‹ L'exposition rétrospective de l'art décoratif français (volume 2)Chapitre 25 sur 52 · XII° ET XIV‘ SIÈCLES · texte numérisé non relu

XII° ET XIV‘ SIÈCLES

Église de Jaucourt (Aube)

eliquaire, de travail byzantin du xu siècle, se compose d'une boîte à coulisse. Le fond egt

creusé d’une croix à double t rse et offre, en repoussé, deux figures de Constantin et d'Hélène.

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Au centre du couvercle à coulisse est réservée une croix cantonnée de deux anges et de deux figures

saint Jean et de la Vierge repoussées et gravées d’ornements. Le support, qui date du xive siècle, est formé de deux anges en vermeil à figures peintes, agenouillés sur une plate-forme portée par quatre lions. Cette plate-forme porte une inscription

qui rappelle la donation que fit, du reliquaire, à son église, « Marguerite Darc, dame de Jaucourt »

n'est pas un des innombrables visiteurs du Petit Palais, au cours de l'Exposition de 1900, qui ne garde un souvenir particulièrement impérissable des collections d'orfèvrerie religieuse réunies dans les salles centrales. C’est qu'en effet, de mémoire de vieil archéologue, on n'avait jamais vu groupée une semblable série de ces monuments. Et les plus belles tapisseries

de nos cathédrales faisaient, à ces merveilles d’or, d'argent ou de cuivre,

le plus splendide des écrins.

I serait injuste de ne pas reporter aux archevêques et évêques, ainsi qu'aux conseils de

abriques, la gratitude publique qu'ils ont si bien méritée. Il est bien peu de trésors d’églises importants qui n’aient été, pendant ces six mois, dépouillés de leurs objets les plus précieux. Et quelle démonstration historique pouvait être plus éloquente que celle-ci, qui nous prouvait la docilité avec laquelle cette branche de notre art national avait suivi les évolutions de sa génératrice, l'Architecture ! Ce qui fait qu'on ne peut bien en suivre l'histoire et en comprendre le développement qu’en connaissant bien l'architecture du Moyen Age et de la Renaissance. Ce n'est pas ce qui se passa dans d’autres pays, en Italie par exemple, à l'époque de la Renaissance, où les orfèvres furent les éducateurs des plus grands artistes peintres ou sculpteurs.

Les châsses destinées à abriter les reliques des saints ne sont-elles pas la réduction des

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5 : Métiers PE RE RES , ; Se” sé ; n PE 5 18 ORFÈVRERIE RELIGIEUSE

sarcophages de pierre où étaient déposés leurs corps? Et cela ne nous est-il pas démontré, dès l'époque mérovingienne, par la curieuse châsse d’or conservée à Saint-Maurice.Ad'Agaune, et par les deux petites châsses si typiques de Saint-Benoît-sur-Loire et Saint-Bonnet-Avalouse, exposées à la Rétrospective ? Ces monuments de bois, recouvert de lamelles de cuivre estampé, présentent les premiers tâtonnements d'orfèvres français du vu® siècle, pour représenter la figure humaine, et doivent nous être infiniment vénérables.

L'époque carolingienne a été pour l'orfèvrerie une période de transition du plus haut intérêt, puisque bien des techniques anciennes, telles que la verroterie cloisonnée, l'émail cloisonné, l'emploi des pierreries et du filigrane, s'associent avec ce procédé nouveau de l'émail champlevé ou taille d'épargne. D’heureuses fortunes ont permis à un des trésors les plus riches de cette époque de venir jusqu’à nous, et il n'est pour ainsi dire aucun des monuments capitaux qui le composent que le digne abbé qui en a la garde n'ait apporté lui-même, en personne, et déposé

dans les vitrines du Petit Palais : je veux parler du trésor de l’Abbaye de Conques en Rouergue.

I1 est très probable que cette abbaye, qui existait déjà à l'époque mérovingienne, eut, sous les Carolingiens, des ateliers d'orfèvres comme en possédait toute importante abbaye d'alors. On pourrait donc ainsi considérer comme fabriqué dans l’abbaye même le Reliquaire de Pépin I“ roi d'Aquitaine, qui compte parmi les plus anciennes pièces d'orfèvrerie française. Le doute n'est pas possible pour les monuments du Trésor qui datent de la fin du x° ou du xr° siècle. Un document tout à fait précieux, le Livre des Miracles de sainte Foy, racontés par Bernard, écolâtre de Chartres, et dédiés à l'évêque Fulbert, nous donne maint détail sur les œuvres d'orfèvrerie que les ateliers de l’abbaye produisirent alors.

