‹ L'extase comedie en trois actes, melee de chantChapitre 11 sur 47 · I.E COMTE. Et il dni céder à vos instances, à vos prières · texte numérisé non relu

I.E COMTE. Et il dni céder à vos instances, à vos prières

rom; H .PHE. (l’est ce. qu’il lit, monsieur, l oc man.sarde de la maison de mes jiarepis devint mon atelier. J’y travaillai jour et nuit, sans guide, sans con.seil, presque sans modèles. Mon père et ma mère, aveuglés par leur tendresse, étaient tiers de moi. Bientôt je reçus les leçons d’un peintre habile. Oh ! alors on me prodigua les encomagemeuls.

un me vanta, un vilen moi un génie naissant, et quand mon père mourut, quand je perdis ma mère, je partis d'Anderuach le cœur plein de ces éloges, cuuüant dans (nés forces, dans mon avenir... me croyant près d’atteindre la place que l’on m’avait promise. .. an premier rang ! Je visitai d’abord la Belgique et la

Hollande Je restai muet d’adiniration à

l’as|K‘Ct des chefs- d’œuvre qui s’offrirent à mes rej>ards , je contem^tlai des journé'es entières ces pages sublimes , patientes ou I fougueuses, si supérieures à tout ce qite j’avais imaginé, et qui reculaient si loin de moi le but que, dans mon orgueil naïf, j’avais cru toucher de la main. Uuhetis m'éblouissait, ilcmbrandt me donnait une sorte de vertige, et je commençai alors, à m’écrier doulotireu.semeotquc le peinIred’Anderttach, que renfant présoinplnenx, (pti avait cru à la gloire qu’on lui promettait , n’eüt pas même été digne de ht oyer leurs r.onlenrs !

I.E CO.MTE. Vous vous jugiez trop sévèrement, sans doute. I.a première place n’appartient qu’à quelques homnie.s...

RODOLPHE. La première, monsieur?... Je me rendis eu France, à Paris. Ut, au Louvre, devaut la descente de croix de Jouvenet, je compris ce qu'il fallait d’études, de temps et de uiérite pour devenir un peintre de seronil ordre... El je le trouvai bien lienreitx, lui qui s’était arrêté à la porte du sanctuaire ! (le n’était plus au premier rang que se portaient mes regards, lorsqu’il yann mois, à Venise... j'achevais un tableau où j’avais mis toute ma science, toute ma pensée, tonte mon àniel...

Un jour je rentrai chez moi, je déchirai m:i toile, je la foulai aux pieds, je brisai ma palette et mes pinceaux... Je venais de voit dans une cha|)elle , qui jii.st|it 'alors avait échappé à mes recherches, iin tableau, le niêine sujet que celui que j’allais lerminec... Le mien à côté n’était que l’vrnvre d’un misérable écolier,, et celte toile était signée d’un maître dont j’ignorais même le nom !...

Je sentis que tout était fini pour moi :

celle fois j’eus la concietice de ma faihles.se. je pliai sous le fardeau que j’avais votilu soulever , je courbai la tète .sons riiilitii tpii m’écrasait ; cette fois, le bnt de ma vie iit’écbappait [tour toujours : je l’avais placé sur la terre, à quelques pas de moi. .. il rajotinail au ciel !

LE CO.MTE, d part. C’est bien cela! une âme élevée et généreuse ! {Haut.) Vous avez désespt'ré trop tôt île vous-mèine, et pins lard, en bornant vos désirs...

RODOLPHE. .Vott, innnsiettr; je votis ai dit qu’un autour sans es|iérance avait bri.sé mon courage ! Vous savez tnainlenant tpiel en était l’objet, .le suis né |)Oiir coitipreiiilre ce qui est lieati : je sens s’agiter en moi le gcrnie th-

Digiiize

MAGASIN IIIKaTKAG.

la pensée, et remuer au fond (le iiioii cœur ) mille créations confuses; mais je suis impuissant il leur donner la lumière et la vie , à revêtir d’une Ibrme cette beauté idéale tpie je vois avec les yeux de l'esprit, .le ne profanerai pas l'idole (]ue j’ai si sincèrement ado- ' rée, je ne ferai pas de l’art divin un métier pour vivre.

