‹ L'exposition rétrospective de l'art décoratif français (volume 2)Chapitre 41 sur 52 · PET EE TT · texte numérisé non relu

PET EE TT

LBRPEAMMONMUIE Email peint DEUXIÈME MOITIÉ DU XV° SIÈCLE Collection de M. Cottereau Partie centrale : le Christ en croix entre les deux 1

les Saintes femmes et saint Jean se tiennent au pied de la croix, à gauche des cavaliers Sur le volet droit, saint Jacques en pèlerin lit un livre

Sur le volet gauche, sainte Catherin

tenant ba Maria, Monvaerni.

Ce triptyque est donc un monument des plus précieux pour ét précurseur de w

us les peintres émailleurs de Lim

s qui, dès la deuxième moitié de apportait déjà dans la technique de

ail peint une grande habileté, et caractère.

Ce triptyque célèbre est pas

en 1889 de la collection Od

ons : à droite, Longin lui perce le flanc,

e glaive, sur la lame duquel se lit:

dierce mystérieux artiste, le N

surtout un 6

iot dans la collection de M. Cottereau

LES ÉMAUX PEINTS

ss est intéressant de constater, ainsi que le faisait tout récemment M. Émile A : à | Molinier, dans /a Gazette des Beaux-Arts, que l'art industriel de l’Émaillerie à Limoges, en le prenant aux deux principales étapes de son évolution, après avoir brillé d'un si vif éclat, a, pour des causes identiques,

langui, puis s'est desséché, étouffé par des traditions routinières d’où les

| ateliers limousins n’ont su se dégager. Il fallut un siècle de silence et

re ak | d'oubli, tout le xv°, pour que Limoges, grâce à l'émail peint, pût se relever de la faillite de ses industries d'art, et reprendre, dès le début du xvi° siècle, une marche glorieuse qui la mena jusqu'au milieu du siècle suivant.

L'émail peint, somme toute, peut être assimilé en ses procédés à une peinture sur verre, puisque l’émailleur exécute son sujet au moyen de couleurs vitrifiables, d'émaux, sur un autre émail étendu sur une plaque de cuivre, et qui lui sert de matière subjective. Et il est curieux de constater qu’à l'origine de cette fabrication on retrouve les peintres verriers, en Italie comme en France, à Murano comme à Limoges. Faut-il admettre qu'il y ait eu influence exercée d’un pays sur l'autre, et que les Italiens aient été les initiateurs des Limousins? Il est évident que les Vénitiens avaient, au xv’ siècle, de nombreux comptoirs commerciaux à Limoges, et qu'ils durent y importer des verreries dont les artistes de Limoges purent s'inspirer. Mais ces derniers, en gens pratiques, virent tout de suite le parti qu'ils pourraient tirer de ce procédé de l'émail peint, et au lieu de prendre comme matière subjective l'argent, ils employèrent le cuivre, réduit en feuilles minces, et permettant de donner à ces produits un caractère commercial qu'ils

ne pouvaient avoir en Îtalie.

LES ÉMAUX PEINTS

Il existe des spécimens d'émail peint français plus anciens qu'on ne croit généralement, et, il y a quelques années, M. Courajod découvrait au Musée des Antiquaires de l'Ouest, à Poitiers, deux petites pièces émaillées sur cuivre, provenant sans doute d’une ceinture, et représentant des personnages en costume de 1450. Le recueil de Gaignières renferme un dessin d’une pièce plus importante, qui n'existe plus malheureusement, un hanap ou coupe couverte, sur la panse de laquelle des seigneurs et dames chassent, vêtus à la mode du temps de Charles VII. Un petit

Feuilles et une plaque du Musée de Limoges nous

reliquaire de l'église de Saint-Sulpice-les fournissent des dates certaines : le premier, dont la base est décorée d'émaux peints, porte les armoiries de Guillaume Lallemand, abbé de Grandmont en*1477, la seconde celles de Jean de Montbas, évêque de Limoges de 1486 à 1510.

Il existait, à l'Exposition rétrospective du Petit Palais, un émail peint du xv° siècle qu'il convient de signaler particulièrement. C'est un hanap, qui appartient à M. Thewalt, bourgmestre de Cologne, et qui est entièrement décoré en grisaille, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Sur un fond noirâtre, des singes jouent au milieu de rinceaux. Le modèle fut indéniablement

une estampe des Pays-Bas ou d'Allemagne. Et cependant il est impossible, d'après la technique, de ne pas reconnaître là un monument français, quelque étrangère qu’ait pu être la source d'inspiration du peintre-émailleur.

