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C. Table du secrétaire dans le vestibule

D. Chaise d'Eusapia. Dans l'embrasure de la fenêtre et der-

rièrd les rideaux se trouve le fauteuil sur lequel ou plaçait les petits objets devant servir aux expériences. F. Bahut,

doublé d'une solide étoffe blanche et portant une frange de pendeloques en bois, dures et pesantes ; leur maniement et leur soulèvement exigent un effort notable; derrière ces rideaux s'en trouvent d'autres en guipure blanche, plus légers et plus souples. Les rideaux étaient

dégagés de leurs embrasses, libres et suffisamment entrebâillés pour laisser apercevoir les volets intérieurs pleins qui sont soigneusement et solidement fermés, de telle sorte que toute communication avec le dehors est impossible. D'ailleurs, toutes les portes et fenêtres du salon sont fermées, sauf la porte de communication avec le vestibule où se trouve le secrétaire.

Un fauteuil vide, lourd et massif, à roulettes, se trouve dans l'espace compris entre les rideaux et la fenêtre. Sur ce fauteuil on a déposé un petit piano, jouet d'enfant, du poids de 900 grammes et dont le clavier comprend douze notes. Ce petit piano a 0",34 de longueur, 0"\'20o de profondeur et O",!! de hauteur. Cet enfoncement de la fenêtre très soi g Pieusement examiné ne renferme rien de plus. On peut d'ailleurs, pour l'intelligence de ce qui précède et de ce qui va suivre, se reporter au plan de la p. 277. A 2°", 50 ou 3™ de la table des expériences se trouve une grande table A sur laquelle il y a une lampe à pétrole avec abat-jour de mousseline blanche, claire et transparente, et éclairant bien la pièce. Dans l'angle du salon, voisin de la première table, se trouve un bahut F.

Le médium s'assied à l'un des bouts de la table, sur une chaise dont le dossier se trouve devant la ligne de jonction des deux paires de rideaux.

A ce moment l'éclairage de la pièce est donné par la lumière de la lampe à pétrole placée à 2 ou 3 mètres des observateurs ; la flamme en a été légèrement abaissée, mais on y voit très distinctement, et assez bien pour lire un livre à petits caractères ; la lumière pennet de se rendre un compte exact du moindre mouvement du médium et des assistants. Le médium est vêtu d'une robe

BXPÉRiBi\CES DB l'agm-las. 189b. 279

noire plate très simple qui dessine exactement ses fonnes. M. Sabatier s'assied à droite du médium et tient de la main gauche la main droite de celui-ci ; M. Maxwell s'assied à la gauche du mé-

^ Dar.

dium et sa main droite tient O '^"'" la main gauche de celui-ci ; M. de Gramont prend place en face du médium, à l'autre ^'^' extrémité de la table. Les mains du médium étaient embrassées par celles des observateurs de manière à ne pouvoir leur échapper. Le D' Dariex s'est placé à droite du médium ; il est presque couché sur le parquet, accoudé seulement sur un tabouret bas, au coin de droite de la table, surveillant ce qui se passe au-dessous. De cette position tout particulièrement favorable pour cette inspection, le D'' Dariex voit parfaitement le milieu de la table et les genoux du médium : il voyait très clairement trois des pieds de la table en entier ; l'extrémité inférieure du quatrième pied, masquée pour lui par la robe d'Eusapia, était surveillée par M. Maxwell. Les mains d'Eusapia séparées l'une de l'autre, et celles des observateurs qui les tiennent sont posées au-dessus de la table sans rapport avec les bords mêmes delà table. Le médium entre « en transe », gémit, se tord, paraît souffrir de douleurs analogues à celles de l'accouchement. La lumière est affaiblie graduellement, sur la demande d'Eusapia, à mesure que sa transe s'accentue, jusqu'au moment ou l'œil habitué ne distingue plus que la silhouette des objets. A ce moment, la table, après s'être inclinée en s'élevantdes deux pieds du côté gauche du médium, s'est élevée rapidement à

