LE PESE-LETTRES EN VRAIE GRANDEUR
EXPÉRÏENCES DE l'aGNÉLAS. 1895. 321
plateau, dans sa cliaiubre. au !""■ étage, et rinstrunient est placé sur la table à O^.GO île la lampe à pétrole, de manière que l'observation en soit très facile pour tous les observateurs. Le trébucliet est muni d'un plateau et d'un contrepoids placé à l'extrémité d'un levier coudé. Le mouvoinenl d'une longue aiguille sur un cadran indique le poids correspondant au degré d'abaissement du plateau. La situation la plus abaissée du plateau correspond à un poids de 50 grammes placé sur le plateau (Plafiche VIII).
Eusapia se met debout, près de l'extrémité de la table où est placé le trébuchet dont l'aiguille marque 0, puisqu'il n'y a aucun poids sur le plateau. MM. de Rochas, Sabatier, de Gramont et de Watteville se disposent autour de la table et portent leurs regards très attentifs sur le plateau et sur les mains d'Eusapia. Eusapia essaie d'abord, infructueusement, de le faire mouvoir en plaçant une seule main à quelques centimètres au-dessus du plateau. Réunissant alors en pointe les doigts de chacune des deux mains, elle place celle-ci l'une adroite l'autre à gauche du plateau et concentre sa volonté sur ce point. L'extrémité des doigts de chacune des mains est distante de 3 02c 4 cenlimèlres au moins des bords du plateau, et se trouve absolument sans contact avec ce dernier. Eusapia esquisse avec les mains quelques faibles mouvements de haut en bas. Au début, le plateau est immobile ; bientôt il oscille, à plusieurs reprises, de haut en bas synchroniquement avec les mains. Enfin, Eusapia ayant abaissé les mains, le plateau s'est abaissé à fond, c'est-à-dire jusqu'au point extrême de sa descente, et est ensuite remonté. Pendant ce temps le médium n'a fait aucuu autre mouvement que celui des mains : la
Gr.
"W'att.
table^ solidement calée, n'a subi aucune espèce d'ébranlement.
Immédiatement après et dans les mêmes conditions d'éclairage, l'expérience est recommencée. Le D' Dariex, qui n'a pas assisté à la première, est A^enu ajouter son contrôle à celui des quatre observateurs. Il se place à droite de M. Sabatier, presque complètement en face du médium, de manière à constater très facilement les relations des deux mains avec le plateau. Eusapia placée à l'extrémité de la table, mais près d'un angle, recommence son mouvement, et au])out de quelques instants, après qu'elle a demandé à être toucbée sur les épaules par ses deux voisins (le colonel de Rocbas à sa gauche et M. de Gramont à sa droite) le plateau du pèse-lettres s'abaisse à fond. Il est évident pour tous les observateurs, dont l'attention était très aiguisée et qui regardaient de très près les doigts du médium, que ceuxci sont toujours restés à une distance d'au moins 3 centùnètres du pèse-lettres.
L'impromptu de l'expérience, imprévue pour le médium et pour les observateurs, serait déjà une raison pour exclure l'idée d'une tricherie préparée en vue du succès. Mais il est bon d'ajouter qu'avec un éclairage aussi parfait et .une mise en scène si simple, le truquage eût été bien difficile. Les observateurs étaient groupés
Eus.
Roch.
pèse-lettres
lampe
Sab.
Dar.
EXPÉRIENCES DE l'agnélas. 1895. 323
autour d'Eusapia ; il y en avait dans tous les sens, et par conséquent, le contrôle saisissait les rapports des doigts d'Eusapia et du pose-lettres dans toutes les directions. Il eût fallu que le médium eût réuni ses deux mains par un fil très fin, ou par un cheveu ; mais, outre que la préparation de cette supercherie eût eu beaucoup de chances de ne pas échapper à l'attention de l'un des cinq observateurs réunis autour du médium, il faut ajouter qu'un cheveu jnême très fin se voyait fort bien avec un tel éclairage, ainsi que l'épreuve en a été faite par M. Dariex après la séance.