I.K COMTE, à pari, après l'avoir regardé. I Noble jeuni' liomme ! ,

Botxjl.PllK. Mais pardon, monsieur; sur un mot bienveillant de votre part je me suis laissé aller à vous parler de moi sans songer (jue nous ne nous connaissons |ia<, (jue mxis ne devons pins nous revoir... Oubliez ce (|iic ji' viens de vous dire comme vous devez m’oublier moi-même.

LE COMIE. Ab ! je ne regrette [ws le temps (|uc j'ai passé è vous écouter!

.SCil.M'l \I1. .

HOUOLHHK, LE COMTE, MliLLEH.

viln.I.ER , à Rudo’phe. Monsieur, le guide (pie vous avez demandé.. .

inmol.PHE. Eli bien ?

MiJ.t.ER. Dans une demi - heure il sera à vos ordres.

LE coviTE. Vous voulez re|tarlir maiiileiiant?

RODOLPHE. Oui, monsieur. L’ora’gc est dissipé.

LE COMTE. Mais la nuit .approche...

RODOLPHE. I.’bonime qui m’accompagnera I doit connaître les chemins, et je n’ai (pie trois lieues à faire.

LE COMIE. .le rcgretle d’apprendre, monsieur, que vous ayez le |Hojet de coiilimier si tôt voire roule; mais nous nous reverrons (leiil être avant votre départ.

Air fWHiffrjM i/f .W.

Oui, jo jjarvle lV<îpprûiif«*

|)f vont n-vnir iiii moment.

Rn*. li J/jiï/rr.

Jf M-iiv vous |i.irl* r. Sili’ui'f*

imii miMitf/. ■ l'invi.uit.

l.NStMlîU:.

. LK Cuilf».

Avant ppii ,

lljii*. i*t* li< Il

vmi-^ verrai Sbii> adieu.

luMmi.fiiK

Avant Il ,

llr re lieu

Ji- \ai< tire-lnigiifr. Aili*-u.

t.f t'omfe rfHtre cha /»» « «imite'

SCENK XIII.

MLT.1.ER, RODOLPHE..

MULLER. Ce vieux monsieur a un air bien resyvectable.

BolKiLPHE. En effet.

MULLER. ET je ne le crois pas fier, quoiqu’il soit d’une illustre famille, si j’en juge par uelques mots que j’ai enleiidii dire à ses omestiques.

RODOLPHE. Il m’a parlé avec une grande bontiL

MULLER. Ce n’est pas étonnant , d’apres

rinlérèl qu’il porte à monsieur .Si vous

saviez comme il a seniblé ému lorsque je lui ai aiiiiuncé voue arrivée...

ROlHli.PllE. Mon arrivée?

MULLER. Sans doute. Je n’ai pas perdu de temps, comme il me l’avait recomuiandé.

RODOLPHE. Vous vous êtes trompé, je n’étais |ias connu de ce monsieur.

■MULLER. C'est inqiussible, puisqu’il vous attcudaii.

RODOLPHE. 11 m’aiiendait?... moi?

MULLER. Certailienient, depuis ce iiialiu.

RODOLPHE. Moi?... (jue dites-vous?

MULLER. Je dis qu’il m’avait fait à cet égard toutes les recummaudaliuus paisibles, qu’il s’est informé de vous dix fois dans la journée, qu’il est descendu anssilùP que je lui ai eu parlé.

HUDULPHE. Mon ami, je suis l’objet d’uue méprise... il y a ici une erreur...

MULLER. Je ne |X)uvais pas me tromper après les détails qu’il m’avait donnés... vingl- Irois aii.s... Mais, au fait, il ne m’avait pas chargé de vous raiMinter tout cela, et vousmême vous avez peut-être des raisons |iour lie pas dire ((ue vous le cuniiaissez.

RODOLPHE, le n’en ai aucune, je vous le |>rolesle. Je ne sais pas même son nom ; couuucnl l’appelez vous?

