‹ L'Exposition universelleChapitre 12 sur 44 · SCIENTIFIQUES · texte numérisé non relu

SCIENTIFIQUES

— VINGT- N K l" V I È M E AN N K K —

Avant l'ouverture. — Les préliminaires. — Détails rétrospectifs.

— De 1884 à 188U. — La date du Centenaire. — Période d'études. — Coinmissari.it, direction. — Les dépenses en 1867 et en 1878. — Les crédits pour 1889. — L'État, la Ville et l'Association de garantie. — Nouvelle combinaison. — Les bons de l'Exposition. — Période «l'exécution. — Classification et groupement des produits. — Les comités d'admission et d'installation. — Les exposants et les visiteurs en 18(37. 1878 et 1889. — Surfaces couvertes. — L'enceinte do 1889. — Dimensions, superficie. — Trocadéro, quai d'Orsay, esplanade des Invalides.

— Les palais du Champ-de-Mars. — Plan général. — Innovations. — Caractère des nouvelles constructions. — Les travaux.

— Prix d'exécution. — Nations étrangères. — L'ouverture.

e 10 novembre 1884, le Journal officiel publiait le décret suivant :

« Art, 1er. — Une Exposition universelle des produits s'ouvrira à Paris le 5 mai 1889 et sera close le 31 octobre suivant. —

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Invalide».

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Art. 2. Les produits de toutes les nations seront admis à cette Exposition. »

j Ce décret en date du 8 novembre était précédé d'un rapport de M. Maurice Rouvier, alors ministre du commerce, à M. le Président de la République. Le ministre rappelait que la République avait institué la première Exposition de l'industrie française en 1798. La France a déjà vu quatorze Expositions ; pendant la première moitié du siècle, elles furent exclusivement nationales ; c'est en 1855 qu'eut lieu la première Exposition internationale de Paris. Depuis, ces grands concours se sont renouvelés à échéance à peu près fixe tous les 1 1 ou 12 ans : 1855, 1867, 1878. La date de 1889 était par cela même tout indiquée ; elle venait h son heure, et, dit le ministre, « elle était d'autant plus indiquée qu'elle coïncidait avec le Centenaire d'une hégire chère au patriotisme français ». On aurait pu ajouter que 1889 marquait l'anniversaire d'une époque importante dans l'histoire des progros de la science et de l'industrie. C'est effectivement autour de Tannée 1889 que Volta et Galvani jetaient les fondements de la science électrique : que Fulton prenait ses premiers brevets ; Vaucanson établissait à Lyon le premier métier perfectionné du système Jacquard, Oberkampf installait la première manufacture de toiles peintes, Philippe de Girard inventait la machine à filer le lin ; à la même époque encore les frères Montgollier s'élevaient dans les airs. 1789 est donc une date scientifique.

L'Exposition de 1867 avait été décidée en 1863; celle de 1878, seulement en 1876 ; l'expérience avait montré que ce délai était insuffisant pour mener à bonne fin une entreprise aussi considérable. Aussi le ministre

faisait remarquer qu'un intervalle de quatre années n était pas de trop pour réaliser l'exposition prochaine. La période d'exécution implique toujours une période de préparation et d'organisation. Aussi, après le décret relatif à l'Exposition, parut immédiatement un décret constituant une commission consultative sous la présidence de M. Antonin Proust. Dans un rapport au ministre, publié le 14 mars 1885, le président delà commission définit ainsi le concours de 1889 : « L'fcx-r position prochaine aura le caractère d'une exposition centennale, résumant ce que la liberté du travail inaugurée en 1789, — date économique en même temps que date politique, — a produit de progrès au cours du siècle qui vient de s'écouler. C'est à l'examen de la situation économique universelle que sont conviées toutes les nations. » Tels sont, brièvement, les origines de l'Exposition qui va s'ouvrir à Paris dans quelques jours,

A vrai dire, c'est seulement dans les premiers mois de 1886 que l'on commença à entrer avec décision dans la phase de réalisation. Un décret du 30 j uillet 1 886 régla l'organisation et les attributions du personnel supérieur. Pour la première fois, le Commissariat général resta dévolu au ministre du commerce. M. Alphand, que l'opinion publique désignait déjà pour ces fonctions difficiles, fut nommé directeur général des travaux ; M. Georges Berger, qui avait fait ses preuves dans les Expositions précédentes, fut nommé directeur général de l'exploitation ; enfin, on créa une direction générale des finances pour la comptabilité, et ce poste fut confié à M. Grison.