0™,30 au moins au-dessus du sol, horizontalement , les quatre pieds étant simultanément détachés du sol. Cette position se maintient pendant au moins trois secondes ; puis la table retombe brusquement. Pendant qu'elle est en l'air, MM. Maxwell et Sabatier, situés chacun d'un côté du médium et lui tenant chacun une main qui se voit très clairement, constatent que les mains, placées simplement au-dessus de la table, n'en saisissent nullement les bords, et se détachent même parfois de la surface de la table soulevée ; ils constatent aussi de visu, en se penchant, que les pieds de la table, voisins du médium, sont entièrement libres de tout contact avec ce dernier. M. Dariex, placé en observation au-dessous de la table, comme il a été dit ci-dessus, affirme que les genoux du médium sont restés immobiles et qu'aucune jambe n'a été avancée pour soulever la table par en-dessous et la maintenir ainsi en lévitation. Le même pliénomène se reproduit encore une fois dans des conditions semblables. M. Sabatier en profite pour passer sa main droite restée libre le long des jambes du médium, et constate qu'il n'y a aucun déplacement de ses jambes et aucun contact avec la table soulevée.

Il faut également noter que pendant cette première partie des expériences et pendant les premières lévitations de la table, le médium avait placé son pied droit chaussé sur le pied gauche de M. Sabatier et son pied gauche également chaussé sur le pied droit de M. Maxwell. L'un et l'autre ont pu sentir le contact continu des pieds du médium et les voir dinctement ; et ils ont constaté qu'il n'y avait pas eu de mouvement des pieds capable d'expliquer le soulèvement de la table. Voici comment M. Sabatier s'assurait de la main droite du sujet : il la

FAriiRIENCHS DE L AC.KKI.AS.

tenait avec la main gauche, le pouce et l'index formant nn anneau qui embrassait rarliculalion du poignet et les trois ;uilres doigts serrant les doigts d'Eusapia et étant serrés par elle. Pendant toute la période de la séance ou M. Sabalicr a tenu la main du médium, il affirme (|ue cette main ne l'a pas quitté, et que c'est bien toujours la main droite du médium, et elle seule, qui a été en contact avec lui : il n'y a pour lui pas d'erreur possible à cet égard.

A ce moment le D' Dariex passe à gauche du médium et s'assied sur un tabouret bas de 0",20 de hauteur. Sur la demande du médium, la lumière est abaissée ; les pieds et les mains du médium sont contrôlés comme précédemment.

Il est à noter, quant à la main gauclie du côté de M. Maxwell, que c'est Eusapia qui tient la main de M. ^laxwell ; elle entrelace quelquefois ses doigts dans ceux de M. Maxwell et insiste parfois pour que le contact soit assuré de cette manière ; le pouce d'Eusapia s'oppose aux autres doigts, et la pression est très forte. C'est donc Eusapia qui tient la main de M. Maxwell, mais le contact est toujours donné par la face palmaire de la main d'Eusapia. La position du pouce est observée soigneusement par M. Maxwell dont l'attention a été attirée sur ce point ; il a toujours l'impression d'être serré par une main gauche ; le pouce est toujours replié, la main toujours la paume en-dessous ; l'ongle du pouce d'Eusapia fait fortement sentir sa pression par la tranche. Quand un phénomène se produit, la pression de la main d'Eusapia est très forte.

Le D' Dariex pose sa main droite sur les deux genoux rapprochés du médium et sa main gauche ù plat sur la

PREMIl-RE PARTIE

face dorsale des pieds également rapprochés de ce dernier. Dans ces conditions, la table, après quelques oscillations, s'est mise en lévitation horizontale, les quatre pieds de la table étant à 0"\2'6 ou 0",30 du soi. Rien de suspect n'a été observé. A ce moment, sur la demande du médium, la lampe est emportée dans la pièce voisine (vestibule) ; elle n'éclaire plus qu'à travers la porte entrebâillée et par réflexion, mais cependant avec une lumière suffisante pour qu'on distingue les mains et la figure du médium et qu'on puisse en suivre les mouvements. Môme contrôle pour les mains et les pieds fait par WSl. Sabatier, Maxwell et Dariex. Le fauteuil, situé derrière le rideau, est déplacé avec bruit. A ce moment, trois notes successives du piano, vivement frappées, se font entendre. Le pied gauche du médium, appuyé sur le pied droit de M. Maxwell et tenu (ainsi d'ailleurs que le droit) par le D"" Dariex, produit des mouvements correspondant aux coups frappés sur le piano, mais ne constituant certes pas un déplacement notable du pied, capable d'atteindre le piano placé en 'arrière du médium et sur le siège du fauteuil. On ne peut d'ailleurs constater aucun lien ou moyen de communication tangible entre aucune partie du médium et le piano.

