‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 42 sur 134 · ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

ÉTATS-UNIS

Triste eft l'impression qu'éprouve tout d'abord le visiteur (]ui s'aventure à travers l'exposition d s États-Unis. Convaincu de la puissance de la grande République, rempli de l'idée qu'il va cont»mpler une esbibition splendide, telle qu'elle conviendrait à la première nation industrielle du t;lobe, il parcourt l'espace étroit réservé au Nouveau- Monde, avec un étonnement et une stupeur qui ne tardent pas à s'accroître lorsque, tour; ant de coté et d'autre , il s'aperçcit que quelques minutes lui ont suffi pour observer tous les olijets envoyés de ce pays éminemment progressiste. Qui faut-il accustr de cette désillusion? Est-ce la Commission française, qui aurait mesuré la plate avec irae trop grande rigueur? Est-ce la Commission américaine qui aurait négligé les intérêts mêmes qu'el'e représentait? Est-ce le commerce privé? Est-ce la situation politique?

Pour nous, nous le croyons sincèrement, le premier reproche est dij à la Commission américaine. Eneiîet,on n'a pas tellement ménagé les annexes, qu'on n'eijt pu en réserver de nouvelles aux États-Unis, s'ils en eussent fait la demande. Quant aux industriels, comment croire qu'ils eussent hésité à envoyer leurs produits à une exposition si magnifique, la plus belle qui aitencoreeu lieu, la dernière, peut-être, que nos yeux verront? Reste la position cruelle d'un peuple, après une guerre civile de cinq ans.

Ce motif, plus spécieux, nous paraît aussi faible que les autres. Les États-Uiiis ne peuvent l'alléguer. Ils ne sont pas dans la situation des états monarchiques, où les débâcles financières et industrielles suivent non-seulement les grandes guerres, mai.i les plus petits incidents diplomatiques. Les Étals- Unis, donnant un f^rand exemple au monde, n'ont jamais perdu confiance. Pendant les années de rébellion, ils ont continué à travailler, à produire, à avancer. A quelques milles des champs de bataille, les métiers fonctionnaient : les républicains del'Aniérique du Nord ne connaissent-ils pas le néant de la gloire des armes? Ne sont-ils pas sûrs d'eux, persuadés qu'ils ont l'avenir?

Seule, la Commission américaine est coupable, et la Commission, c'est malheureusement le gouvernement.

Quel que soit d'ailleurs le motif de cette indifférence, elle existe et elle frappe le public. Toutes les mesures nous paraissent avoir été mal prises. Non-seulement les connaisseurs regrettent, à chaque instant, de ne pas reii'ouver des centaines de curieuses inventions qui mériteraient une place d'honneur; mais encore ils se heurtent, au milieu

de leur marche, à une foule d'obstacles ennuyeux. Ils cherchent à grand'peine un catalogue introuvable; les notices sont rares; la p'upart n'ont pas été traduites, ou le sont mal et ne sont pas distribuées; les employés, — d'ailleurs d'une grande politesse, — f araissent ignorer lout ce qu'ils devra ent savoir. Il est vrai qu'il en est à peu près ainsi ailleurs ; mais il appartenait à l'.^mérique, si justement vantée, de ne pas suivre les erremen's vulgaires.

Après ces quelques réflexions, signalons au public ce que nous avons remarqué de plus curieux dans l'esposition intérieure. Il y a certes beaucoup d'objets intéressants, et ce que nous venons de dire ne porte nullement atteinte aux maisons qui ont exposé. Ce sont, au contraire, celles qui se sont abstenues que nous blâmons. Telle qu'elle est, cette exposition serait fort belle venant de Costa-Rica ou du Nicaragua. Elle est indigne des fils de Washington. Nous pouvons faire un article sur ce qu'il y a à louer; nous pourrions en faire dix sur ce qu'il y a à regretter.

Dans les galeries alimentaires, nous avons remarqué des plants de ma'is d'une taiile gigantesque. Les échantillons de sorgho sont aussi assez curieux. Près de là se trouvent des modèles de scies qui méritent une étude attentive.

Montrant du maïs, on a naturellement montré du maïzcna. Le maizenaesl un aliment américain qui peut être transformé en pouddings, crèmes, tartes, toupes , gâteaux, sauces, etc. Ce n'est pas que ce soit très-bon, mais on prend goût à tout, et les malades prétendent s'en trouver bien.

Parmi les machines de l'intérieur, sont des modèles d'omnibus qui diffèrent essentiellement des nôtres. Le plus beau est dans l'annexe dont nous nous entretiendrons tout à l'heure. La fabrique des faux-cols en papier attire aussi l'attention. Cette invention est en effet fort commode et fort économique. Pour le seul prix du blanchissage on peut ainsi posséder un col neuf, et il est difficile de distinguer la matière avec laquelle il est fabriqué.

