L. OK LA [)i;iK)r.l.ii-:iu
Les Inventions.
LE TREUIL-PARaCHUTL:.
L'invention se meut dans un cercle immense, elle louche par la variété lio ees créations aussi bien au hoch'.^tde l'enfant qu'aux plus liantes (}ueations de i'orJre social.
li y en a de saisissantes par l'inattendu de leurs etîets , d'au res qui sont plainantes, d'autres qui 8(ml terribles, d'autres er lin qui sont tellement tetdiniques que peu de personnes sont aples à 'es comprendre.
Celle dont j'entreprends l'expiicaiion est extrêmement sérieuse. Elle et 1 digne, par s-ea résultats admirables, de fixer l'attention de tout le mo!;de, et quoiqu'une cert-^ine cla^si; de praticiens, l^s injjénieur-* surtout, soient plus spécialement capables d'apprécier le mécanisme qui en est la base, j'ai la conviction que tout le monde peut sentir son mérite réel et haute portée philanthropique..
Or j'admire, quanta moi, l'étonnaiite contradiction que manifestent les opinions émises par le Jury dans la distribution des médailles, et je ne comprends pas qur de ia même main on récompense les enjoins île des-
truction leU que le canon Rrupp, et lesappa- >eii8 p''otecteurs tels que le treuil-paracliote de M. B rniei'.
D'une part, on double les chances de mort pour les soldats des champs de bataille, où un amour-propre stérile c traîne les peuples; de l'autre, de {jénéreux chercheurs tiar. ntissent contre les ac;;idents de 1 ' bataille. industrielle ces autres soldats du progrès 1 1 du bi n-êire social, qui luttent contre les obstacles que la nalure nous oppose.
Combien ^e lois n a-t-on pas enregictié ces événements terribles qui font t;jnt de veuves et d orphelins, et où de courajreiix mine irs, des carriers, des constructeurs, des maotenvres employés dans les chemi"S de 1er, sur les qnais, dans les ports et les navires pnor le maniement di s ancres, trouvent un jour la mort par une rupture de câble, de chaîne, de treuil, de roue et d'autre, engips servant à la manœuvre des f^rdea^ x?
L'hcmr e qui, à ces terribles hasards des travaux dangereux mais utiles , aura su trouver un remède, l'homme qui aura su opposer à l'avHUglc force de la matière la prévoyimce prolectrice du génie mécanique, n'aura-t-d pas bien mérité de la patrie ?
hh bien, cet homme, l'Exposition universelle nous l'a révélé; tous 1rs jours, infatigable et convaincu, il est ly, auprès de son appareil, expliquant lesrésuHuts merveilleux de son inve ttion et les moyens qui lui servent aies obtenir, aupublieinte ligent (pii.se prisse autour de lui et l'écoute attentivement.
.\ toute démonstration, il faut une mise en scène.
Ici. la mise en scène est des plus simples, et notre gravureen donne une idée exacte : dt s poulies, des roues, des chaînes, et au bout des chaînes d'immenses blocs de pierre de '2000 kilogrammes.
Il va se produire ici une foule d'accidents ■ à chaque seconde, un fardeau énorme se balancera sur notre tête, prêta choiren broya' t tout .-nr son passage, et a chaque seconde, une véritable Providence mécanique arrêtera la masse redoutable qu'elle semble soustraire pour un temps aux lois de la pesanteur.
il y a trois actes dans ce drame palpitant den chutes meurtrif les :
Il y a l'imprudence et la fausse manœuvre;
Il y a ^a rupture imprévue d'une ou deplusieurs pièces du mécanisme ;
Il y a le bris de la chaîne ou ilu câble qui ;U;aclieut le fardeau et l'élèvent dans l'espa(V..
Voici les imprudence^ :
Un homme tourne sans peine une manivelle, le fardeau s'élève.
Il a om's, par une distraction inc^mcevable, de laisseï' fo( ctionner l'cuciiq petage du rochet de retenue qui a pour but d'èm|.iêcher le fardeau de retombe» ; il se repose, il 'ichela manivelle ; h^^ fardeau, tolli ilé par son poids, va redescendre avec une rapidité
pfîravante, imprimer à la (Panivelle un rriouve/'iect ^eftigineux, et renverser l'ouvrier d'.iu coup mortel dans la poitrine ou dans le visage.
Mais non ! la manivelle refte telle qu'il l a iaissee, et il peut, sans a eident, reprendre son ouvrage en réparant son oubli.
Ce n'est plus un homme qui tourne une manivelle; c'est à la vapeur que ce soin est confié. Or, l emploi delà vapeur lend encore p'us fréquent l'accident prove^nant d - 1 ouhli de l'enclique'age sur 'e rochet de retenue.
Le fardeau est arrivé à sa destination ; 1.') mètres 'e séparent du sol : Halte! s'écri. t on d'en haut; et le manœuvre qui veille sur la machifie place la courroie sur la poulie folle.
Si le cliquet esi à son po-te, rien de plus simple; '<g fardeau ne bouge p^s. Ma-s si le cliquet a été oublié, la pierre retombe avec une vitesse qui croît comme les secondes "^uUipliées par elles-mêmes.... prés de là, ïiont les charpentes et sur elles des ouvriers trariquillementoccupés à sculpter une façade
La pierre, dans sa course désordoimée, frappe le coin de l'échafau 'âge ; les planches ' asculent, et voilà des homm' s lancés par lf-3 airs avec une puissance i ouïe, puis, retombant à quelques cenlait.ea de mètres de là. broyés, écrasés, sans compter ceux qui peuvent se trouver dessous.
Or, rien décela ne peut arriver avec l'aj)pareil que noiis étudions; le cliquet est oublié? n'importe, le fardeau demeura où la var eur l'a am^'oé.
Ce que le manœuvre vien» de faire pour arrêter le mouvement de l'appareil élevât. .itf, je veux parler du débrayage de la courroie, il peutarri\er que le hasard ou la négligence le produise. Le résultat resie le même, on le comprend >ans peine; le mécanisme parachute de M. Bernier atjit instantanément, et les accidents sont encore évités.
Il s'agit mainte lant de descendre un f;irdeau ci'argé à un 5* étage, par exen^ple.
Le manœuvre présume trop de sa force, il veut peser sur la manivelle en sens inverse, il est force de soulever le eliqoet pour opér.r la descente, mais le mouvement est iiicommole, aussi didîoile pour la force humaine que de courir à reçu ons, et on ne peu' en : ueune façon emplover la vapeur àcet ut-ag^^ (Ju'arrive-t-il ? Les travailleurs soLt entraînés, jeles contre terre, et le fardeau est précipité de toute sa haut» ur.
La disposition du treuil de M. B rnier empêche tout mouvement de descente par la manivelle. Force est au ma œuvre de prendre le ftein, sorte de ourroiede ferqui frotte sur ia roue et règle la descente à volonté. Donc, pas d'imprudence possible, pas d'accident, car où l'on sufipriniti la cause on Kinprinie les efft'ts. et ou auia beau tourner la manivellti à reculons, elle sera entièreiuent alfo!p<-.