A 8 h. 3/4, le D"" Dariex, sur la demande du médium, revient à la droite de celui-ci. Il s'assied sur le petit tabouret bas, dans l'angle formé par le médium et M. Sabatier. Eusapia place alors ses deux jambes entre celles du D"" Dariex et appuie ses deux pieds sur le tabouret. En outre, le bras droit et la main droite de M. Dariex maintiennent le genou et les cuisses. Dans cette position, les pieds, les jambes, les genoux, les cuisses du médium

EXPÉRIENCES DE l'agmîi.as. 189o. 283

sont continuellement conirùlés ; leur contact est constant et l'on peut se rendre compte du moindre mouvement des membres inférieurs du médium qui sont dans l'impossibilité de se dégager. Cette position des jambes ne changera pas jusqu'à la fin de la séance. Tout en la conservant, le médium repose sa tète sur la tète de M. Dariex ; et celui-ci peut encore participer au contrôle du bras droit et de la main droite, en enroulant son bras gauche autour du bras d'Eusapla de telle manière que le pli du coude de M. Dariex embrasse la partie inférieure du bras d'Eusapia, que l'avant-bras de M. Dariex soit en contact avec l'avant-bras du médium, et C[ue sa main repose sur la face dorsale du poignet du médium ; en outre, i)ar l'extrémité de ses doigts, M. Dariex touche la main de M. Sabatier qui tient.comme il a été dit ci-dessus, la main droite d'Eusapia. En résumé, M. Dariex tenait le médium de manière à être sûr des membres inférieurs, du bras droit et du poignet droit, qui ne quittaient pas la table, et de la tête, qui ne quittait pas la sienne. M. Maxwell tient toujours la main gauche, comme il a été dit cidessus : M. Sabatier la main droite d'une manière très ferme. Le médium se plaint de la lumière ; la porte est fermée presque complètement, d'où il résulte une obscurité assez prononcée pour qu'on ne puisse distinguer que les objets volumineux ou de couleur blanche.

Le fauteuil qui se trouve derrière les rideaux est déplacé vivement, ainsi qu'on en peut juger par un bruit de roulement intense. Le rideau se gonfle à environ 0", 93 au-dessus de la tête d'Eusapia ; il est violemment déplacé et projeté sur la table ; il frotte contre la figure de ]\L MaxAvell, qui a la sensation d'un corps dur frottant le rideau sur sa figure. M. Maxwell reçoit trois

2Si

l'UEMIERE PARTIE

coups nettement localisés sur le cùté droit delà poitrine ; toujours dans les mêmes conditions, le pied du fauteuil frappe trois coups violents ; on entend une série de notes jouées vivement sur le piano ; celui-ci passe sur la tête de M. Maxwell et est apporté sur la table. M. de Gramont a vu un objet blanc ayant l'apparence du rideau blanc de dessous et paraissant accompagner l'objet dans son transport ; il a vu le piano se déplacer lentement et se balancer en passant entre Eusapia et M. Maxwell, comme si une main le tenait, enveloppée dans la doublure du rideau, puis, au bout de quelcpies secondes, se poser au milieu de la table. M. Sabatier a également vu, par ses touches blanches, le piano se poser tranquillement sur la table. jM. Dariex, absorbé par le contrôle des pieds du médium, était placé de telle sorte qu'il ne pouvait rien voir de ce qui se passait au-dessus de la table, mais il a entendu le piano se poser. M. Maxwell a eu l'impression suivante : une fois le petit piano placé sur la table, il voit un objet blanc de la forme vague d'une main, se détachant dans l'obscurité et se retirant assez rapidement pour entrer dans l'embrasure de la fenêtre. Est-ce le rideau blanc '1 M. Maxwell ne le croit pas. Pendant ce temps la main de M. ^Maxwell est maintenue immobile par celle d'Eusapia et est restée, avec celle-ci, appuyée sur la table.

