SCE^E X\ III
Les MÊMES , SOPHIE.
SOPHIE , déposant sur la table une cas- .^ette qu'elle tient. Pardon , puisque tout le monde est soupçonné ici , tout le monde doit se justifier, monsieur comme les autres.
LE COMTE. Je vous interdis...
RODOLPHE, oh ! laissez , monsieur. . . Oui , moi, comme tous... moi, le premier... que l'on examine...
FRANTZ, à Sophie. Eh bien, quoi?... il emportait sous son manteau de voyage une petite cassette ! où est le mal si elle est à lui ! ( La prenant des mains de Sophie. ) Mais n'ayez donc pas l'air de la cacher ! {La posant sur la table. )Eh\ mon Dieu! la voilà cette cassette, la voilà!... ne faut-il pas à présent pour se justifier qu'il l'ouvre devant vous? il le fera... Ouvrez-la , monsieur Rodolphe !
RODOLPHE, à part. Grand Dieu ! ce portrait ! comment le dérober aux regards ?. . .
LA PRINCESSE , à part. Comme il est embarrassé !
FRANTZ. Ouvrez-la devant tous, pour confondre les gens qui osent vous soupçonner ici! on vous connaîtra au moins , on vous rendra justice !
RODOLPHE. Moi... moi... on demande...
on exige... (.4 part.) Que faire?... mon Dieu!
LE COMTE. Rodolphe ! je vous le défends ! {A Sophie.) Quant à vous, je vous chasse... pas un mot !...
Sophie se retire.
HÉLÈNE. On a pu le soupçonner, lui !... LA PRINCESSE , à part. Tout ceci me fait
horriblement mal. {Bas, à Rodolphe.) y\gnore ce qu'il faut penser de votre hésitation, monsieur... je ne veux pas le deviner ; mais mon frère avait placé en vous sa confiance...
elle ne doit pas être trompée Partez sans
crainte, cette somme se retrouvera. . . je m'en charge. . .
RODOLPHE. Ah ! je vais ouvrir ! madame , je vais ouvrir ! {S' arrêtant tout à coup auprès de la table.) Mais devant le comte... devant lui seul!...
Ktonnement général, moment de silence; tout le monde s'éloigne lentement au fond.
LA PRINCESSE, à part. Ah! je crains d'avoir trop bien deviné.
ALBERT. Manière!... [S' approchant de Rodolphe. ) Je n'avais pas l'honneur de vous connaître, monsieur; mais je vous ai entendu, el je vous tiens digne de l'estime de tous.
Le Comte, sans rien dire, serre la raaiti d'Albert, comme pour le remercier.
FRANTZ, à Albert. Ah ! vous le défendez! vous êtes un brave jeune homme.
RODOLPHE. Voici la clef, monsieur. . . ouvrez ce coffre...
LE COMTE. Non... Rodolphe, de votre part je n'accepte pas de justification.
RODOLPHE. Il le faut.... vous le voyez....
prenez vous comprendrez en l'ouvrant ,
monsieur, pourquoi j'ai voulu éviter les regards.
Le Comte se dirige vers la table , tous les personnages sont groupés, attendant avec anxiété la fin de cette scène. Musique à l'orchestre jusqu'à la fin.
LE COMTE, ouvrant la boîte. Grand Dieu! des billets ! cette somme !
Il place vivement la main sur le couvercle, et le fait retomber.
LA PRINCESSE. Le coiîite a tressailli.
RODOLPHE, au Comte, qui s'est approché lentement de lui.) Avais-je tort, monsieur?
LE COMTE. Rodolphe ! Rodolphe ! regardez-moi ce coffre n'est-il jamais sorti de
vos mains?
RODOLPHE. Ah ! personne que moi ne l'a jamais ouvert, monsieur!
LE COMTE. Mais c'est impossible !
RODOLPHE. Que voulez-vous dire ?
LE COMTE. Silence ! silence ! vous vous perdez !...
RODOLPHE. Moi ? moi ?
LE COMTE. Vous vous perdez !
RODOLPHE. Qu'y a-t-il donc? laissez-moi!
{Il court à la table et pousse un cri.) Ah !
FRANTZ, qui s'est approché avec les autres personnes à l'aspect du coffre ouvert par Rodolphe et à demi renversé. Des billets ! et c'est moi ! ô mon Dieu ! ce n'est pas possible. . . Monsieur Rodolphe. . . ce n'est pas possible . .
RODOLPHE, poussant un cri. Non... ^11 chancelle et s'appuie sur la table vers laquelle il s'est élancé. ) Vous ne le croyez pas? personne ne le croit ici ? Cet or, je ne l'ai pas volé!... oh! qui donc me dira comment il se trouve là ?.. . n'y a-t-il donc personne qui veuille me justifier ?
HÉLÈNE *. Moi ! moi ! Rodolphe , vous ne songez donc pas à moi ? mais je vous ai appelé à mon secours... pourquoi ne m'appelezvous pas au vôtre ? mais vous m'avez sauvé la vie , pourquoi donc ne vous sauverais-je pas l'honneur, moi ?
LE COMTE. Hélène !
TOUS. Que dit-elle ?
HÉLÈNE. Ils ne savent pas que vous pourriez me l'ordonner que ma volonté obéit
à la vôtre... dites-moi donc de vous nommer
les gens qui veulent vous perdre j'aurais
parlé, il y a un mois encore et je ne le
pourrais pas aujourd'hui, qu'il s'agit de vous sauver ! Oh ! je le pourrai , Rodolphe ! je le pourrai !
LE COMTE **. Ma fille !
La Princesse, Albert, le Comte, Hélène, Rodolphe, Frantz.
■* La Princesse, Frantz, Hélène, le Comte, Albert, Rodolphe.
LA PRINCESSE. Hélène !
HÉLÈNE. Laissez-moi !.... laissez-moi!.... oui... je sens.,,. Ah! Rodolphe! Rodolphe !
Elle tombe sur un fauteuil.
LE COMTE. Ma fille !
LA PRINCESSE. Qu'a-t-elle donc ?
FRANTZ. Silence !
HÉLÈNE , endormie. Ne cherchez pas !
vous ne pourriez deviner. . . mon père. . . mon père... c'est elle... avant hier... quand elle était seule. . c'est sa dot. . . elle l'a placée là. . . à côté de son portrait. . . pour lui. . .
ALBERT , prenant la main de Rodolphe.
Car elle l'aime et il en est digne.
FRANTZ. Ah ! à la bonne heure ! je disais aussi...
HÉLÈNE. Elle a mal fait... bien mal... on l'a soupçonné... lui !... ô! mon Dieu!., son honneur !... ah !...
LA PRINCESSE. Ma chère enfant !... je ne m'explique pas encore...
ALBERT, oh ! prenez garde de l'éveiller, ma mère ! {A Rodolphe.) Vous la méritiez mieux que moi, monsieur.
LE COMTE *. Rodolphe ! mon fils !
ALBERT. Elle s'éveille. . . {Au Comte.) Restez... restez là...
Albert et la Princesse s'éloignent de quelques pas, ainsi que Frantz. Le Comte prend la main de sa fille, Rodolphe se met à genoux auprès d'elle.
HÉLÈNE, après avoir promené ses regards autour d'elle. Ah ! j'ai parlé !
Elle se jette dans les bras de son père. La Princesse, Frantz, Hélène, le Comte, Rodolphe, .\lbert.