^i, par impossible, le frein se casse, et ai
L'KXP'tSI'riON UMVKRSELLE 1 8H7 ILI. USI'KKK.
omme qui le tient reçoit un choc fidpahie lie lui faire lâcher, le parachute agit el le deau reste sufpendu.
Treuil k double noix portant son parachute.
Poussons à l'extrême les chances de rup- !e de l'appareil; ne supposons pas seuleïnt UQ bris de roue, de dents, de noix ou I frein, supposons que l'appareil élévatoite -même auquel sont adaptés ces roues, ces ax, ces chaînes, ces chquets, a élé mal aa- 'etti; le fardeau est aux deux tiers de sa urse aérienne, le treuil se détache, le point ippui manque : lout vas écrouier ...
'Pure illusion; le 'ardeau reste da-ps lésée et seoible attendre qu'on ait réparé l'accent.
iContinuons : aussi bien, cette démonstram est palpitante.
Tous les accidents sont arrivés, hors un lil, !r bris de la chaîne.
ICflui-là est le plu; leirihle; il sur^i'.'iiL p c use d'uï-ure, de fausse posilio > îles fie; ux,. de chues bruaquts; il se produit us prédisposition appaîente, et la clwiint; Zona examinée U matin ans qu'ede .r— liât h- moi idre défaut, va se briser dan- V mifiutes et lai ser ch >ir d'ui e hauteur de imè Tes un h!oc de pierre de [tlus eurs uiilis de kilo<irammes
ili]li bien, que la chaîni; se brise entre la uli • et le [^oint de suspension du far leau ; i'elie se brise entre la poulie et 'e point ou Kerce Tefftt êlevatoire, le fardeau d ^sceni d'un Cl n'imètre à peine **t s'arrêtera. Pas vîtes -e acquife, pas de bris, | as d'ac-i tit possible; le treuil lui-même et-t devenu it à fait étranaer au fi-rdeau.
Jui-qu ici je n'ai parlé quf^ des afip'irei^s vatoiies de; linés à la c .nsiru» iinn ; >1. lier r a |iliisiyuis Hpplicaiions dilTércules de 1 pjracliute, et Us voiui ;
Une plaiti-torme est-elle des inée à monter o'i à descen.Ire: noire exposant a prévu le t'as où la chaîne se romprait austi bien au point d'attache que dans tout le parcours de îa chaîne elle-même; pas la moindre spcousse n'est produite, quelle que soit la vitesse ascensionnelle au moment de l'accident.
En outre, la disposition adoptée da^s cette application, permet d'anôier le plateau au moment ft à l'endroit que l'on désire; par exemple, le plateau d scind-t-il ou mont -til dans un puits à étagesj on peut Tarrèler successivement à cbaqne étai^e:
Il y a là lout une no( velle perie d'appli,'ations que l'on saisit au premier coup d'œii.
Sufiposons maintenant deux bannes montant et descendant alternalivement , ce qui reuient à indiquer le mouvement de deux seaux dan- un puits.
Substituons à la banne deux [)laie;-formes, si l'on vejt deux fardeaux de quelque proi ortion qu'ils soient, et énuraérons les accidents qui peuvent purvenir.
La chaîne de la banne qui descend capset elle , rien de dérangé dans rajipareil, l'autre banne confinue de monter et celle-ci de descendre.
Est-ce, au contraire, la banne qui monte, dont le point de suspension se rompt? — Tout mouvement cesse.
Les deux chaîn'S dfs deux bannes cassenL-elles, tout mouvement de descente ou de montage cesse également, jusqu'à réparation de l'aecide/it.
Mentionnons encore un perfectionnement du treuil-parachute.
Parachute automalii|ue et guide tendeur de sûreté.
Si l'on voulait, dans un irenil ordinaire, pour un nmlir(piph;nnqne, chiin^er Je vitesse a&cen^ior.nelle, tt pae coq^^equent dimn uer ou aui^meiiter l'effort é évatoiro quand le far-
deau est déjà à une - ertaine hauteur, il faudrait sous peiurt de chute immédiate, dont il y a de fréquents exemples, le redescendre
Spécimen d'une instillation :ivec paractiutes mobiles agissant sur des ctiaines li.\e,s SLM'vanl. de guide.
en' ièrement avant de pouvoir changer l'engcenage, ce qui ne remplirait aucunement le but.
Notre exposant a trouvé le moyen de faire cette opération au moment que l'on voudra sans redescendre le farHfau; et pour cela, il le laisse re,joser sur le parachute pendant la substitution qui s'effectue à vue d'oeil, il'un c^gre ase quelconque capable a'issi bien de ralentir que d'accélérer l'afcension ou la descente.
Ici se place naturellement, une oh^er\alion : le treuil parachute appartient a la classe ïi'3, mécanique gcnera'e; ce n'est que par un hasard exc-ptionnel (lu'il s est trouvé récompensé d'.ns la idasge 53 et dans la clas&e tiï) conteoiint 1 matériel des chaniif rs.
Or, comment peut-il se faire qu'un ul»|Bt dont la base est un problème de méca- ique réso u, et l'applifalion une améliora ion dans le u.iat rie! des chantier , ait oh'enu dans la p einiére une mé'^aille de hro ze, et da"s la iBconde une médaille d argent? Lne médaille d'or eût elc à peine une récompense sulVisan Le.
Y a t-il donc plu! de mérite à af)pliquer la 80 ution d'un problème i]u'a découvrir cette &o ution elle-mêmt ?
La jnsteese de mou observation apparaîtra plus évidente en pou-rsuivant l'étude de l'expo itioti de M. Bernit v.
S^s appareils se divisent logi(|uement en deux parties distinctes : l'une comprend Its mo\ens d'élever facilement, et sans les inconvénients ordinaires, les lardeaux les plus lourds.
ins
L'autre comprend, une l'ois le fardeau élevé, les moyens de l'empêcher de retomber et de produire ainsi des sinistres. La première serait donc plus spécialement une garantie conirc les chances de rupture; la seconde une protection contre les en'els des ruptures survenus en dehors de toute prévision.
La base essentielle de la première partie est
l'emploi de la Joubio noix et du yiiiilc-leiitloir, qui ont pour but de prévenir, l'un, l'usure rapide de la chaîne, l'autre, la fausse pgîition des anneaux, tous deux causes de rupture.
On sait que la noix est une sorte de main de fer ayant plusieurs empreintes où vient s'appliquer chaque maille de la chaîne qui,
ainsi luainlenue solidemsnt, permet un elïurl direct plus énergique- Mais une seule noix laissait éprouver ù la chaîne un frottement considérable sur le bâti en fonte, car la chaîne tend sans cesse à se déplacer en subissant et faisant subir à la noix des morsures profondes.
Or, du moment oùune autre noix lournani
/"/'/ ' /'/'//'' Mf\\f> ///,/// ^y..
tu stiri.s inverse, apportera àla noix qui subit l'eiToit élévaluire i.es maillons déjà placés avue une exactitude mutliématiquej il y aura économie de force et timple roulement au lieu d'un glissement pénible et détériorant.