9 heures. — M. Sabatier tient bien la main droite d'Eusapia. M. Maxwell contrôle la main et le genou gauche d'Eusapia en ce sens qu'Eusapia appuie fortement la main droite de M. Maxwell sur sa cuisse gauclie, M. Maxwell, s'assure, en remontant de la main au bras et au cou, que c'est bien la main gauche d'Eusapia qu'il tient. Cette constatation est faite à deux reprises. Quoi-

EXPÉRIENCES DE l'aGNÛLAS. 189"). 28o

(]uo la lampe fût enlevée et que la lumière ne parvint que faiblement à travers une ouverture de la porte, le D' Dariox voit la tète du médium et peut en distinguer les mouvements. Dans ces conditions, les pieds de la table se soulèvent et frappent trois coups violents : les mains, la tète elles membres inférieurs d'Eusapia n'ont pas bougé ; puis le fauteuil remue également trois fois. M. Maxwell s'assure, comme précédemment, que c'est bien sur la cuisse gauclie d'Eusapia, près du genou, et en contact également avec la cuisse droite que se trouvent sa main et celle d'Eusapia. Après les mouvements du fauteuil, M. Maxwell, qui n'a pas perdu le contact de la main d'Eusapia (Eusapia a son pouce engagé entre les doigts auriculaire et annulaire de la main droite de ^I. Maxwell) remonte en suivant le bras gauche jusqu'à l'épaule gauche et au cou d'Eusapia ; il constate ainsi que c'est bien la main gauche qu'il tenait ; M. Sabatier est sûr d'avoir bien tenu la main droite.

9 h. 10'. — Les conditions du contrôle restent exactement les mêmes.

M. Maxwell éprouve dans le dos la sensation d'une main le touchant d'un coup sec et brusque, comme si les doigts étaient écartés et présentés par la pointe. Il n'a nullement la sensation d'un bras passant derrière lui.

Le D"" Dariex a la tète saisie par une^main entière qui s'applique sur elle et en embrasse le sommet avec les cinq doigts écartés dont la sensation est très nette. Il ne peut pas établir de différence entre cette sensation et celle c£ue produirait la main même du médium.

Les observateurs, interrogés à deux reprises, disent être sûrs des mains du médium.

Le D'' Dariex déclare le contrôle parfait de sa part en ce qui concerne les membres inférieurs, la tête et le bras droit du médium.

M. Sabatier est fortement pincé à l'épaule gauche ; le moignon de l'épaule est nettement et vivement saisi et pincé à deux reprises successives, comme par une main. Dans tous ces cas de pression ou de pincement, l'action est vive, directe, et, quoiqu'il y ait obscurité, il n'y a aucun signe d'hésitation ou de recherche, MM. Dariex, Maxwell et Sabatier sont saisis avec décision et nettement.

M. Maxwell sent le rideau qui vient toucher sa main. Le D'" Dariex se dit toujours placé de manière à contrôler les jambes, les pieds, la tête et le bras droit. M. Sabatier est assuré de la main droite ; M. Maxwell dit que le contrôle de la main gauche est également assuré.

A ce moment, M. Maxwell, se sentant fatigué, invite M. de Rochas à venir prendre part à la chaîne qui avait été établie précédemment entre le médium, M. Sabatier, M. Maxwell et M. de dramont. M. de Rochas se place à gauche de M. Maxwell, entre lui et M. de Gramont. Les conditions de contrôle du médium restant les mêmes, le piano, qui était resté sur la table, se soulève et frappe un coup violent, comme s'il avait été vivement projeté sur la table par un bras vigoureux. Le contrôle se continuant dans les mêmes conditions, le piano resté sur la table joue alors un air de 10 à 12 notes représentant un thème simple répété, comme celui de : Aie clair de la lime, mon ami Pierrot. M. de Gramont voit les touches s agiter sans qu'une main paraisse agir sur elles. Puis le piano se soulève, se balance et vient se placer sur la

EXPKRIEISCES DE l'aG.MÎLAS. 189i). 287

m:iiii gauche de M. Dariex qui, élaul placé à droite du médium, enlace lo In-as droit de celui-ci avec son bras gauche et atteint [lar rexlrémité de ses doigts gauches le cou du médium. Le piano s'est donc transporté sur la main gauche de M. Dariex et sur le cou d'Eusapia. Le contrôle ne révèle aucun mouvement des membres inférieurs, des membres supérieurs et de la'tète d'Eusapia. En outre, le dessus de la table est suffisamment éclairé l)aur qu'on puisse apercevoir les notes blanches du piano ; et, malgré l'attention la plus vive des observateurs, aucune main ni aucun corjis étranger n'est aperçu tapant s;u- les notes du piano, ou saisissant et transportant ce dernier.

Sar la demande du médium. M. Sabatier change de place avec M. de Gramont, qui passe à la droite du sujet pour tenir sa main droite.

