‹ L'Extension de la Tuberculose dans les Campagnes: Ses Causes; Les Règles d'Hygiène qui Peuvent Permettre de l'ÉviterChapitre 4 sur 7 · D QU AG · texte numérisé non relu

D QU AG

mortalité par cette maladie y est aussi fréquente que dans les villes; il donne les chiffres suivants :

411 départements ont au-dessus de 20 décès par 10.000 habitants

3 né DEL Re VAE 57 se ù 10 à 20 — Lo —= Cat 45 — au-dessous de 10 — — =

Or, si Paris a 45 décès pour 10.000 habitants, les villes de 5 à 10.000 habitants ont une mortalité de

24 par tuberculose.

ÉTIOLOGIE

Le Professeur Brouardel constatait en France trois ou quatre grands foyers de tuberculose. Ces sources à bacilles de Koch sont les grandes villes. Paris en est le centre le plus important. Le germe peut en être emporté par ceux qui quittent le village, vont dans les

- grands centres et retournent énsuite dans leur famille.

Les ouvriers des campagnes, qui vont à la ville pour . trouver un travail plus lucratif, sont souvent obligés d'habiter des logéments plus ou moins confortables. Ils désirent faire des économies, rapidement, pour retourner dans leur foyer. Ils restreignent leur alimen- : tation, ou souffrant de leur isolement, ils trouvent une consolation dans le verre d'alcool; c’est la maladie qui les ramène au village.

Les jeunes filles de la campagne, allant dans les

grandes villes se placer comme bonnes, reviennent bien

souvent touchées par la phtisie.

Le service militaire, en éloignant le jeune homme de

sa famille, peut être une cause de la propagation.

M. le Professeur Letulle concluait en 1899 que la

mortalité par phtisie dans l'armée française décroissait dans des proportions remarquables (Voir Commis- ‘sion de la tuberculose, 29 Novembre 1899). La réalité, comme l’a remarqué M. Courmont dans son Précis d'hygiène, est que le mal augmentait, mais était . masqué par les effets de la loi du 1e Avril 1898 sur la réforme temporaire. Les décès étaient rares, mais les réformes augmentaient.

Si on considère les statistiques de 1900 à 1910, il y. a une augmentation brusque en 1907 de la phtisie dans l’armée: elle est causée par la loi de 1905 permettant l'incorporation d'individus trop faibles. :

.. La guerre survenant presque immédiatement après la loi de trois ans, il n’a pas été possible de se rendre compte de ses effets au point de vue sanitaire et son action sur la phtisie en particulier; mais cette loi permettant pour obtenir les effectifs nécessaires l’incorporation de jeunes gens plus jeunes, tenant de moins en moins compte de l’état de santé, aurait donné des résultats déplorables. de

Avant d'être sous les drapeaux, le jeune homme vivait augrand air, goûtant la vie de famille, entouré de soins maternels. Souvent sa débilité est masquée par des soins; arrivé à la caserne, si attentif que l'on soit de son bien-être, rien ne peut remplacer l'attention familiale. La phtisie, restée latente, suit son évolution. Ou bien terrain préparé à la maladie, il cueille le bacille encore méconnu que les camarades peuvent porter. Malade, il retourne dans son village pour y mourir ét répandre le.

germe,

ARE à Tor

Dans la ferme même le bacille de Koch peut être apporté par des animaux domestiques. P. E. Nocard d'Alfort, admet la possibilité de l'infection d’une étable saine, par la cohabitation longtemps prolongée avec un homme phtisique. La réciproque serait également possible; l'animal malade rejette, des mucosités par la toux, ces particules sèchent, et peuvent être inhalées par les bêtes voisines et les yachers.

La viande des bovins tuberculeux est-elle capable de contamination? On n’en a aucune preuve; les observations de Shotelius en 1867, puis de Bœllinger en Alle-

. magne semblent montrer qu’elle ne serait pas conta-

gieuse. C’est que le bacille tuberculeux n’a pas eu le temps de se généraliser par la voie sanguine. Le germe

existe seulement dans les foyers de phtisie. En France,

la loi a tenu compte de ce fait : un arrêté du Ministre de l’Agriculture en date du 26 Septembre 1896 prescrit la saisie totale des viandes provenant des animaux tuberculeux.

1° Quand les lésions tuberculeuses, quelle que soit leur importance, sont accompagnées de maigreur.