MULI.ER. Je n’en sais rien non plus; mais voici son dotueslique (pii pourra nous l’ap prendre'... C’est quelciu’un que vous avez |ieine à reconnaître, ou que vous aurez perdu (le vue.

tiotioLPHE, ù lui-méme. Je ne puis comprendre.

MUl.t.ER. Attendez; je vais tâcher de mvoir son nom; ça vous remettra sur la voie.

.SCK.NK XIV.

EllAMZ, Ml l.LEU, RODOl.I’IlE.

MlJt.LKii. (’i hantz. liuiijour, M. Erantz.

• MulU'r,

i;i;\TASi:.

{Ourranl un Ini/fet.) Voici voire diner...

des viandes froides, que j'ai mises de C(jl6 pour vous, el une bouteille de vieux vin qui vous réchauffera...

FKANTZ. Hein?

Mi'LLEB. l'ne bouteille de vieux vin...

fbantZ. Vieux? Mettez-en trois.

MCl.LEB. Pourvous? Volontiers. .\ propos, vous savez que vous couchez dans la grange ?

FBANTZ. Ab!

MULLEB. C’e.st par l'ordre de votre inaî- Irc. .. dont je ne sais pas le nom.

FBANTZ. M. le comte de Hurmegg ?

uui.LEB, lias, à Kiidiilphf. bhbien? Le ronile de llormegg. ..

ROIXILPHE. Kh bien ! je ne le connais pas.

ML'U.EB. Ah! bah! c'est un peu fort... {A part.) .le vais toufours le rejoindre, comme Il me l'a dit. [Revenant à Rmlolpht.) Comment? vous ne vous rappelez pas?..

iiDDOLPHE. Kh! non! vous dis-je?

Mt/l.i.En. Par exemple, je n’y comprends pies rien.

t U pnlrc a droile.

SCEiXK XV.

FItANTZ, UODOLPHE.

RODOLPHE. Le comte de Hormegg? il s'est informé de moi?., encore un coup, p’est impossible.

matin, se mettant d table à gauche. Vous I me permettez de rester ici, monsieur?

BODOl.PllE. Sans doute. (.1 part.) Si par lui je pouvais éclaircir ce qui jusqu'ici mepa- ■ rait inexplicable... (//auL) On s'est trompé en vous disant tout à l'heure, que je vous priverais de la chambre tpii vous était destinée j dans I qnelf|ues minutes je vais me remettre en roule ! pour r \llcmagne.

FBANTZ. Est-ce que vous êtes Allemand aussi , monsieur? ,

RODOLPHE. Oui...

FBANTZ. A votre santé. (Il Aoit.) Bon vin !

BODOl.PllE. Nous ne .suivons pas le même | rhemin, je crois?

FBANTZ. Non.

Il chante. ,

Que la gaieté foit ta compagne...

[Parlé.) Vous tue permeitez de chanter, mousieur?

nouol.PlIE. .A votre aise. Vousallezen Italie? FBAvrz. Oui.

Il boit. I

BOnoi.pilE. Savez-vous «i votre maître... j atlendait (pielqu'un ici ? (

FBANTZ. (Jiielqii’un? non. Pourquoi?

Konoi.PHi;. Oh! pour rien. [A part.) C'est singulier !

f'nvMTz, rhantotit.

Que la gaidê «oit ta compagne,

Alin d'oublier r|(i'ici>ba<t

l'n malheur toujoiir« l’accompagne,

Kt que la mort e«t sur tes pas.

[Parlé.) Vous dites donc que vous allez reprendre la route d’Allemagne?

BODOI.PHE. Oui. [Prantz soupire.) Il semblerait (pie vous me portez envie? (Frantz soupire.) Pourquoi?

FBANTZ. [Il boit.) Pour rien.

Il Imit.

BODOl.PllE. Vous êtes au service du comte, et vous devez vous y trouver bien. Le roinle de Hormegg est un riche seigneur?

FBANTZ. Très-riche, moins cependant que feu son frère aîné le prince de Hormegg AValdorf..., <pii lais.se une veuve, la princesse douairière el...