Dar.

M. Sabatier se place à droite j ^"■'-

de M. de Gramont sur le grand cùté de la table ; sa main gauche °"''"" est en contact, sur la table, avec la main droite de M. de ^^^' Gramont, pour faire la chaîne ;

Maxw.

et sa niam droite avec la mam

gauche de ^L de Rochas, qui est lui-même en contact avec^L Maxwell. Il est à noter que le sujet, qui avait exécuté les premiers phénomènes sans qu'eût été formée une chaîne de personnes ayant ses deux mains comme pnnt de départ et d'arrivée, a demandé à plusieurs reprises à ce qu'on lui donnât de la force en faisant la chaîne. Elle dit à certains moments qu'elle sent comme un fluide lui arriver du cùté de M. Maxwell d'abord, et plus tard de M. de Rochas, quand celui-ci aura rem-

placé M. Maxwell, qui se dit lui-même très cpuisè.

M. de Gramont tient la main droite du médium avec sa main gauche, la face palmaire en haut ; celle du médium est en-dessus mais n"a jamais cessé d'être serrée entre le pouce et les autres doigts de la main gauche de M. de Gramont, pendant tout le tem-ps ({ViQ celui-ci a été assis à côté d'Eusapia. M. Maxwell déclare aussi, à ce moment, que le contrôle de la main de son côte est incontestable. Celui de M. Dariex continue à être complet pour les membres inférieurs saisis entre ses jambes et contrôlés en outre par sa main droite, et pour la tète appuyée à la fois sur son épaule et sur celle de M. de Gramont (1).

A ce moment, M. de Gramont, qui tient la main droite du médium, sent son habit tiré comme par une main qui en aurait saisi le revers droit, c'est-à-dire celui des deux qui est le plus éloigné du médium.

Le piano frappe un coup sur la tète et l'épaule droite de M. de Gramont. Une série de notes résonnent. M. de Gramont lâche promptement de la main droite la main gauche de M. Sabatier et cherche à saisir la main ou le corps matériel qui joue de l'instrument, mais sans résultat. M. de Gramont dit alors qu'il est sûr de la tète et de la main droite du médium. M. Maxwell répond de la main gauche. Les membres inférieurs continuent à être tenus par M. Dariex avec la môme rigueur et la même certitude.

Eusapia porte à deux centimètres au-dessus de sa tête sa main accompagnée par celle de M. de Gramont qui la

(i) Eusapia avait demandé à appuyer sa tèlc contre celle de M. de Gramont comme contrôle.

EXPKRIBNCHS DE l'aGiNÉLAS. 1895. 289

tient toujours. Celui-ci a l'impression nette d'un courant froid s'('cha[)iiaut des cheveux du niôdiuni et ([ui est semblable à celui qu'on ressent près d'une machine électrostatique à influence.

9 h. il')'. — Les conditions de situation et de contrôle restent les mêmes. INIais, sur la demande d'Eusapia, la lumière a été diminuée, l'ouverture de la porte du vestibule ayant été réduite à une fente étroite. On n'aperçoit que les objets blancs, tels que les touches et le dessous en bois blanc du piano, lorsqu'il est renversé.

M. Sabatier a senti le piano s'élever en l'air en lui frôlant l'extrémité de l'index qu'il avait laissé au-dessus de la table, à proximité du piano.

yi. de Gramont a l'impression que le piano, saiu poids, repose à peine sur sa main pendant plusieurs secondes. Dans cette position, le piano joue (quelques notes. M. de Gramont le repousse sur la table. Il se sent touché au bras gauche. Sa manche est tirée à deux reprises doucement, avec précaution, comme avec deux doigts, à la partie antérieure du bras.

M. Dariex est siir que le phénomène n'a pas été produit par la tète du médium qui était maintenue, à C^ioO du bras de M. de Gramont, par sa main gauche à lui qui étreignait la nuque. En outre, la tète d'Eusapia repose sur celle de M. Dariex tandis que celle de M. Gramont repose sur celle d'Eusapia, dont la tête est, par conséquent, doublement contrôlée. Le D"" Dariex lient du reste étroitement enlacés les genoux et les pieds du médium. MM. de Gramont et Maxwell sont sûrs de bien tenir cliacun la main de leur côté.