Peut-on dire ici, selon le vieil axiome de mécanique, que ce que l'on gagne en force on le perd en vitesse? Non, car il y a diminution de résistance par suite du roulement substitué au glissement, et par suite du maintien
plus assuré de la chaîne chargée, dont le jioids se répartit sur sept mailles au lieu de trois, ciimme cela a lieu d'ordinaire dans les treuils à noix triangulaires.
Le guiile-lemlmr est simplement un boulet placé à quelques centimètres du sol, et obligeant la chaîne, quelque vitesse qui lui soit imprimée, à conserver toujours la même direction et à entrer légèrement tendue et droite dans le treuil. ;
Celte amélioration est excellente, surioul dans le cas de descente rapide du fardeau, — descente que le frein de M. Bernier règle à volonté, — en empêchant l'entrée désordonnée de la chaîne dans la première noix.
La deuxième partie , qui estessentiellemt-nl le parachute, consiste en une sorte de i'orl cliquet en fer forgé, et taillé de manière à pouvoir s'engager dans les intervalles des
L'KXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867 ILLUS'I'HEE
lilles de la chaîne, ijour retenir ceLLc chaîne icas de recul.
il.orsqu'une série de ces forts cliquets t sur la chaîne
les engrenages et le ])oint de suspension aérien .
A l'apparition de la chaîne de sûreté sur
I l'enclanchet agit au-des- :du point de jenslon aé- I, mêmes avans et, de plus, neutralisation des elîets e rnplure de la chaîne élévaloire dans loilié de sa longueur, c'est-à-dire entre
l \ Il DL M MU M "
laquelle agit l'enclanchement, on obtient les résultats suiv;u!ls :
L'enclanchement est-il placé au-dessous du
point de suspension aérien du fardeau, et agit-il siir la chaîne de sûreté, il annule immédiatement les effets d'une rupture de la
chaîne dans toute
"'-ll^S sa longueur, et ' WfZ produit les autres avantages déjà mentionnés.
Un plateau ou un récipient quelconque porte-t-il avec lui SCS parachutes ou enclanchements, ces enclanchemenls n'agissent sur une ou plusieurs chaînes iixes, lesquelles ne subissent " aucun effort ,
qu'au moment précis de l'accident, et parent à toute éventualité :
bris de chaîne dans toute sa longueur, fausses manœuvres, rupture du mécanisme ou du treuil.
Enfin , deux plateaux ou récipients, montant et descendant, sontils réunis par une chaîne de sûreté munie de deux enclanchementB agissant en sens inverse : neutralisation des effets de ruptures déjà indiqués, et cela pour les deux plateaux, dans quelque situation que Eo produise l'accident.
Généraliser l'emploi de ces appareils simples et utiles serait un bienfait; il n'est pas de chantier de travaux publics, pas de mines, pas de chemins de fer, pas de ports, dp quais, de docks, de magasins généraux, de navires pour la manœuvre des ancres, ou son usage ne soit appelé à rendre d'immenses services.
Cette invention a un caractère d'utilité tel-
L'EXPOSITIOIN L1NIVERSH;I.LK de 18(w I I,LUS'I' I! E R.
lemeiit uiiiveroel, que M. Violet-le-Duc, dans sim rap]i(i't, qui sera bientôt publié, n'hésite pas à dii'f : « Il est à désirer que, dans Ions « les chantiers, un prescrive l'eniplui du uiiiiUc- « char{j;e paiacliUte. »
Une telle opinion l'ail autorité.
A. Chirac.
Pêche de la Baleine.
BOMBE EMPOISONNÉE DU DOCIEUK THIERCELIN.
L'abandon où est re lui e en France la pêche les cétacé.-i a deus causes principales : la lareiede la baleine l'iauube, l'iuiperl'ecion de l'arrriement.
Ces deux eau^es ne sont pas irrémédiables. Preuve : la s tuation de cette g -aude industrie aux États-Unis.
Déchirée par la guerre civile, la République aillé icaine ei tretenalt encore plus de trois cei.is lâiimtnts pécheurs dans le nord du Pacifique et dano les archipels de l'Océanie. Co i.bien pouvions-nous lui en opposer'? Trois !
Des causes susdites, celle qu'on a mentionnée eu premier lieu commande l'autre. .\>e.: unarmeiuent pius imparfait encoreque "celui di nos p'cheurs, les anciens baleinier, ont réali é des prolils considérables. Confiante et nombreuse, la baleine se laissait plus facilen ent approcherqu'aujourd'hui, et ap' ès une occation ma-iquee, une nouvelle uccatioii se rencontrait bientôt, ce qui n'a piua heu. L'on iUag i n'a paru in luffijant que do jour où la baleine ranche est devenue méfian e et rare.
M. le doc eur Thiercelin raconte dans son Journal (l'un Balniiier. une campagne faiie dans la baie de Cliesterfield p;tr deux navires français, le G, slave elle WsnsiP'O, qui avaient associé leurs effor;s. Sur dix-^ept baleines piqi.ées, trois furent tuées; sur trois baleines mées, deux furent prises.
Le harp .11 aujourd'hui employé ne diiïère qu'en deux points de celui dont les Basques se serva'ent il y a quatre cents ans : 1° Sa lame est moins large, ce qui fait qu'il p nètre plus aisément dans la chair; 2° il est à bascule, c'est-à-dire que dès que le coup a porté le manche se met à ang.e droit avec la tige ce qui permit de s'amarrer plus solidement.
11 se lance comme autrefois à la main, et on ne peut l'envoyer à plus de 5 ou 6 brasses à9'",î) Tfo^ rarement pénèlie-t-il à la protondeur voulue. Sur cinq ou six baleines piquées, il arrive souvent qu'une seule se trouve amarrée. Quand, par suite d'un faux jugement sur la distance, par maïadresse ou par frayeur (ce qui arrive souvent quoi qu'on en dise) le harponneur a mal piqué, la baleine, par une vive couirarlion de ses peaus-
siers, se débarrasse piomp iment de larme qui l'a blessée; aussitôt libre, elle part dans le >enî,et c'esten vain qu'on voudrait la pour- 1 uivre; on la perd de vue en quinze ou vingt niinutes; elle entraîne même le plus s.iuv nt toules ses compagnes et devient dé ormais p'us difficile à accoster que par le passé.
Le har[ion s'est il solidement fixé dans les chairs de 1 animal, alors corn m ■■née cette fuite effrénée avec alternance de sondes et de souffles. Ici se place une inveiilion américain, qui est le seul perfectionnement notalile apporlé depuis les li;sq its à l'aniiemei.t du pécheur. Naguère la baleine harponnée éiait atti.uée a coups de lance; les Am ricains ont remplacé la lance par ce qu'ils appellent la l/oinbe-hmre projectile explosi'' envoyé par un fusil qui porle juste à la distan''e de 1 5 à .'iO brasses (2'i à -'18 mètres).