KODOi.PHE, El votre maître habile ordinairement '?...

FBANTZ. I.a Bohême... (//dm'L) Pourquoi me demandez-vous tout cela, monsieur?

BODOl.PHF. C’est que l'on .TVait |>ensé un moment, ici, que je le eonnai.s.sais; on s'est trompé.

FRANTZ. C’est probable... (U boit.) [)f nom je ne dis pas, mais autrement.... il ne voit personne.

Il rhanle.

Oue la gaieté -

RODOLPHE. Aussi lui suis-je inconnu. Vous n’avez rien remarqué qui pùt vous faire penser le contraire ?

FBANTZ. Rien.

Il boit.

RODOLPHE. On prétendait qu’il s’éiait informé de moi.

FBANTZ, Ah ! ça ne serait pas encore impossible.

noDOLPiiE. Sans nic connaître?

FBANTZ. Qu’cst-ce qiic ça prouve? Il y a des familles où il se passe des choses si extraordinaires ! [Rempiman t son verre. ) C’est de l'eaii, absoliimeiil de l'eau...

RODOLPHE. Vous parliez de choses étranges, en effet.

FRANTZ, déjà gris. Des chosts étranges,

monsieur?... il n'y a que ça nous vivons

là-dedans, nous autres... dans les choses étranges. Moi qui vous parle, je m’attends à tout... mais ba.st ! s’il fallait se lais.ser monrir de faim et de soif parce qu'il doit vous arriver un malheur...

RODOLPHE. Iti malheur?

FRaNTZ. Infaillildenienl.

RODOLPHE. Ijiii vous le fait penser?

FRANTZ. Qui?... .Mademoiselle l'a dit..el quand elle a dit quehpie chose...

BODOi.PHf:. Mademoiselle ?

FHVNTZ. Voilà ixmiqtioi je liois.. jiisteiiii nl... afin d'onlilier un peu...

s Magasin

R0IM)|.PIIK. yiiollp siiiio il'Rrcidciit <ivpzïoiisà rraimiro?

FRANTZ. SC grimnl ilc pluf en plus. On n'pn saii rien... r.’cslce qui en fail le diaime. .. Si on le savait, parlileu ! mais on est aKiéabloinent surpris... (loinnic ce pauvre M. Max; il ne s’en est pas plaint, loi...

nonoi.PiiE. Max ?

FRAXTZ. I,eserrétaire (lucointe... un brave jeune boninie... il se (lortait comme vous et moi... mais mademoiselle avait annoncé la mort prochaine ilc l’un de nous, et en suivant nn chemin escarpi' dans la montagne, patatras!. ..voilà loin à coup M. Max qui roule avec son cheval an fond d’un précipice, et (lùi se trouve enterré à cent pieds plus bas que les autres chrétiens.

ROnoLPHE. Que veut dire ceci ?

FRA^TZ. Si vous (lassez à Indemberg, on vous raconiera cette hisloire-là. .. ça voiisdisiraira... Pauvre M. Max! ce sera (leut-élrc demain mon tour...

In (rairlô ••oit ta rnmpaane

[Parlé.) I>ii vin !

Kf«t« rher. toi, U maison croule;

haiiHiin ravin ton rlicval mule.

{Parlé.) Du vin!

Ronoi.pilE. Tout cela est singulier, et si je ne devais (laiiir...

SCKNE \VI.

Kitwrz, M.\nGu:Rm:, uodoi.piie.

Mar^iicriu* arrîm arec d«r luniièrr*.

MARiitiFitirri:, a Rodolphe, .le vais (Xirler celle lumière dans votre chambre, monsieur.

RODOLPHE. Dans ma chambre? mais Je ne reste |ias... I.egnide (|ue j’ai demandé?..

MARODERITE. Il est [larli , monsieur.

RODOLPHE. Parti?

MARCL'ERITE. Oiii, on l’a renvoyé? Est-ce que monsieur ne le sait |ias?

RODOLPHE. Qui donc la renvoyé?

MARCL’ËRtTE Mon mari, de la (lart de ce monsieur qui vous a parlé lout-à-rheiire.

