PARTIE
S par Ëusapia soulevèrent polémiques. Le premier qui man qui, au nom du camp it voulut enrayer ce « re- Dntrant qu'il n'y avait dans s simples et purement méliminution de lumière que D'autres expérimentateurs lans une série d'articles dis- IX. M. Casimir de Kranz réiéances dont une traduction i Revue d'Hypnothme dans îcembre 1894. C'est d'après incomplète et les notes qu'a enri de Siemiradzki que j'ai Je me suis étendu principaphysiques en laissant exprès lligents.
-rendu de M. de Kranz.
^ des phénomènes.
phénomènes obtenus en dix
total d'une table, dont un
le sol ; diminution ou aug-
3 table suspendue à un dy-
ivre très intéressant dans lequel tes avec Eusapia.
mmoif'^^^^'iT'-'"
EXP. DE VARSÔVŒ. 1893-94. 139
2° Mouvement d'objets non touchés par le médiunu à) — ctes taMetlies. Observé par ii pecâpnnes.
b) — d'uae sonnette suspendue à un arceau à la
lumt^%, 14 personnes.
c) — de la même sonnette couverte d'un réseau en
fil de métal mince, 3 personnes.
d) — d'un rideau. Demi-clarté, 15 personnes.
e) — d'une petite table derrière le rideau, 13 per-
sonnes.
/) — d'un tambourin, d'une sonnette dans l'air au-dessus des personnes présentes. Dans l'obscurité, 10 personnes.
g) — d'une grande table. A la lumière, 8 personnes.
h) — de chaises et autres objets soulevés sur la table et descendus à terre. Dans l'obscurité, 10 personnes.
i) — de lunettes enlevées aux personnes présentes. Dans l'obscurité, 8 personnes.
k) — d'une très petite table. A la lumière, 6 personnes.
l) — d'une sonnette derrière le rideau, 14 personnes.
tri) — Allumage d'une lampe électrique à distance.
n) Soulèvement d'une planchette p« sée sur la table
o) — d'une légère planchette suspendue à une autre par une charnière mobile.
3** Attouchements de personnes présentes : observés
dans l'obscurité par 15 personnes, à la lumière par
9 personnes. Vue d'une main matérialisée qui n'était
pas celle du médium.
4^* Sons divers sans l'intervention du médium.:
a) claquements, bruits de chiquenaude, de baisers.
Entendus par 10 personnes.
h) forts coups sur la table à laquelle était assis le
médium, 8 personnes.
c) mêmes coups sur la table ou dans une porte éloi-
gnées du médium, 10 personnes.
d) Sons d'un piano sans que le médium le touche,
6 personnes.
é) Sons d'un instrument à embouchure, 4 personnes.
f) voix, ronflement, 6 personnes.
g) Son d'un accordéon, 4 personnes.
I)** Soulèvement du médium sur la table, 5 personnes.
G** Phénomènes lumineux, 13 personnes.
7" Signes apparaissant d'une manière anormale :
a) Sur le papier, 6 personnes.
b) sur une planchette ou des tablettes cachetées,
7 personnes.
c) sur les manchettes des personnes présentes, 7 per-
sonnes.
S** Souffle froid, 10 personnes.
0" Extériorisation de la sensibilité.
10° Nombres devinés par le médium.
B. — Lévitation de la table,
La lévitation de la table et les attouchements sont des phénomènes typiques du médianisme. Beaucoup d'autres phénomènes peuvent ne pas avoir lieu, même quand on les demande spécialement ; mais les deux catégories citées apparaissent toujours, même contre le désir des assistants. La lévitation commence et termine toujours
la série des phénomènes. G'esl ainsi que, sans parler dés c^servations de ce fait dans l'obscurité, 12 personnes Font observé à une clarté suffisante et sans que le médium touche la table des mains et des pieds.
