‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 100 sur 134 · PAR M. MICHEL CHEVALIER · texte numérisé non relu

PAR M. MICHEL CHEVALIER

Richard Cobden naquit dans une ferme^ à Dunford, près de Midliurst, comté de Sussex, le 3 juin 1804, d'une famille de propriétaires; ancienne dans le [lays. L'éducation que lui firent donner ses parents fut fort ordinaire. Plus tard, il se forma par l'élude, par d'abondantes lectures, choisies avec discernement, et par les voyages. Il avait naturellement l'esprit droil, une grande justesse de raisonnement, l'humeur libérale et une passion réfléchie pour l'équité qui, en politique, de nos jours, se traduit par l'égalité des individus dans l'État et la négation des privilèges. Il avait l'âme ouverte aux plus larges sympathies, ce qui l'aida fort à se dégager des préjugés exclusifs qu'on observe chez les patriotes dans tous les pays et qui, en Angleterre, ont une grande force. C'était un des points par lesquels il difféo6

BUSTE DE RICHARD COBDEN , sculpture de M Ûliva

rait le pius de la majorilé de ses concitoyens qui, en général, tiennent volontiers pour un axiome que ce qui est anglais est essentiellement supérieur à ce qui émane des autres peuples.

Doué comme il l'était, pour que Richard Cobden devînt l'a pôtre de la liberté du commerce, il ne fallait qu'une chose, qu'il se trou\îit placé de manière à apercevoir les inconvénients qu'offrait le système restrictif des douanes et l'isolement dans lequel les différentes nations de l'Europe, l'Angleterre comme le reste, vivaient alors les unes par rapport aux autres, pour la satisfaction de leurs besoins et le développement de leur commerce. Le hasard ou la Providence pourvurentà ce qu'il en lut ainsi.

Au lieu de se fixer sur le domaine paternel, Richard Cobden entia dans une maison de commerce à Londres où il se fît remarquer par son assiduité et son esprit des affaires ; et de là, après quelques années, il alla se fixer dans la ville de Manchester, si im- ' Vol. 11.

portante par ses manulïi'tures presque toutes consacrées à la production des articles de coton. Il s'y établit comme chef d'une maison d'impression. Sur ce théâtre, il put observer les mauvais eiïels du sys^ tème (|ualilié, on ne sait trop pourquoi, de protecitur, uù l'on se propose de résoudre 'e jiroblcnie insoluble de vendre aux élrangers sans leur acheter, comme si ceux-ci pouvaient payer nos marchandises par un autre moyen qu'en nous envoyant les leurs. La puissance de production d*jà acquise aux manui'aclurcs de Manchester leur rendait ncccsfaire d'avoir des débouchés au deliois, surtout dans les temps où la consotumation intérieure venait à languir. Or les étraniiers, rebutés, mécontents de ce que l'.\ngletcrre fermait son marché à leurs vins, ii leurs céréales et même à leurs articles manufjcUr rcs, iiuoiquc le pins souvent elle y excellât, prenaient ou croyaient prendre leur revanche en excluant les produits des ateliers anglais. De là, de t mps en temps, de cruellesépreuves pour la classe ouvrière de. ^lanchester.

Ivi outre, l'ouvrier de cette ville, comme de toute l'Angleterre, souffrait du haut prix qu'atleignaii nt fréquemment les céréales et le pain, par l'elTft d'une législation faite dans l'intérêt des propriétaires fonciers parmi lesquels les familles aristocratiques de la Grande liretagne occu|)ent une large place.

F.a liberté commerciale se présentait donc comme oTrant aux populations ouvrières le double avantage d'un travail plus assuré et du pain à meilleur marché. C'est ainsi qu'il le forma à Manchester, sous les auspices do la chambre de commerce, une association connue sous le nom de Lirjue pour l'alolitioii (les luis sur les céréales [Anti-Corn-Lam Leayue) ; qui, non contente de poursuivre la réforme indicfuée par son nom, se proposait l'établissement du libre commerce en tout genre e itre l'Angleterre et le reste du monde. Un des traits caractéristiques des doctrines de cette association, était de ne pas exiger des autres peuples la réciprocité, non-seulement parce que pour obtenir celle-ci il aurait fallu des négociations épineuses et lentes (on en avait déjà fait l'expérience), mais aussi parce que la liberté du commerce, même sans réciproprocité, est avantageuse au pays qui la pratique, et qu'entin, pour avoir la réciprocité, le meilleur procédé consiste non pas à la demander, mais à prêcher d'exemple.

La fondation de la Ligue date de ISIW ; il y avait alors huit ans que Richard Cobden était à Manchester, livré aux travaux de sa profession et faisant, de temps en temps, pour ses affaires, des voyages qui l'amenèrent, par exemple, en Russie et en Turquie. 11 était alors membre de la chambie de commerce qui avait pour président M. Benjamin Smith avec lequel il a été uni d'une étroite amitié jusqu'à la fin de ses jours. Dès l'origine de l'entreprise, il se trouva l'associé de M. John Bright, autre manufacturier avec lequel il contracta

une intimité qui s'est manifestée par une communauté d'efforts à jamais célèbre.

