ÉPOQUE LOUIS XVI
Collection
M. Chappey
Dans ces lambeaux, d'une extrême élégance, d'une très heureuse composition, il faut
idmirer le travail du ciseleur. À aucune époque on ne sut traiter d'une
façon plus habile et plus légère le métal, devenu aussi souple qu'une cire entre les mains de l'artiste.
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ORFÉVRERIE CIVILE
ous nous sommes occupés, dans un précédent chapitre, de l’orfèvrerie religieuse au Moyen Age et à la Renaissance, et nous avons vu l'importance du développement qu’elle prit jusqu’au xvi° siècle. Les Guerres de Religion, la Ligue et la Guerre de Trente Ans arrêtèrent un peu son essor, et l’on vit un artiste tel que François Briot créer, avec une matière de moindre
valeur telle que l’étain, une orfèvrerie civile qui ne pouvait être d'usage
commun, et que cette matière même, triste et terne, faisait assez pauvre-
ment décorative. Elle remplaça pendant la seconde moitié du xvi° siècle
cette orfèvrerie de bronze et de cuivre qu’on avait appelée dinanderie. L'étain étant une matière
essentiellement malléable n'était jamais repris à l'outil, ni ciselé. On se contentait de le mouler
et de le graver à la matrice. Les pièces moulées sont plutôt de la fin du xvi siècle. On les coulait dans des moules de métal ou de pierre.
Nous savons qu'il y eut sous Louis XIII, en dehors de ceux qui nous ont été conservés,
quelques beaux objets d’orfèvrerie religieuse fameux à cette époque. Le cardinal de Richelieu
avait donné à la chapelle de la Sorbonne un très beau soleil d’or, qu'on montrait les jours de grande solennité. Le Garde-Meuble conserva, jusqu'à la fin du siècle dernier, la chapelle d’or que Richelieu avait offerte à Louis XIII, le 1® juin 1636, dont toutes les pièces étaient enrichies
de rubis et de diamants. Notre-Dame de Lorette reçut, d'Anne d'Autriche et de Louis XIII, un
groupe représentant le petit Louis XIV en or, porté par un ange d'argent, œuvre due vraisem-
blablement au sculpteur J. Sarrazin.
ORFÈVRERIE CIVILE
Les mémoires du temps, les contrats de mariages, les descriptions de festins et de ballets parlent fréquemment d'objets d'orfèvrerie de vermeil, dont l'emploi semblait être devenu fréquent. Le Louvre possède un coffret d'or ciselé en feuillages délicats, en rinceaux élégants, merveille de ciselure, qui aurait été offert à la reine Anne d'Autriche par Mazarin.
Lorsque Louis XIV prit en main le gouvernement du royaume, il s'adressa aux orfèvres
pour rehausser, par l'éclat des matières précieuses, le luxe de ses appartements et de sa table du Palais de Versailles. L'orfèvrerie fut alors avant tout pompeuse et décorative. Claude Ballin fut un des orfèvres qui collaborèrent le plus heureusement, avec Lebrun, pour constituer ces merveilleux ensembles. En dehors de ses travaux d’orfèvrerie religieuse, qui furent importants, il créa une quantité de pièces d'orfèvrerie de service ou d’apparat, que Charles Perrault énumère complaisamment dans la notice qu'il lui consacra dans son livre des Æommes Illustres. Mais toutes ces belles choses étaient d’or, de vermeil ou d'argent, et le creuset du fondeur en a eu facilement raison. Il faut déplorer à tout jamais la fatale décision que prenait, le 3 décembre 1689, le Roi, de faire envoyer à la Monnaie toute la vaisselle plate qui servait sur ses tables, et les déclarations par lesquelles il invitait ses sujets à imiter son exemple. De pareilles mesures ont privé la France d'œuvres admirables. Un très petit nombre a survécu; les surtouts d'argent prêtés par M. Stein sont, de ce fait, des objets tout à fait rares.