C est un tiilie en fonte aigre de 3 à '1 décimrt es et d'un diamètre de 3 à 3 ceotiméires rempli de poudre de chasse (100 grammes environ). 1 1 terminé en avant par une pyramide trianjiulaire, à laces évidees, aux angle IranchiUls et il pointe Irèi-aiguë; en arrière par un tube pbis élroit 1 enfermant une mèche. On verse dans le fusil une quaulité déterminée de poudre, on recouvre celle-ci d une bourr e percée eu son milieu et |.iardessus la bourre, on place la bombe-lan^-e de manière que la mèclie to lehe la hourra. La pomle du projectile d qiasse de 1 à 2 ceniimètres Lextrémité du canon.
Tel est 1 outil. Voici la manière de s'en servir.
La baleine éiant amarrée au moyen du harpon lancé à la main, on se haie sur la ligne de manière à se trouver autant que possible par le travers de l'animal au moment où il montre une partie notable de son corps. Si le coup est heureux la bombe pénètre dans les parties charnues, porLant avec elle la mèche allumée par 1 explosion du fusil. Quelques secondes après un bruit sourd se fait entendre. Le céiacé fait un soubresaut violent et meurt presque instantanément si l'explosion a lieu au milieu du poumon.
Mais tel n'est pas ordinairement le cas. Qu'on se représente le chasseur denoat sur l'avant d'une pirogue ballottée par la lame et par la traction de la baleine; qu'on se rappelle combien e»t rapide (1 à 2 secondes) 1 instant pendant lequel l'animal peut être accosté; qu'on ait égard enfin à l émotion inséparable d une pareille situation , et l'on comprendra que le lieu d'élection ne soit pas souvent atteint. M. ïhiercehn nous montre durant cette campag.ie dont il a été question plus haut une baleine amarrée par la troisiè lie pirogue du Gustave. Cette pirogue était commandée par un baleinier exp rimenté et ardent. Il tire sur l'animal trois coups de fusil; un seul porte. La baleine, malgré ses 'ilessures, gagne la passe. On dut couper hi ligne, c'était a ircommencer. Atteint partout ailleurs que dans le Li sn pulmonaire, et la
bombe tiit-e le produit les t lus graves désordres dans l'abdomen, ou fra<.turé les os de la tète, ou déchiré les hibeade la queue, l'animal ne meurt pas de suite, si tant est iju'il en meure. Le temps se passe, la nuit vient, il faut souvent couper la ligne et toulest perdu.
D'ailleurs l'emploi de la boiube-lauce ne dis[)ense pas de la première attaque par te harpon. Ce perfectionnement, si imporlant qu'il soit, est donc loin d'avoir remédié aux inconvénienls et à l'insuffisance de l'arniement des baleiniers.
Pour y remé lier, M. le docteur Thiercelin propose d'empoisonner la haleine. D'antres, avant lui, l'ont proposé. On avait recommandé l'acide prussique. Il a élé essayé. Un journal a même rapporté, il y aciin] ou si\ ans, qu'une haleine atteinte par un projectile plein d'acide prussique était tombée ondroyée. Cela n'a pas empêché les pêcheurs de s'en tenir au procédé ordinaire et ceLlt; fois ils ont bien fuit, pour plusieurs raisons dont unesuffira: l'instaliilité de l'acide prussujue qui est telle que, plusieurs jours après avoir été préparé, ce poison si énergique peut être transformé en un corps comjilétement inerte. L'acide prussique ne vaut donc rien. Quant à l'idée de l'intoxication, c'est autre chose. Qu'on trouve 1111 agent stable, non dangereux pour le pêcheur, assez aclil pour tuer en peu de minutes, et que le projectile conlenant la substance toxique puisse, comme la bombc-lauce, être envoyée par une arme à feu : quelle simplification I L'animal devant mourir promptement, l'amarrage est désormais inutile, et c'est la partie la plus dilViciletle la pêche ; l'amarrage supprimé rend l'emploi du lusil bien plus facile ; le poison opérant en quelque endroit du corps, qu il soit mis en contact avec une surface saignante, et tout point du corps devenant lieu il'élection, une grande précision de tir n'est plus nécessaire : enfin, comme l'attaque peut se faire de loin, ilest clair que les dillicullés que créent la rareté et la méfiance des baleines sontamoindries.
Pendant plusieurs années, aidé des conseils de M. Wurtz, notre auteur se livra, tians le laboratoire de la Faculté de médecine, à des recherches comparatives sur la valeur de quelt|ues poisons solides, choisis parmi les plus énergiques. Son choix se fixa sur un mélange de strychnine et de curare. A la dose de 5 à lU milligrammes pour chaque kilogramme de l'animal empoisonne, ce mélange tue les quadrupèdes dans l'espace de dix à treize minutes. Ainsi, pour ua chien de lu kilogrammes, 5 milligrammes; pourun cheval de 200 kilogrammes, 10 centigrammes. Il fauiliait donc /lO grammes puur une baleine de 80 000 kilogrammes.
Le poison trouvé, restait à le mettre en contact avec la surface absorbanle la plus large possible. Pour cela, M. Thiercelin a recours à la bombe-lance. Il noie la cartouche pleine de poison dans le lube plein de poudre; la
L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1 Sfw ILLUSTREE.
arge de poudre se trouve réduite à60 grames, mais c'est plus qu'il n'en faut pour prolire la rupture du tid;)e et déchirer les tissus la bête.
Voilà l oulil, voici le tivivail.
M. le docteur Thiercelin s'embarqua le avril 1863, à burddu baleinier h Guslavc 'un jeune néij;ociaiit du Ha.re, M. Emile .issier, jaloux de facililerFessai du nouveau océdé, n'avait pas craint d'équiper au tnoînt même où nos arniateuis s'accordaient considérer la prche de la baleine comme e industrie morte. On se garda bien de dire X pêcheurs qu'ils allaient tremperdans une novation. Il avait été convenu entre M. Thicrlin et le capitaine du baleinier qu'on n'enrrait de bombes empoisonnées qu'après l'airrage au harpon comme pour les bombes linaires. De cette manière, l'équipage ignorait même qu'il y e'ûtun poison eti jeu, et, e fois la baleine morte, on n'aurait pas à ilndre les répugnances qui avaient déjà aré, à plusieurs reprises, des exjjériences blogues. .Mais ce [jarli n'était pas sans innvénients.
