HÉLÈNE, FRANTZ
FRANTZ, scuL Monsieur llodulphe ! Écoutez-moi, monsieur Rodolphe !
HÉLÈNE, entrant par la gauche, en toilette de pâmée. Me voilà prête : la charmante toilette î
FRANTZ. Ah! il se tuera, j'ensuis sûr.
HÉLÈNE. Se tuer!... de qui donc parlezvous, Frantz?
FRANTZ. De qui?... Mais que vous importe, à vous, mademoiselle? vous voilà bien parée, gaie, heureuse... le chagrin des autres ne vous regarde pas... Allez, allez, on vous attend... Ah ! c'est affreux! c'est affreux!
HÉLÈNE. Frantz, je veux que vous me disiez. . . Vous pleurez !
FRANTZ. Oui, je pleure, et lui aus.si, il versait des larmes de désespoir... je vous dis qu'il se tuera... pauvre M. Rodolphe!... se voir chassé!... Votre père sait pourtant ce qu'il lui doit , que sans lui vous ne seriez peut-être plus ici. . .
HÉLÈNE. Moi! moi!
FRANTZ. Est-ce que j'ai dit vous, mademoiselle? non... non... je n'ai pas parlé...
HÉLÈNE. Expliquez-vous, Frantz.
FRANTZ. Non, je n'ai rien dit... d'ailleurs, il vous déplaisait. . . vous ne le verrez plus , voilà tout.
HÉLÈNE. Vous parlerez, Frantz!
FRANTZ. C'est inutile.
HÉLÈNE. Vous parlerez; je veux tout sa- Toir, ou je vais le demander à mon père.
FRANTZ. A votre père? oh! non! que M. le comte ignore. . .
HÉLÈNE. C'est donc un secret?
FRANTZ. Pour tout le monde.
HÉLÈNE. Excepté pour vous, et vous parlerez, vous parlerez... Mon père lui doit beau-
coup Sans lui je ne serais peut être pas
ici. . . pourquoi ?
Fn.^NTZ. Pourquoi? parce qu'il vous a sauvée... Eh bien, oui, je l'ai dit... j'ai le cœur trop plein, et je ferai honte à ceux qui sont ingrats.
HÉLÈNE. Frantz!
FRANTZ. oh ! ce n'est pas vous, mademoiselle... vous ne savez rien, vous ne vous rappelez rien, vous.
HÉLÈNE. Rien!
FR.\NTZ. Vous ne savez pas pourquoi ce jeune homme est venu ici, et cependant c'est vous qui l'avez appelé. ..
HÉLÈNE. Moi!
FR.\N"TZ. Vous!.., dans \otrc maladie...
dans votre sonmieil... qui éveillée ne vous laissait pas de souvenir! a'ors que vous prédisiez ce qui devait arriver!... la mort de' monsieur Max... l'incendie de cette auberge dans les montagnes...
HÉLÈNE. Frantz, vous m'effrayez!
FRANTZ. Vous l'avez cherché , lui. . . vous l'avez appelé auprès de vous ; sa présence TOUS calmait... et personne ne le savait ici... et je l'ignorais comme tout le monde ; mais j'ai tout appris un jour, celui même où votre tante et votre cousin sont arrivés... oui , je découvris que la chambre de M. Rodolphe et l'appartement de votre père communiquaient entre eux par un escaher dérobé que je ne connaissais pas; frappé de surprise, je restai caché et j'entendis monsieur Rodolphe supphcr votre père de le laisser partir.. . il lui disait avec un accent qui déchirait le cœur : .l'aime votre fille, monsieur le comte , je l'aime, et cet amour me tue! ma raison s'égare!... laissez -moi partir ! Alors vous êtes entrée , mademoiselle. .. vous marchiez , vous parliez en dormani , et vous lui avez dit : Rodolphe , restez ou je meurs ! Et il est resté , le pauvre jeune honnne qui vous aimait sans espoir, et sa présence vous a rendu la santé que vous croyez devoir à un autre. Il s'est laissé mépriser, insulter par tout le monde , et aujourd'hui qu'on n'a plus besoin de sou dévouement, on le chasse!
HÉLÈNE. Qu'ai-jc appris?... il y a des inslanls où ma pensée ne m'appartient pas et s'égare dans des rêves dont il ne me reste aucun souvenir. . . j'ai ai)pelé ce jeune homme! je lui ai dit de rester auprès de moi ! Oui... oui , il faut qu'il parle ! je n'oserais plus lever les yeux sur lui 1
FRANTZ. Mademoiselle!
HÉLÈNE. Pourquoi avez-vous parlé, Frantz! il fallait me laisser mon ignorance ! il m'aime!.., il m'a sauvée!... je ne le savais pas, je n'étais pas injuste, ingrate! il m'aime! et il ne me l'a jamais dit , à moi dont la volonté
obéissait h la sienne ! il a du iiicn souffrir, n'est-ce pas?
FRANTZ. Oh! oui... et il souffre encore... si vous l'aviez vu comme moi 1
HÉLÈNE. Silence, Frantz!... le voici ; vous ne m'avez pas parlé, vous ne m'avez rien dit , je ne sais rien.
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