‹ L'habit vert proverbe en un acte et en proseChapitre 9 sur 15 · MAROC BRUI · texte numérisé non relu

MAROC BRUI

Montez, qu’on vous parle.

muntus.

Avez-vous encore des soufflets à placer?

MARGUERITE

Peut-être; ra dépend de vous. (A/unius paraît d la porte. Il est charge de toutes sortes de friperies.)

MARGUERITE

Entrez.

MUNIUS.

Chez 0(4 mauvais sujets ?

MARGUERITE

Ils sont sortis et jo range leur chambre. Entrez, nous causerons tout en époussetant... (A/uniu* entre.) Fermez la porte.

Petite capricieuse! je vous disais bien que vous ne l'en verrie* pas toujours promener, le père .Munius.

MARGUERITE

Qu'imaginez-vous donc, Gédéon ? Je veui faire un marché avec vous.

munius.

C'est ce que j’imaginais.

MARGUERITE

Pas celui que vous pensez, Mardochce. Un Sftnple marché d’habits.

MUNIUS.

Je veux bien. Je vous achète tous ceux que vous avez sur vous, (/tond.} Hé hé hé !

Marguerite, passant près de riiabit.

En vérité? Regardez toujours celui-ci.

MUNIUS.

J’aimerais mieux vous regarder, mam’ selle.

MARGUERITE

Je le crois, mais ce n’est pas le moment.

MUNIUS.

Quand donc ça sera-t-il lo moment? Ah ! mam’sclle, vous refusez votre bonheur. Je vous parle pour le bou motif, savez-vous?

MARGUERITE

Est-ce qu’il y en a un bon h votre ftge?

Oui-da, très-présentable.

MARGUERITE

Je vous dis de regarder cet habit. [Elle le fait passer à gauche.)

MUNIUS.

Je le connais déjà. J’cn ai offert six francs, il y a quinze jours.

Marguerite.

Il en faut vingt à présent.

MUNIUS.

Parce qu’il a vieilli? Vous voyez bien que la vieillesse a son prix. Allez, si vous m'épousiez, vous ne vous en repentiriez pas. Je suis très-vieux, et je décéderais au bout de six mois.

marguerite.

Taisez- vous, vieux brocanteur. Vous me voleriez un an

MUNIL8.

Non, je vous jure. J'ai eu une jeunesse très-orageuse, trèsévaporée. Je vous laisserais tout mon bien.

MARCl'ERIlE.

Nous en reparlerons do demain en quinze. Voulez-vous me donner vingt francs de cet habit ?

MINIUS.

J’ai huit cent livres de rentes sur le grand livre, savez-vous, et un catarrhe, un vrai catarrhe.

Malin 1 Vous voulez placer votre cœur en viager. On connaît ces tricheries-là.

MUNIUS.

Si on peut dire ! Voyez plutôt. (Il tousse .}

MARGUERITE

Vous no savez pas faire. (Elle tousse.) Voilà co qu’on appelle tousser... Je suis poitrinaire. Allez, mon polit Munius, vous n’allraperez personne. Vous ôtes frais comme une rose.

MUNIUS.

Son petit Munius l frais comme une rose ! cueillcz-moi donc, méchante I

MARGUERITE

Vous êtes un enfaut.

munius.

Oui, c’est le mot! Vous me mèneriez par le bout du nez... un vëritablo enfant. Tout ce que vous voudrez, vous l’aurez. Aimezvous les mouchoirs de soie, les boucles d’oreilles en siroilor, les chaînes de sûreté, les cannes à pomme d’argent? Je vous couvrirai de guipures ; j’ai des monceaux de percaline et bieu d’autres choses... 0 Marguerite!

MAMtrtftlTV.

Tomme vos yeux brillent ! Pourquoi dit-on que tous ôtes si laid?

■unies.

Ce sont les mauvaises langues ; n’en croyez rien. Si vous voulez m’aimer, je ferai de la toilette ; je mettrai une redingote à brandebourgs que j’ai, avec des olivos et de l'astracan au collet; j'â lirai l'air distingué, vous verrez.

marguerite, passant à gauche.

Vous seriez bien plus comme il faut avec oet habii-lk. 11 est à peine décati.

■uni tia.

On nous prendrait pour des gens huppés. Je vous donnerais une petite robe de taffetas couleur d’araignée turbulente, à peine mange*? sous les bras.

s MARGUERITE.

C’est bien tentant, mais...

munius.

Voulez-vous que j’aille vous chercher une croix en filigrane avec les glands pareils et le tour de cou en vclounT C’est joli, ça.

MARGUERITE

Nous verrous plus lard. Pour l’heure , voulez-vous ui'dtre agréable ?

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