Bi on compare, en efl'et, les mouvements Us, presque réguliers, d'une baleine qui ;ore le danger, aux soubret-auts violents, 'cadés, furieux, de celle qui vient de reeer un harpon et cherche il fuir, on conçoit Isuite combien l'envoi de la bombe-lance ( facile dans le premier cas et combien il rient diflicile dans l'autre. An moment où ipirogue est entraînée dans la course de :iiimal furieux, balloltéeen tous sens par ses ochets, ses sondes, ses bonds au-dessus de au, l'officier n'a certes pas un grand loisir nr prendre à la main une arme lourile, aauler convenableinent, viser juste et tirer innps. Si encore, il n'avait que cela à faire! ■s il lui faut éviter la baleine quand elle dent sur le boal, filer la ligne quand elle !de, embraquer quand ellecourt, etc., etc., ce est lui qui veille au salut commun, qui ivent y travaille seul; les matelots consert tout juste assez de sang-froid pour nager scier d'après son commandement, iussi qu'arriva-t-il?C'estqueles premières hbes empoisonnées firent toutes explosion iis l'air ou dans l'eau. M. Thiercelin, craimt que ses cartouches ne tussent jusqu'à Jernière consommées en pure perte, esa d'amener le capitaine à commencer uaque par l'envoi des projectiles. Le lapi- :e parut goûter ce conseil et.... défendu à oUiciers de rien changer à leur manière aire, de sorte qye la poudre continua de ; aller au vent, comme le poison de s'en r à l'eau.
. la fin cependant la fortune se 1 ssa d'être traire, et Jeux faits aussi concluants que Hibles prouvèrent que l'inventeur n'avait trop présumé de son procédé. Une baleine t ariiarire depuis quelque temps déjà, et 1 ne tai.sait présumer que la lutte fut sur »oint de finir. L'animal encore plein de
vigueur nageait dans l'est et atteignait une passe où on allait être coutruint de couper la ligne et de l'abandonner. A ce moment il leçut dans l'abdomen une bombe empoii-onnée. Cinq minutes plus tard il étendait une de ses pectorales au-dessus de l[eau et cessait de fdire le moindre mou ement; cin ) autres minutes après, il était mort.
Amenée a bord, depecéeet fondue, celle baleine ne donna lieu a aucun accident parmi les hommes qui se livrèrent à ce travail, travail qu'ils aura entrel'usé défaire s'ils avait nt connu la léritable cause de la mort; aufsi s'étonnaient-ils grandement de la subite cessaiion des mouvements du cetai-é.
Le second lait est plus décisif encore; Une baleine avait été harponnée, on lui lança plusieurs bombis qui toutes portèrent ou trop haut ou irop bas, si bien même qu'on finit par renon^ier à 1 emploi du fusil et qu'on la tua à coups de lance. Mais le sort voulut qu'une de ces bombes perdues allât frapper dans l'abdomen en un point très-rapproché de la queue une baleine qu'on ne visait pas.
L'animal s'éloigna avec rapidité, soufflant avec force et frappant violemment la mer de sa nageoire caudale. Les balei iers, persuades qu'elle n'était que légèrement blessée ire s'en préoccupèrent même pas. Cependant le hasard cette fois avait bien servi l'inventeur, la baleine s'éloigna rapidement pendant cinq minutes, puis elle étendit une de ses nageoires pectorales comme avait fait la première, et continua sa course avec la vitesse acquise, mais sans remuer aucun de ses organes moteurs. Six minutes s'écoulèrent à peine dans cette imniobililé relative et un boat vint lui envoyer un harpon quand elle était déjà morle.
L'efficacité du procédé n'est donc pas contestable.
La bombe -lance empoisonnée est exposée dans l'annexe des bateaux de plaisance, annexe édifiée sur la berge.
Victor Meurier.
La machine de Marly.
On ne songeait nullement à exposer le modèle de la nouvelle machine hydraulique de Marly, construite depuis plusieurs ar.nées, quand, au dernier moment, l'Bmpereur en donna l'ordie.
Pour recevoir ce modèle, un petit pavillon a éié bâti dans le Parc, non biin et à droite de la porte Rapp. sous ies auspices du niinistèrede Ij Mai-on de l'Empereur et des Beaux- Arts : car l'établissement hydraulique ayant été constiuit aux frais de la Liste civile, dé pend de ce ministère.
La machine de Marly méritait les honneurs de l'Exposition. La vieille machine, célèbre
par ses gémissements lamentables, n'est plus celle qui existe aujourd'hui à Marly ; elle est remplacée par un nouvel appareil qui est une des œuvres les plus remarquable.- de la mécanique moderne.
Le pavillon du Champ de Mars renferme le mo lèle d une des roues hydrauliques, exécuté à l'ichelle de dix centimètres pour un inetre, et une série de lavis etd'aquarelles représentant l'ensemble et les détails de l'elablisse:nent. Nous serions heureui si l'examen du modèle de celte michine admirable et du croquis représentant l'ensemble deFédifice et ducoteau qui le domine inspirait aux visiteurs de cette exposition le désir d'aller voir la machine elle-même, car il n'est point, aux environs de Paris, de canton moins fréquenté et plus délicieux que celui le Marly.
Tous les étranger» vontadmirerles glandes eaux de Versaill.-s et de Saint-Cloud, et un bien petit nombre seulement connaissent la source de ces p .is^ants ji ts, de ces abondantes cascades.
Qu'ils aident a .Marly, et ils apprendront que les torrenis d'eau qu'ils ont vus jaillir à une gran le hauteur, dans les par s d -jà trnsélevés de Versailles et de Saint-C oud, que ces cataractes a cendantes qui les ont ém ;rveiilés ont été empruntées à la Si;inc. à Marly, et sont lancées p-r la Seine elleluèine. Nousali()ns expl.quer comment.
Quand le Nùt-i-e eut crée lesjardiiis de Versailles, Sainl-Cloud, Marly et Saint Germain, les bassins magnifiques dont on avait orné les pai terres restèrent à sic, car les cbaleau.v étaient bâtis sur des collines. C'est alors ij'ic Rennequiti CQpstruisil la tnachine légendaire pour élever les eaux du fleuve sur les hauteurs i1e Luuveciennes, d'où elles se reidaieut dans 1 s bassins des parcs royaux. On édifia, pour recevoir les eaux, ce majestueux et pittoresque aqueduc de Louveciennes qui développe ses arcatures sur une longueur de 600 mètres., et s'élè.e à 23 mètres au-dessus du sol et à 1 58 mètres au-dessus de la Seine. Du château d'eau, qui termine la trente-sixième et dernière arcade, partait le tuyau qui venait se déverser dans les réservoirs.
Rennequin ne savait pas lire, et, comme tous les esprits ingénieux et invenills mais ignorants, il avait imaginé quelque chose de fort compliqué. La machine se composait de 221 pompes mises en mouvement par 14 roues. Le bras gauche de la rivière avait été barré tout exprès pour produire la chute qui faisait tourner les roues. Une partie des pompes élevaient les eaux dans un premier bassin, d'autres les reprenaient a cette hauteur et les jetaient dans un puisard plus élevé, d'où enfin un troisième groupe de pompi s le^ montait sur la tour. Cette machine fut exécutée de 1 676 à 1 682 et coûta la bagatelle de trois millions six vent cinquante mille fr.mcs, rejjrésentant au basmot dix ou douze millions à l'époque actuelle. C« t iinnitnse ji.ujou mécanique ne tarda pas à sedétraquer
et, au commencement du siècle, il n'y avait plus que deux roues en état de service. Aussi les grandes eaux de Versailles ne jouaientelles que dans les occasions solennelles, car il fallait dépenser trente mille francs pour offrii' ce spectacle à la foule. Il y a maintenant grandes eaux tous les dimanches d'été, alternativement à Versailles et à Saint-t^loud.
