C. — Conditi07is extérieures
1) La température et les conditions atmosphériques ne semblent influer que dans des cas extrêmes ou bien indirectement par l'influence psychique. La pleine lune est peut-être favorable.
2) C'est encore un préjugé, paraît- il, que l'influence médianique de la lumière rouge et jaune. A Varsovie, la lumière bleue nous réussissait mieux, parce qu'elle était plus agréable au médium.
§ IV. — L'oeuvre de Cambridge
En observant les conditions indi([uées, il me paraît impossible de ne pas avoir avec E. P., dans l'état actuel de sa médianité, une série de bonnes séances.
>Iais il ne faut pas oublier non plus que la fraude est éparahle du médianisme, coynme la simulation est éparable de V hypnotisme,
i^our s'endormir il faut d'abord simuler le sommeil, 1 y a une grande part de simulation dans les halluations provoquées, positives et négatives, dans les mgements de personnalité, dans les crimes des labooires, etc.
^es paralysies et anesthésies suggérées, en tant que /c/iiques, ne sont-elles pas au fond simulées ? Ce qui mpeche pas qu'il y a encore une grande différence enune simulation inconsciente, qui tient à la nature me des phénomènes, et une simulation consciente et )rise.
Oe même, le médianisme inférieur n'est qu'une façon 'ticulière détromper les autres et soi-même. Dansl'écrie automatique, par exemple, c'est indubitablement avec -môme que l'on se dispute : une couche de notre consnce pose les questions, et une autre lui répond ; une iche de notre entendement demande un mouvement une autre l'exécute ; l'une est gaie et l'autre mélancolie ; l'une croit à tout, et l'autre se moque de tout ; ne triche et simule et l'autre reste sincère. Zg mélange apparaît même dans les manifestations les is élevées de l'hypnotisme et du médianisme ; mais a n'empêche pas, qu'à côté de la suggestion mentale oarentey il y a la suggestion mentale vraie, et à côté de iriture autoinatique, son plus haut développement : triture directe,
savoir décomposer les éléments — tel est le problème l'observateur.
A-t on fait le moindre effort dans cette direction à Cambridge ?
Malheureusement, non.
Jusqu'à ce moment, dans les grandes séries expérimentales avec E. P. on a cherché à introduire quelques perfectionnements dans l'étude de ces problèmes difficiles.
A Milan (1892), on a appliqué la photographie, la balance et le dynamomètre suspendu.
A Varsovie (1893-94) de même ; et en outre les appareils électriques du contrôle pour les mains et les pieds, le dynamomètre à main, l'hypnotisme, etc. On a fait un grand nombre d'expériences en pleine lumière, on a étu- ~<lié le médium au point de vue physiologique et par des fouilles fréquentes on a mis hors de doute l'absence d'appareils spéciaux pour la fraude.
Dans l'île Roubaud (1894), on a continué les essais dynamométriques, on a perfectionné l'expérience de la •lampe électrique, l'expérience d'une grande table spéciale pesant 22 kilos, on a obtenu des photographies à la lumière du jour et précisé les conditions des phénomènes !
A Cambridge (1895) !..
A Cambridge on a trouvé le moyen d'avoir avec E. P. une série de vingt séances entièrement frauduleuses « depuis le commencement jusqu'à la fin » — résultat qui n'a été atteint ni par leurs prédécesseurs ni par leurs sucesseurs.
Ce résultat est-il au moins exact ?
A les entendre, ces Messieurs, ou plutôt ces Dames et ces Messieurs, n'ont pas vu un seul phénomène vrai, et toutes les séances ont été également frauduleuses.
PREMIERE P.iRTIË
Cependant, si mes informations particulières ne me trompent pas, les quelques premières séances {avant V arrivée de M. Hodgson) ont été apparemment assez, bonnes pour provoquer Tenthousiasme d'un certain nombre d'assistants. Pourquoi le compte-rendu ne fait-il pas mention de cette circonstance 1..
De l'autre côté, M. le professeur Lodge qui fut présent aux deux séances après la découverte de M. Hodgson, déclare que dans l'une d'elle il y avait, paraît il, quelques phénomènes vrais. — Pourquoi n'a t- on pas cru devoir donner les détails de ces expériences ?...
Mystères de la suggestion !
La suggestion du docteur Hodgson est tellement forte que l'on ne voit, que l'on ne pense, que l'on ne se rap» pelle que ce qui confirme la suggestion.
En voici quelques exemples :
1) Une boîte à musique est placée par terre, derrière E. P. et tout près de son talon (pourquoi tout près ?). Les mains sont bien tenues par M. Hodgson à droite et par M. Sidgwick à gauche ; ce dernier a en outre la tète de E. P ; M™" Sidgwick, couchée par terre, sous la table, tient les pieds entre ses deux mains.
La boite se met à jouer, et M™" Sidgwick déclare qu'elle sent la main de « John » qui tourne la manivelle.