Aux dernières années du xv° siècle il convient d'attribuer toute une série d'émaux peints signés d’un mystérieux artiste qui se serait nommé Monvaerni. On a dit que c'était un nom tronqué, ou incorrectement orthographié. Une pièce de la collection Dzialynska porte la signature Monvaer, un triptyque de l'ancienne collection Odiot, prêté à la Rétrospective par M. Cottereau, porte le nom Monvaerni. Une plaque rectangulaire, représentant un saint Martin (collection S. Bardac) et une autre plaque, une Mise au Tombeau de la collection G. Chalandon, semblent bien des œuvres du même artiste. Ce n'était pas un dessinateur impeccable, mais c'était du moins un remarquable coloriste, très habile à rehausser d'or les tonalités déjà riches de ses émaux. Il aimait, comme dans les tapisseries de cette époque, établir des premiers plans avec des plantes et des fleurs de fantaisie très naïvement traitées.

Les auteurs d'émaux peints n'avaient aucune imagination, il n'est pas une de leurs œuvres qui soit de création personnelle : toutes sont des traductions, presque toujours même des copies d’estampes allemandes, flamandes ou françaises de l’époque. Ceux qui ont fait des portraits s'adressaient alors à des dessinateurs de métier qui exécutaient les figures, que les émailleurs n'avaient ensuite qu'à reporter.

Dès le début du xvi° siècle, on peut constater l'existence à Limoges de familles d’émailleurs, véritables dynasties qui se perpétueront jusqu'en plein xvi° siècle. Celle des Pénicauc paraît être la plus ancienne, du moins par son chef Nardon, qui naquit vraisemblablement entre 1470

et 1480 et qui vivait encore en 1539. Il emprunte lui aussi ses sujets aux graveurs flamands

ou allemands ; il les traduit en des scènes religieuses, sur des plaques réunies en di ptyques ou triptyques ; ses émaux se recommandent par une coloration particulière, une sorte de ton violacé donné aux chairs et l'emploi de l’or dont les vêtements sont légèrement rehaussés. Dans les compositions qui ne sont pas à fonds d'architecture et où le paysage intervient, le ciel, d’un bleu intense, est semé d'étoiles d’or. Toutes ces caractéristiques se trouvent dans les beaux triptyques du Musée d'Orléans et du Musée de Bourges, dans la curieuse châsse de saint Loup à la cathédrale de Troyes et dans certains émaux des collections Boy et Cottereau.

Jean I* Pénicaud, frère ou neveu de Nardon, se différencie de lui par l'emploi un peu

excessif du paillon et le papillotage des tons. Les deux plaques de la collection Garnier

LES ÉMAUX PEINTS

(Descente de Croix et Résurrection), et la série fameuse de l'Énéide, prètée par M. Jules Por

gès, permettent de le juger entièrement. — Tout autre, et artiste bien plus délicat, est son frère Jean II Pénicaud, dont les émaux peints en grisailles sont des œuvres d'art exquises et raffinées,

armonieuses et douces. Et quand il emploie le paillon, la couleur ou l'or, il le fait toujours avec une grande discrétion. Les collections Paul Paix de Douai. Garnier, Bardac, Mannheim et

es Musé

s d'Aix et de Langres en ont présenté des exemplaires tout à fait beaux. — Avec Jean IIT, fils ou neveu de Jean II, apparaît le style de l'École de Fontainebleau, car nous sommes avec lui dans la seconde moitié du xvi° siècle. Comme dessinateur, il ne manque pas d’habileté et de sûreté, et ses émaux prétendent souvent au mérite de la véritable peinture ; es deux grandes plaques du Musée de Dijon (Samson et Dalila) sont ici importantes.

Des noms d'émailleurs moins connus, tels que Martin Didier, sont représentés par de belles

œuvres comme la plaque des Trois Grâces de la collection du baron Oppenheim et le grand

riptyque de M. Ch. Mannheim ; les deux Couly Nouailher et Pierre Nouailher par la plaque de la Crucifixion de l’église Saint-Remi de Reims et le coffret du Musée de Saint-Omer.