Un artiste peu connu travaillait pour Versailles dès 1664 ; ce fut ce René Cousinet, dont nous ne savons rien d'autre, sinon qu'il donne le Mar à Notre-Dame en 1665, et qu'il fut garde du métier jusqu’en 1685. Ce fut sans doute son fils qui partit pour Stockholm en 1693 et qu’on retrouve encore, en 1700, orfèvre du roi de Suède. Serait-ce un autre de ses fils, ou un de ses petits-fils, cet Henri-Nicolas Cousinet, dont une œuvre d’orfèvrerie de table, capitale pour l’art de cette époque, fut exposée au Petit Palais? C'est un service d’orfèvrerie en vermeil, qu'il
aurait exécuté en 1729 pour la reine Marie Leczinska, à l’occasion de la naissance du Dauphin,
et qui, après des pérégrinations à l'étranger, peut-être emporté, aux temps révolutionnaires, par une famille d'émigrés, est revenu en la possession de M. Chabrières-Arlès. Le service se compose de vingt-quatre pièces : une bouilloire et son trépied, un moulin, deux tasses montées en bronze avec leurs soucoupes, une théière, un sucrier, trois cuillères, un pot à crème, une pince,
une passoire, des flacons, une sonnette et un bougeoir. C'est un des ensembles les plus exquis
e extrême,
que nous ait laissés le règne de Louis XV; le travail de ciselure est d’une délicates l’ornementation tout à fait discrète et fine.
Avec Louis XIV, l’orfèvrerie, comme d’ailleurs les autres arts, avait dû marcher sous la discipline de Lebrun et des ateliers des Gobelins. On sent, avec Louis XV, que quelque chose a changé, qu'un peu plus de liberté et de fantaisie individuelle est laissé à l'artiste. L'orfèvrerie, qui jusqu'alors avait été essentiellement décorative et subordonnée à la décoration des plus belles salles des palais royaux, devient plus personnelle et plus intime. Le Roi ne fait
plus seul la mode et ne régit plus seul le goût; les favorites ont donné leur avis et la Cour
ne craint pas d’avoir le sien.
Claude Ballin, l’orfèvre de Louis XIV, avait laissé un neveu, auquel toutes les commandes du début du règne de Louis XV allèrent. Un seul artiste contre-balança à ce moment ses succès, c'était Thomas Germain, dont toute la Cour fut engouée, et dont les rares qualités de ciseleur furent exaltées par Voltaire lui-même. C’est dans le recueil de planches qu'il a réunies sous le titre d'Éléments d'Orfèvrerie qu'il faut l’étudier. Sans doute il fut, comme tant d’autres, influencé par le goût italien, et, ayant passé ses années de jeunesse à Rome, l’astre du Bernin l'avait
ébloui. On peut lui reprocher souvent de la redondance dans l’ornement, un style inutilement
SI
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fougueux et agité. Ces défauts sont surtout flagrants dans les grands ouvrages qu’il dut exécuter
pour les églises. Maïs il sut toujours conserver une sage raison, une sobriété de bon goût dans les travaux où l’on exigeait alors un peu plus de liberté, de fantaisie. On pouvait le juger excellemment d’après un beau miroir encadré de bronze doré, appartenant à Madame Schneider, et surtout d’après une grande soupière d'argent de forme ovale, à plateau de bords contournés et à couvercle surmonté d'une grenade entr'ouverte, qui appartient à M. le comte d'Haussonville ; elle est signée, sur le bord : F.-T. Germain, orfèvre du Roy, aux Galleries du Louvre, 1775.
C'est pour avoir trop souvent oublié, dans les écarts d’une imagination déréglée, la destination de l’objet même auquel il travaillait que Juste-Aurèle Meissonnier nous rebute presque toujours par ses formes hérissées et compliquées, par l’absence de rythme et d'harmonie de ses œuvres. Son titre officiel de dessinateur ordinaire de la chambre du Roi lui permit d’exercer,
jusque vers 1750, une influence plutôt néfaste.
Jacques Roœættiers, dont la vie se prolongea jusqu’à la fin du siècle et dont Germain a publié de nombreux modèles dans son cahier d'éléments d'orfèvrerie, reçut, sous Louis XV et sous Louis XVI, de nombreuses commandes. On lui attribue la monture d’or d’une admirable buire
d'onyx, une des merveilles de l'orfèvrerie du xvin® siècle, qui, de la collection Hamilton, est
passée dans les collections de Madame la baronne James de Rothschild. F Parmi les sculpteurs ornemanistes et les ciseleurs, il ne faut pas oublier ce Philippe Caffieri,
le frère du grand sculpteur. Les flambeaux du maître-autel de la cathédrale de Bayeux et les
beaux chandeliers de Madame la baronne James de Rothschild pourraient vraisemblablement lui être attribués.