A Varsovie on s'est servi d'une table faite exprès dans ce but par ordre de M. Ochorowicz. Elle était en bois, sans peinture, oblongue, grande pour 6 personnes, de hauteur ordinaire ; elle se composait d'une planche posée, sans saillie de bords, sur quatre pieds unis par des traverses, sans aucun autre accessoire, et pesait 25 livres.
. Ëusapia se met debout ou s'asseoit presque constamment du côté étroit de la table, disant que la lévitation ne lui réussit pas du côté large ; puis les assistants forment la chaîne, avec les mains; les deux voisins immédiats d'Ëusapia prennent chacun par une de leurs mains une des mains d'Ëusapia, un peu en avant de la paume, et elle met ses pieds sur ceux des voisins. Les mains d'Ëusapia reposent sur la table près des bords.
- On attend 15, 30 minutes, parfois plus longtemps ; sur la demande du médium, on cause, on chante un air populaire napolitain (Santa> Lucia), on joue du piano. Eusapia remue beaucoup pendant ce temps.
Apparaissent alors les symptômes hystériques. La table, après quelques oscillations, s'élève à la hauteur de 30 centimètres à peu près, et de 40 centimètres au maximum, se balance légèrement en l'air pendant quelques secondes et retombe avec bruit, presque toujours sur les quatre pieds d'un coup. Sa position dans l'air est presque horizontale, mais les pieds du côté opposé au médium s'élèvent visiblement de quelques centimètres plus haut que du côté du mé-
142 PREMlèkE PARTIE
clium. Souvent, avant, pendant ou après les oscillations de la table, la robe d'Ëusapia (quand elle, est assise) commence à se gonfler, puis on voit s'avancer vers le pied de la table comme une langue large h peu près de o centimètres qui, couverte de la robe noire, se met sous le pied de la iàkèc et Yé^re.
Cependant les choses ne se passent pas toujours ainsi. M. Mathuszewski écrit : « J'ai vu plus de dix fois la table élevée en haut au momeut où le médium ne la touchait ni des mains ni des pieds. En contrôlant, à l'aide des mains, les pieds d'Eusapia, j'y ai toujours senti une forte tension et comme un effort violent mais réprimé, d'effectuer le mouvement nécessaire pour soulever la table par les moyens ordinaires, mouvement qui pourtant n'a jamais lieu. L'effort paraissait proportionnel à l'intensité du phénomène. » Le D*" Higier témoigne : « Une seule fois j'ai vu la lévitation de la table dans les circonstances suivantes : lumière à peu près suffisante ; le médium vêtu d'un Jupon blanc du côté la7^ge de la table; les contrôleurs tenaient leurs mains sur les genoux du médium ; j'étais assis vis-à-vis du médium. Tension considérable, des muscles, des cuisses et des mollets pendant la lévitation, mais sans trace de contact avec la table. » Enfin M. Ochorowicz raconte : « Le 20 décembre, Eusapia, vêtue d'un court jupon blanc de ma femme et de bas couleurs de bronze, mais sans chaussures, était assise non sur une chaise comme d'habitude, mais sur un divan bas matelassé devant le côté large de la table. Les genoux d'Eusapia, réunis, étaient également distants de 25 centimètres environ des pieds voisins de la table ; et à peu près à la même distance du bord inférieur de la traverse qui est de son côté. J'étais
t44 ^ ■ PREMfÈRB'^PARTlB
périences et m'aff irmâitque la léfritation était impossible dans ces conditions, w ■ .ru
Le D'' Ochorowicz employa, pour contrôler mécaniquement les mouvements des pieds d'Ëusapia, l'appareil suivant : Deux boîtes à cigares profoadoiret droites furent placées sotis la table et Ëusapia y mit ses pieds, sans chaussures. Les boîtes avaient des fonds doubles et étaient munies d'un dispositif électrique tel qu'on pouvait y manœuvrer librement les pieds en les promenant de deux pouces dans toutes les directions ; mais, si l'on voulait sortir le pied de la boîte, la sonnette électrique se mettait à sonner dès la moitié du chemin à parcourir pour cela et ne se taisait que lorsque le pied était retourné à sa place. Eusapia ne jjeut pas se tenir absolument tranquille pendant les séances : elle avait ainsi la liberté de ses mouvements, mais il lui était absolument impossible de se servir des jambes pour lever la table. Dans ces conditions, la table pesant 25 livres se leva deux fois sans que la sonnette se fît entendre ; pendant la seconde lévitation on photographia la table d'en bas : on voit sur la photographie les quatre pieds de la table ; le gauche en contact avec la robe d'Eusapia, comme cela a toujours lieu quand la lumière est vive, mais les boîtes avec les pieds du médium sont à leur place. Immédiatement après l'expérience, les assistants vérifièrent que la sonnette se faisait entendre, non seulement quand on sortait le pied mais encore quand on l'élevait trop haut dans la boîte.