D'ailleurs, en présence des mêmes observateurs, l'expérience a été reprise avec de nouveaux moyens de contrôle. Pour s'assurer des mouvements des mains et pour les maintenir à distance du pèse-lettres, M. Sabatier s'est placé derrière le médium et, passant les bras de chaque côté de sa taille, a saisi la main droite du médium avec sa main droite, et la gauche du médium avec sa main gauche, les emprisonnant l'une et l'autre entre ses doigts et laissant seulement saillir un peu l'extrémité des doigts d'Eusapia réunis en pointe. En outre, en se penchant légèrement sur le côté, il voyait très bien le pèse-lettres et les mains. Dans ces conditions, il a accompagné les mouvements des mains du médium et s'est assuré qu'elles se mouvaient bien dans des plans verticaux, sans obliquer vers le pèse-lettres et sans entrer en contact avec lui. Le pèse-lettres s'est de nouveau abaissé à fond, pour la troisième fois, et aucun des observateurs n'a pu apercevoir le moindre contact.
Enfin les observateurs s'étant dispersés, et Eusapia étant restée avec M. Sabatier, le colonel, M"' et M"* de Rochas, l'expérience suivante a été faite.
Le pèse-lettres est placé a O'^SO du bord de la table toujours aussi bien éclairée. M. Sabatier se place vis-àvis, de manière à embrasser du regard le pèse-lettres et les deux mains d'Eusapia et à pouvoir apprécier exactement les distances entre ces trois objets. Sur la demande de M. Sabatier, Eusapia place ses deux mains ouvertes dans deux plans verticaux parallèles, des deux côtés du pèse-lettres, et fait des mouvements non plus dans le sens vertical, comme précédemment, mais dans une direction borizontale, comme pour imprimer au lîèse lettres un mouvement total de progression. Après un ou deux mouvements ainsi indiqués, le pèse-lettres, obéissant à l'impulsion des mains, dont il est séparé de cbaque côté par une distance de 5 à 6 centimètres, glisse sans secousses sur la table, avec un mouvement d'abord hésitant et lent, mais qui s'est rapidement accéléré ; et il va se projeter sur le sol à quelque distance du pied de la table. Le poids du pèse-lettres est de 12o grammes.
Ici se termine le récit de nos expériences, récit déjà bien long et difficile à lire.
Peut-être lui reprochera-t-on encore de n'avoir point décrit assez minutieusement toutes les circonstances dans lesquelles se sont produits les phénomènes ; mais où s'arrêter et comment prévoir tous les détails jugés nécessaires par un esprit fertile en objections?
Les longues discussions sur le contrôle des pieds et des mains, auxquelles ont donné lieu les expériences de Milan, de Carqueiranne, de Varsovie et de Cambridge, n'ont certainement changé les opinions de personne, puisque, de part et d'autre, elles reposent sur des affir-
KXri-RIK.NCKS IIE L AOM-LAS.
mations dont on ne sanrait donner la preuve absolue.
De plus, nous n'avons point voulu modifier, à l'aide de souvenirs plus ou moins effacés (et l'on sait combien, en ces sortes de choses, ils s'effacent vite à cause de la rapide succession des faits), nos procès-verbaux qui sont, pour ainsi dire, les photographies des phénomènes, où il y a nécessairement des parties en lumière, d'autres dans l'ombre. Pour des documents de cette nature on doit proscrire toute retouche après coup.
Ce sont, en effet, de simples documents que nous présentons au lecteur. Nous n'avons pas la prétention de n'avoir pu être trompés, et encore moins celle de porter un jugement définitif sur des questions aussi délicates et aussi complexes ; mais nous devons déclarer que, malgré une attention très soutenue, malgré la connaissance des trucs supposés, jamais, dans les expériences de l'Agnélas, nous n'avons pris le médium en flagrant délit de tromperie, bien que nous ayons parfois remarqué et signalé des mouvements suspects.
Quant à nos conclusions, elles ressortent, dans chaque cas, de l'exposé même des faits. Leur concordance avec celles des nombreux et éminents expérimentateurs qui nous ont précédés, opérant avec des méthodes diverses et à l'aide d'appereils enregistreurs, pourra seule former l'opinion de la partie du public qui se donne la peine de chercher la vérité.
A- Sabatier ; A. de Rochas ;
A. DE GKAMO^T ; Maxwell ; X. Dariex ;