Les curieux, que le voyage de Conques pourrait rebuter, auront eu la bonne fortune de pouvoir admirer l’un des plus extraordinaires monuments que nous ait laissés le haut Moyen

la statue d’or de la patronne de l'abbaye, sainte Foy, icône d'aspect sauvage devant

laquelle tant de générations de pèlerins se sont extasiées. aite de lamelles d'or appliquées sur une âme de bois, elle est assise sur un siège à dossier dans une attitude de rigidité hiératique où Darcel retrouvait « quelque chose de la solennité et du mystère des figures égyptiennes ». La longue robe est parsemée de pierreries et de joyaux qu'au cours des siècles la piété des fidèles y est venue accrocher. On y trouve même des camées et des intailles antiques de la plus grande valeur.

On pourrait, avec les monuments du Trésor de Conques, raconter l’histoire de l'orfèvrerie française pendant dèux siècles jusqu’au xn°, avec le Reliquaire du Pape Pascal, avec le reliquaire en forme dé lanterne dit Reliquaire de saint Vincent, avec ces deux beaux autels portatifs, en forme de tablettes, l'un en albâtre, l’autre en porphyre rouge, l'un sans émaux avec des nielles admirables, l’autre filigrané, montrant au milieu de cabochons, des petits émaux cloisonnés, soit byzantins, soit français, ainsi que le beau travail de Darcel l’a établi, monu-

ments uniques qui furent exécutés à Conques sous le gouvernement de l'abbé Bégon (1099-1188).

Un autre monument, du plus haut intérêt pour la critique, nous fut aussi apporté, l'A dit de

Charlemagne, où l'on est disposé à reconnaître maintenant une pièce exécutée au commencement du xu° siècle sous le gouvernement de l'abbé Bégon III, et qui devait, faisant pendant à un Q, être suspendue aux bras horizontaux d'une croix de grande dimension.

D'une grande importance aussi sont les objets auxquels le nom de saint Gozlin, évêque de Toul au milieu du x° siècle, est demeuré attaché : le beau calice d’or et sa patène, enrichi de pierreries et d’émaux cloisonnés, l’évangéliaire à couverture d’orfèvrerie, et le peigne litur-

gique, qui appartiennent maintenant au trésor de la Cathédrale de Nancy, et qu'il faut déclarer

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résolument bien français, ne serait-ce que pour infirmer l'étrange opinion qui voulait reconnaître

en ces objets des œuvres byzantines.

Un monument très remarquable a longtemps aussi pu être considéré comme byzantin, c’est

le magnifique pied de croix du Musée de Saint-Omer, qui appartint jadis à l'abbaye des Bertin, et qui est sorti des mains d'artistes lorrains qui travaillaient au xn° siècle un peu partout, aussi bien à Saint-Denis que sur les bords du Rhin, prouvant ainsi qu'à cette époque l'art de l'orfèvrerie était international. On ne peut dire davantage que les deux reliquaires provenant de l'Abbaye de Saint-Riquier sont flamands, tellement le style de la ciselure, les formes, l'application des nielles, sont des caractères qu’on retrouve dans toutes les œuvres d’orfèvrerie de tous les pays flamingants d’alors.

Tout à fait à part doit être classé et admiré le monument peut-être le plus beau de toute l'orfèvrerie française du Moyen Age, le Calice d'or de saint Remi, de la Cathédrale de Reims, d'une forme si pure, d'un richesse si sobre et si discrète de décoration, avec ses gemmes, ses émaux et ses filigranes.

Les Limousins étaient déjà célèbres comme émailleurs, bien avant que Suger n'ait appelé des artistes lorrains à Saint-Denis. Mais, d'esprit essentiellement conservateur, ils ne se dégagèrent que très lentement des influences byzantines qui ont pesé pendant tant de siècles sur l’art occidental. Apparu dès le 1x° siècle, le procédé du champlevé ne détrôna pas les autres procédés comme le cloisonné, qui survécut longtemps à côté lui, et que d'ailleurs il contrefit pendant

longtemps. Au xu° siècle, le champlevé ou taille d'épargne était un art savamment pratiqué en |

France, et déjà un des principaux éléments décoratifs de l'orfèvrerie. Les personnages sont émaillés à plat, sur un fond de cuivre ou un fond émaillé, comme le saisissant Geoffroy Plantagenet, plaque tombale, qui, de l'église Saint-Julien du Mans, est passée au Musée de la ville. Deux autres monuments du même genre, la plaque tombale d'Eulger, évêque d'Angers, dont Ï

Gaignières a laissé une aquarelle, et l’admirable effigie mortuaire de Saint-Nicolas de Bari,

publiée l'an dernier par M. Bertaux dans le recueil des Mélanges Piot, affirment bien tous deux une origine limousine indéniable.