M. Ochorowicz mentionne des lévitations de la table obtenues par Eusapia, les pieds liés et tenus sous la table par une personne qui y restait à genoux, d'autres avec les deux pieds visibles à la lumière.
EXI». DE VARSOVIE. 1893-94. 145
La lévitation s'est produite aussi sous plusieurs autres lormes. Ainsi les deux pieds de la table qui se trouvaient près d'Ëusapia debout s'élevaient très haut et la table s'appuyait sur les deux autres faisant avec le plan- -cher un angle de 45^ Les mains de tous les assistants 5' élevaient alors au dessus de la table en cessant de la toucher. Seules les mains d'Eusapia et des contrôleurs reposaient sur la table près des bords. Elle enlevait tantôt Vune de ses mains tantôt l'autre comme en jouant.
Pour mesurer la diminution et l'augmentation du poids •de la table dues à Finfluence du médium, on la suspendit à un dynamomètre rattaché, à l'aide d'une corde, à un croc fixé dans le plafond. La table s'acrochait au dynamomètre par un autre croc, vissé près d'un bord de la table dans une série d'expériences, ou au centre de la table dans une autre série.
Dans le premier cas, les deux pieds du côté opposé au -dynamomètre s'appuient sur le plancher et Eusapia se met debout du côté du dynamomètre qui est dans l'air. Elle met ses doigts sous la traverse, la touchant d'en bas; la table s'avance vers elle sans changement de poids^; -alors elle recommande de tenir les pieds opposés et en fin le dynamomètre accuse une augmentation de poids -de 7 à 8 livres. Elle produit le môme effet quand ses doigts touchent la traverse par leurs côtés supérieurs ou <]uand ils en sont séparés par les doigts des contrôleurs; pas de contact avec la robe, lumière moyenne mais suffisante.
Une diminution de poids de 6 à 7 livres a lieu quand le médium met sa main sur la table ; le gonflement de la robe se glisse alors sous un des pieds de la table.
31 décembre, la lumière n'était pas affaiblie. Eusapia avait lés pieds soigneusement liés à l'aide d'un ruban blanc à travers les bottines complètement déboutonnées ; le bout libre du ruban, tendu de façon à éloigner les deux pieds d'Eusapia du pied gauche de la table, était tenu par un des assistants. On recouvrait en outre les deux pieds delà table parla main. Dans ces conditions, et sans aucun mouvement en arrière ou en avant, la pression exercée sur le dynamomètre par la table qu'Eusapia ne touchait point, diminua, sous l'influence de ses mains serrées en l'air l'une contre l'autre, de 7,5 à 0, puis la pression augmenta et revint à 6, 5, où elle resta stationnaire quelques instants, pour remonter encore jusqu'à 9,5 et à 10. Nous avons remarqué que la robe se gonflait ; ce que j'aidais moi-^nême en tenant les plis dans ma main, mais les jambes du médium restèrent immobiles. »
M. Ochorowicz ayant placé sur la table un dynamomètre enregisteur elliptique, chacun des spectateurs présents, parmi lesquels se trouvait M. de Siemiradzki, essaya sa force sur l'instrument, Eusapia Jit de même.