L histoire de la Ligue fut une suite de combats, ou, pour mieux dire, de discours dans des réunions publique?, qui eurent aussitôt la "iOgue, parce que les orateurs qui s'y faisaient entendre avaient un talent égal à la force de leurs convictions et que leur tentative venait à point. La Ligne devint bientôt populaire; des personnes de toutes les classes lui apportèrent leurs souscriptions et leur appui. L'élite de ses membres entra dans le Parlement, où R chard Cobden, Juhii Bright et quelques auires furent très-écoutes et acquirent une inDuence cioissante. Enlin an mois de février 1846, le parti Tory, dont la masse était opposée à la réforme douanière, étant au pouvoir depuis quelque; années déjà, en la personne de Robert Peei et de Wellington, le gouvernement vint proposer à la chambre des Communes de voter la réforme douanière et l'adoption de la liberté du commerce, tant Robert Peel avait été impressionné par les raisonnements de Cobden et de Bright, et tant Wellington qui, tout duc lie fer {iron duke) qu'il était, ne laissait pas que d'obserier le mouvement de l'opinion, avait reconnu à des sigr es cerlai. s qu'il fallait céder. Robert Peel, qui à l'origineavait été quelquefois amèr, dans les discussions du Parlement, envers Richard Cobden, reconnut, le jour on il se déclara converti à la liberté du commerce, que l'adhésion de l'opinion publi(iue à la nouvelle doctrine, était principalement l'ouvrage de Richard Cobden.

Le principe de la liberté du commerce a été à partir de ce moment, la base de la législation commerciale de l'Angleterre. Le résultat étaitgrand, ma's il ne devait pas entraîner immédiatement la conversion des autres peuples. L'Angletene qui, dans l'ensemble, est mieux gouvernée et mieux administrée que la plupart des autres nations, n'a cependant pas le privilège de déterminer, par sa pratique, la convicdon di s autres, peut-être parce que se considérant comme faisant bande à part, elle est envisagée de même dans le monde.

A la suite de ce brillant et solide succès, Richard Cobden fit sur le continent un voyage où il l'ut personnellement accueilli avec une grande distinction. A Paris en particulier, la Société d'Économie Politique lui donna un banquet où il prononça un dis&urs sage autant que spirituel, qui fut fort applaudi. Ue l'impulsion ainsi donnée à l'opinion, il ne résulta cependant, de la part du gouvernement, qu'un projet fort timide, mal accueilli, malgré son excessive réserve, par la majorité protectionniste de la chambre desDépu'és, et dont larévolution de 18'i8 empêcha la discussion.

En 1856, après l'Exposition universelle de Paris qui avait mis en relief la puissance et l'habileté de l'industrie française, le gouver-

nement impérial crut que le moment était opportun pour modifier profondément le tarif des douanes françaises qui était hérissé nonseulement de droits exorbitants, mais luême de prohibitions absolues, en nombre indéfini, héritage de l'époque oii la guerre était portée à la dernière violence entre la France et l'Aiiigleterre. Ce dessein parfaitement raisonnable vint cependant échouer au Corps législatif. Deux ans après la formation de la Ligueen Angleterre, des manufacturiers fiançais, persuadés que l'industrie nationale ne pourrait jamais supporter le choc de celle de l'Angleterre, avaient fondé une associai ion dont le hutétait tout juste l'opposé, la perpétuué du système prohibitif. L'influence de cette association était tort grande, et ce fut elle qui lit échouer le projet du gonverncinent. Il fallut même que celui-ci prît l'engagement, qui fut inséré au Monileur, de ne rien faire pendant cinq ans à I encontre des prohibitions.

Heureusement, il y avait dans la Constitution de l'Empire un article qui autoiisait l'Empereur à faire les traités de commerce sans avoir à les soumettre à la sanction du Corps législatif. Celui qui écrit ces lignes, s'était lié avec Cobden dès 18'iG; il l'interrogea alors sur la question de savoir si l'Angleterre serait disposée à passer avec la France un traité de commerce dont la base serait, du côté de la France, la levée de toutes les prohibitions et leur remplacement par des droits modérés, et, du côté de l'Angleterre, une très-forte diminution des droits énormes dont elle frappait les vins de France, avec l'abandon des droits qui restaient sur un certain nombre de produ ts français et particulièrement sur les soieries.

Richa d Cobden résista d'abord, alléguant que, sur le terrain oi'i était placé le gouvernement anglais, il ne lui était pas possible de négocier un traité de commerce particulier avec uneautre nation, quellequ'elle fût. La correspondance ayant continué, Cobdea changea d'avis, ayant compris que le traité de commerce entre les deux pays pourrait stipuler que les modifications consenties parl'Angleterre, à l'égard des vins et de certains produits manufacturés, serait applicable non à la France seule mais bien à tous les États indistinctement. Une foisces bases convenues, je merendisen .4ngleterre. Il devint possible d'aborder le gouvernement anglais et de lui faire ollicieusement la proposition d'un traité de commerce, sauf à obtenir ensuite l'agrément du gouvernement français. A cette époque, le Cabinet anglais, qui avait pour chef lord Palmerston, pour ministre des affaires étrangères lord John Russell et pour chancelier de l'échiquier, M. Gladstone, s'appuyait dans la chambre des Communes, sur une majorité numériquement faible, à laquelle Richard Cobden, John Bright et leurs amis de l'École de Manchester fournissaient un appoint indispensable.