RODOLPHE. I,e comte de Hormegg?

MARC.LERlTE. J’ai peiisi' que c’était d’accord avec vous , (iiiisqu’il vous connail.

ROIKH.PHE. ù part. Il y a ici nn mystère que je ne puis m’ex(iliquer .. le récit de ce domestique... ces (irédiclions... cet ordre donné à mon insu ! {AttanI rers ta tahle et frappant sur l'épaule de h'rantz.) Dites-moi , diles-moi. .

iiieatuai .

FRAvrz, se relournahl. isoyei sûr qn’il j arrivera bientôt un malheur!

j r/tan(dn{ ’ Dans un raVin ton rhcval mule...

RODoi.pHE. Kcoulez-inoi, c! réi^rnde/..

SCKiNK XYll.

I.ES .ME, VIES, I.E GOMI'E; il a l'air Irésému et très-agité.

FRANTZ. Elle l’a dil! (Apercevant te Comte I qui vient d’entrer.) Monsieur le comte.. .

Il .c lève (SI clianreUiil.

LE mviTE. Vous êtes ici, Kranizî dans . c|iiel étal...

FRANTZ, montrant Rodolphe'. C’est parce que iiioiisieiir... est Allemjiid comme moi...

I le plaisir de rencontrer ou corapalriole. .. Vous .savez l’effet ipieça produit... mais c’est |ias.sé... il n’y [tarait plus...

Il rliancHIe

LE COMTE. ,\c ne vous fats pas do roprocites maintenant, allez.

.MAROEERITE , qui sort de la chambre de Rodolphe, offrant le bras à Franlz.) Venez avec moi.

FRANTZ. Je n’ai (tas be.soin qu'on me soutienne... ( Il rhaneelle de nouveau.) Donnez-moi donc le bras.

‘ En«Vnnllant

U gaieté «oit ta compagne, j Aiin (Toublier qu'ici'bas

l’n m.ill»vur toujoom l'arcompogtie...

• il $orl arec Mari/uertte

SCÈiMi XVIII.

1 LE COMTE, IIOÜOI.PHE.

I.E COMTE. Je VOUS avais dit, monsieur, que je vous reverrais avant votre départ. Il faut que l'entretien que nous allons avoir couiinence par une explication... je le sens, je I vous la dois.'

RODOLPHE. En effet, monsieur, vous avez, m’a-l-on dit , donné l’ordre de renvoyer le I guide que j’avais retenu.

I I.E COMTE. Il est vrai, car vous resterez I ici, je l’e.spé-re.

ROitoi.PiiE. Vous l’esitérez? quel intérêt ai-je donc pu vous inspirer? qui suis-je donc (tour vous, monsieur? Alon (Wire et ma mère n’avaient pas de (tarents... je suis seul, seul au monde ; je ne connais personne, personne ne s’occupe de moi, je n’ai pas d’ami, pas de j [trolecteur...

1 I.E CO.MTE. Ecoutez - moi. Vous vous proposez de retourner en Allemagne

RODOLPHE. Je vous l'ai dit.

LE COMTE. Alais rien ne vous y ra|ipelle.

, • Marjiucnt**, Krant?, le Comte. Uo*tnlpl»''.

I/EXTASE

Vous êtes pauvre, monsieur; je suis riche...

venez avec moi, ne me quittez pas; laissezmni réparer les torts de la fortune à votre égard; laisscz-nuii le soin de mettre !\ l’abri de la misère rette noble intelligence qui désespère d’elic-mème ; laissez - moi vous sauver du découragement.

RODOt.PHE. VIonsieur...

l.E COMTE, .levons ai écouté... oui, vous avez une âme généreuse et élevée. » refusez pas de m’accompagner : venez avec moi en Italie... dans le midi de la l'raucc... où vous voudrez! nous irons où vous voudrez, mais venez avec moi.

RODOLPHE. Mais, monsieur, cette fortune que vous m'oITrez....

LE COMTE. Vous la gagnerez légitimement; elle sera le prix de votre travail, de vos services.

