des pièces d’orfèvrerie, sont représentées par le plat de la Tempérance d’après Briot; par le plat de la Belle Jardinière, ou par le merveilleux plat du Déluge, à M. le baron Alphonse de Rothschild.

La série des statuettes n'a pas été non plus oubliée; mais il faut être très prudent dans leur attribution à Palissy, car la plupart lui sont postérieures, telle que la statuette fameuse de la Nourrice, qui lui fut souvent attribuée, et que l'on considère maintenant comme étant du sculpteur Dupré. Les belles aiguières aux formes si pures, les coupes à fruits aux cavités ovales, aux splendides émaux jaspés de bleu et de vert, étaient les notes éclatantes de ce merveilleux ensemble.

« L'œuvre de Palissy, comme l'a dit M. Émile Molinier, n’est pas une œuvre d'exception, comme on l'a trop souvent cru, mais la quintessence de l'art très compliqué de la Renais-

sance française. >

PLAQUE RECTANGULAIRE Terre émaillée, par Bernard Palissy 1510-1590 (?)

Musée de l'Hôtel Pincé à Angers

Neptune, ou bien un Fleuve, assis parmi les roseaux, a le bras dr

oit appuyé sur une urne dont l'eau se déverse et d'où semb

le sortir et remonter une corne d’abondance ; du bras gauche, il tient, sur son épaule, un aviron.

AIGUIÈRE

Faïence de Saint Porchaire, dite antérieurement de Henri II ou d'Oiron XVI® SIÈCLE

Collection de M. le baron Alphonse de Rothschild

Cette aiguière est un des chefs-d'œuvre de cette série si rare de céramiques françaises de la

Renaissance, dont on ne connaît qu'une soixantaine de pièces réparties entre les musées du

South-Kensington, de l'Ermitage et les grandes collections particulières

Louvre, de Cluny, du françaises et étrangères.

Le principe décoratif, entièrement linéaire, était l'incrustation, sur un fond uni, de terres colorées dans les sillons que la matrice avait laissés dans la pâte fraîche encore. Puis venaient s'ajouter souvent des reliefs et des appliques moulés à part et fixés à la barbotine.

Ce procédé d'’incrustation de terres colorées sur un fond uni était une technique toute traditionnelle qu'employaient les ateliers de potiers du moyen âge dans leurs carreaux de pavement

Le bec est fait d'une coquille d'où part une anse en forme de sirène dont l'avant-corps vient s'appuyer sur la partie supérieure de la panse. Le col est composé de trois bandes d'ornements linéaires légèrement renflées. La panse, décorée à sa partie supérieure d'ornements linéaires cantonnés de mascarons, présente à sa partie inférieure un treillis d'entrelacs encadrant des G, où M. Benjamin Fillon prétendait voir l'initiale de Claude Gouflier, seigneur d'Oiron.

Cette pièce, qui date sans doute des dernières années du règne de François I" ou des premières du règne de Henri IT, faisait partie de la collection Magniac, à Londres, avant d'entrer

dans celle de M. le baron Alphonse de Rothschild.

ÉORS. ŒuE - pm w Dos

DR tm — tn

ÉEASL

Faïence d'après Briot PAR BERNARD PALISSY, 1510-1590

Collection de M. le Baron Gustave de Rothschild

Ce plat circulaire, à ombilic, présente au centre une figure de la Tempérance assise, tournée vers

la gauche, tenant une coupe de la main droite et une aiguière de la main gauche. Autour de l'om-

bilic, quatre médaillons ovales portent des figures étendues, représentant les quatre Éléments. Le marli présente huit médaillons, séparés par des mascarons et des ornements de fleurs, oiseaux et fruits, et décorés de figures, assises ou couchées, représentant la Musique, l'Arithmétique, la Géométrie, l'Astronomie, la Grammaire, la Dialectique et la Rhétorique.

L'harmonie des émaux jaspés de bleu, de violet et de vert, est superbe et fait de cette pièce une épreuve rare, qui ne le cède nullement à celle du Musée du Louvre.

Ce plat est la reproduction céramique d'une pièce célèbre d'étain, œuvre de l’orfèvre François Briot. On peut ainsi, par cet exemple, surprendre un des procédés qu’il ne répugna nullement à Palissy d'employer, le moulage servile d'une pièce d'orfèvrerie, qui lui permettait de supprimer la lente besogne du modelage. C’est à ce procédé que l'on doit de même toute la série de ses

faïences, dites rustiques, décorées d'éléments naturels.

Collection de M. le

Cette aiguière en forme d

un fond émaillé de bleu se détachent des ornements :

Pomone et une Source, entre un mascaron entouré de feuil L'anse en volute térieur est jaspé.

De forme très élégante, € décoratifs empruntés, comme médai

Les sujets des deux

emprunta par l'intermédiaire

est ornée d'une figure de femme nue tenant une

AIGUIÈRE

Terre émaillée, par Bernard Palissy 1510 (?) - 1589 (?)

baron Alphonse de Rothschild

e casque, à panse aplatie et ovale, repose sur un pied ovale. Sur sur la panse, deux médaillons représentant un mufle de lion et un masque de femme: au-dessous du goulot, ages.

L'in-

corne d'abondance.

‘une construction fine et gracieuse, cette

aiguière porte les motifs

dans beaucoup d’autres pièces de Palissy, à l'orfèvrerie repoussée.

lons appartiennent à ce cycle de représentations que Palissy

des graveurs, et en particulier d'Étienne Delaune, aux maîtres

italiens de l'École de Fontainebleau. C'est une pièce de grande rareté ; la collection du Musée

du Louvre, pourtant si riche,

n'en possède qu'une semblable.

Celle-ci, avant d'entrer dans la collection de M. le baron Alphonse de Rothschild, était

passée par les collections Fountaine et Spitzer.

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