2° Quand la généralisation de la tuberculose se fait dans les muscles ou dans les ganglions intra-musculaires.

3° Quand la généralisation de la tuberculose se tra-: duit par des éruptions miliaires dans tous les parenchymes et notamment dans la rate. |

4 Quand il existe des lésions tuberculeuses importantes à la fois sur les organes de la cavité thoracique et ceux de la cavité abdominale.

ES Ce ‘Dans tous les autres cas, la viande peut être mise en

vente après saisie et destruction des organes tubercu-

leux.

Cette loi, bien appliquée dans les grandes villes où il

y à un contrôle, ne l'est pas dans les villages où les bouchers ont des abattoirs particuliers. Les cultivateurs

vendent à prix inférieur les animaux qu’ils ne peuvent

engraisser parce que malades; ils sont débités clandes-

tinement, viande et viscères sont vendus comme de

bonne provenance.

Pour lé pore, l’expérimentation a établi, que te tissu

musculaire est beaucoup plus virulent que chez le bœuf; or, il n’est pas visé par la loi précédente. On ne saurait donc trop recommander de manger celte viande bien cuite. FH

Il est un produit fourni par les bovins qui, non seulement, entre dans l'alimentation de l'individu adulte mais aussi est le seul moyen de subsistance des tout petits : c'est le lait. La vache laitière en raison de l'affaiblissement causé par la gestation, la lactation, en raison de sa vie plus sédentaire est encore plus fréquemment atteinte. Nocard, par la réaction de la tuberculine, a

trouvé dans les étables bien tenues 60, 80, 90 pour 100 -

d'animaux tuberculeux.

Le lait est extrêmement dangereux. Au moment de la traite, il est mélangé; il suffit d’une seule vache tuberculeuse dans une écurie pour contaminer tout le lait de la ferme.

‘ Le cultivateur qui trait son lait, le croit indemne de

tout germe, il le boit cru, il le donne ainsi aux nourris-

Cr As

sons, aux enfants. Le danger auquel s’ EXROSE ainsi toute la famille est grand.

L'article 32 du règlement du 6 Octobre 1904, dt l’'abatage des animaux cliniquement tuberculeux, l'isolement et la surveillance des contaminés.

Il faut faire entrer le plus rapidement et le plus comtout possible dans la pratique l'usage de la réac- | tion à la tuberculine pour découvrir les animaux malades. Les ménagères ne devront jamais donner de lait autrement que bouilli. î

Dans l'habitation même, le bacille est disséminé. Le logement, dans la plupart de nos campagnes laisse beaucoup à désirer : il n’y a qu’une ou deux pièces ; les habitants, s'ils passent une partie de la journée dans les champs, au grand air, viennent prendre leurs repas, dormir, dans les mêmes locaux. YŸ a-t-il un tuberculeux dans la maison? Il crache, il tousse, les parcelles de mucus sont projetées par la toux, les crachats sont desséchés, les nus inhalent ainsi le bacillé de Koch.

M. Letulle dans son article : « le rôle de la cohabitation dans la transmission de la tuberculose. humaine . d'après les expériences de M. Chaussé (Revue d'hygiène et de police sanitaire 1914) a bien précisé ce mode de contagion. Nous lisons : « la contagion de la: tuberculose humaine a lieu exclusivement par les crachats desséchés et pulvérisés ».

« Les poussières sont soulevées par l'agitation du

linge et le brossage ».

« Séjournant dans Ja chambre des tuberculeux, les

JEjdTe

cobayes sont infectés exclusivement par inhalations; dans les mêmes conditions, l'homme ne peut se comporter différemment: ‘il est tuberculisé par les pous- -sières suspendues dans l'air qu’il respire ».

Les Allemands qui ont beaucoup étudié à tubercu-

(os qui ont lutté contre elle plus qu'on ne l’a fait dans

aucun autre pays, nous donnent d’utiles renseignements.

Dans la Revue d'hygiène et de police sanitaire, E. Portmann écrit un article : « Tuberculose et habita- : tion ». Il donne les statistiques de Dorner et conclut que le logement tuberculeux est celui où il n° n'ya qu'une seule pièce pour toute la famille.

Souvent dans les fermes, il y a plusieurs enfants, des domestiques. Le nombre des pièces est insuffisant. Il manque des lits, plusieurs personnes doivent partager la même couche; y a-t-il quelqu'un de phtisique, toute la chambrée est exposée à la contagion, encore mieux le camarade de lit.