A la fin du siècle, l'émail appliqué sur des reliefs apparaîtra, puis le relief en pure orfèvrerie sera assez généralement employé, et on verra à Limoges appliquer sur des fonds émaillés des

têtes fondues et ciselées en relief. Le xm° et le xiv° siècle furent, pour Limoges, des époques

d'activité artistique extraordinaires. Les ateliers laïques avaient détrôné les ateliers monastiques

andaient à travers l’Europe des châsses comme celles d'Ambazac, de Bellac, de Sarran-

colin, de Gimel ou de Nantouillet, des crosses comme celles des collections Martin Le Roy,

Oppenheim, Bardac ou Chandon, des pyxides comme celles de la marquise Arconati ou de Sir

Taylor, des croix processionnelles comme celles de Chartres, d'Amiens, de Bordeaux, de Bourges.

Quelques-unes des châsses que nous venons de citer portent des personnages en relief entière- :

ment émaillés, les têtes sont tantôt exprimées à plat, tantôt rapportées en relief. Le fond de

métal est parfois gravé délicatement d’un dessin vermiculé, et les monuments qui portent ce

signe sont d’un travail particulièrement précieux et d'une grande beauté de couleur dans les | émaux. L'atelier qui les produisit était sans doute composé d'ouvriers habiles et très artistes.

Toutes ces œuvres allèrent porter en Espagne, en Italie, dans les pays du Nord, la renommée

de l'industrie des bords de la Vienne. |

Pendant ce temps, les artistes du nord de la France et des pays flamands poursuivaient

leurs travaux d'orfèvrerie pure, où le champlevé n'avait pas, comme à Limoges, supplanté les

autres éléments décoratifs. Ils apportaient peut-être dans leurs recherches plus de goût, un

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style plus sévère qui s'inspirait plus étroitement de l'architecture contemporaine. Le Calice de

saint Remi est le plus pur chef-d'œuvre que nous ait laissé le x1° siècle. Le beau ciboire d'argent doré de la Cathédrale de Sens, le reliquaire de la Sainte-Épine des Augustines d'Arras {Collection S. Bardac), les croix d'Amiens et de Rouvres, le bras reliquaire du Musée de Rouen, sont parmi les chefs-d'œuvre du xur siècle. Dans ces pièces d'orfèvrerie de toutes formes, tous es procédés se trouvent pratiqués souvent par des mains rudes, dépourvues d'adresse : mais la conviction y est arrêtée, le style de l'époque respectueusement suivi, et le caractère ornemental toujours juste et exactement adapté à l'objet. Les matières les plus diverses, or, argent, émail, pierres fines, y sont utilisées avec un sens étonnant de la couleur, de l'harmonie et de la composition décorative.

Nous savons par les textes que les xIv* et xv* siècles virent apparaître en France les pièces es plus somptueuses que l'orfèvrerie ait produites. La merveilleuse coupe d’or émaillé, qui srovient sans doute du trésor de Charles V, est passée malheureusement de la collection du aron Pichon au British-Museum, et nous devons à tout jamais regretter de n'avoir pas su la conserver dans nos collections nationales. La Rétrospective n'a pu montrer que le charmant keliquaire aux angelots de Jaucourt, la Couronne du Paraclet d'Amiens, le Reliquaire de Sainte- Aldegonde de Maubeuge, les ex-voto offerts par Henri Il et Henri IT à la Cathédrale de reims, et des fragments, comme les deux figurines d’or de M. Corroyer.

Le goût de l'orfèvrerie fut loin de se ralentir au xvi' siècle, et l'influence italienne n'avait

as attendu la venue de Cellini pour s’y faire sentir. Mais une nouvelle forme de l'émaillerie,

‘émail peint, allait jouir d’une vogue incroyable, et sa pratique n'allait pas tarder à s’intro-

duire dans la plupart des œuvres d’orfèvres.

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