An bout de quelques instants le dynamomètre grinça sous une étreinte vigoureuse et, en consultant l'index de l'instrument, on constata que la force déployée pour amener l'aiguille au point indiqué était trois fois supérieure à la force indiquée pour Eusapia et notablement plus considérable que celle de M. Ochorow^icz lui-même qui était le pins fort des assistants.
Pa'îMIEilî PARTI!
— Expérience de la sonnette et de l'arceau,
expérience eut lieu dans Fombre d'Eusapia deriquelle, à 2 ou 3 mètres de distance, brûlait une
La sonnette était une sonnette ordinaire, haute aillimètres et suspendue librement à un arceau en fer de plus de 10 centimètres de hauteur, monté
; base en bois. « J'ai préablement examiné plufois et soigneusement cet instrument improvisé, '"" Harusewicz, et constaté que la sonnette n* était ile à mettre en mouvement et qu'il était impos- 5 le faire en souf lant dessus sans que les assisen aperçussent. Avant de la mettre devant Eusaencore une fois examiné la sonnette près de la 3 et je n'ai plus permis à Eusapia de la toucher, pour un moment.
3rs, après quelques soupirs profonds et un léger , Eusapia, silencieuse et le visage présentant l'ap- B d'une profonde méditation, approcha les doigts en cône à la distance de 3 centimètres de chaque
f PREMIERE PARTIE
)ans le réduit on plaça une petite table et sur cette le une sonnette ; puis deux chaises et sur Tune d'elles î tablette à écrire.
Cusapia arrangea à sa guise les rideaux pour donner ouverture qu'ils laissaient entr'eux la largeur qu'elle eait favorable et elle attacha de sa propre main les ; avec des épingles ; puis elle s'assit, tournant le dos : rideaux, et le dossier de sa chaise étant à peu près O centimètres de ceux-ci ; devant elle était une table, ^eu après elle se leva pour changer sa robe qu'elle ivait trop lourde. Les D" Heryng et Watraszewski la illent et là déshabillent complètement.
ÎUe se remet en place comme nous l'avons dit, bien lirée par une bougie munie d'un abat-jour et placée une table à trois mètres de distance. Le D' Watras- ^ski est le contrôleur de droite, le D"" Heryng celui gauche ; chacun d'eux a sa main reliée à celle du lium par une bande élastique. Les contrôleurs disent aute voix qu'ils sentent les pieds du médium sur les rs.
Iprès une demi-heure d'attente et divers mouvements la table devant le médium, Eusapia est seiisie d'un es de rire spasmodique : son visage exprime une sorte xtase et, de temps en temps, on entend des soupirs ►fonds. En même temps le rideau du côté gauche lusapia se gonfle à la Jiauteur des coudes du contrôr, touche rapidement le D' Watraszewski et retourne a place. Gela se répète 4 fois du côté gauche et 3 fois côté droit.
L.e D"^ Heryng, en regardant dans le réduit, annonce î la petite table est tombée comme si on l'avait sou— ée par le pied antérieur et que la sonnette a roulé par
^Pt^T^
terre. Une des chaises de derrière le rideau s'approche du D' Watraszewski ; l'autre chaise se meut et s'incline ; la tablette à écrire se lève et s'appuie par un de ses bords au mur. Les contrôleurs assurent ne pas avoir lâché les pieds du médium (1).