Dans cette situation, Richard Cobden jouissait près du cabinet d'une grande iulluence dont il n'usait que pour le succès de ses principes. Il disposa favorablement pour untraité de commerce, entendu ainsi qu'il vient d'être dit, les trois ministres principaux que j'ai nommés plus haut. Puis il me ménagea une entrevue avec le chancelier de l'Échiquier pour cet objet. De cette entrevue où je déclarai à M. Gladstone que je n'avais aucune mission quelconque, directe ou indirecte du gouvernement impérial, mais que j'en espérais fort l'acquiescement, sortit un projet peu différent de l'acte que porte la date du 23 janvier 1860. C'était un samedi. Le lundi suivant, Richard Cobden et moi partions pour Paris. Le jeudi, nous fûmes l'un et l'autre, mais séparément, reçus à Saint-Cloud par l'Empereur, averti et préparé par M. Rouher pour qui commença alors le rôle si utile et si éclatant qu'il a rempli dans cette grande affaire. La négocialion régulière s'ouvrit peu de jours après, enveloppée de mystère pourtant, dans le cabinet du minisire des affaires étrangères. M. Baroche avait par intérim ce portefeuille. Le traité fut terminé à la lin de décembre' et Richard Cobden le signa comme plénipotentiaire. Mais il restait à régler en détail le tarif des douanes françaises à l'égard duquel le traité ne portait qu'un maximum. Ce fut le travail de près d'une année pendant laquelle Richard Cohden et M. Itouher eurent de très-nombreuses conférences rendues fort laborieuses par les démarches dts protectionnislesquiparurentunmomenlaprès avoir repris l'ascendant. La puissante dialectique de Richard Cohden ainsi que sa fermeté et la résolution en faveur des solution» libérales, dont M. Houher ne se départit pas un moment, écartèrent enlin la plupart des obstacles, et de cette longuenégociation sorlitirent deux conventions complémentaires du traité, l'une et l'autre excellentes pour le moment où elles étaient signées; elles portent les dates des 1 2 octobre et 1 6 novembre 1 8U0.

(Sera continué.)

BbcHF.L CuEViLlER,

Nous donnerons dans la prochaine livraison la lin de l'important travail de notre cher et illustre maître, iMichel Chevalier. Notre livre étant consacré à la gloire de l'économie politique, nous ne pouvions confier le soin de glorifier l'apôtre du libre échange qu'à l'économiste de France le plus brillant et le plus autorisé.

Fil. DrttiNG.

1 . Il porte la date du 23 janvier 1860, à cause du temps qu'il fallut pour les détails de l'ezpédition et de la ralificatioD.

MDSÉE RETROSPECTIF L'Oratorio d'Alonzo Cano.

Le peintre espagnol dont nous donnons aujourd'hui un tableau qu'on a pu admirer dans la Galerie du travail, était une des natures les plus heureusement douées du dixseptième siècle.

Les biographes l'ont souvent comparé à .Micliel-Ange, et il est certain qu'il était triplement artiste. Comme architecte, comme sculpteur, comine peintre il a légué à la postérité des œuvres de mérites dilîérenls, sans contredit, mais par l'ensemble de son œuvre il a donné les preuves d'une multiplicité d aptitudes qui caractérisent les grands esprits.

Avec .Michel-Ange il eut encore de commun une vie très-agitée et le goût des aventures; c'est là un sujet qu'il ne nous appartient pas d'aborder ici, et pour lequel nous renvoyons nos lealeurs à l'intéressante étude que M. Charles Blanc, dans son Histoire des peintres, a consacréeà l'artiste espagnol. 11 nous suffira dédire qu'Alonzo Cano était ué à Grenade, en 1601, et qu'il mourut à l'âge de soixante-seize ans.

Pendant le dix-.°eptième siècle on admirait fort ses constructions ; son style rond, bâtard, chargé de corniches et d'ornements lourds, se rapprochait de ce qui était alors à la mode, et de ce qui caractérise l'époque deLouisXlIl.

Comme sculpteur il ne fit guère que des statuettes, et fouilla plus souvent le bois que le marbre ; mais autant il sacrifiait au goût du jour dans ses conceptions architecturales, autantil savait être simple, délicat, élégant dans sa statuaire.

Le peintre était encore supérieur au sculpteur . A la fois de la vigueur comme Michel- Ange et de la douceur comme l'Albane ou de la grâce comme le Corrége, voilà quelles étaient les qualités de ce talent varie.

L Oratorio a été ache\é, comme nous l'apprend une inscription du cadre, en 1658, alors que Cano était dans la pleine maturité de son talent et à l'apogée de sa gloire. L'Oratorio est un pieux monument, une espèce d'ex-voto, placé par Cano dans une chapelle de Grenade, en mémoire d'un moine qui venait de mourir et qui, autrefois, l'avait retiré des mains de l'inquisition. L'artiste avait mauvaise tête, mais bon cœur; et il s'était souvenu du service éminent que lui avait rendu le P. Maino.

