C. — Troisième groupe : Aj)parilions lumineuses
Elles se forment dans l'obscurité complète : ce sont de petits globes lumineux, phosphorescents, qui voltigent au-dessus de nos tètes. Le phénomène accompagne d'ordinaire les attouchements de mains, bien qu'il en soit distinct ; ainsi on voit la petite lueur près de soi et en monic temps on se sent touché à quelque distance, mais avant cpe la lueur disparaisse. Ce n'est cependant pas la règle constante ; maintes fois on se sent touché sans voir de lueurs et vice versa. Tous les assistants voient la lueur au même instant et de la même manière.
D. — Quatrième groupe: Phénomènes auditifs.
Le phénomène le plus commun, c'est celui de légers craquements dans le bois de la table ; puis des coups frappés sur la plate-forme, tantôt légers, tantôt formidables, comme s'ils étaieni dus à un poing robuste frappant de toute sa force. D'autres fois, c'est le claquement
(1) Voir le chapitre vin.
de doigts qui semblent voltiger autour de nous, des applaudissements ou bien encore des bruits de pas sur le plancher. Un soir, nous entendîmes une voix creuse s'efforçant de formuler une parole ; un autre, ce fut un rire joyeux, éclatant au-dessus de nos têtes.
EXPÉRIEACES DE 1894
Au printemps de 1894, j'ai eu l'occassion de prendre part à une nouvelle série de séances avec Eusapia, avec la collaboration de MM. le professeur Richet, le D' baron de Schrenck-Notzing (de Munich), le D"' Lombroso (qui n'assista qu'à une seule), le professeur Danilewski (de l'École de médecine de Saint-Pétersbourg) et D' Dobrzycki (rédacteur de « La Gazette de médecine » de Varsovie). Les résultats furent à peu près les mômes et toujours très concluants. Voici quelques-unes des expériences qui méritent d'être rappelées.
Dans le but de faire mouvoir un objet sans contact et absolument isolé, un petit morceau de papier plié en forme de toit A fut placé sous un verre renversé et sur un disque de carton léger, découpé dans une carte de visite du D"" Dobrzycki. L'expérience n'ayant pas réussi, nous ne voulûmes pas trop fatiguer le médium et nous abandonnâmes cet appareil sur la grande table ; puis, nous prîmes place autour de la petite, après avoir soigneusement fermé toutes les portes de !la salle, dont je priai mes hôtes de mettre les clefs dans leur poche, pour qu'on ne pût nous accuser de n'avoir pas pris toutes les précautions nécessaires.
On éteignit la bougie. Bientôt nous entendîmes la
verre résonner sur notre table et, ayant fait la lumière, nous le trouvâmes au milieu de nous, dans la môme position, renversé et recouvrant la petite feuille de papier ; seulement le disque de carton manquait. Nous le cherchâmes en vain. La séance finie, je reconduisis mes lîùtes dans rantichambre. M. .Ricliet fut le premier à ouvrir la porte d'entrée, bien fermée au verrou, au dedans, pendant la séance ; quelle ne fut passa surprise lorsqu'il aperçut, près du seuil de la porte, mais en dehors, sur l'escalier, le disque que nous avions tant cherché ? 11 le ramassa ; aucun doute 1 le nom du D' Dobrzycki, mutilé par les ciseaux, était bien là.
Pendant une autre séance ; nous plaçâmes sur la table une assiette couverte de noir de fumée. La main mystérieuse y laissa l'empreinte du bout de ses doigts.
Les mains des assistants y compris celles d'Eusapia étaient blanches.
Nous engageâmes ensuite le médium à reproduire l'empreinte de sa propre main sur une
autre assiette enfumée. Elle le fit. La couche de noir enlevée par ses doigts les avait fortement noircis. La comparaison des deux assiettes nous fit constater une ressemblance frappante, ou, pour mieux dire, l'identité dans
la disposition des cercles en spirale de l'épiderme, et on sait que la disposition de ces cercles est différente suivant les différents individus. C'est une particularité qtd parle d'une manière éloqiiente en faveur de l^hypothèse du dédoublement du médium.
Nous réussîmes aussi à obtenir le moulage delà main fluidique enveloppée de son voile. Voici les particularités de l'expérience.
Les mains d'Eusapia étaient fortement tenues ; elle n'avait de libre que le bout des doigts qu'elle enveloppa du mouchoir de poche du D"" Schrenck-Notzing. Le plat d'argile était hors de sa portée. A un moment donné, elle commença à gémir ; puis, toujours tenue aux poignets, elle appuya fortement le bout des doigts enveloppés sur le dos de ma main.
Pendant cette opération, Eusapia semblait souffrir beaucoup; elle se plaignait que l'argile était dure. 11 paraissait évident que sa sensibilité était extériorisée avec le double de sa main el transmettait au médium la sensation douloureuse de la résistance que présentait la terre glaise à cette main fantùmale.
Je dois vous signaler encore, en terminant, le « souffle froid » que les assistants sentent passer quelquefois pendant les séances. Ce souffle est très sensible quand il se dégage de la tête du médium et précisément d'une profonde blessure qu'il porte, un peu au-dessus du front et à gauche. Cet endroit est très sensible et le moindre attouchement fait faire un soubresaut au médium.