La marine des Étals-Unis n'est vraiment pas représentée. Quelques bateaux de sauvetage, et c'est tout. M. Beckwith a mis là un spécimen de bateau pêcheur qui peut contenir 10000 livres de poisson vivant. La forme du bateau n'a rien de spécial non plus que celle du réservoir; 11 peut y avoir cependant quelque utilité dans celte nouveauté.

Les minéraux sont certainement le côté remarquable de celle exposition. Il y en a un grand nombre, La Californie, le Colorado, et le Nevada ont fourni beaucoup d'or et d'argent. On a eu l'excellente idée de joindre aux pierres et aux lingots des photographies fort jolies, représentant les sites qui avoisinent les mines.

Si l'on continue sa route vers le Jardin

central, on s'arrête devant le planétaire de M. Barlow. C'est incontestablement le plus beau qu'on ait encore vu. Il est impossible que tout le monde ne l'ait pas remarqué. Grâce à un mécanisme aussi simple à mouvoir, qu'il a dû être compliqué à exécuter, il est facile de se rendre compte de la position relative du Soleil, de Jupiter, de Vénus, de la Terre etde laLune,àtous lesinstants du jour, à lous les jours du mois, à tous les mois de l'ani ée, et à toutes les années de plusieurs siècles. M. Barlow a obtenu une médaille d'honneur ; si jamais récrrapense fut méritée, c'est certainement celle-là.

La grâce avec laquelle ce système est expliqué contribue à son succès.

La vitrine remplie d'oiseaux emjiaillés mérite aussi une visite. Tous ces oiseaux appartiennent aux États du Nord; ceux du Sud ne brillent que par leur absence. Les faisans ont un aspect particulier, on remarque un coq d'Inde superbe, et une oie sauvage colossale.

A gauche, sont des spécimens d'ajustements sauvages. On y voit des parures d'Indiennes, une peau de serpent à sonnette destinée à servir de ceinture et de préservatif contre les morsures, puis divers autres accoutrements que revêlent les chefs aux jours de fêle.

A droite, est un petit cotonnier, avec ses fruits entrouverts, et son duvet, semblable à la neige. Il m'a rappelé ces magnifiques champs du Sud, qui, sous le souffle du vent, s'agitent comme une mer écumeuse.

Les armes ne sont pas nombreuses, mais elles sont belles. Un exposant a appelé notre attention sur des revolvers d'une richesse fabuleuse. Est-on mieux tué par ces choses-là?

Entendez les pianos et examinez les pendules. Je pourrais dire aussi: entendez les pendules. Celle qui tient le milieu de la salle où nous sommes, sortie des ateliers de M. Fûurnier de la Nouvelle Orléans, est un chef-d'œuvre d'horlogerie. Quant aux pianos, ils ont obtenu un immense succès.

Savez-vous ce que c'est qu'un bathomètre? C'est un instrument desliné à mesurer la profondeur de l eau sans le secours d'une sonde. La sonde dévie, grâce aux courants. De plus, lorsqu'on sonde les mers profondes, on perd beaucoup de temps en montant et en descendant; ce retard est occasionné par le frottement que l'eau produit sur la sonde. Citte invention prétend remédier à ces difficultés. Elle consiste, en termes généraux, suivant le prospectus, dans la compression d'un fluide ou de fluides contenus dans un vase plongé à l'aide d'un poids, et automatiquement détaché du reste de l'appareil, quand il touche le fond; le vase et ses accessoires peuvent être levés au moyen d'une bouée, l'appareil étant immergé sans le secours d'une ligne, et la bouée étant pourvue d'un signal qui permet à l'opérateur de l'apercevoir lorsqu'elle monte à la surface.

Vous pouvez vous faire expliquer ce bathomètre à l'Exposition d'une façon plus lucide.

La librairie u'est guère représentée que par la Société des Bibles américaines. Cette société, établie en 1816, a reçu, depuis son origine, en dons et ventes, plus de 54 raillions de francs.... elle a distribué plus de 22 millions d'exemplaires des saintes Écritures, en 50 langues ou dialectes, parmi lesquels ou trouve le Dakota, le .Mobawk, l'Ojibwa, le Cbickasaw, le Choclaw, le Bsnga, le Grebo, l'Arrawack, le Mpongwe et Iff Zuln.... elle a 17 presses de première classe et 400 imprimeurs; 5000 sociétés auxiliaires, 2000 directeurs (un peu plus que le Siècle), et 25 000 membres à vie.

C'est pourquoi elle expose qnelques petits volumes très-peu remarquables.

