RODOLPHE, LE CO.MTE
LE COMTE. Vous me quittez ?
RODOLPHE, péniblement. Oui, monsieur.
LE COMTE. Vous me quittez ! vous, Rodolphe !
RODOLPHE. Je le dois.
LE COMTE. Quand demain.... aujourd'hui peut-être , ma fille peut ressentir encore les atteintes d’un mal à peine aflaibli ? mais il B’y a qu’un instant , j'ai tremblé pour elle ;
plus calme heureusement elle s’est habiPée pour celle fête , à laquelle elle n’assisiera pas, car, sa femme de chambre â peine congédiée, elle me priait déjà de ne pas l’y conduire. Votre mission n’est pas accomplie, et vous me quittez !
RODOLPHE. Oui.
LE COMTE. Le sacrifice que vous m’aviez fait était-il donc au-dessus de votre courage!
RODOLPHE. OuL
LE COMTE. Vous refusez de l’achever?
RODOLPHE. Je n’en ai plus la force.
LE CO.MTE. Parce qu’on cherche ici à vous abreuver de dégoûts cl d’humiliations, parce que je ne puis vous défendre hautement comme je le tlevrais? votre patience s’épuise... vous êtes las de la cunirainle que vous vous imimsez pour moi , à qui vous ne devez rien, et vous me quiltez ! mais à côté de moi il y a une existence fragile, chancelante, qui
m’est plus chère que la mienne voulez-
vous donc, pour vous retenir, que, brisant un secret auquel est attaché l’avenir de mon enfant, je di.se à tous ce que je vous dois, monsieur?... je le dirai!...
RODOLPHE. Laissez-moi partir !
LE COMTE. Quoi ! toujours?
RODOLPHE. Laissez-moi partir !
LE COMTE. Jlais vous m’avez juré de sauver ma fille.
RODOLPHE. Mais je l’aime, monsieur.
LE COMTE. Vous I
RODOLPHE. Je l’aime, et c’est elle que je fuis... elle seule! Vous m’avez cru à bout de
résignation ? Kh ! que m’importeraient ,
pour vous la rendre , les alTronts les plus grands? que me feraient les outrages, s’il ne fallait que la sauver, si je ne l’aimais pas? Ah ! que l’on me méconnaisse ici , j’y consens... que l’on m’insulle, i[uc l’on nie méprise... mais que l’on m’ôte du cœur cette passion sans espoir, sans avenir, contre la-
quelle j’épuise , à lutter chaque jour, le peu de forces que j’ai encore , le peu de raison qui me reste!... Oh! ma liberté! ma liberté!., pour respirer en paix, pour vivre, pour oublier I...
LE COMTE. Vous ! VOUS ! Rodolphe ! ail !
TOUS m’avez trompé. . .
RODOLPHE. Je VOUS ai trompé! moi, monsieur ? et quel autre eût en plus de force ?
quel autre eût combattu plus longtemps ? Je vous ai trompe , parce que j’ai cru (louvoir
me défendre ! et si ce que je disais était
insensé, si une pareille force n’était donnée à personne?... pourquoi donc mêla demanderiez-vous, à moi? Vous ne comprenez donc pas que , quelque effort que je fasse , nia pensée ne peut se détacher d’elle , qui je la
tt
MAGASIN THEATRAL
vois partODl, non pas telle qu'elle est dans la vie réelle , mais telle qu’elle nous apparaît k tous deux dans ret état <pii n’esi ni la veille si le sommeil, ni la vie ni la mort. Yuus ne l’aver. donc pas eiiiendiie ? alors elle me re-
connait, moi, elle m’appelle k son aide et
celle intelligence qui ne paraît plus tenir à la terre, cette âme qui se plaint eu implorant mon secours , me dit qu’elle est soeur de la mienne, qu’elle ne |>eut s’en séparer.... et vous voulez ([UC ces paroles, je les oublie T mais je les emporte dans mon emur, et quand je suis seul , je l’appelle , je la cherche , je lui parle.... vous voulez que je conserve ma raison?... mais je l’ai perdue , monsieur...
vous le voyez bien. . . et avec elle l’espérance, le repos..,, car c’est pour la vie que je l’ai-