CANDÉLABRE
Bronze
ÉPOQUE LOUIS XVI Lycée de Reims
Il est formé de trois branches de lis dont les (leurs s’épanouissent et qui se terminent en trois calices destinés à porter les cierges. Elles sont liées par une torsade dont les glands forment support au candélabre. Deux Amours s’appuient aux tiges.
D'une fonte superbe et bien patinée, ce candélabre est un objet de somptueuse décoration.
LA PEINTURE ET LA SCULPTURE
'Exposition rétrospective de l’Art français en 1900, dans son programme et son esprit, se proposait d’être une grande leçon de choses à propos des Arts Industriels de la France depuis ses origines jusqu’à la Révolution. La peinture et la grande sculpture n’y devaient donc point prendre place; c’eût été une autre exposition à laquelle on aurait dû donner un développement considérable, et qu’on préféra restreindre à la période du siècle finissant, depuis la Révolution jusqu’à nos jours : ce fut l’Exposition Centennale.
Les tableaux qu’on vit au Petit Palais n’y faisaient donc point partie d’un ensemble méthodique et didactique, pas plus que les rares morceaux de grande sculpture. Ils ne furent choisis que comme éléments de décoration, pour des salles où ils devaient atténuer l’impression morne que donnent toujours les objets d’art emprisonnés en des vitrines. On ne s’est donc nullement proposé de raconter par eux l’histoire de la peinture et de la sculpture françaises.
On chercha toutefois, surtout pour l’époque la plus ancienne, à faire venir à Paris quelques tableaux d’un intérêt capital, possédés par des églises, et que les historiens de l’art ou les curieux pussent étudier à loisir pendant ces quelques mois de séjour à Paris. C’est ainsi qu’on put voir une œuvre du xivu siècle (et les peintures de cette époque sont rares) que
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possède la ville de Villeneuve-lès-Avignon. C’est une toile peinte, marouflée sur un panneau de bois : elle représente une Mise au Tombeau, où se rencontrent les portraits d’innocent VI et de son neveu, le cardinal Pierre de Montirac, évêque de Pampelune, les deux fondateurs de la Chartreuse de Villeneuve.
Une œuvre du xve siècle a éveillé bien des curiosités et provoqué bien des discussions, c’est le Couronnement de la Vierge de Villeneuve-lès-Avignon, que conservait autrefois l’Hospice. Elle fut longtemps attribuée au roi René ; que ne lui attribuait-on pas dans cette Provence où il fut si populaire et où la tradition nous affirme qu’il maniait supérieurement le pinceau ? La Trinité y apparaît, couronnant la Vierge et les Trois Églises : la Triomphante, la Militante et la Souffrante. M. de Tauzia, l’éminent et regretté conservateur des Peintures du Louvre, qui avait étudié ce tableau, y trouvait beaucoup de flamand « dans les draperies et les figures très fines, très expressives, quelques-unes des portraits ». Il pensait y reconnaître le goût de l’Ecole de Bourgogne. Un érudit archéologue d’Avignon, M. l’abbé Requin, découvrit, il y a quelques années, dans ses recherches d’archives, le nom du véritable auteur du tableau, Enguerrand Charanton, originaire du diocèse de Lyon, et fixé dans la ville des Papes. Il l’aurait exécuté en 1453-1454 comme retable destiné à l’autel de la chapelle de la Cité de Dieu dans l’église de la Chartreuse de Villeneuve.