Il faut lutter contre ce préjugé -très répandu aux champs : la tuberculose est une maladie héréditaire. Les’ enfants de tuberculeux meurent de la même maladie que les parents. Non il n’en est pas ainsi; l'organisme des descendants est un terrain favorable au bacille de Koch, mais ils ne portent pas le germe en naissant; ils le cueillent dans le milieu où ils vivent.

M. F. Schmid dans un article de la Revue 4 hygiène et de police sanitaire : « Protection des enfants contre la tuberculose », donne les résultats intéressants suivants : chez les enfants nés de parents tuberculeux et continuant à vivre dans un milieu infecté et sale, Comby sur

LIN RE 933 autopsies a trouvé des lésions tuberculeuses dans :

4 à 8 pour 100 chez les enfants .de 3 à 6 mois 30 — — dde 68 {22 — {à 2'ans

S'ils sont élevés dans un milieu où il n'y a pas de phtisiques,ona:

Première année : presque tous résistent au bacille. 3 ans et demi : quelques enfants réagissent à, Pépreuve de la tuberculine.

S'ils restent dans les foyers tubereuteux, 90 pour : 100 réagissent.

Il a suffit en Suisse de prendre quelques Droiloie d'hygiène : conseils aux mères, hygiène de l'enfant, surveillance du lait, pour faire décroitre la mortalité par tuberculose dans les proportions de 9 pour 100.

Si le phtisique meurt dans la maison, on ne prend pas toujours soin de désinfecter, ou si on le fait c’est d'une façon si incomplète! Or, si la source du bacille n'existe plus, il n’en reste pas moins dans les locaux tous les germes rejetés avec les crachats.

Nous avons parlé pour l'enfant d'organismes plus aptes à contracter la tuberculose. Y a-t-il des causes qui peuvent prédisposer l'adulte à recevoir le bacille?

L'ouvrier des champs, doit fournir à certaines époques de l'année un travail considérable. Au moment des moissons, il doit travailler souvent à une température élevée. Il transpire abondamment, il boit des boissons fraîches, il se découvre. S’arrête-t-il un instant dans son travail, à l'ombre, il néglige d’aller chercher

NME A ses vêtements qui sont déposés à un-endroit éloigné. Les. variations brusques de température sont une grosse cause de prédisposition à la tuberculose. Il y a une autre corporation qui, pour les mêmes causes, paye un Jourd tribut à la bacillose : ce sont les boulangers. Is: seraient atteints dans l’énorme proportion de 70 p. 100 {Courmont). | Regardons maintenant une carte de France; voyons quels sont les départements les plus touchés par la tuberculose ; nous relevons : la Manche, le Calvados, | la Seine-Inférieure, le Finistère, les Côtes-du-Nord, lPIleet-Vilaine, la Mayenne, la Loire-Inférieure, le Nord, le Rhône, les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes, le territoire de Belfort; ils ont 18 à 30 décès pour. 10.000 habitants. Sur une autre ‘carte, il est indiqué la consommation de l'alcool distillé; nous trouvons : plus de 7 litres dans la Manche, le Calvados, la Seine-[nférieure; de 5 à 7 litres dans les Côtes-du-Nord, l'Ile-et- Vilaine, la Mayenne; 3 à 5 litres dans le Nord: elle ne dépasse pas 3 litres dans presque tous les autres départements. On absorbe plus d’un litre d’apéritif dans les Bouches-du-Rhône, 0 1. 75 à 1 litre dans le Rhône, les * Alpes-Maritimes, alors que la consommation est de moins de 0 1. 50 dans la plupart des autres régions. Donc à des régions où l’on boit de l'alcool correspondent des régions où on meurt de la tuberculose. De plus en plus dans nos campagnes, on ouvre des cabarets : quel n'est pas le petit village qui n’a pas son

auberge, quel n’est pas le carrefour de route qui n’a pas son enseigne?

KE Le

Dans les régions viticoles, partout où il pousse des arbres fruitiers, on fait du marc et la consommation en devient de plus en plus grande.

L'alcool présente donc pour nos localités rurales un danger, non seulement par les lésions qu’il peut provoquer pour lui-même et encore parce qu'il prépare l’individu et ses descendants à la tuberculose.

(ae)

Page 1