Gouthière, enfin, le plus prestigieux de tous, le ciseleur sans égal, devait être l'artiste favori de Madame du Barry et orner le Pavillon de Louveciennes des plus beaux bronzes que le xvin‘ siècle ait connus. Qui n'a présents à la mémoire les feux de la cheminée de Louve-
ciennes, recueillis par notre Garde-Meuble, et qui sont bien 1 plus surprenantes réussites d'outil dont un ciseleur puisse s’enorgueillir ? Ils représentent tous deux un sujet de chasse, un sanglier et un cerf sur des rochers; la tige de recouvrement porte divers gibiers et
attributs de chasse enlacés de branchages de chêne. Ces feux firent partie des collections que
la Convention avait créée pour l'instruction nationale. Ils furent, la Révolution passée, réin-
au Palais des Tuileries, où le feu, en 1871, les fit beaucoup souffrir. C’est une des
grandes merveilles que nous ayons conservées de l’art de Gouthière, et la place de pareils chefs-d’œuvre est au musée du Louvre. Si l’on peut avoir quelque hésitation devant la plus belle des pendules de bronze qui aïent été prêtées au Petit Palais, celle de M. Bianchi, dont
les deux femmes en bronze doré qui soutiennent le cadran sont d’un faire simple et large
qui rappelle plutôt Delafosse, de même que devant les deux superbes vases appartenant à M. Scott, on ne saurait douter devant la délicieuse petite pendule de la collection de M. Vever,
ées au cadran. Ce nom de Gouthière, d’autres objets
où deux femmes nues et drapées sont ados
le proclament, tels que les deux appliques de la collection de Mademoiselle Grandjean.
Cet art de la ciselure, qui trouva dans le xvin® siècle un de ses moments les plus brillants,
triomphait alors non seulement dans les pièces du mobilier, mais aussi dans ces mille petits
objets qui se trouvaient dans les boudoirs, et, pour ainsi dire, dans toutes les mains. Le bijou,
même celui qui n'était pas destiné à être porté, était l’objet d'une vogue frénétique. Mercier,
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dans ses Tableaux de Paris, nous dit que les hommes avaient des boîtes pour chaque saison,
qu'ils prissent ou non du tabac, et qu'il était de bon goût d'en changer tous les jours. Le
prince de Condé, qui mourut en 1776, laissait une collection de près de 800 tabatières. Il était aussi d'une suprême élégance de porter deux montres. Il y avait encore les flacons d’eau de senteur, les étuis, les boîtes à poudres, et des navettes, pour lesquels les orfèvres savaient excellemment mélanger des ors de couleurs diverses. Les bijoux du temps de Marie-Antoinette allaient ajouter un nouvel élément de décoration, l'émail, aux finesses de la ciselure. La plupart des montres furent alors émaillées : un cercle d’or guilloché ou un rang de pierres fines ornait souvent le boîtier. L'or, les matières les plus précieuses, les pierres, l'émail, tous les modes de peinture, furent done combinés dans la confection de ces petits chefs-d'œuvre, dont les créateurs ne sont pas toujours demeurés anonymes, soit que leurs noms y aient été gravés, soit qu'on y retrouve les poinçons de l'orfèvrerie de Paris.
Tous ces menus objets exquis, d’un art si raffiné, on a pu les étudier au Petit Palais, grâce aux collections de boîtes et de montres prêtées par Madame la baronne James de Rothschild, par M. le marquis de Thuisy, par M. Bernard Frank et par M. Desaché. Mais aucune série, je pense, n'aura éveillé la curiosité et transporté d'admiration les visiteurs comme celle des Carnets de bal, prêtée par M. Bernard Frank. Il est impossible de rien imaginer d’un art plus distingué, d'un goût plus fin, ni d’une plus grande variété de matière et de technique. Et quel enseignement pour les ouvriers d'art de notre temps!
CHOCOLATIERE
Vermeil