Dès le 7 juillet avait été promulguée la loi de finances.

CAUSERIKS SCIENTIFIQUES.

11 fallait bien songer tout d'abord aux moyens d'exécution. En 1K67, l'État et la Ville avaient fourni une subvention ferme de 12 millions qui ne devaient

Fi»., r». — Vue h vol d'oiseau de l'Kxpo

pas être remboursés. Une société de garantie s'était aussi constituée; elle devait fournir une somme de 0 millions en cas d'insuffisance. Non seulement la société n'a pas eu à débourser d'argent, mais elle a réalisé un bénéfice assez considérable résultant

de l'excédent des recettes sur les dépenses. En 1878, l'État seul, avec le concours de la Ville, exécuta l'opération : il y a eu 20 millions de déficit. On

uii.vcrscllo do fChamps-Élysttos).

résolut cotte fois de s'en tenir au premier système.

Pour faire face aux dépenses de toute nature, on adopta le chiffre de 1878 en défalquant les 10 millions qu'avaient coûté les constructions du Trocadéro, soit la somme de 43 millions. Les dépenses ont été évaluées

à 43 millions, en déduisant bien entendu la valeur des matériaux de démolition à revendre. L'État participait pour 17 millions, la ville pour 8 millions et la différence, soit 18 millions, était fournie par une Association de garantie. Si les recettes dépassaient 18 millions, l'excédent serait partagé comme en 1867 entre les trois parties contractantes. Sur ces 18 millions de recettes probables, les entrées ne figuraient que pour 14 ou 15 millions; c'est le chiffre auquel on est conduit en prenant pour point de comparaison celui de 1878, et en tenant compte du développement qu'ont pris, depuis cette époque, le goût et la facilité des voyages.

Le H octobre 1886, un décret instituait auprès du commissaire général une commission de contrôle et de finances composée de membres représentant I Etat, la Ville et l'Association de garantie dans la proportion respective de leurs contributions.

Pour sauvegarder les intérêts de l'Association de garantie, la commission de contrôle et de finances, par délibération en date du 4 mars 1887, dut interdire d'une manière absolue la délivrance des entrées gratuites en dehors des exposants et du personnel, alors qu'en 1878 on avait délivré 2,267,000 entrées aux instituteurs, aux élèves de diverses écoles, aux orphelinats et aux délégations ouvrières. On s'aperçut beaucoup plus tard que cette clause de la convention présentait, à notre époque, de sérieux inconvénients. Aussi, pour y remédier et pour obtenir en même temps de nouvelles ressources reconnues nécessaires, on songea à appliquer une combinaison ingénieuse qui a rendu toute liberté à l'État ; nous faisons allusion à l'émission des bons de l'Exposition. Une convention fut passée le 20 mars 1889

entre If. Tirard, président du Conseil, commissaire général, et M. Christophle, gouverneur du Crédit foneier de France, opérant pour le compte d'un groupe d'établissements de crédit, à l'effet d'émettre 1,200,000 bons de 25 francs munis chacun de 25 tickets d'entrée.