Jusqu'ici tout est clair. Malheureusement, dans ce récit du protocole primitif, le phénomène a l'air correct et il contredit la théorie de M. Hodgson.
Le lendemain — (il est dit expressément dans l'introduction de l'article, que les parenthèses ont été ajoutées le lendemain et le surlendemain) — M. Hodgson ajoute une petite parenthèse :
|i.vp^jh^ r
« {after the phenomenon). »
Elle est placée à la suite d'une phrase qui faisait croire au lecteur que la main droite de E. P. était à sa place. Par cette addition il suggère, au contraire, que la main droite de E. P. ne fut pas à sa place durant le phénomène, mais seulement après le phénomène.
Immédiatement W" S. écrit une note, dans laquelle elle suppose qu'elle fut touchée par une main (elle ne dit plus : la main de « John ») par accident.
Et dans une troisième note (le surlendemain ?) M. Hodgson déclare déjà carrément, qu'on a vu E. P. se pencher, comme si celait sa main droite qui tournait la manivelle ! . . .
On a oublié que dans le protocole primitif, dicté durant la séance, il était dit : « Les mains bien tenues » (Hands well helt) et que si E. P. donnait sa tête à M. Sidgwick, elle était penchée à gauche, et ne pouvait pas, en même temps, être penchée à droite (1).
(1) On ne se croit pas obligé de mesurer les distances et de nous expliquer comment, dans cette position, le médium ait pu atteindre la manivelle. En général, M. H., qui fut très sévère pour les autres, l'est beaucoup moins pour lui-même, et il nous force très souvent à demander « the détails of thèses holdings ». Même confusion, au sujet du caoutchouc attaché à l'une des mains de E. P., sur sa m-opre proposition, afin de pouvoir distinguer plus facilemeiït sa main droite de sa main gauche : d'après la note en bas de la p. 155 c'est la main gauche qui fut marquée ainsi — d'après le texte de la même page, c'est plutôt la main droite. Autrement le récit n'est pas compréhensible. Et on ne dit pas non plus à quel moment de la séance la condition fut appliquée. Pour M. H. ce détail est sans importance. Assurément î il lui était bien égal de lâcher une main avec ou sans caoutchouc — en sa qualité de contrôleur il la lâchait toujours î
2) Immédiatement après :
«9.8 — M""" S, sent deux mains sur sa tête y sous la table, »
Mais, comme la suggestion de M. Hodgson ne parle ([ue d'wne main libre, elle ajoute : « Il se peut que ce ne fut qu'une seule. »
Et, le lendemain, elle explique qu'elle avait été touchée des deux côtés de sa tête à la fois, mais que la sensation ne ressemblait pas complètement à lattouchement <le deux mains.
3) « Une main énorme (enormous hand ») secoue la tC*tede M"*^ M. et c'est bien nettement une main (hand clearly felt) p. 153.
Mais M, Hodgson suggère que la main droite de E. P. jouait avec la sienne, c'est-à-dire était absente par moments... Et immédiatement tous les sexes de Cambridge se mettent d'accord pour reconnaître, que, 1' « enormous hand » ce fut la très i)etite main droite de E. P. (1)
4) J/"^ Alice J, est touchée au flanc gauche comme par une main (p. 158). Cette inain paraît mal foi^mée, avec des doigts incomptlets^ 7nais elle touche en mé7ne temps trois points différents.
Malheureusement, à ce moment là, les mains de E. P. furent bien tenues, et l'on ne pouvait soupçonner <(ue le pied. M"** A. J. conclut donc, que l'attouchement fut exécuté avec la plante du pied droit deE, P. recourbée à cet effet d'une façon spéciale pour former trois points distincts de contact : l'orteil, le talon et les autres doigts...
( 1 ) Longueur de la main droite de E. V. : 15 centimètres, juste. Ce n'est vraiment pas énorme.
5) Une fois (p. 158) M"* A. J. voit la tête de (f John » à J*un des bouts de la lahle, au moment, ou E, P. reste assise à l'autre bout de la table,..
Pour ne pas contredire les suggestions de M. Hodgson, et rester en même temps en paix avec sa conscience, M"" A. J. ajoute modestement :
« Je ne m'explique pas cette curieuse illusion. «
Et voilà tout.
Enfin, lorsque personne ne se hâtait de préciser les conditions du protocole primitif dans le sens de la suggestion dominante, M. Hodgson ajoutait lui-même le lendemain (ou le surlendemain) sa petite pare7ithèse : ( « after phenomenon ») et l'affaire était arrangée.
Il est entendu que je n'ai pas l'intention de froisser aucune de ces personnes. Je ne dis que la moindre de leurs observations ne fut pas conforme à leur conscience et à leurs souvenirs ; mais il fallait caractériser l'atmosphère, respirée par tout le monde dans cette malheureuse affaire.