Le centre du monument est occupé par un tableau qui représente la Madeleine, agenoudlée à l'entrée d'une grotte creusée dans le roc, dans une de ces solitudes austères où les bruits du monde n'ont pas même d'écho. Elle tient des deux mains une croix qu'elle

contemi)le avec des yeux remplis de larmes. La conscience de ses péchés, l'espoir du pardon troublent la pénitente. A ses pieds est un livre entr'ouvert, posé sur une tête de mort; dans le haut voltigent trois chérubins qui assistent au repentir de la belle pécheresse et qui pourront en témoigner. Le tout est tenu dans une gamme très-douce; le coloris est plein d'unité et d'harmonie; le sentiment de la tendresse est celui qui résulte du premier coup d'œil.

Le tableau est placé dans un cadre richement orné, et soutenu lui-même par deux têtes de chérubins. Dans la partie supérieure du cadre se trouve un bas-relief rectangulaire, taillé dans une sorte d'albâtre, qu'en Espagne on appelle le marbre de Loja. Ce bas-relief représente l'ensevebssement du Christ. Le monument est couronné par la statuette de S. Antonin etpar les figurines dequatre anges debout sur des tiges dorées. Au bas du cadre s'agenouillaient autrefois deux statuettes, que notre dessinateur a cru devoir reproduire, quoiqu'elles n'existent plus aujourd'hui, si ce n'est en fragments mutilés : la tête de la Vierge, le buste et les mains d'un moine.

Jusqu'en 18 'i l, l'Oratorio resta dans la famille d'Alonzo Cano. Depuis, il est devenu la propriété d'un amateur français, M. Choquet.

C est un spécimen glorieux de cet art espagnol que nous connaissons très-peu en France et que nous avons la prétention d'avoir rcsumétout entier, quand nous avons prononcé les noms illustres de Velasquez, lîibera, Murillo et Zurbaran. •

Alonzo Cano mérite une place à côté des maîtres, et si le goût des connaisseurs la lui a depuis longtemps accordée, nous espéron, que l'Exposition universelle aura servi à lui faire rendre justice par le public.

J. Lai hent-Lapi",

Pendants d'oreilles byzantin et mérovingien.

Le Musée rétrospectif contient un certain nombre d'objets des périodes mérovingienne et carlovingienne, qui méritent d'être attentivement é'.udiés. Ce sont des fibules, dts boucles d'oreilles, des pendants, des boucles de ceinturons, appartenant à divers musées de province, à diverses collections particulières ; c'est encore l'épée mérovingienne du musée de Troyes ; ce sont des calices en argent doré, des olifants ou trompes d'ivoire, parmi lesquels il faut surtout remarquer le cor de Roland, celui qui, selon la tradition lui servit à la bataille de Roncevaux ; c'est enfin la statue équestre de Charlemagne, en bronze doré.

Si r on ne considérait ces objets qu'au point de vue de l'art et de la beauté, la désillusion serait grande, mais il faut se rendre compte des motifs qui ont fait adjoindre un

musée rétrospectif à l'exposition dea produits de notre époque.

La dénomination de galerie du travail explique snlTisamment ces motifs.

On a Youlu, en effet, réunir sous les yeux des visiteurs, non point les plus beaux objets des siècles passés, mais tous les objets qui peuvent donner quelques notions de l'état de l'industrie et des arts aux principales époques du moyen âge et des temps modernes.

Cette explication nous a paru nécessaire pour faire comprendre à tous l'importance des bijoux que représentent nos gravures. Tout le monde ne saurait connaître à fond le moyen âge, il faut donc, lorsqu'on parle de ses époques les plus lointaines et de ses ceuvresles moins connues, faire connaître sommairement l'intérêt qu'elles excitent auprès des amateurs et des érudits. Les pendants d'oreilles, appartenant à la collection deM.Cliarvet, sont désignés sous le titre de bijoux byzantins et paraissent, en effet, appartenir à cet art.

Le pendant est de forme circulaire, il est orné de filigranes tordus fixés par des clous et de quatre lames de verre pourpre alternajit avec quatre tur(]uoises :

une turquoisi! déplus grande dimension ligure dansle milieu.

Le revers de ce joli pendant est recouvert par une demisphère à jour en filigrane cordelé.

Quant au second pendant d'oreilles, il est d'un caractère différent; il a, du reste, été trouvé sur le sol français et semble appartenir à la période mérovingienne.

Ce pendant d'oreilles, appartenant, comme les autres, à la collection de M. Cliarvet, est d'une extrême simplicité. Il se compose d'un grand anneau d'or, de forme ovale, qui traverse un polyèdre en verre pourpre enchâssé dans l'or, Paul Bellet.

L'Enfer humain.

Après l'Aquarium humain, l'Enfer humain.

Là, on respire dans l'eau; ici, on respire dans 'a fumée, ce qui n'était pas un problème moins utile à résoudre.

MUSÉE IIÉTIIOSPECTIÏ : ÛRA'fÔlUO D'At.ONZÔ CANO. — CeSblu de M. Fellinaim.