UésEspérant de l'appareil hydraulique, on le remplaça par une pompe à l'eu. La construction , confiée à M. Cécile, se prolongea de 1811 à imi. Cette machine, fort helle pour l'époque, montait l'eau d'un seul jet sur l'aqueduc à l'aide de huit pompes; c'était un grand pn^^rès, mais il était dur de hrùler du charbon quand on avait en face de soi une énorme chute d'eau qui ne servait plus à rien. En 185.5, l Empereur ordonna la construction d'une nouvelle machine hydraulique. 51. Dufrayer, l'éminent architecte de la liste civile, se mit à l'œuvre et, en 1858, le nouvel édifice était inauguré; mais les travaux complémentaires ne seront terminés qu'à la fin de l'année actuelle.
Ladépense totale, supportée par la cassette particulière de Sa Majesté,s'est élevée à deux millions.
La machine nouvelle se compose de six grandes roues de douze mètres de diamètre , mettant en jeu chacune quatre pompes. L'appareil est abrité par un bâtiment en pierre et t brique, couvert en zinc, construit sur la rivière perpendiculairement ii la rive. Quand les vingt- 2==zçr.
quatre pompes seronten jeu (la sixième roue n'est pas encore terminée^ elles élèveront ensemble à la hauteur de 150 mètres Ui millions de liti'es d'eau par jour. Cette petite rivière, au lieu d'être déversée sur l'aqueduc comme autrefois, est [iorlée directement sans passer par l'aqueduc, par une conduite de 00 centimètres de diamètre et de 2280 mètres de longueur jusqu'aux réservoirs des L)eux-PorLes qui forment de véritables lacs artificiels de 35 000 mètres cubes de capacité.
Maintenant l'aqueduc et la pompe à feu ne servent plus à rien : mais néanmoins on les conserve comme souvenirs historiques, et on peut les visiter, aussi bien que la machine actuelle, sans avoir aucune permission à demander, ce qui a toujours son prix.
ClIAISLtiS BoiSSAY.
CHRONIUUE.
Paris, a sf-ptcmbre.
Puisqu'ils parlent lant du jury, parlons un peu dtî31M. les exposants. Ni avant ni après le jugement, ils n'ont été commodes, je l'afiirme. Chacun avait son mémoire à communiquer : si vous n'y répondiez pas, c'est que
PKGHli: A LA liALEJiNE : BOiMBl'; EMPOISONNEE DU THIEIiGliLIN.
vous n'aviez pas daigné le lire. On vous disait de vous renseigner près de tel personnage qu'on vous indiquait : si vous ne vous rendiez pas à cette sommation, ou si, vous y rendant, vous ne trouviez pas le personnage désigné, c'est que vous ne vouliez pas vous informer ni vous bien renseigner.
Au sein de cette pression presque comminaloire, traversée par les instances polies
LA MAClllAK IJI'. MAltLY.
des jurés et des délégués étrangers, et de l'ahurissement que tout cela provoquait, comment n'aurait-on pas perdu de vue bien des choses essentielles? Voilà, par exemple, les fabricants de Lyon et les fabricants d'étoffes de Paris. Beaucoup d'entre eux sont des industriels de premier ordre et de premier mérite. Faut-il récompenser individuellement tant de mérites égaux? Aucun d'eux ne s'accommode d'une récompense collective.
Autre embarras. 11 était convenu tout d'abord qu'il n'y aurait que cent médailles d'or. Beaucoup de jurys avaient fait leur répartition en conséquence. On reconnaît bientôt que cent médailles d'or ne sont pas suffisantes, on en élève le chiffre à neuf cents. Mais
un certain nombre de classes s'en tiennent à leur première répartition; et c'est ainsi que les fabricants de Lyon et de Paris ont été sacrifiés relativement.
Dans quelque temps, et lorsqu'on se sera bien rendu compte des circonstances, on s'apercevra de ce que vaut, au milieu de 52 000 exposants, une médaille d'arc;ent donton semble faire fi aujourd'hui, et môme une médaille de bronze.
~ C'est sur nous , qui
avons cherché — Dieu sait avec quel désintéressement! — les informations les plus compétentes , c'est sur nous, dis-je, qu'a porté le mécontentement des exposants.
« Des renseignements! ont-ils dit. Allez les demander au jury, qui n'a pas tenu compte de ceux que nous lui avons fournis, w
Ils ont même poussé plus loin le dépit. Armés de l'art, i I du règlement général, ils ont fait défense aux écrivains et aux artistes, par l'intermédiaire des gardiens de classe, de prendre toute note ou tout croquis sur les objets leur appartenant.
lU donnent pour raison qu'on pourrait ainsi leur I dérober le secrei; de leur
fabrication ou la marque de leui'd objets exposés. — Alors pourquoi exposent-ils? S'ils craignent qu'on ne les remarque , pourquoi se montrent-ils? La publicité leur est nécessaire; ils le savent , et se l'aliènent de gaieté de cœur.
On ne voudra pas croire que certains commissaires étrangers se sont laissé gagner par cet ubsurde esprit d'interdiction qui semble pousser tous les exposants à sacrifier gratuitement les bénéfices qu'ils pouvaient retirer de ce grand concours où le monde entier s'est fait spectateur.
Le dépit, d'où qu'il provienne, est mauvais conseiller. Quant à nous, rien ne nous fera départir de notre inépuisable bienveillance.
Quel est donc le philosophe qui a dit: « Voici une armée héroïque : mais si vous vouliez la juger d'après la valeur individuelle de chaque soldat, jamais vous ne pourriez soupijonner rhéroïsme? » L'Exposition est une armée dont les exposants sont les soldats. Notre conclusion est que l'Exposition est admirable.
Fu. Dlcuin(;.
Imin-imerie gôucralc de Cii. Laluire, rue de Flourus, 9, à Paris.
CDITEURS:
m. E. UENTIJ^
icess\otir\3.ire àa Catalogue ol^ciel, éditeur de la Commission impériale.
Jft. P S K R II E P E T B T ,
jESslonnaire de la photographie du Champ de Mars, photographe de la Commission iir.r.ériale.
OO I.rr'alHons de la pauea In-*".
pnu DE laeonnement:
pour toute la Francs 90 fr.
La livraison , s
Par la posie .j, > (j
Pour l'étranger, les droits de posie en lus, Eureaux d'abonnements : rae de Richelieu. 106.
Dn 12 Septembre 1867.
vnstruciion publifjUo en France (1 grav.), par M. Ch. nvestre. — II. La Fmme fellah, tabkaii df M. Lanâdlc
(1 grav.}, par M. Alfred A.ssollant. — III. Les Produits à bon 7nurché de, la Classe 9 1 (I grav.), par M. Fr. Dacaing. — IV. Gahme de l^Histoire du, Travail (I grav.), par M. Du Sommeranl . — V. Vases et Urnes du Afusée n-trospeclif {k grav.), par M. Paul Bellet. — VI. Le
RÉDACTEUR EN CHEF
!». F. UUClIlIfCI,
Membre du Jnry Internationa!, COMITÉ DE RÉDACTION :
MM. Armand Dcuaresq, Ernest Dhéolle, Moheno-Henhiqubx,
Léon P[.ÉE, Ang. Vitd, membres da Jury international.