Dans une deuxième séance, la lumière était un peu plus faible que dans la première, mais dans les mêmes •conditions de contrôle; après une fouille scrupuleuse, Ëusapia s'assit de telle façon que son dos fut plongé dans l'obscurité du réduit, et le D"" Harusewicz, un de ses contrôleurs, plaça derrière le rideau, à 50 centimètres du médium, une petite table à trois pieds, et constata qu'il était impossible à Ëusapia de l'atteindre avec sa jambe. <c Après une assez longue attente, rapporte le Docteur, malgré les symptômes hystériques spasmodiques manifestés par le médium, aucun phénomène n'a heu. Alors Eusapia dit que la table est trop éloignée et me prie d'y poser la main pendant quelques instants. Cela fait, Eusapia, qui n'a pas changé de place, saisit convulsivement ma main, éclate d'un rire spasmodique et crie à haute voix : « Viens donc, John, viens enfin ! » ; et, au moment de la plus grande tension et d'un changement très marqué du visage, on entend distinctement la petite table s'approcher en se mouvant sur le plancher. Puis un moment de calme, un soupir profond, le hoquet, la toux hystérique, la crampe du bras levé dans la direction de l'ombre du réduit, et nouveau bruit de la table qui se mouvait. En 5 occurences pareilles, qui chaque fois se prolongeaient de 15 à 20 minutes, la table s'approcha
(1) A ce moment Eusapia fit retirer un des assistants (qui s*était placé près du rideau pour observer sa jambe gauche) en disant qu'U lui coupait le courant par son corps.
152 PRSilfiftE PARTIE
tellement de moi que je pus m'appuyer sur elle à travers le rideau. A ce moment Tépuisement d'Eusapia se lisait nettement sur son visage devenu pâle ; sa main était en sueur, elle gémissait doucement ; quand on levait son bras, il retombait inerte. Après quelques minutes de repos, nouvel accès de rire spasmodique ; Eusapia fait exécuter successivement à ma main qui tient Tune des^ siennes et à celle du docteur D. qui tient l'autre, le geste de repousser quelque chose, et en même temps la petite table s'éloigne en arrière. A trois reprises le geste est répété et à trois reprises la table se recule, chaque fois d'environ dix centimètres. La sonnette tomba par terre pendant un des premiers mouvements de la table, mais,, malgré le désir d'Eusapia, elle ne sonna pas ; on l'entendit seulement glisser sur le plancher et on la trouva ensuite sous la chaise du médium. »
Dans une autre séance, 10 à 12 personnes étaient assises autour de la table. Eusapia tournait le dos au rideau ; elle était contrôlée par le général Starynkiew^icz et le D" Watraszew^ski. « J'étais assis, écrit M. Glo— wacki-Prus, vis-à-vis Eusapia, près de M"® X., une personne très nerveuse et facilement hypnotisable. La séance durait depuis une heure environ avec des phénomènes nombreux et variés. Eusapia, comme toujours » avait l'air à demi conscient. Soudain Eusapia s'éveilla et M"^ X. poussa un cri. Sachant ce que ce cri voulait dire, je lui serrai la main gauche plus fortement et je la pris ensuite par la taille parce que cette enfant devient très forte dans certains moments. La chambre était suffisamment éclairée, et voici ce que nous avons vu, ce que j'ai senti moi-même en outre par les mains. Chaque ioigc que les muscles de M"* X. se tendaient plus fortement, le
rideau qui pendait vis-à-vis d'elle à 2 ou 4 mètres de distance exécutait un mouvement. Le tableau suivant indique le détail de cette corrélation.
Faible tension des muscles — Le rideau s'ébranle.
Forte tension. — Il se gonfle comme
une voile.
Très forte tension, cris, — Il atteint les contrô-
leurs d'Eusapia et les courre presqu^entièrement.
Repos, — Repos.
Tension des muscles, — Mouvement du ri-
deau.
Forte tension. — Fort gonflement du
rideau,
et ainsi de suite.
« On voit la proportionnalité frappante que j'ai constatée entre la tension des muscles du médium (qui, dans ce cas, était M"" X.) et le travail mécanique du rideau en mouvement.