L'appareil respiratoire coutre la fumée esL aussi simple qu'ingénieux, il consiste en un sac de forte toile rendue imperméable et à peu près incombustible, où l'on emmagasine de l'air atmosphérique au moyen d'un soufflet, opération qui nécessite une minute à peine. L'air contenu dans ce réservoir communique avec les poumons au moyen de deux tubes aboutissant à une embouchure qui adhère à la bouche de l'opérateur au moyen d'une lé-

gère pression des dents. Le sac à air, trèsléger, est fixé sur le dos du pompier qui, de plus, est muni d'un pince-nez fermant hermétiquement ses narines, et de lunettes protégeant ses yeux contre la fumée et contre la llamme.

L'opérateur respire très-librement dans le réservoir; mais il renvoie, à mesure qu'il prend de l'air pur, du carbone dansle sac : il s'aperçoit que la provision s'épuise , lorsque sa respiration devient plus active, plus fréquente ; alors, il donne le signal de la retraite, au moyen d'un sifflet d'appel. L'effet de l'appareil respiratoire dure de vingt à vingt-cinq minutes. C'est plus de temps qu'il n'en faut pour accomplir l'acte de dévouement le mieux caractérisé.

L'inventeur de cet ingénieux appareil, M. Galibert, avait été relégué àBillancourt, faute d'argent pour payer son installation au Champ de Mars, quoiqu'il fût deux fois lauréat de l'Institut de France, qu'il eût reçu le prix î\Iontyon , une médaille d'honneur de la Société d'encouragement et plusieurs autres récompenses éclatantes. Ce n'est que dans les deux derniers mois qu'on lui a concédé, contre argent, une petite place à l'extrémité de la berge du quai d'Orsay.

Nous serons plus généreux avec cet homme méritant que la Commission impériale. Non-seulement il ne payera pas ses frais d'installation dans notre livre comme au Champ de Mars , mais nous mettons à sa disposition notre gravure, s'il la trouve plus convenable que celle qu'il a publiée dans sa notice.

Je n'ai pas besoin dem'étendre sur les services que l'appareil respiratoire de M. Galibert peut rendre aux mineurs, aux pompiers, aux puisatiers, aux vidangeurs, aux fabricants de produits chimiques et généralement à

L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE t8G7 ILLUSTRÉE.

tous les opérateurs exposés aux émanations asphyxiantes ou délétères. Les ouvriers de la dorure au mat, dont nous parlons plus loin, échapperont à l'intoxication du mercure plus sûrement avec l'appareil respiratoire de M. Galibert que par tout procédé

Boucle d'oreille mérovingienne.

préservatif. Nous recommandons spécialement cet appiireil à tous les orfèvres de Paris. Son prix, 125 francs tout compris, le rend accessible à tout le monde.

Dans les sauvetages d'incendie, il est souverain. Non pas qu'il permette d'opérer au milieu des flammes; mais il permet de les traverser eu respirant, et de rester dans la région de la a -

fumée assez de temps pour exécuter les actes de dévouement de la plus longue haleine.

Tout le monde devrait aller faire une expérience à l'Enfer humain, pour se familiariser aux idées de dévouement. Je vous ?ssure qu'on en sort meilleur et mieux préparé aux belles actions.

Eies-vous coulent de moi, monsieur Galihert? "^^Arî-'" Fr. Ducuing. Ï ^

fondu, marque le dernier et !e plus important progrès.

Les effets de pénétration d'un projectile allongé sont, en effet, en raison directe du poids accumulé sur l'unité de surface de la section droite et du carré de la vitesse de l'arrivée du mobile ; le savant général Treuil de Beaulieu, dont l'esprit ingénieux et fécond trouve sans cesse de nouvelles et curieuses applications, a prouvé que la balle de neuf millimètres de diamètre du fusil des Centgardes avait exactement le même poids accumulé sur l'unité de surface que celle de la carabine à tige; car, avec une charge de quatre grammes de poudre, elle peut atteindre la vitesse de 547 mètres, tandis que la vitesse initiale de la balle cylindro-conique est à peine de 300 mètres.

Ainsi donc, avec un petit calibre dans une arme rayée se chargeant par la culasse, on obtient :

1" Une plus forte impulsion donnée an projectile ;

2" Une vitesse initiale plus considérable; 3" Une trajectoire plus tendue;

n°' 1 ,5 et 6, et voilà pourquoi, dans la langue officielle, il est désigné sous le nom de fusil modèle de 1866. L'obturateur et le mécanisme ingénieux appartiennent à M. Cbassepot, — la rayure, le petit calibre et le canon en acier fondu à la Commission, dont tous

Les Armes nouvelles. — Le Fusil ii'i se cliargeant par la culasse. hi

De grands progrès ont été accomplisdepuiscinquanteans dans les armes de guerre. Ces progrès consistent dans la vulgarisation de l'arme rayée; — dans l'adop- *, tion du petit calibre et du chargement par la culasse; — dans la fabrication mécanique empruntée aux Américains.

Les inventions et les découvertes de MM. Delvigne, iMinié, Tamisier, Nessler ont tenu une place importante dans la première période qui date de quelques années à peine, et dont nous sommes pourtant déjà bien loin. Le chargement par la culasse et l'adoption du petit calibre , base du progrès des armes portatives, rendue possible par la fabrication des canons de fusil en acier

L'HOMME^INCOMBUSTIBLE. — Dessin de M. Lamy.