Il est entendu également que je ne prétends pas que les phénomènes ci-dessus mentionnés fussent de vrais phénomènes — je n'ai pas de preuve pour le dire, et d'ailleurs la fraude a été tellement autorisée, suggérée et facilitée si longtemps par l'étrange méthode de M. Hodgson, que même en cas de bons phénomènes on n'avait pas le moyen de les constater. En effet, comment constater, que la main de E. P. n'est pas allée jusqu'au point visé, si aucun des contrôleurs ne s'est jamais donné la peine de la suiore dans ses mouvements ^ n se peut qu'il en fut ainsi, mais le protocole ne nous le dit pas. On n'y trouve que des suggestions,
)2 PRElllÈRE PARTIE
îs vraisemblances plus ou moins grandes. On n'a mais trouvé rien de suspect sur E. P, et sa main e fut jamais prise en flagrant délit de fraude. Il y a arté dans les conclusions, mais pas dans les préisses.
Et vraiment ! quand je me rappelle que, mes amis et oi, nous avons eu des cas de fraude, inconsciente mais ul à fait nette et dûment constatée, je bénis le ciel le ce ne soit pas nous qui, dans un moment de doute, fréquent partout, ayons eu le courage d'accuser puiiquement de fourberie une pauvre créature sans déinse...
§ V. — Dise méthode a trouver
Les savants de Cambridge ont cependant une excuse, je tiens à l'indiquer.
Ils n'ont pas réfléchi qu'une nouvelle classe de phénolènes exige une méthode nouvelle d'observations. Dans î pareilles circonstances, ne sachant à quel saint se )uer, on est toujours tenté d'appUquer la méthode du ns commun, et l'on se trompe ; car le sens conmiun de )tre époque (M. Richet nous a rappelé que le sens comun lui-même se transforme avec le temps) n'a rien à ire avec le médianisme.
Il lui faut une méthode spéciale scientifique, c'est-àre conforme à la nature des phénomènes ; et, comme nature des phénomènes ne se révèle que peu à peu, )us ne sommes pas encore en possession d'une méthode >ut à fait adéquate.
Lorsqu'on a découvert le Galvanisme il a fallu peu à
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peu trouver des appareils nouveaux et des méthodes nouvelles pour l'étudier. Aujourd'hui, celui qui emploie un gg^lvanomètre est obligé de savoir l'équilibrer et le régler, en écartant diverses causes d'erreur ; s'il laisse sur la table, ou s'il porte sur lui même quelques morceaux de fer, il n'aura pas le droit de dire que l'appareil le trompe. — L'expérience de Galvani, qui devait prouver l'existence d'une nouvelle classe de phénomènes, à savoir r «électricité animale », ne fut qu'une illf^ion; car, pour pouvoir prouver les courants des nerfs et des muscles, il a fallu créer des appareils nouveaux. En appliquant les anciens, insuffisamment sensibles, on arrivait fatalement a cette conclusion que les courants des nerfs et des muscles n'existent pas.
Lorsqu'on a découvert V Hypnotisme, il a fallu changer complètement la méthode d'observation physiologique pour ce domaine spécial. En appliquant la méthode du sens commun, les premiers critiques sont arrivés forcément à conclure que tout est simulation, — Aujourd'hui, nous savons qu'avec des sujets très sensibles il faut prendre garde non seulement à la suggestion involontairement exprimée, mais même à la suggestion mentale ; et que celui qui a un système préconçu dans sa tête, concernant parexemple certains états spéciaux, la polarité, l'hypno-phrénologie, etc., risque bien de le trouver artificiellement dans les réactions dd son sujet.
Puisqu'on a découvert le Médianisme, encore plus inattendu que les catégories précédentes, il faut s'attendre, vu la complexité et l'étrange té des phénomènes, à l'obligation de changer encore une fois les méthodes d'observation. Avec celle du sens commun de notre époque, en négligeant les conditions inhérentes à la nature
intime des manifestations, on arrive nécessairement à conclure que tout est fraude.
Dans le médianisme su^wrieur il ne suffit pas d'observer, il faut aider à créer l'objet de Tobservation . Le médium n'est pas un professeur qui nous expose son sa voir — c'est un instrument ; un instrument délicat, (pi'il faut savoir équilibrer et régler, en écartant les influences étrangères qui pourraient vicier son fonctionnement. Sans cela, on n'a pas le droit de dire qu'il nous trompe.
§. VI. — Conclusions
1" Non seulement ou n'a pas prouvé à Cambridjge la fraude consciente chez £. P., mais on n'a même jms fait le moindre efffort dans cette direction.
2** On a prouvé la fraude inconsciente dans des proportions beaucoup plus larges que dans toutes les expérimentations précédentes .
3" Ce résultat négatif est justifié par une méthode maladroite, peu conforme à la nature des phénomènes.
4" Le seul résultat positif de cette série d'expériences sera d'attirer l'attention des savants sur la question de la fraude, dans les phénomènes médianiques.