« Le général Starynkiewicz me disait le lendemain que les mouvements du rideau lui faisaient éprouver la même sensation que si la surface entière en était électrisée. Le bord du rideau, en s'écartant de la perpendiculaire, formait toujours une ligne droite dirigée du point d'attache supérieur du médinni. »
M. Ochorowicz décrit ainsi un autre phénomène remarquable :
Le 3 janvier, nous nous assîmes h la table, en peiil comité des habitués de ma maison. Eusapia était assise, tournant le dos au rideau, derrière lequel, par terre, un peu h gauche et à une distance un peu plus grande que le point
v'.-ÎHPpïçpr
qu'elle aurait pu atteindre, en s'inclinant de côté, et en ayant le bras gauche libre, j'avais placé une caisse contenant une batterie de Grenet à quatre éléments ouverts, remplis d'une solution de bichromate de potasse et d'acide sullurique. La caisse était haute et étroite, les vases étaient pleins de liquide et ouverts, de sorte qu'il fallait prendre beaucoup de précautions en la transportant ou la déplaçant pour ne pas verser le liquide. La porte ne fermait pas complètement la caisse. Sur la surface supérieure de la caisse, il y avait une lampe électrique avec réflecteur (que l'on pouvait mettre ou enlever), et tout près d'elle, une tige verticale terminée par un bouton et soutenue par un ressort. Quand on pressait le bouton avec une force suffisante, la tige s'enfonçait dans la caisse et plongeait quatre zings dans les quatre vases à acides. La lampe s 'allumait alors, momentanément ; elle brillait tant que la main pressait le bouton et donnait d'autant plus d'éclat que la pression était plus forte. Une lampe à pétrole, dont la flamme était atténuée^ était placée sur le plancher de l'autre côté, à l'extérieur du rideau.
Nous nous asseyons. Pas de coups frappés ; pas de lévitations de table ; mais Eusapia s'assombrit, prend le hoquet et entre vraisemblablement en transe. Je me mets contrôleur de gauche ;' Swiencicki est celui de droite. Pour mieux sentir ses pieds, j'enlève à Eusapia ses chaussures.
Bientôt Eusapia commence à s'inquiéter, à se roidir ; on entend quelque chose gratter mystérieusement derrière le rideau, comme dans la caisse à batterie. Je regarde Eusapia ; elle reste sans bouger ; je tiens la main gauche, je sens sans cesse le pied. Swiencicki me dit la même chose. Nous entendons trois coups de la petite porte de la caisse. Eusapia gémit et la lampe brille. Elle brille encore une fois et nous entendons glisser sur le plancher de gauche à droite. Un nouvel effort ; un nouveau gémissement d'Eusapia ; la lampe brille de nouveau, encore derrière le rideau. Enfin la
caisse sort de derrière le rideau et s'approche de 1 pétrole qui est par terre. Nous nous inclinons 1 mieux voir et nous sommes témoins de la manipul vante : une main inconnue élève le rideau de derr dispose de façon à couvrir le bouton en laissant découverte, et soudain la lumière électrique bri ment, en éclairant Eusapia et nous tous. Cette fois sion sur le bouton et la lumière durèrent presc secondes.
Je mesurai les distances du bouton de la lam taille d'Eusapia qui n'avait pas bougé- de sa place, 46 centimètres ; à son pied droit, un mètre 32 cei Puis, je lui ordonnai de délivrer son pied du co Swiençicki, de se tourner avec la chaise, de s'il arrière et d'étendre la j ambe, le plus possible, dj rection de la lampe : il s'en fallait de 38 centimètr put l'atteindre. Pas une goutte de liquide n'était \
J'ai répété cette expérience dans deux autres dans l'une d'elles, la caisse fut transportée de d rideau sur la table, par dessus la tète d'Eusapia, • lampe allumée, plus faiblement d'ailleurs, au mil table. Nous étions sûrs du contrôle. Au moment d< sion du bouton, à la lumière de la fenêtre, j'ai v de la main qui le pressait. Elle venait du côté d mais d'en haut.