RODOLPHE. Je ne puis vous exprimer ce que j’éprouve en vous écoutant, monsieur; mais je préfère garder ma liberté , ne pas la sacriner à un premier mouvement dont vous |X)nrriez vous repentir, et j’aurais honte que l’on pût croire que l'intérêt m'a décidé.

LE c.OMTE. Vous me refusez?

RODOLPHE. Je le dois.

l.E COMTE, lie n'est pas ou engagement pour la vie. Dans un au, avant peut-être, vous serez libre.

BODüI.PHE. !S 'insistez pas, monsieur; je ne voudrais pas paraître â vos veux recevoir avec indliïérencc et ingratitude une proposition qui m'honore et qui me pénètre de rcconnai.ssance; mais je ne puis accepter.

LE COMTE. Ainsi vous me refusez !

RODOLPHE. Oui, monsieur.

LE COMTE. Vous me refusez! {U le promène à grand* pas;puis il s'arrête tout à coup.) Rodolphe!

RODOLPHE. Vous savez mon nom ?

LE COMTE, lui prenant la main. Nous ne devons pas , nous ne pouvons pas nous séparer !

RODOt.PHE. Qui vous a dit mon nom , monsieur? je croyais n’êtrc pour vous qu'un inconnu.

LE co.MTE. Un inconnu ! c’est vous que je cherchais, vous, Rodolphe Verner!

RODOLPHE. C’est ainsi que s’appelait mon l)èrc.

LE COMTE. Vous pour qui j'ai entrepris ce voyage d’Italie! c’est pour vous rencontrer que j’ai suivi ce chemin dangereux où 1 un de nous a perdu la vie!

noiMii.PHE. Je n'avais dit à [lersonnc celui que je choisirais , je l'ignorais moi-mêuie.

LE COMTE, C’est pour vous voir que je me suis ai rêté dans cette auberge où vous deviez vous arrêter.

ROivoLPllE. C’est impossible 1

LE COMTE. Inconnu! vous?... n’est-ce pas Florence que vous avez quittée pour Venise? A Venise, il y a quinze jours, au moment de reprendre le chemin de l’Allemagne, n'avez-vous pas hésité? n'avez vous pas été sur le point de partir pour Malle, .â bord d'un liâtiment grec qui mettait â la voile?

RODOLPHE. Monsieur...

LE COMTE. Aujourd'hui même, il y a quelques heures, â deux lieues d’ici, ne vous êtes-vous pas assis sur un rucher au bord de la route?

RODOLPHE. C’est vrai.

LE COMTE. Et là , tout entier à votre douleur, à vos regrets, o’avez-vous pas pleuré amèrement?

RODOLPHE. Mais qui donc vous a appris cela, monsieur? quel témoin mystérieux de mes actions se place à mes eûtes quand je crois être seul?

LECOMTE. Qui? ma fdie , monsieur, ma fille malade! ma fille qui se meurt!

RODOLPHE. Votre fille! parlez, parlez, monsieur !... votre douleur me trouble, votre langage me confond... il me jette dans les ténèbres, loin du monde réel, et je l’accuserais de folie si ce n'était pas un père qui me parle ainsi de sa lille!... Votre fille que je ne connais pas, elle est malade, et vous me cherchez!... elle se meurt , et vous m'offrez votre fortune pour rester avec vous!

est-ce que je puis sauver votre lille ?

LE COMTE , lui prenant la main et tombant d genoux. Vous |k>uvcz le tenter.

RODOLPHE. Que faites-vous? relevez-vous, monsieur...

LE COMTE. Non , c’est là ma place. ( Mettant la main sur ion cœur.) Et la votre est ici , Rodolphe, si vous consentez à sauver ma fille. Vous m'avez dit que vous portiez respect à ces cheveux blancs que j'abaisse devant vous. C’est bien , c’est Lien , jeune homme d’honorer les vieillards qui sont tristes, s.nifTrants et faibles, et qui ont besoin de la protection de ceux qui sont jeunes... Celui qui les respecte doit res|>ecter aussi la faiblesse d’un enfant, l’innocence d'une jeune fille... à celui-là un père peut dire : Je confie ma fille à votre honneur. Ce que j'ai à vous apprendre est étrange, inexplicable...