A° Une portée totale plus grande;

ô" Une grande simplification dans ses règles du pointage';

6" Plus de chances d'atteindre l'ennemi.

C'est. la réunion de ces deux combinaisons qui fait le mérite de l'ai'nie française, du fusil Chassepot que notre dessin représente sous les

Boucle d'oreille byzantine.

les efforts ont eu pour but de combiner les divers éléments dont l'arme se compose pour obtenir un tir efficace jusqu'à 1000 mètres et, par conséquent, la tr.njeetoire la plus tendue possible.

Ces résultats ont été complètement atteints, car le nouveau fusil unit à la ra- «1 ~ pidité du tir une très-grande justesse et une puissance de pénétration trois fois plus grande à bout portant que la carabine en usage.

Un officier distingué de l'armée belge, le capitaine Takels, dans un remarquable travail sur les armes à feu se chargeant par la culasse, résume ainsi son opinion sur le nouveau fusil français : « Le Chassepot est une arme d'un maniement facile, ofîrant plus de garanties sous le rapport de la solidité que le fusil prussien , lequel demande infiniment de soins pour obvier aux inconvénients de la construction , du logement de la cartouche en forme de gouttière, siège constant d'oxydation en temps de pluie ou de neige ou d'encrassement produit par la combustion de la poudre.

A chaque coup, l'aiguille se brûle et peut se fausser. »

Le fusil à aiguille prussien désigné sous ce nom, parce que pour faire éclater la charge, une aiguille d'acier, poussée par un ressort à boudin qui se détend , pénètre dans la cartouche, traverse la poudre, et vient enflammer l'amorce fulminante qu'elle fait détoner, a été inventé par II. Ureyse. Les curieux et les cherclieurs lui donneront peut-être un jour pour père l'empereur Napoléon 1"' qui avait chargé, en IbOO, un arquebusier de Paris, nommé Paoli, de fabriquer un fusil se ebargeantjpar la culasse. L'arme , "ut construite, et le jeune Dreyse, placé par son père, maître serrurier à Sommerda ( Thuringe ), chez

M. Paoli, à Paris, travailla à sa fabrication. Les études qu'il fit alors sur les procédés explosibles du célèbre chimiste Berthollet lui furent aussi plus tard d'une grande utilité. Rentré à Sommerda, en 1 81 'i , M. Drejse continua à s'occuper de mécanique, fonda en 1821 une fabrique de métallurgie, en 1824 une capsulerie où il poursuivit ses expériences sur les matières explosibles, et reprit ses travaux sur l'arme à feu dont la création devait être le but de sa vie entière : mais pour arriver à produire le fusil qui devait, quarante trois années plus tard, assuicr la victoire de la Prusse à Sadowa, que d'efforts et combien de travaux avant que le roi Frédéric-Guillaume, qui avait reçu à Weimar, en 1 829, comme prince héritier, l'hommage du premier fusil à aiguille, fit en IS'i l , à la manufaclure de Sommerda, une commande do 00 000 fusils!

Le 22 avril 182S, un brevet de huit années était pris, et la cartouche spéciale était trouvée; mais le fusil se chargeait par labouche.

En 1830 et 1831 de nombreuses épreuves eurent lieu qui donnèrent des résultats jugés favorables et méritèrent la continuation des encouragements que M. Dreyse n'avait cessé de recevoir, soit du gouvernement prussien, soit du prince royal. Ce fut ainsi qu'en continuant ses recherches il établit une série d'armes qui furent successivement expérimentées : en 183'i, le fusil dit à grappe de raisin ; en 1 83"), le fusil à cylindre; en 1 836, un fusil d'un système mixte participant des deux précédents, enfin dans cette même année, la première carabine à aiguille se chargeant par la culasse. De nouveaux perfectionnements apportés dans les années sui-' vantes la faisait adopter définitivement par le roi Frédéric- Guillaume.

Si l'on en croit M. Guillaume de PIoénnies, capitaine dans l'armée de Hesse grand-dueale, qui a publié des études très-intéressantes sur le fusil à aiguille, le roi Frédéric- Guillaume attachait une importance capitale à la nouvelle arme, et les considérations qui le déterminèrent pouvaient se résumer ainsi:

« Le fusil à aiguille constitue dans les circonstances actuelles une arme de guerre propre à l'armement général ou particulier des troupes. En raison des résultats favorables auxquels les expériences ont donné lieu, il convient de' considérer cette invention comme un don de la Providence pour la prospérité de l'Etat. On espère garder le secret sur lequel repose ce système jusqu'au jour où de grands succès obtenus à la guerre permettront de faire do ce fusil une arme nationale. »

Vingt-cinq ans plus tard, sous le successeur de Frédéric-Guillaume, le fusil à aiguille refoulait les Autrichiens et justifiait la confiance mystique du roi de Prusse.