Le 7 janvier 1894, M. Ochorowicz organisa ui sans table pour que la force du médium ne se pas en phénomènes mécaniques. — Eusapia, assise en tournant le dos au rideau, parut fort coi elle ne tarda pas à entrer en transe et alors, pi nom de John, elle dit d'un ton ironique : « Vou enlevé la table pour découvrir les jambes du Allez ! je vais vous montrer que je fais tout à 1 jambes du médium ! » Ce disant, elle étendit ses
15G l'BEMIÈRK PARTIE
et appuya ses pieds sur les genoux de M. Prus-Glowacki, de sorte que M. Matuzewski, qui était le plus éloigné du rideau, pût les toucher ; puis elle cria ; « Regardez, je frappe la table de ma jambe gauche : » En même temps elle frappait le genou de M. Prus-Glowacki avec son pied gauche ; et tout-à-fait simultanément on entendit résonner derrière le rideau de forts coups, conmie ceux que donnerait la jambe frappant contre la table qui élait dans le réduit tout contre le mur, à deux mètres de distance du médium.
E. — Transport d*une table dans les airs.
Récit de M. Glovacki-Prus.
Eusapia était assise du côté droit de la table ; à gauche, du côté large, Ochorowicz, M"« Szadkowska, moi, etc. Il y avait près de dix assistants. A gauche, et en arrière d'Eusapia, était placée une grande table, lourde de 28 livres, et sur elle une grande terrine avec de l'argile et une sonnette, U y avait peu de place dans ce coin gauche, car nous étions assis tout près du mur. Après des lévitations et des coups frappés, Eusapia demanda Mewo luce ; on affaiblit alors tellement la lumière des lampes que je ne voyais plus rien. Au bout de quelques minutes, la terrine et la sonnette de Vautre table arrivèrent sur la nôtre. Ma voisine fut légèrement heurtée ; et quand je tendis la main poiu» en reconnaître la cause, je constatai qu'entre moi et M"* Szadkowska glissaient en l'air les pieds de la table dont la planche planait au-dessus de la tète de M*»« Szadkowska. C'était l'autre table, celle dont on avait enlevé la terrine et la sonnette. Bientôt elle s'inclina et se coucha, les pieds en haut, et la planche sur celle de la nôtre ou plutôt sur la sonnette et li^
terrine. Elle resta quelques minutes dans cette position, se leva lentement et passa de nouveau par dessus la tète de M'"^ Szadkowska pour revenir à sa place antérieure.
Il était impossible à une personne assise, même quand elle aurait eu le libre usage de ses deux mains, de faire exécuter de pareils exercices à une table, et cela sans aucun bruit. Peut-être y serait-il arrivé, avec ses deux mains, un homme extrêmement adroit et doué de la vue d'un oiseau de nuit, pour se guider dans l'obscurité, s'il avait eu la complète liberté de ses mouvements. Or, je le répète, personne de nous ne s'était levé de table, personne n'avait exécuté un mouvement suspect et chacun contrôlait son voisin.
F. — Lévitation du 7nédium,
Il y eut plusieurs cas de lévitation assez mal rapportés dans l'extrait donné par la Reoiie d'Hypnotisme. Le suivant est bien net.
« Une fois, raconte M. Matuzewski, je fus témoin du soulèvement du médium, en l'air, au milieu de la chambre, sans aucun appui. Il était alors à l'état de transe et s'élevait graduellement, lentement et légèrement en l'air (tout en restant debout), et retombait aussi lentement et légèrement sur le plancher. Cela faisait la même impression que si quelqu'un soulevait et abaissait le médium. Eusapia resta assez longtemps suspendue en l'air pour qu'on pût passer librement la main sous ses pieds pour constater qu'elle ne touchait absolument pas le plancher. La hauteur du soulèvement fut de quelques pouces. Le fait se répéta quatre fois.
Voici en quels termes M. Ochorov^icz décrit une de ces lévitations dans V Illustration de Varsovie :
Un autre fait des plas surprenants et des plus rares (obtenu aussi au Congrès de Milan) fat la lévitation complète de la personne même du médium, lequel, tenu toujours par les mains et par les pieds, fut soulevé de terre et porté avec sa chaise ^ en état de catalepsie, sur la table.
