CONCLUSION
En résumé, toutes les anciennes maisons de Stamboul, de Galata et du Phanar, qu'elles soient antérieures ou postérieures à la conquête, ou même du xvni" siècle, présentent les caractères d'une même architecture qui est celle de Mistra (xiv= siècle), des miniatures du manuscrit de Skylitzès (xiv" siècle) et, sous certains rapports, celle de l'Europe centrale du moyen âge.
Cette architecture s'inspire des anciennes traditions de Byzance. Elle leur emprunte non seulement les briques et les moellons des parements, les jarres vides des coupoles, mais le plan même des édifices, les grandes pièces à coupoles, précédées d'un vestibule, semblables aux narthex des églises. Mais elle se distingue surtout par les balcons couverts, les étages à encorbellement et à crémaillère. Ces usages existaient-ils déjà à Byzance aux époques antérieures ? Cette question, que nous avons posée à propos des miniatures de Skylitzès, ne pourrait être tranchée que par une étude, plus approfondie que la nôtre, des miniatures du xi" et du xn' siècle et surtout des habitations de la péninsule balkanique. Toutefois nous pencherions pour l'affirmative, car, en Orient, les usages se modifient très lentement et il serait bien étrange que, brusquement, au xiv" siècle, les architectes byzantins eussent adopté, sans précédents, les balcons couverts, les étages à encorbellement et à crémaillère pour toutes les habitations particulières. Quant à l'emploi de l'ogive, il indique une époque avancée. La maison de Koum-Kapou, la douane de Stamboul, les deux maisons de la légation vénitienne et le palais du Podestat ont seuls des fenêtres à plein cintre. Les maisons à ogive ne sont plus réellement byzantines, elles appartiennent à un style dégénéré.
En terminant ce travail, que nous avons dû écourter en raison d'obligations professionnelles qui nous retiendront pendant deux ans en dehors de l'Europe, nous tenons à remercier bien vivement M. le docteur Mordtmann et le Révérend Père Petit des précieux renseignements qu'ils ont bien voulu nous donner sur l'histoire de Constantinople et pour l'identification de ses anciens édifices. Sans l'aide si aimable de ces savants nous n'aurions certainement pas été en état de livrer ce modeste opuscule à la publicité avant notre départ de France.