Deux peintres émailleurs, qui furent contemporains et acquirent à Limoges une véritable célébrité pendant le cours du xvi° siècle, nous permettront de clore par deux noms glorieux cette brillante série d’artistes. L'un d’eux, Léonard Limosin, a joui de son vivant d’une popularité que le temps a respectée. Il la dut surtout à ses portraits éfnaillés où il cherchait à fixer les traits de ses contemporains par des moyens strictement picturaux. Maïs il lui fallait de plus

apporter à cet art une habileté technique très grande et rester maître du feu de telle sorte que

nul accident de four ne vint modifier l'œuvre à son premier état. Il y avait acquis une telle

sûreté que ses portraits eurent la même vogue que ceux des plus grands peintres de son temps. Les collections des barons Alphonse, Gustave et Edmond de Rothschild ainsi que celle de M. Maurice Kann, ont permis d'admirer quelques-uns de ces admirables portraits-médaillons, ceux de Catherine de Médicis par exemple. Léonard Limosin travaillait à la cour de François I“ et de Henri II, et s’inspirait souvent de dessins de maîtres, de Clouet par exemple. Une œuvre célèbre, et à juste titre, est le grand plat ovale connu sous le nom de Plat du Festin des Dieux, de la collection Alphonse de Rothschild. Les principaux personnages de la cour de Henri II s'y trouvent représentés, le Roi lui-même, sous les traits de Jupiter, entre Diane de Poitiers et Madame de Fleming. Cette pièce célèbre provient de la collection Fountaine.

Une de ses œuvres les plus considérables fut cette série des grands émaux représentant les Douze Apôtres, commandée par François I‘ d’après les cartons du peintre Michel Rochetel. Après avoir décoré la chapelle du château d’Anet, ils furent transportés à l’église Saint-Père de Chartres. On en trouvera ici une représentation. C'est là, avec les deux retables de la Sainte-Chapelle que possède le Musée du Louvre, l’ensemble le plus somptueux que nous ait laissé Léonard Limosin, et par lequel il a cherché à s'élever jusqu’à la grande peinture décorative.

Le catalogue de l'œuvre de Léonard Limosin reste à faire; ce serait une monographie d’une assez grande étendue et qui relèverait à son actif une longue série d'œuvres très variées. Le plus grand émailleur de Limoges mériterait un tel travail.

Pierre Reymond, le contemporain de Léonard Limosin, dont la famille a constitué, elle aussi, à Limoges une dynastie d'émailleurs, sera le seul et le dernier dont nous parlerons.

on retrouve souvent dans ses œuvres une survivance de

Artiste de goût, dessinateur pré l'ancienne technique, celle de Jean I“ Pénicaud par exemple. Il se révèle souvent coloriste

subtil dans l’art qu'il apporte à associer les bleus et les verts. On peut le juger excellemment

LES ÉMAUX PEINTS

ici par la merveilleuse coupe, d’une coloration si délicate et si rare, et par deux petits coffrets de la collection de M. le baron Alphonse de Rothschild. La renommée de Pierre Reymond fut sans égale dans l’art de décorer la vaisselle de dressoir, dont, pendant plus de cinquante ans, il a fabriqué un nombre de pièces considérable. Elles étaient le plus souvent décorées de scènes empruntées aux gravures de Marc-Antoine ; les revers sont toujours très ornés de cartouches, de rinceaux et de médaillons. Le beau service d'assieites des Douze Mois, de la collection Ch. Mannheim, ne saurait être trop admiré.

Pierre Reymond, lui aussi, comme Léonard Limosin, s'était essayé dans des émaux décoratifs de grande dimension. Les pièces destinées à la décoration du château de Madrid, au Bois de Boulogne, et. que le musée de Cluny a recueillies, en sont les témoignages. Mais il dépassa la mesure, et força inutilement les limites d'un art que la délicatesse de ses procédés devait maintenir dans de petites proportions.

On ne saurait pousser plus loin que le début du xvu° siècle l'étude des peintres émailleurs de Limoges. Sans doute, des familles telles que les Courteys et les de Court produiront jusqu'au

xvu® siècle des artistes recommandables, et le nom de Suzanne de Court est un des derniers qui

puissent étre sauvés de l'oubli. 11 règne encore sur leurs vies, malgré tous les documents qui ont pu être mis à jour, une incertitude qu'il restera difficile de dissiper. Toutes les familles anciennes d'artistes étaient encore alors représentées, mais leurs travaux n'étaient plus que de

pratique, conduits par des traditions bien altérées : la note d'art y fait absolument défaut.

GORRR'ET Émail peint

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