Torrent du Labouret (l grav.), par M. H. de h Bianchère. — VII. Les Coucous de lu Forét-Noire (1 grav.), par M. Raoul Ferrère. — VIII. La statue de Mlle Mars (1 grav.), par M. Francisque Sarcey. ~ IX. Chronique, par M. Fr. Diicuing. — H gravures.
CLASSES 89 ET 90. - INSTRUCTION PUBLIQUE EN FRANCE. — Dessin de M. Lancelot.
Vol.
Instruction publique en France.
LES CLASSI^S 8!) ET 90.
Xu bout de la galerie transversale où sont disposés d'u!;e façon si pittoresque les p:odiiits de l'Algérie et de nos colonies, le visiteur s'arrête devant un portique de belle ordonnance, celui que l'eproduit notre gravure. Deux groupes en ornent les eô'.és, dont l'un représente l'éducation de l'enfance, l'autre l'instruction des adultes; et audessous du fronton se lit cette parole de 1 Empereur, qui est restée à l'état de programme non réalisé :
<( Dans le pays du suffrage universel tout citoyen doit savoir lire et écrire. »
L'instruction primaire n'est point encore obligatoire chez nous; mais chaque année un demi-million d'adultes remplit nos écoles pendant l'hiver.
Ce portique, dont le dessin est de M. Sébastien Cornu, l'ordonnateurdu musée Campana, et dont les groupes et les ornements ont été exécutés par les élèves de l'école municipale de dessin de la rue Volta, dirigée • par .M. Levasseur, ce portique marque l'entrée de l'exposition dés classes 89 et 90, qui comprend quatre salles, prises des deux côtés de la galerie circulaire n° 2. Là se trouve représentée toute l'éducation populaire, depuis la salle d'asile jusqu'à l'enseignement professionnel, et aux cours pour les adultes. C'est la tête du dixième groupe, dont les autres classes s'étendent derrière jusqu'à la circonférence extér.eure.
Les deux statues isolées que vous voyez de chaque cùté de laporle sont celles de Pestalozzi, l'immortel auleur delà méthode intuitive, et celle de l'abbé de La Salle, le fondateur de l'institut des i'rères des écoles chrétiennes. La première est l'œuvre des élèves de l'école municipale de dessin, que dirige M. Lequien fils; la secondea été faite par les élèves des frères.
Le portique franchi, nous nous trouvons en face des travaux des écoles. L'école normale de Cluny, qui ne compte encore qu'une année d'existence, y tient déjà une place honorable par ses instruments en bois, et ses : organes de machines exécutés par les élèves. | A droite, les dessins envoyés par les diverses écoles des frères occupent un large pan de la muraille. Tout près s'étendent les oeuvres souvent remarquables des écoles municipales de dessin de la ville de Paris.
Le fond de cette première salle appartient au ministère de l'instruction publique. M. Duruy a voulu exposer là quelques spécimens des résultats des missions scientifiques les plus récentes. C'est à ce titre qu'a été élevé, sous la direction de M. Léon Méhédin, le portique mexicain, si bizarrement colorié, qui!
ornel'entrée de la seconde salle. Au devant, l'on remarque un bloc de marbre noirci par les siècles, qui porte sur deux de ses faces des figures, d'un grand style.
Ceux qui aiment les voyages et (lue la vue des palais fantastiques de l'Orient jette dans d'interminables rêveries, s'oublient volontiers devant les nombreux albums de photographies que leur offre cette salle. D'autres, les esprits positifs, passent indifférents devant ces images qui ont coûté tant de fatigues et de courses lointaines; à peine jettent-ils un regard distrait sur les instruments du culte bouddhique qui sont exposés dans la vitrine à droite. Le moulin à prières même ne les arrête pas.
Il est une classe de visiteur^ qui traverse encore plus rapidement cette partie de la salle, ce sont les milliers d'instituteurs tt de proftsseurs que les vacances nous envoient. Ceux-là vont tout droit à ce qui les intéresse par-dessus tout : c'est-à-dire aux choses de l'enseignement proprement dit.
Faisons comme eux, puisqu'aussi bien nous voici à l'entrée de la seconde salle.
Ici nous sommes pleinement dans le domainedel'enseignement piofessionnel.Les institutions libres dominent. A gauche, ces organes de machines, ces collections d'hictoire naturelle, ces appareils pour manipulations chimiques, représentent le pensionnat professionnel d'Ivry-sur-Seine, qui a obtenu de nombreuses récompenses et dont le directeur, M. Pompée, vient d'être fait officier de la Légion d'honneur, A gauche senties travaux des Écoles de la marine. Puis vient l'école centrale de Lyon . La Martinière n'a pas pris part à l'exposition, parce que si l'on peut exposer des produits, l'on ne saurait exposer des méthodes.
L'asile ferme-école Fénelon et la colonie de Mettray y figurent sous la forme de plans en relief. "L'école Élisa Lemonnier de la rue de Turenne, pour l'instruction professionnelle des jeunes filles, montre de belles peintures sur porcelaine, des gravures sur bois, des travaux d'aiguille et des cahiers qui font le plus grand honneur à la direction. Une autre institution à peu près semblable, Notre- Dame-dcs-Arts, expose tout auprès des travaux d'élèves qui ne manquent point d'intérêt, sauf que les ornements d'église y tieanent peut-être trop de place.
De l'autre coté, nous trouvons l'alphabet astronomique de M. Ch. Emmanuel, qui .met une science abstraite à la portée des plus humbles écoles. Tout auprès sont les collections de la maison Hachette pour 1 enseignement des sciences, et !e petit laboratoire de chimie et de physique, d'un bon marché fabuleux, qu'expose M. Emile Rousseau,
Ce même M.'É. Rousseau a trouvé le moyen de reproduire, à l'aide d: procédés photographiques particuliers, les dessins des grands maîtres avec leurs toas primitifs rendus inaltérables, ce qui va permettr e de
distribuer dans les écoles des modèles incomparables aux prix les plus modérés; nous en avons ici des spécimens. Les écoliers d'àprésent sont bien heureux. Quand je pense à tout ce qu'ils ont et à tout ce qui nous manquait, à nous, je suis tenté d'être jaloux.
Les deux salles que nous venons de parcourir représentent l'exposition da la classe 90, c'est-à-dire ce qui concerne l'enseignement professionnel et l'instruction des adultes, du trroins pour la Fr-ance. La Belgique a exposé une belle collection de tissus produits dans les ateliers d'apprentissage des Flandres. Mais, en fait d'école d'apprentissage, il faut surtout citer celle de Brûnu en Moravie, qui expose un très-remarquable album de dessins et d'échantillons d'étolïe, faits par les élèves. Cette école est une fondation de la Chambre de commerce de Bt unn ; elle ne date que de 1 860. Généralement , les Allemands ont montré, dans celte spécialité de l'instruction professionnelle, une supériorité qu'on ne saurait contester.