FlO. 7. — Vue à vol d'oiseau do

Le Sénat et la Chambre ayant adopté la loi approuvant cette convention , elle fut promulguée le 4avril 1 889 . La nouvelle combinaison présente beaucoup d'avantages. L'Association de garantie est désintéressée et disparaît. La nouvelle Société verse en quatre mois les 18 millions îi sa place, plus 3 millions 1/2 de crédits supplémentaires, soit 21 ,500,000 francs. Le maximum dedépenses, fixé primitivement à 43 millionspar la loi de

juillet 1886, est porté k 46,500,000 francs. Eu revanche, la Société obtient de l'État 30 millions de billets d'entrée et une autorisation de loterie. Elle a émis par souscription publique 1,200,000 bons qui participeront à 81 tirages, dont 6 auront lieu pendant la durée

Mtttiou universelle de 18U7 à Paris.

de l'Exposition. Chaque bon de 25 tickets sera, en outre, remboursé au pair en 75 ans. On sait le grand succès qu'a eu l'opération. Les 30 millions ainsi réalisés et dont le placement d'ailleurs avait été garanti par les établissements de crédit seront employés comme suit :

18 millions à encaisser par le Trésor ;

3,500,000 pour les crédits supplémentaires, frais de médailles, frais de voyages des délégations, etc.

5,500,000 francs seront réservés pour assurer le paiement des 4 millions de francs de lots et le remboursement en 75 ans des 1,200,000 billets à 25 francs.

3 millions seront consacrés aux frais d émission. Commission de garantie (1 fr.25 par bon), 2,500,000 fr. Commission des guichets (75 centimes par bon), 900,000 francs. Frais de confection des billets, etc., 600,000 francs.

Il va de soi que la combinaison laisse, de plus, intactes les recettes de l'Exposition autres que les droits d'entrée au moyen de tickets détachés des bons, c'està-dire les cartes d'abonnement, les redevances, la revente des matériaux, etc. Ces recettes, qui s'élèveront encore à un chiffre respectable, seront affectées à payer les dépenses qui viendront en excédent : elles serviront notamment à solder la somme de 1,800,000 francs à laquelle est fixé, à forfait, le remboursement à effectuer au syndicat des électriciens qui devait se rémunérer primitivement sur les recettes du soir.

En sorte qu'en définitive la convention des bons aura pour résultats immédiats de provoquer dans le public international un grand mouvement en faveur de l'Exposition, d'éviter de demander aux Chambres des crédits supplémentaires, d'augmenter le nombre des visiteurs, de développer en conséquence les recettes accessoires, de procurer de nouveaux profits aux industries s'exerçant dans l'Exposition, de rendre à l'État les produits des concessions diverses, cafés, restaurants, exhibitions, théâtres, auditions, etc., et surtout de lui donner la possibilité pleine et entière de conserver les constructions les plus remarquables, telles que les Palais des Machines, des Arts libéraux, des Beaux-

EXPOSITION l'NIVERSELLE DE 1 889. 13

Arts, etc., dont la démolition forcée? eût été regrettable. Bref, la combinaison a plu et a donné satisfaction à tout le monde. Le Crédit foncier s'est chargé à forfait de la capitalisation des fonds sur la base de 3 1/4 p. 100, et il n'est pas douteux que, faisant ses placements à un taux plus élevé, il n'en retire de son côté quelques bénéfices, juste rémunération de ses peine9.

Les moyens d'exécution assurés, on s'occupa de la classification des produits. La commission d'études adopta tout simplement la liste de 1878 qui n'était à peu de choses près que l'excellente classification de M. Le Play de 1867. On admit 9 groupes.

1° Beaux-Arts : 2° Éducation et Enseignement ; 3° Mobilier et Accessoires : i° Tissus, Vêtements et Accessoires ; 5° Industries extractives, Produits bruts et ouvrés; 6° Outillages et produits des industries mécaniques ; 7° Produits alimentaires ; 8° Agriculture, Viticulture et Pisciculture ; (J° Horticulture.

Chacun de ces groupes se subdivise lui-même en plusieurs classes. On compte 83 classes au total ; chaque classe a eu son comité spécial d'admission, puis son comité d'installation. Enfin on a institué un comité supérieur de revision, présidé par M. Teissercnc de Bort et formé des présidents et secrétaires de groupe. Cette organisation est bonne et on y est d'ailleurs habitué depuis vingt ans.

