‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 134 sur 134 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Je m'étais dit: «L'Exposition universelle de 1 8GT sera un événement dont on ne verra pas le pareil dans le siècle. Tout ce que le travail humain, inlellectuel, moral ou matériel, comporte de manifestations sera là représenté. En prenant seulement la fleur de tout ce qui sera exposé, en en faisant la figuration matérielle, en en donnant une explication compétente, il y a moyen, et c'est l'unique occasion, de faire l'encyclopédie la plus complète qu'on ait jamais tentée, et aussi la plus attrayante puisqu'elle sera essentiellement objective. »

Lorsque je communiquai mon projet, on me répondit : « Votre projet est séduisant, en effet; mais il y a des concessionnaires qui peuvent vouloir faire ce que vous voulez ten ■ ter, et qui ont privilège à votre exclusion. »

Voyant qu'au Champ de Mars, on avait mesuré l'air, l'eau et le feu, et qu'on m'empêcherait de réaliser mon projet avec le droit commun, je résolus de composer avec le privilège, moins pour gêner les autres qu'afin de n'être pas gêné moi-même.

Ce fut une bien autre affaire : et je m'aperçus bientôt que, ne pouvant rien faire avec le droit commun, je n'étais pas non plus assuré de marcher moyennant le consentement du privilège. Je me trouvais ctreint entre deux portes dont l'une m'était fermée et dont l'autre refusait de s'ouvrir.

.4 force d'insister pour un oui ou pour un non, on toléra que je me disse autorisé parla Commission impériale, sans que, d'ailleurs, il en résultât aucun droit dont je pusse me prévaloir. Cette autorisation de pure tolérance me ftit même accordée à titre pei'sonnel, et non pas comme émanée d'un privilège antérieur, à cause de la confiance que probablement j'inspirais à la plupart des membres de la Commission impériale. M. le commissaire général, je le constate, se réserva même expressément la faculté de tolérer pour les autres ce qu'il ne m'interdirait pas à moi-même. Et, de fait, tout le monde a pu faire ce que j'ai fait. Quant à moi, je dois me rendre cette justice que je n'ai gêné ni pu gêner personne.

Telle quelle, l'autorisation m'était arrivée trop tard. Je- dus dégager de sa parole un éditeur anglais, que mon projet avait d'abord séduit, et qui aurait apporté à ma combinaison un puissant élément de fortune. Seul, un éditeur italien, M. Sonzogno, de Milan, me resta fidèle; et je ne pense pas qu'il ait eu à s'en plaindre, quoiqu'il ait beaucoup protesté contre le retard.

Désespérant d'obtenir cette autorisation si longtemps poursuivie, j'avais bravement affronté le flot, à mes risques et périls; et notre spécimen avait paru sans référence officielle.

Nous marchons : c'est ici que nos tribulations commencent, li me fallutaller à la ciiasss des dessins, comme un braconnier : à cha-

que instant je devais recourir à des autorisations qu'on me faisait toujours attendre, quand on ne me les refusait pas.

D'entrées de faveur il n'en fallait point parler, ni pour nos artistes, ni pour nos rédacteurs. Quant à la vente des livraisons au Champ de Mars, personne ne voulait s'en charger sans grosse dîme, ni mon Éditeur, ni les cojwessionnaircs de vente; ce n'est que dans les derniers temps que j'ai pu obtenir, toujours par tolérance , deux tables de vente à mes Irais.

Dire que , étant autorisé, je devais m'interdire certaines choses que tout le monde se permetlait, je ne parle de cela que pour mémoire.

Entre temps, il me fallaitcourir tantôt après les gravures, tantôt après le texte; et arriver à l'heure dite, puis enfermer texte et dessins dans ce lit de Procuste qu'on nomme une livraison. Une fois trouvé le sujet d'un dessin, il fallait y faire correspondre un article; et, ne pouvant tout faire moi-même, débordé que j'étais déjà par mes autres occupations, chercher le rédacteur compétent, et lui indiquer les hommes ou les sources où il trouverait les renseignements.

Conçoit-on ce que c'est que de faire deux livraisons par semaine dans ces conditions ? Nos lecteurs ne se doutent guère de ce qu'est un tirage de 80 000 exemplaires par semaine d'une publication comme la notre. La maison Ch. Lahure était peut-être seule à Paris assez puissamment outillée pour suffire à pareille

OBJET D ART : URiND PHIX b'AGHlCULTURE (M. Decrombeoque, à Lens, cxpos.nnl). ^-iijrîcullLire glorieuse : Statue de ÎJL. Gumery (maison Chrislolle). — Dessin de M. A. Poulllier

exigence à l'heure dite. Et, puisque l'occasion s'en présente, qu'il me soit permis de rendre grâce publiquement à mes chers collaborateurs, M. Braun, metteur en pages, et M. Hubert, chef des presses de la maison Lahure. Deux jours de mise on page et trois jours de découpage et de mise en train par se-

maine, ce n est pi\ une petite affaire crojez-le. Il ne non était pas permis c perdre une heure et il me fallait attei dre parfois dix joui pour obtenir un rer seignement ou u permis de dessinei Sans le secrétaire c:

rédaction, M. Lai rent-Lapp, je n'( serais jaihais sort Laissons là touti ces petites misèrt qui n'ont d'auti intérêt que de faii ressortir le tour c force.

En définitive, lecteur s'est-il ape eu de nos Iribula tions et de nos ( barras? Avons no dans cette Expos tion immense, ol blié quelque chos d'essentiel, ou par d'un sujet quelcor que sans comp tence? — Je ne pense pas; et pou tant c'est à des gei débordés par leu propres occupatioi qu'il nous a fall demander les rei seignements nécci saires.

Si je faisais 'dénombrement toutes nos collabc rations inéJites, n'en Unirais pai Jamais le bénéiit de mes relations n m'a été plus noces saire.

D'autres ont par!

autant que nous d l'Exposition : noi avons sur tous k autres l'avanta^ d'avoir vécu en elli Et, pour tout diri voilà pourquoi el vivra en nous.

Cela dit, donnons rendez-vous à nos lei leurs, le 19 décembie, dans l'Année illustré qui succédera tans transition à l'Eœposilii universelle de 1867 î'Hks/to,— enfin terminé Après ce que nous avons fait, rien ne noi paraît impossible.

Fil. DucuI^c.

Iniprilneiie géii{'ra!e Cti. Laliure, rue de Fleurus,

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