Malgré de graves défauts, des effets balistiques laissant parfois à désirer, et la délicatesse du mécanisme qui demandait des soins

particuliers, la rapidité du tir permettant de concentrer les feux, lui donnait un avantage incontestable sur tous les fusils de l'ancien modèle, mais les juges les plus compétents n'hésitent pas ii reconnaître la supériorité du fusil Chassepot, et comme arme de hast et comme arme de tir.

On emploie dans les deux armes une cartouche spéciale en papier; mais la balle du fusil Chassepot est plus légère, et ses neuf cartouches pèsent 295 grammes contre :i6Ggr.05 pour les prussiennes. — 9 cartouches prustiennes pèsent donc 71 gr. 0.") de plus que la même quantité de cartouches Cha?sepot; et, cependant, ces dernières, dont le calibre est inférieur au calibre prussien, ont une trajectoire beaucoup plus tendue et une pénétration bien autrement puissante.

Ouant à la rapidité du (ir et à cette concentration du feu qui, dans les nouvelles combinaisons de la guerre, est appelée à jouer un rôle si capital, le fusil français est l'égal des meilleurs, et l'on peut afl'irmer qu'avec cette arme, une troupe formée en carré n'a rien à redouter delà cavalerie. Grâce au chargement par la culasse, les fantassinsj sans cesser de hérisser les quatre faces avec leurs biïonnetteB, pourront continuer ces feux terribles que l'on comparait, ces jours-ci, au roulement du tonnerre, et quelle est la troupe composée de braves soldats pourvus de munitions et . solidement retranchés, s'ils ont devanteuxun espace découverlde 500 mètres, qui pourra être enlevée? Pour bien se rendre compte du changement radical apport'épar le nouvel armement, il suffit de supposer un instant 1000 hommes placés sur trois rangs et armés de fusils tirant six coups à la minute, cinq minutes seront nécessaires aux assaillants pour franchir les 500 mètces, et, pendant ces cinq minutes, trente mille coups de fusils auront balayé l'espace qu'ils doivent parcourir.

Les nouveaux fusils mettent à la disposition du commandement une mitruille obéissante qui se porte au gré du chef, sur les points de l'accès le plus difficile; mais pour qu'elle puisse conserver toute sa force, il faut que les munitions ne fassent jamais défaut. — Ce sera là une grande difficulté pour les opérations militaires à venir. — La confection des nouvelles cartouches est toujours aussi l'objet de nombreuses et vives controverses, et la cartouche métallique, seule adoptée en .Amérique, n'a pas encore été acceptée. Elle finira pourtant par l'emporter. L'expérience de la dernière guerre d'Amérique prouve son incontestable avantage, et combien la crainte des dangers chimériques que l'on évoque pour la repousser est peu fondée !

L'année dernière, lorsque le retentissement de la bataille de Sadowa remplit l'Europe, devant une preuve si éclatante du rôle réservé aux armes se chargeant par la cillasse, tous les Gouvernements comprirent la

nécessité de s'assurer immédiatement, soit par la transformation des anciens fusils, soit par la prompte fabrication de nouveaux, cet élément de sûreté et de force.

Les systèmes ne manquaient pas. On pouvait choisir; mais le cadre trop restreint qui nous est imposé ne nous permet pas de parler des produits de plus de soixante et quelques inventeurs dignes cependant d'un sérieux examen, et qui ont tour à tour offert de donner les moyens de tuer au plus juste prix et avec une rapidité qui ne laissait rien à désirer. Les plus célèbres venaient d'Amérique, et ce pays où, il y a vingt ans, l'on exportait tontes les vieilles armes d'Europe, étonnaitpar la hardiesse de ses inventions et la perfection d'un travail que les machines, assouplies et domptées, avaient exécuté avec une précision merveilleuse.

Les fusils du système Spencer, Péabody, Remington, Howard, Ballaert, Winchester se disputèrent la préférence. L'Angleterre transformait en grande bâte la carabine d'Enfield du dernier modèle en fusil Snider indiqué sur notre gravure par les numéros 2, 11 et 12, L'Autriche, adoptait le fusil Lindner, la Suisse la carabine à répétition Winchester permettant de tirer vingt co ips en une minute, contenant dans le bois de l'arme un réservoir de munitions qu'un mécanisme d'unesimplicitéet d'une précision admirables amène à la volonté du tireur, s'il ne lui convient pas de ménager sa réserve et de charger directement son arme, — Des manufactures admirablement outillées étaient prêtes à exécuter le travail et à montrer à nos armuriers comment doivent s'installer de grands ateliers pour produire avec promptitude et économie. Sans l'Amérique et les enseignements qu'elle nous a donnés, la transformation rapide de notre armement n'était pas possible.

Une des raisons, en effet, qui paralysait en quelque sorte le progrès des armements européens, était le temps nécessaire pour la moindre transformation, qui ne permettait que des modifications légères reportées sur une longue période. Quand on sait que le bois de chaque fusil était fait à la main, qu'il fallait dix heures à un ouvrier pour placer toutes les pièces du fusil également fabriquées à la main, et pour lesquelles on était obligé d'accorder une tolérance assez forte regardée comme indispensable dans une fabrication en grand, on cothprend qu'un extrême abaissement des salaires permettait seul d'obtenir des armes à bon marché, et qu'une puissance comme la France, qui possédait trois millions de fusils dans ses arsenaux, ne pouvait songer à changer les modèles, sans s'exposer à être prise au dépourvu. Aussi les différentes modifications apportées au modèle de 1777, se sont-elles réduites,jusqu'en 18G6, pendant une période de quatrevingt neuf ans, à remplacer le bassinet par la cheminée et à rayer le canon.