Il s'est agi ensuite de fixer remplacement de la future Exposition. Nous avons vu se reproduire en 188(> toutes les discussions et les hésitations que nous avions eu à noter autrefois. En 1SH7, on avait parlé du plateau de Courbevoie, du parc des Princes, de Grenelle, du parc de Bercy d'une superficie de (ii hectares, de la

plaine Monceau, alors vide de ses hôtels, de Saint- Ouen, des Champs-Élysées, de l'esplanade des Inva-

Kio. 8. — Vuo a vol d'oiseau do

lides réunie au Palais de l'Industrie par un pont ; on avait imaginé de couvrir la Seine par un plancher ; avec l'espace compris entre le pont des Invalides et le pont de la Concorde on obtenait une superficie de

EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889. ir,

55,000 mètres (1), etc. Finalement, on avait donné b préférence au Champ-de-Mars. C'est encore à cette

mou universelle <le 1873, a Vieune.

solution agrandie que Ton a dû s'arrêter en 1881*. En 1835, il y avait eu 24,000 exposants; en 1967, il

(1) Consulter notre guide : V Exposition '/<• IS67 . avec préface de M. Le Play.

y en eut 50,226 et le nombre des visiteurs dépassa 10 millions. La surface totale du Palais couvrit 15 hectares et demi, y compris les 5,700 mètres du jardin intérieur; l'exposition agricole avait été placée dans l ile de Billancourt.

En 1878, il y eut 53,100 exposants et 12 millions de visiteurs. Le Palais occupait, àlui seul, plus de 25hec-

Kio. y. — tëxposition de Philadelphie*

Pavillon du Travail d?» femmes.

tares. Et le Trocadéro avec son nouveau palais faisait partie de l'enceinte.

En 1889, les chiffres ne sont pas encore arrêtés au moment où ce livre est livré à l'impression parce que cette fois on a continué d'admettre de nouveaux exposants après l'ouverture. Toutefois on peut dire que le nombre des seuls exposants français dépassera 30,000. On peut estimer aussi à environ 20,000 au moins le nombre des étrangers. Au total, le nombre des exposants sera de plus de 50,000.

Le nombre des visiteurs payants pendant les 185 jours qu'a duré l'Exposition, 6 mai-6 novembre, a été

de 25,398,609, soit comparativement à 1878 un excédent de 12,881 ,614, et en 1878 l'Exposition, ouverte le 1er mai, n'avait été fermée que le 10 novembre.

Certains dimanches ou jours do fête, le nombre de visiteurs a atteint 320,000 et même 380,000. Souvent le dimanche, les entrées ont dépassé 225,000. En 1889, la moyenne journalière des visiteurs a été de 137,289. C'est le 10 mai, un vendredi, que les entrées ont été les moins nombreuses, soit 36,922. Le chiffre le plus

Vie. lo. — l'exposition <lo Philadelphie. Pavillon do [Horticulture.

élevé a été atteint le 13 octobre, soit 402,065. Ensuite vient le jour de la clôture où l'on a relevé 395,033 visiteurs et 511,297 tickets.

Sur les 185 jours d'ouverture, les entrées se répartissent ainsi :

8 jours jusqu'à.

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Fie 11. — Vue de IEj

Dessins d'aprH l'ouvrage de Dorsey Gardner, secrétaire de la Commission d'État centennal

PlO. 14. — Vue à vol d'oi:

■ do Philadelphie, en 1M76.

position internationale do 1816, publié en 1880 a Washington par 1 Imprimerie du Gouvernement.

e TExpoRition de 1M78, a Paris.

CAUSERIES BClK^TIFlgUES.

Le soir on exigeait 2 tickets et certains jours de fête 5 tickets. Voici les nombres de tickets perçus :

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