... tt Je soulèverai mon médium en l'air, » dit Eusapia en français assez correct (langue qu'elle ne connaît pas dans son état normal). Et, en réalité, elle fut soulevée. Telle fut du moins mon impression pendant plusieurs secondes. En passant ma main sous ses bottines, j'ai pu constater qu'entre celles-ci et la table il y avait une distance de quatre à cinq pouces.
Une autre fois encore, le médium fut brusquement soulevé du sol. Il était debout et M. Ochorowicz eut le temps de passer sa main entre les pieds d'Eusapia et le parquet. La lévitation terminée, le médium, toujours en état à demi-conscient, marcha vers la table^ et, appuyant ses mains sur la table, essaya de simuler, très grossièrement, ou peut-être de provoquer un nouveau soulèvement en Tair. « Cette particularité est à noter, dit M. de Siemiradski qui en fut témoin ; et c'est à des mouvements automatiques, analogues, très faciles à distinguer des véritables phénomènes, qu'on doit, dans beaucoup de cas, attribuer la fraude apparente dont on a souvent accusé Eusapia. «
G. — Phénomènes lumineux.
Les lueurs ont apparu sous les formes les plus diverses, soit que les formes cliangent réellement d'un instant à l'autre, soit que chacun les voit et les décrive à sa façon.
La plupart des observateurs les comparent à des étincelles dorées ; d'autres à des gerbes de 2 à 3 centimètres. Le général Starynkiewics dit qu'il a « vu dans l'obscurité et observé pendant quelques secondes un rond faiblement luisant, grand comme un œil d'homme ;,la lumière avait la forme d'une spirale plate. » (Nous retrouverons cette comparaison avec un œil d'homme dans les expériences de Mac-Nab),
H. — Attouchements,
Les attouchements eurent lieu plusieurs fois h travers le rideau qui, dans ce cas, se gonflait et dont le D"" Watraszewski eût même une fois la tête enveloppée.
Quand les assistants étaient touchés directement, ils éprouvaient tantôt l'impression d'une simple fourche qui les saisissait entre ses pointes, tantôt d'une main légère, fine et de chaleur normale, tantôt d'une main dont les doigts étaient chauds, mous et petits.
Le D"" Harusewicz raconte que, le 14 décembre, Eusapia étant bien contrôlée des mains et des pieds, par lui à droite, par le D** Matuzew^ski à gauche, il demanda que tous deux fussent touchés à la fois. « Bientôt le D"" Matuzewski crie qu'il est touché ; en ce moment j'avais déjà senti l'attouchement : ainsi la simultanéité est presque sûre. Les mains et les pieds sont en ce moment en ordre. Je sentis la première fois une main grande, à doigts largement écartés me toucher au dos ; puis bientôt je fus frappé entre les épaules, ce qu'entendirent tous les assistants j mais la main ne fut plus distincte et les doigts à peine sensibles. Quant à l'impression ressentie, j'affirme, après des expériences
160 PREMIÈRK PARTIB
faîtes à ce sujet, que rattouchement médianimique se rapproche à s'y méprendre de Fattouchement, momentané et dans Tobscurité, du plat du pied déchaussé. Môme quand le dos est nu et qu'il n'y a plus l'intermédiaire de la chemise et du vêtement, il est difficile de discerner le pied de la main. L'attouchement momentané dans le dos, d'une main ordinaire, même (l'une petite main de femme, avec les doigts largement écartés, fait cependant toujours l'effet d'une main beaucoup plus grande. »
M. Glowacki fut touché dans le dos quand il tenait lui-même les deux mains d'Eusapia.
M. Loth remarque que chaque fois qu'il éprouvait un attouchement, Eusapia lui serrait fortement la main.
M. Ochorowicz a ima^né un appareil électrique muni d'une sonnerie qui sonnait dès que les mains d'Eusapia abandonnaient le contact des mains des contrôleurs ; la sonnerie sonnait également si Eusapia ne touchait les mains de ces deux contrôleurs qu'avec une seule main. Dans ces conditions, les observateurs furent touchés à plusieurs reprises et sentirent distinctement les doigts jdes mains sans que l'appareil sonnât.