L'IiXPOSlTIOlN UNIVERSELLE DE 1 867 ILLUSTRÉE.

L'Angleterre a donné, la première, l'exemple de l'application , sur une grande échelle, dos procédés américains de fabrication. Pendant la guerre de Crimée, les arsenaux s'étaient trouvés insuffisants etl'indu strie anglaise ne pouvait en ce moment, fournir que 2.5 000 fusils par an ; aussi le gouvernement décida-t-il la création à Enlield d'une grande manul'acture d'armes, et une Commission d'officiers fut envoyée en Amérique, pour acheter des machines etétudier les nouvelles méthodes. Construite sous la direction du colonel Dixon, la manufacture d'Enfield a coûté huit millions, qui sont déjà couverts par l'économie annuelle d'un million que le gouvernement anglais obtient sur le prix de revient des armes destinées à l'armée. En huit années, l'Angleterre a renouvelé son armement et en un an transformé tous ses fusils en armes se chargeant par la culasse.

Quant à nous, il a fallu la deuxième crise pour secouer notre apathie et faire introduire dans nos manufactures les procédés mécaniques qui nous ont déjà permis de fabriquer un nombre suffisant de fusils Cliassepot, pour que notre armée pût au besoin entrer en campagne avec le nouvel armement.

N'ajons donc aucune inquiétude, si une rage de destruction s'emparait de l'humanité : les progrès des sciences et de l'industrie lui donneront tous les moyens de s'y livrer. Les placers de la Californie ont fourui à la vieille Europe l'or avec lequel elle a construit ses chemins de fer, et voilà que l'Amérique, qui en quatre années a produit plus d'armes que tous les États de l'Europe ensemble, se tient prê'e à lui envoyer tous les engins de destruction dont elle peut avoir besoin. Fort heureusement, l'on annonce en même temps dans les mmtagnes Rocheuses la découverte de nouvelles mines de métaux précieux, car, maintenant plus que jamais, l'argent sera le nerf de la guerre, et qui sait si le haut prix de revient ne finira point par contraindre à renoncer à un luxe devenu trop coûteux?

Le capital humain, et, à la guerre, un soldat représente, en frais de toute sorte et de tout genre, une grosse somme, sera très-maltraité par les nouveaux projectiles, qui labourent les chairs d'une façon si terrible que l'orifice de sortie est toujours plus large que l'entrée, en sorte que bien peu maintenant parmi ceux qui seront touchés auront chance de guérir. Qui saurait dire aussi si, avec ces armées de sept à huit cent mille hommes que l'on remet en honneur , on ne verra pas se renouveler le spectacle des hordes barbares, et trois cent mille hommes de chaque coté prendre part à la lutte. Telle bataille de quatre heures, si elle était bien conduite des deux parts, pourrait coûter, outre la perte des hommes, une bagatelle de deux cent quatre-vingts millions. A défaut d'autres sentiments, l'in térêt devrait conseiller de s'abstenir. Souhaitons-le, sans trop y croire, et

l'éjouissons-nous au moins de savoir notre vaillante armée en possession d'un fusil qui lui permet d'utiliser toutes ses ardentes qualités si bien faites pour l'attaque à la baïonnellc, et de se mesurer, au besoin, tout au moins avec une égalité parfaite et, en bien des cas, avec un avantage assuré, avec la mousqueterie étrangère.

CoMTI^ DK CaSTKLLANE.

La Galerie des machines.

(Siiile.) LA SUÈDE.

Voici le pays des fers incomparables et des minéraux rares, la patrie d'Erickson , inventeur de la machine à air chaud.

L'appareil d'Erickson n'était point trèspratique, mais, depuis quinze ans, le fruit a mûri, et aujourd'hui l'Américain Rankine expose dans le Parc une machine à air chaud qui fonctionne aussi régulièrement qu'une machine à vapeur et consomme dix fois moins de charbon.

L'exposition suédoise est petit», mais trè'honoralile. Lin moteur à gaz met en mouvement quelques outils simples et bien exécutés. Auprès d'elle est une fort belle machine à vapeur horizontale. La Suèie étant un pays minier, les modèles de fours pour le traitement des métaux sont nombreux et assez perfectionnés pour avoir été, presque tous, jugés dignes de récompense. Nous voudiious bien pouvoir démontrer à nos lecteurs, par unt description de ces appareils, que le jury n'a été que juste; mais, grand Dieu! il nous reste encore à faire près des trois quarts de notre voyage de circumnavigation.

Navigation peut se dire, car, à chaque instant, nous trouvons des objets maritimes. Comme dans les eaux du Skager R;ck, c'est un phare métal ique élevé dans les environs ds Gothembourg, que nous verrons le dernier en quittant la Suède, avant de nous trouver au milieu des innombrables bateaux qui nous signalent

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