Le D' Dariex est touché au nez, comme [)ar des doigts qui lui caressent ensuite la barbe et le menton. M. Max-

well est pincé légèrement et chatouillé sous l'aisselle droite. Le rideau s'est approché de M. Maxwell, mais la sensation éprouvée a été semblable à celle que produirait une main pinçant légèrement.

Le fauteuil lourd, situé derrière le rideau, vient heurter vivement, à plusieurs reprises, la chaise de M. Maxwell. Celui-ci constate qu'au moment de la production du phénomène, la main gauche d'Eusapia, qu'il tenait, est glacée. Eusapia a agité la main pendant les mouvements du fauteuil, et synchroniquement avec eux. Mais M. Maxwell a tenu toujours la main d'Eusapia et l'a sentie devenir très froide. La chaleur est assez rapidement revenue. M. Maxwell, au moment où il a senti la température de la main s'abaisser, a serré avec le pouce la main d'Eusapia. Il est très sûr que c'est la main gauche qu'il tenait qui est redevenue chaude ; il affirme que le contrôle de la main a été très bon. M. de Gramont est sûr de la main droite, et M. Dariex des membres inférieurs, de la tête et du bras droit.

Le piano se soulève et se pose sur la main de M. de Gramont, et, sans exercer de poids notable, joue quelques notes. Les mains d'Eusapia sont bien tenues comme précédemment. Le D"" Dariex est sûr de la tête du médium sur laquelle repose la sienne. D'ailleurs, le bras gauche de M. Dariex enlaçant le bras droit d'Eusapia, la main correspondante du docteur est placée sur le cou et la nuque d'Eusapia, dont la tète est ainsi fixée entre la tête de M. Dariex et sa main gauche. En même temps la tête de M. Dariex repose sur le bras droit d'Eusapia ; le docteur est, en outre, sîir des jambes et des pieds qu'il tient enserrés entre ses jambes tandis que son bras et sa main droite, appuyés sur les genoux et les cuisses d'Eu-

EXPl-RIENCliS DE I.'aGMÎLAS. 1895.

sapia, achèvent (riininobiliser parfaitement les membres inférieurs de celle-ci.

Dans ces conditions, le piano est transporté snr la tète du D"" Dariex. puis il retombe sur la table. Le contrôle est déclaré excellent par tous les observateurs, chacun pour la part qui lui revient.

Le piano est revenu sur la table ; il est visijjle à cause de sa couleur blanche. Eusapia penche la tête en avant pour souffler sur le piauo ; le piano se déplace comme mu par ce souffle.

La main de M. de Gramont est élevée par la main d'Eusapia qui la lui tient au-dessus de sa tète. Aussitôt le rideau, quoique éloigné de cette main, s'agite au-dessus de la tète du médium. Cette même main de M. de Gramont est touchée au quatrième et au cinquième doigt par une autre main donnant l'impression d'une main de femme.

M. de Rochas prend la place de M. Maxwell, à la gauche du sujet, AI. Max%yell prenant la place de M. de Rochas à la gauche de celui-ci, M. de Rochas prend la main gauche du médium. M. de Gramont continue à tenir la main droite. Le médium Hoch. se lève debout. Le D"" Dariex tient à pleine main la face sab. Maxn. dorsalc des pieds, cliacune de

ses mains saisissant un pied.

En outre, les jambes étaient enserrées entre le bras, l'épaule et la tête du D"" Dariex et par conséquent bien contrôlées. Eusapia, après avoir soulevé au-dessus du piano la main de M. de Gramont qui tenait sa main droite, et après avoir ensuite lâché

Eus.

celle-ci pour chercher son mouchoir dans sa poche, s'en sert pour essuyer la sueur qui inondait son visage. Elle remet son mouchoir à sa place antérieure, et elle s'incline à droite vers M. de Gramont pour poser sa tête sur la sienne. La main droite du médium est reprise par M. de Gramont.

A ce moment les rideaux rouges et blancs du côté gauche du médium sont projetés violemment &q manière à recouvrir une partie de la table ainsi que la tète et l'épaule droite de M. de Gramont, du côté de M. Sabatier. On redouble de vigilance quant au contrôle. Les mains, les pieds sont bien tenus comme ci dessus. Le médium, de plus en plus en transe, geint, se tord, puis repousse du corps, vers la gauche et un peu en arrière, la chaise sur laquelle il est assis. Cette chaise pesant 2'''',o00 s'est élevée lentement, en passant à la gauche de sa tête et au-dessus de son épaule gauche ; elle s'est portée en avant, en basculant, de manière à se renverser, le dossier en bas, le siège et les pieds en haut, et est venue se placer, avec une douceur remarquable de mouvements, le siège sur le bras et l'avant-bras droit de M. de Gramont, et la traverse supérieure du dossier sur les genoux de M. Sabatier placé à droite de M. de Gramont (1).