Ne me demandez pas coinnicnt cela existe...

quelle puissance inconnue liouleverse tout sou être et lui envoie ces visions qui fi ancliissent l'espace, qui devancent le temps... quelle puis.satice lui donne un sommeil plein de révélations et de clartés , et la lais.se à son réveil ploiigé-c dans l'obscurité, dans l'ignorance de ce qu'elle a dit, de ce qu’elle a vu, de ce qu’elle a dé.siré!... joue sais rien, moi , je 'ne comprends rien , je n’explique rien... je ne vois que ma fille, ma fille que

MAGASIN Tlir: ATIUL

ravisiK'iit CCS ptlaiies <[ui uré|)oa(aiiteut, et dont la santé succombe , dont les forces s'éiniisi nt dans cetto lullo inégale de l’esprit et du cii’-ps! je n’entends que la voix de mon enfant, mon bien, ma joie, mon amour, qui sait Cl' que j’ignore, qui souffre et qui s’écrie :

Il y a au monde quelqu’un que je cherche, ([u'c j ipiiellc, dont la présence me rendra le calme... la vie... cet homme, il se nomme Rodolohe Verner, il est b Venise... partons, partons, mon pérci allons au-devant de lui!... Kt moi, je m’abandonne i la volonté de ma fille , comme l’aveugle aux regards qui h) conduisent. Je suis la route qu’elle m’indique , et je vous attends ici parce qu’elle m’a dit de vous attendre , et je vous rencontre , et je tombe en pleurant à vos pieds en vous disant : Vous voyez bien <|ue tout cela est vrai! Sauvez, sauvez , ma fille!

RonoLPitE. Que me demandez-vous, monsieur? et quel devoir redoutable ï remplir voulez-vous m’ini|ioscr? vous me chargez du salut et de la vie de votre fille ! mais je n’ai |»as la science (|ni guérit.

LE COMTE. .Si vous l’aviez vous me diriez ce que l’on m’a dit déjà , que la sciena; est vaine , que la maladie de ma fille n’est qu’une période plus avancée de son état de somnambulisme, et que les accès de ce mal que je cache à tout le monde l’affaibliront par degrés jusqu'à la mort. Mais ce que personne n’a su , c’est la révélation que je votis fais. Vous et moi, nous savons seuls à quelles mains est remise sa guérison. Kllc-niéme, quand elle se réveille de ses extases , ellemême l’ignore!... vous paraîtriez devant elle maintenant, elle ne saurait pas <|ui vous êtes! Il y a (luelques jours, elle nous a prédit un second accident , et à son réveil elle ne se rappelait rien... Hodolplic, c’est un (xtre qui vous supplie , un père au désespoir !... Oui , pour la sauver il faudrait un priKlige; mais si vous ne pouvez l’arconiplir, vous ne refuserez pas de le tenter. Uodolplic... mon seul coufident... mon ami désormais... j’ai encore des larmes dans les jeux, des prR'res dans le cœur, mais je n’ai plus de force... plus de voix... je...

RODOLPHE. Ne me priez plus , monsieur...

je pleure comme vous. Je ne vous quitte pas, je vous appartiens jusqu’au jour où vous n’aurez plus besoin de moi.

LECOMTE. Mon ami! mon sauveur! ohl merci! merci!

RODOLPHE. Pas encore , monsieur ; je ne vous ai jvas encore dit que le secret que vous m’avez confié restera enseveli là. . .

Il met U mtin sur son cœnf.

LE COMTE. Oui , n'cst-co pas T

RODOLPHE, Recevez mon serment de me taire , et de me dévouer à votre fille comme

je me dévouerais à imc siriir! Mainleiiant je suis à vous. .. Voire main...

LE COMTE. Ah! dans mes bras!

Il le serre Sans ses bras. 0,i riuend du bruit eu drbori.

RODOLPHE et le CO.MTE. Mais quel est ce bruit?

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