Le grand triptyque du Buisson Ardent, de la cathédrale d’Aix-en-Provence, après avoir été attribué à l’Ecole flamande, et plus précisément encore à Van Eyck, avait passé ensuite pendant longtemps pour l’œuvre du roi René, jusqu’au jour où des documents d’archives le restituèrent à son authentique peintre, Nicolas Froment d’Avignon. Les comptes des Menus Plaisirs du bon roi René en nommaient l’auteur, et donnaient la date d’exécution, 1475. Au centre, la Vierge apparaît à Moïse au sommet du Buisson enflammé; à gauche, René d’Anjou, accompagné de saint Antoine, saint Maurice et sainte Madeleine ; à droite, Jeanne de Laval, sa femme, accompagnée de saint Nicolas, saint Jean et sainte Catherine. Le paysage a, dans ce triptyque, une importance capitale et rappelle, par la vigueur avec laquelle il est traité, tout ce que Nicolas Froment devait aux Flamands, et surtout à l’illustre Jean Van Eyck.
Des dernières années du xve siècle, nous est restée une œuvre considérable, qui faisait pendant dans le Petit Palais au Buisson ardent, c’est le triptyque de la cathédrale de Moulins, qu’on attribua longtemps à l’Ecole italienne, mais qui est une œuvre bien française. Au centre est la Vierge glorieuse ; elle trône au ciel ; deux beaux anges soutiennent au-dessus de son front une riche couronne d’orfèvrerie. Les volets fermés représentent en grisailles l’Annonciation. Ouverts, ils nous présentent, de chaque côté de la Vierge, Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu, et Anne de France, son épouse, qu’accompagne sa fille Suzanne encore enfant. Cette dernière était née en 1491. L’âge qu’elle paraît avoir, sur ce portrait, permettrait de dater la peinture d’environ 1498 ou 1499. C’est une œuvre admirable, où le réalisme de l’époque se tempère d’une grâce et d’un charme infinis. « Les anges, écrivait Paul Mantz , ont un caractère de douceur digne d’un contemporain de Lorenzo di Credi. Mais l’exécution n’est pas florentine, et c’est à tort qu’une ancienne tradition parle de Ghirlandajo. Les portraits, et surtout celui d’Anne de Beaujeu, si fermement écrits et d’une précision si magistrale, font plutôt penser à la belle pâte lombarde, à la façon de Zenale ou de Borgognone, par exemple. Il est impossible de mieux peindre. Les archives de la maison de Bourbon ayant été dispersées, l’auteur de ce chef-d’œuvre nous restera peut-être toujours inconnu. » Le triptyque de la cathédrale de Moulins avait figuré, il y a plus de vingt-cinq ans, dans une exposition fameuse d’œuvres anciennes au profit des Alsaciens- Lorrains.
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D autres œuvres étaient dignes encore d’attirer l’attention : tels que les deux grands triptyques de la cathédrale d’Arras, provenant de l’abbaye de Saint-Waast, et qui seraient de Jean Bellegambe, un des derniers représentants de l’École flamande primitive; tels que ces quatre panneaux peints sur fond d’or gaufré, représentant des scènes de la vie de saint Laurent et de saint Étienne, et qui appartiennent au Musée de Moulins ; tels encore que les deux panneaux qui proviennent de la confrérie de Notre-Dame du Puy, aujourd’hui au Musée d’Amiens.
Les salles de mobilier des xvii* et xvm« siècles auraient été bien incomplètes, si quelques beaux portraits n’étaient venus contribuer à leur décoration. Quelques-uns des plus remarquables sont reproduits dans cet ouvrage. Je ne leur consacrerai donc que quelques lignes. La salle du mobilier Louis XIV présentait un portrait, par Rigaud, du Président Gaspard de Gaeïdan, que la fantaisie du peintre avait costumé en berger jouant de la musette, et deux portraits de Largillière, l’un d’une dame en bergère de la collection de M. Deutsch (de la Meurthe), l’autre d’un magistrat de la collection de M. Gérome. Chardin était représenté par un beau portrait de femme en robe rouge, de la collection de M. Dollfus, et par le portrait de l’artiste, à Madame Bureau ; Nattier par deux charmants portraits : l’un d’une inconnue, toute de grâce et de charme, de la collection de M. Groult, l’autre du comte de Toulouse, de la collection de M. J. Beer. L’exquise figure nue de la collection Scott, attribuée à Vestier, le portrait de comédienne de la collection Schneider, par Drouais, la série d’Hubert Robert à M. Groult, et le grand tableau de Greuze, au baron de Schlichting, complétaient cette petite série d’œuvres du xviii6 siècle.