Les rideaux sont de nouveau fortement agités ; ceux de droite, restés à leur place, sont à leur tour projetés

(1) Il convient de mentionner que, quelque temps avant le fait du soulèvement de la chaise et de sa projection sur M. Sabatier et sur M. de Gi'amont, Eusapia avait fait remplacer la lourde chaise de velours et acajou sur laquelle elle était assise, par une chaise cannée légère. On peut supposer que le médium, ayant l'intention de produire le phénomène d'une manière quelconque, a voulu diminuer l'effort à dépenser.

EXPÉRIENCES DE l'ao'hlas. 189o. 293

violeniiiient de manière à venir recouvrir la tète et l'épaule droite de M. de (àrainont. INI. de Gramont se sent touché à la tète à travers les rideaux qui continuent à s'agiter. On apporte alors la lumière pour se rendre compte des situations et de l'état du contrôle. En outre, une photographie est prise au magnésium (Planche Vil); M. Sabatier qui, par sa position à droite de ISI. de Gramont, masquait presque tout l'ensomljle, est seul écarté ; les autres personnes conservent rigoureusement leurs positions. A la lumière, on constate l'état du contrôle, qui est excellent. Aucun artifice ou truc n'est découvert ; les membres sont parfaitement tenus. La tète, précédemment contrôlée par M. de Gramont et par le D'" Dariex, a échappé au contrôle direct, le médium s'étant levé debout, mais le contrôle indirect, ou par continuité des bras et des jambes, n'a révélé aucun mouvement général et important du tronc et de la tète. 11 est aisé de comprendre combien eût dû être considérable un déplacement de la tète et du tronc, qui eût permis au médium debout, d'aller saisir avec la bouche la chaise située en arrière et à sa gauche, pour la transporter par-dessus la table, de l'autre côté de la table et en avant. Les mouvements violents et la projection des rideaux on avant eussent exigé, de la part du médium, des mouvements violents et très étendus de la tète et du tronc qui n'eussent pu échapper aux observateurs chargés du contrôle des mains et des membres inférieurs. Or, ces observateurs n'ont rien constaté qui leur permît de soupçonner des mouvements de la tète et du tronc du médium,

Comme remarque générale, il est important de noter qu'Eusapia, presque toujours, a annoncé les phénomènes

au moment où ils allaient commencer à se produire, et que par là elle facilitait singulièrement la surveillance et le contrôle.

En outre, elle paraissait pendant tout le temps de l'expérience, dans un état de transe douloureux et péniLle qui se traduisait par des soupirs, des gémissements, une toux nerveuse, une transpiration abondante. Quand un phénomène allait se produire, les gémissements redoublaient et on sentait en elle un état d'effort et de tension considérables. Dès que le ijliénoméne cessait, elle retombait inerte et comme épuisée par la dépense de iorce qu'elle avait dû faire.

Il faut également noter qu'Eusapia esquisse généralement les mouvements de ses membres qui sont censés devoir produire le phénomène. Mais elle les esquisse seulement par des mouvements de faible ampUtude, incapables d'atteindre les objets qui sont remués et transportés. Il y a là quelque chose qui rappelle les mouvements synergiques que l'on produit instinctivement lorsqu'on observe et que l'on veut aider un homme faisant un très grand effort. Ainsi, quand Eusapia veut attirer et mettre en mouvement un fauteuil placé dans son voisinage, elle porte un peu la main, ou mieux le poing fermé, du côté du fauteuil, et le retire ensuite, comme pour tirer le fauteuil à l'aide d'un lien matériel. Dans aucun cas, ce lien matériel n'a pu être ni saisi, ni même soupçonné par les observateurs.

Notons que, dans le cours des expériences, Eusapia a quitté un moment la main de l'observateur de droite pour toucher le piano qui était sur la table ; mais elle en a prévenu les expérimentateurs et a ajouté qu'elle procédait ainsi pour bien savoir où elle devait agir.

EXPÉRIENCES DE l'aGNKLAS. 1895.

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