SCENE IX
MAKGlliRlTE, UODOU'IIE, MU.I.Ell.
MULLER, à part. Un jeune homme!...
RODOLPHE, ù Marguerite, sans voir d'abord Muller. Il n’y a pas de cheminée dans cette chamhri', et je suis transi : raiiiint'?. le feu, je vous prie, .le puis resler dans cette salle.
JI.VRGUElllTE. A votre aise, innnsieiir.
Elle met un fagot «lans la rlicminép.
BODOI.PHE, Ù lui-méme. Cet orage ne sera |)as, je crois, de longue durée. Coiiihieii y al-il d’ici au premier village du côté de l’Allemagne ?
•MULLER, gui s'rsl tenu derrière lui, et qui l'a examiné. Trois lieues.
RODOLPHE, se retournant. Hein?
il le regarde.
■MARGUERITE. C’est mon mari.
RODOLPHE, à .Wiif/cr. Trois lieues, dites vous 7 et probablement les chemins sont mauvais?
.MULLER, qui ia regardé de la tête aux pieds. Détestables. Il faut bien les ciuinaitre pour ne pas s’égarer... {A part.) Vingttrois à vingt-quatre ans...
RODOLPHE. Pent-on se procurer un guide?
MULLER, (i part. Habit brun figure
pâle.....
RODOLPHE. Monsieur l’aubergisic, je vous dcniinde si je puis me procurer un guide ..
MULLER, û part, rayant le manteau bleu que Hndotphe « laisse, en entrant, sur ta chaise à droite. Manteau bleu...
MA(iASI^ IIIÉATKAI,.
MARGUERITE. Képonds duDc à iiioiisii'iir !
Tu as l'air d’un imbécile. i
MULLER. Certainement on peut s'en i
procurer il y en a justement deux qui
sont arrives ce matin...
ROtwLPllE. Iletencz-les [Xiur moi..'
MULLER. Siir-le-cliamp , monsieur. ( A part. ) Des yeux et des cheveux noirs ; c’est bien cela. .. ( Haut. ) Je vais faire votre commission... (ù part) et prévenir le seigneur étranger.
Il Mtrl.
SCKNK \.
Hoüou’iii': , >1 AiuiiKiim;.
HOtxiLPHE, f/ui « reijardr sortir Muller.
Je STTais tenté (le croire t|ue vous n’avez pas l’habitude de recevoir ici beaucoup de voyageurs, si j’en juge par l’air d’étonnement de votre mari...
MARGUERITE. Coumienl, monsieur?...
RODULPllK, SC rliaiifl'ant. Il m’a examiné de la tète aux pie Is comme s’il avait été chargé de prendre mon signalement : ce pendant quand j(; suis entré il y avait du niunde. . .
.MARGUERITE. Ce sont d(‘s amis, des chas- , seiirs du pavs : mais l’aidierge n’est pas dé- ‘ sorte ; nous avons eu haut, depuis ce matin, une faudlle allemande... Klle .se com|)ose d’un vieux seigneur et d’une jeune (HTsonne, sa fdle, mortellement malade. Il y a de pins li leur suite un domestique, une gouvernante et une femme d(> chambre. I.eur projet, je suppose, était de continuer leur | route, mais le mauvais temps et la faibh'.sse de la jeune dame les ont forcés de s’arrêter | ici. I
RODOLPHE, V interrompant. Oue je ne vous retienne pas si vous avez affaire.
MAR(;UER|TE. Monsieur n'est pas fâché de l'impolitesse de mon mari? s’il le veut, je gronderai Muller.,. Il y est habitué.
ROnOl.PIlE. Non, non, allez. .
EU<» 1p mIiip f?l SP rptirv. Hotlnlphp bsvU près dp lu ' clipmificp. Au mompiil où Marj^tiprilp sort pur la porU- | «lu fond, le t'aornlp entre par la porlt* de droite.
SetoE XI.
RODOLI’IIK, (i ta cheminée, LE COMTE.
LE COMTE, (i part, après avoir regardé quettfue temps Rodolphe. C'est bien hd.
RODOLPHE, .se retournant et mi/anl le i Coiiile. Oueli|ii’on !... { // se lève. Tous
deux se saluent. A part, après un moment de silence. ) Je n’ai jamais vu ce monsieur... jxiurtant il semble aussi m’examiner.
LE COMTE, voyant que Rodolphe reste debout et la tète découverte. Je ne voudrais pas vous déranger, monsieur; j’ignorais en entrant dans cette salle qu’elle fût occupée. Je suis un voyageur comme vous...
,ROiK)i.pitE. Et comme moi vous attendez la fin de l’orage |)our vous remettre en roule?
LE COMTE. Je ne sais encore quand je jxiiirrai repartir. Itepreiiez votre place, je vous prie, et couvrez-vous.
RODol.PHE. Vous me permettrez, monsieur, de n’en rien faire, quoique je n’aie pas l’avantage de viius connaître. Je n’ai jamais man(|ué au respect qu’un huninm de mon âge doit aux ciieveiix blancs d’un vieillard.
LE COMTE, c’est l.i un noble sentiment, monsieur, et je me félicite de l’inspirer à celui (|ue le hasard a conduit en même temps (|ue moi dans cette auberge isolée. Vous voyagez .seul?
RODOLPHE, s' approchant du Comte. Seul.
LE COMTE. Vous revenez d’Italie, et vous retournez en Allemagne?
RODOLPHE. Oui, mousieur; qui vous l’a dit?
LE COMTE. Personne. Je vous adressais une (piestion que je ne croyais pas indiscrète.
RODOLPHE;. E;I1c ne l’est pas, monsieur, et la demande que je vous fais ,n mon tour en est la preuve. Allez vous aussi en .Vllemagne?
LE COMTE. Je l’ai ipiittèe il y a quelque temps, et Dieu veuille, si je la revois jamais, que ce soit avec des yeux moins tristes et une douleur moins amère!
RODOLPHE. Pardon, moiLsieur; je vois que ma question a réveillé en vous des souvenirs pénibles. Les chagrins sont de tout üge.
LE COMTE. Au v()tre, on ne contiait pas ceux (|ue j’éprouve.
Rütvoi.lTlE. Il y a peut-être d’autres peines aussi cruelle.».
LF. COMTE. Détrompez-vous. Vous êtes jeune, et l’avenir vous appartient.
RODOLPHE. L’avenir!
l.E COMTE. De quoi peut-on se plaindre h votre âge?... qui fait souirrir? l’obscu-
rité? On n’a p,isun nom célèbre à vingt ans.
RODOLPHE. I.e mienneserajamais illustre.
LE comte;. La fortune qui manque à vos désirs? l'n amour trahi?... sansesperaiice?...
RorxJt.PHE. En effet, monsieur, c’est quelquefois uti amour sans espéiatice (pii brise notre courage, et on peut l’avouer quand il n’a compromis aucune femme, qti’il n’a fait couler d’autres larmes que les tlôtres, lorsque, pur comme l’objet qui l’avait inspiK', il tie coûte de regrets (pi’à nous seuls.