La sculpture, plus encore que la peinture, est difficile à représenter dans une Exposition rétrospective consacrée au Moyen Age. N’est-ce pas dans les églises romanes ou gothiques qu’elle doit être étudiée, sur des monuments qui font partie décorative et intégrante de l’édifice ? On n’a donc pu réunir que très peu de monuments du Moyen Age, et plutôt dans de petites dimensions. Un ange de marbre blanc, du plus noble caractère, de la collection de M. Schifï, qui est passé, depuis lors, dans la collection de M. Léopold Goldschmidt, une Vierge de la collection Doistau, un masque d’une expression aiguë du Musée d’Arras, représentaient très modestement, mais par des œuvres de choix, l’art du xiv' siècle. Toute une série de petites figures, les unes de marbre, les autres de pierre, étaient particulièrement dignes d’admiration ; les trois statuettes de marbre de la collection de M. Le Breton étaient des fragments d’un monument plus considérable. Les deux séries de pleureurs étaient d’absolus chefs-d’œuvre de l’École de Bourgogne : quatre d’entre eux (collection de M. le baron Arthur Schickler) provenaient du tombeau de Philippe le Hardi à Dijon, dû à la collaboration successive de Jean de Marville, de Sluter, et de Claus de Werve, et il est certain maintenant que c’est bien à ce dernier qu’on doit la presque totalité de ces figures de pleureurs d’expression émouvante, exécutées de 1404 à 1422. Trois autres statuettes de pierre, provenant du tombeau du duc de Bern à Bourges, avaient été prêtées par M. le marquis de Vogüé. Depuis les beaux travaux de M. de Champeaux à ce sujet, nous savons maintenant que c’est à Paul Mosselmann qu’il faut attribuer les belles statuettes de pleureurs qui, pour l’intensité du sentiment et de la vie expressive et concentrée, ne le cèdent en rien à ceux de Dijon. Un buste de femme aux longs cheveux
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bouclés, prêté par M. le baron Oppenheim, paraît être le fragment d'une grande statue tombale du xve siècle.
Le xvi' siècle était représenté par une délicieuse tête de femme priant du Musée de Chartres, par une belle vierge d'albâtre du Musée de Moulins, très bon échantillon de l’École de la Loire. Des ateliers champenois sortaient deux figures de 1 Architecture et de la Prière (collection Schitf) et une figure de la Force (collection R. Kœchlin), et surtout une très bonne statue de sainte Marthe (à M. Léopold Goldschmidt). L’évêché d’Orléans avait consenti à prêter le si beau buste en bronze de Jean de Morvilliers, garde des Sceaux, mort en 1552, œuvre de superbe tenue de Germain Pilon.
Si les sculpteurs du temps de Louis XIV étaient insuffisamment représentés, la sculpture du xvm' siècle, de la Régence à la Révolution, avait au contraire fourni un ensemble d’œuvres tout à fait remarquables. Que de beaux bustes de femmes, prêtés par MM. René Dreyfus, Deutsch (de la Meurthe), et par les musées du Mans et de Nevers! Quelle délicieuse statuette de Caffieri à M. Moïse de Camondo ! Deux grands artistes enfin étaient particulièrement bien représentés : Clodion par une suite nombreuse et surprenante de terres cuites, œuvres spontanées, faciles et libres, où sa verve se dépensait; Falconet, par cinq ou six petits chefs-d’œuvre, et par son œuvre capitale, autour de laquelle des convoitises folles ont rôdé pendant six mois, la célèbre pendule en marbre blanc des Trois Grâces qui, de la collection du baron Double, est passée dans celle de M. le comte Isaac de Camondo.