Nous avons cité tout à l'heure la Société fondée à Paris par Mme E. Lemonnier pour l'enseignement professionnel des femmes; il faut mettre sur le même rang la Jimla île Damas, ou association de dames qui s'est formée à Madrid pour la propagation de l'enseignement des filles, et à laquelle des femmes qui portent les plus grands noms de l'Espagne prêtent un concours a; tif. Pareille association s'est for'méeà Barcelone. La Junlade Damas de Madrid a obtenu une médaille d'argent.
Ne quittons pas la classe 90 sans dire un motdu meuble monumental, et d'aspect presque funèbre, qui s'élève au milieu de la seconde salle et l'emplit à peu près. La statue dorée qui le surmonte représente la Frante. Trois de ses faces sont garnies de vitrines où sont rangés' des volumes de documents, précieux peut-être, nlaia dont le public ne peut voir les titres; ce sont des collections d'actes administratifs relatifs à l'enseiguement ou à l'assistance publique. On y a renfermé en outre l'ensemble des documents recueillis dans Fenquête dite du X" groupe.
La quatrième face, celle qui regarde l'entrée, est ornée d'une vitrine plus petite, d'une forme particulière, et semblable aux figures qùe l'oir donne de l'arche de la B.ble. C'tstlà que sont renfermés les fameux rappor ts demandés par M, DurUy sur les progrès des sciences, des lettres et des arts eu Fr'anca, depuis vingt ans.
En traversant la galerie nous entrons dans les salles qui forment l'esposition française de la classe 89. Là, il ne s'agit plus de l'enseignement des adultes ou des adolescents, mais de Féducation de l'enfance.
Le matériel des écoles n'a pas sensiblement varié en France depuis quarante ans. Tandis que l'Allem.ngne s'ingéniait à varier ses méthodes d'éducation pour les approprier aux besoirrs de l'enfance, nous nous
rdions dans d'interminables discussions loriques sur le point de savoir si l'enseijment doit être libre, ou ne l'être pas; s'il ,t appartenir à l'État ou au père de famille, i somme, nous n'avons, à proprement par- :; aujourd'liui, en France, que deux sortes ;3oles : celles qu'entretiennent les municiités ou l'Étal, et celles que le clergé cathode multiplie à l'aide des largesses des paroliers. Jlais à y regarder d'un peu près, 1 deux catégories d'écoles ne diffèrent beaucoup.
li vous voulez vous éclairer un peu sur e question de l'éducation publique, qui heureusement n'intéresse pas beaucoup de s, dans notre pays, allez visiter, dans le p, l'école Américaine; voyez ces murailles Essées de devises empruntées à la constion, ou au droit civil: il est clair que dans écoles d'Amérique on pense avant tout à le des citoyens. Et cependant le modèle pn a construit ici ne réalise pas le type écoles des grandes villes de l'Union; t un spécimen d'école à bon marché, l'école Norwégienne qui occupe le rez-de ussée de la maison pittoresque élevée dans larc, s'en rapproche davantage, avec ses :;es isolées. Là, chaque élève a son banc et --pupitre, bien indépendant et séparé du lin. LesécolesauxÉtats-Unissontmeublées rant le même système. La valeur de ce lil, qui semble de peu d'importance au mier abord, sera comprise de tous ceux savent ce que c'est qu'une classe, me pareille organisation ne saurait réusbhez nous : on la condamnerait tout d'a- 1 comme trop dispendieuse. Mais aux ■s-Dnis, rien n'est trop cher dès qu'il lit d'éducation. Voyez le beau' planétaire IM. Barlow, du Kentucky, a exposé dans sction américaine, et où l'on voit, par un anisme ingénieux, toutes les planètes se voir autour du soleil; c'est un instrut de 1200 francs. M. Birlow en a apé ici plusieurs de divers modèles. Il iagine que les écoles en France sont riches me celles de son pays; il s'est trompé, vend un ou deux de ses planétaires chez ,1, ce sera aux Anglais, ou bien à quelétablissement ecclésiastique, as écoles allemandes se font remarquer le développement qu'elles donnent aux iîices manuels et à la gymnastique, i France a exposé quelques globes et ques appareils géographiques remarquasurtout au point de vue du bon marché. I ce dont nous pouvons être le plus jusint fiers, c'est de l'organisation de nos ifS pour la première enfance, ou salles ie. Il y a aussi un meuble d'apparence ssie, mais excellent : c'est « l'escalier ique », inventé par un des meilleurs in- :eurs de Paris, M. Demkès, pour l'enseiiient du système légal des poids et me-
s écoles de la première enfance, ou salles
d'asile, qui sont à vrai dire ce dont la F/ance peut être le plus justement Gère en matière d'éducation populaire, sont représentées à l'Exposition par quelques innovations de peu d'importance, si l'on en excepte le petit gym nase enfantin.
Nous appellerons encore l'attention sur les modestes travaux accomplis par les jeunes aveugles.
Mais on conçoit que dans un pareil ordre de faits ce qu'il importerait le plus de eon naître et de voir est justement ce qu'on n'a pu montrer ; je veux dire la méthode du maître, et aussi les résultais moraux, fruits de l'éducation proprement dite, qui sont autrement précieux qu'une page bien faite ou un dessin à peu près réussi. En cela, les critiques qu'on a pu diriger contre l'idée d'une exposition de l'enseignement, seraient assez fondées, s'il n'y avait là autre chose qu'un concours aboutissant à une répartition plus ou moins heureuse dos récompenses annoncées. Mais qui s'arrête à cette idée"? Autant vaudrait dire que tous, tant que nous sommes, nous n'avons jamais étudié que pour avoir des prix, parce que chaque année les vacances scolaires commencent par une distribution de couronnes.
Non, le concours et les récompenses ne sont qu'un moyen; le but véritable c'est la mise en lumière de certains faits, et la mise en déroute des préjugés contraires.
On avait annoncé qu'à la faveur de l'Es position universelle le Champ de Mars verrait s'élever divers spécimens d'écoles, où Américains et Allemands viendraient montrer comment on entend chez eux l'éducation de l'enfance. Les Allemands avaient à présenter les «jardins d'enfants » du docteur Froëbel; les Américains, leurs grundes écoles nationales, ces simples écoles primaires où l'on forme des citoyens et d'où sont partis les plus grands magistrats de la République.
Surtout, l'on y devait voir les méthodes en action, chaque pays envoyant ses meilleurs maîtres avec un nombred'élèvessufflsanl.Cela ne s'est point réalisé. Pourquoi? Je l'ignore. Mais je regrette vivement qu'un pareil spectacle n'ait pu être oH'ert à notre pays. Assurément il eût été difficile d'établir pour ce concours d'un nouveau genre des récompenses équitables et dont chacun pùt être satisfait. Mais quelle impression en serait restée!
Ch. Sacvestre.
La Femme fellah