Non loin de là, nous trouvons un modèle d'hôpital. Nous regrettons que d'autres modèles n'aient pas été envoyés. Il y en aurait eu de bien originaux. Si, par exemple, l'on nous eût montré un spécimen des maisons où se fait la glace avec les pluies d'eau vive, tombant de l'étage supérieur, n'eût-ce pas été intéressant? et ces singuliers édifices, dans lesquels le pore entre vivant et d'où il sort cervelas.... et tant d'autres, qu'il serait trop long de citer, ne méritaient-ils pas une reproduction"!'

Il est utile de regarder les costumes militaires et les drapeaux des régiments.... ce sont déjii choses du passé, et, comme dirait M. Dufraisse, objets arcbéologiques. N'oublions pas de mentionner encore les livres destinés à l'instruction des aveugles.

Ni cristaux, ni meubles, ou si peu qu'il est inutile de les désigner. Que ne pouvons-nous traiter plus favorablement l'art américain? Mais, si l'espace ne nous manque, noua examinerons, dans un prochain article, l'état de la peinture de l'autre côté de l'océau Atlantique.

Dirigeons-nouj maintement vers l'anncNe où sont exposées encore une certaine quantité de machines, des métiers, une tricoteuse. Ce qui frappe le plus est une énorme locomotive aussi supérieure aux nôtres, il faut l'avouer, que le perfectionnement est supérieur à l'industrie primitive. Là, en effet, non-seulement tout est puissant et beau; mais encore nul com'ort n'est épargné.... les chauffeurs et mécaniciens sont garantis des intempéries des saisons par une voûte élégante; ils ont même des sièges pour le repos. Conçoit-on que l'Europe ait attendu si longtemps pour préserver ainsi les conducteurs de trains? Ces hommes sont responsables de notre vie.... ce serait une raison de plus pour soigner leur santé.

Près de cette locomotive est le modèle d'omnibus américain dont nous parlions tout à l'heure. Cet omnibus est charmant; les dehors sont ornés de peintures assez médiocres, il est vrai, mais reluisantes et gaies. L'inté-

rieur est vaste, on y peut tenir à l'aise sans se gêner mutuellement. Une leçon de plus pour nous.

N'oublions pas de citer le fourgon des fermiers américains. Ce fourgon peut porter un chargement de 4000 livres, c'est-à-dire tout ce que peut traîner un attelage de deux che vaux. On peut enlever la boîte et placer un grillage sur le fourgon; il supporte alors une charge de foin ou de paille. Il est pourvu d'un siège à ressort qui peut être démonté et placé à la volonté du propriétaire.

Il parais que l'inventeur de ce fourgon ne sauraitsuffireà ses commandes. Parti de rien, il a, en quelques années, acquis une foraine de 1 million de francs de renie.

Aussi a-t-il joint au fourgon une photographie représentant sa résidence. Elle est en briques les devants de fenêtres et les corniches sont en marbre, et les portes en acajou. Elle contient tous les perfectionnem jnta moderi;es, teh que l'eau et le gaz, et est chauffée parla vapeur. Elle occupe un square entier, et a coûté 250 000 dollars, c'e.çt-à-dire 1 250 000 francs.

Presque tous les industriels de l'Auiérique aiment à pubber ainsi le chiffre de leur fortune acjuiîc, et à faire des réclames aux maisons qu'ils achètent ou font construire. 11 est re qu'ils n'ajoutent pas avec une certaine fierté :

« Mon succès démontre ce qui peut être « accompli sur le sol américain par l'indus- K trie, l'énergie, une occupation judicieuse « (sic) et par le travail mécanique. »

L'occupation judicieuse, c'est le fourgon... Edgar Poë n'avait pas une occupation judicieuse.

Ce travail serait injuste et incomplet, si nona ne le terminions par des felicitaiioDs à l'adresse du buffet américain, un des mieux tenus de l'Exposition. Plusieurs de ses boissons ont fait fureur jusqu'ici et sont acclimatées. L'appareil de Soda est fort ingénieux. Une vingtaine de robinets mél.ingent, dans une chope argentée, dessirops de toutes couleurs et de tous parfums, avec une eau de se'lz glacée. Par les grandes chaleurs ce rafraîchissement est inappréciable.

Le Sherry Cobbler et le Mini Jiilep étonnaient d'abord, mais ont fini par avoir gain de cause, La façon de humer au moyen d'un chalumeau a paru délicieuse.

Le Sherry Cobbler se compose de vin de Sherry, d'un peu d'eau-de-vie, d'un peu de sucre en . poudre, d'un peu de noix muscade râpée et de morceaux de glace concassés.

Pour le Mint Julep, on emploie le vin de Madère, au lieu du vin de Sherry, et l'on couronne le verre de feuil'e.s de menthe verte, de quelques fraises et do petits morceaux d'ananas.

A M\LESP[HE.

Un portrait de femme.

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