SAINT-LAURENT
L'Harmonie dans l’Union
— PAR — Le Lieut.-Col. L.-G. DESJARDINS
Ancien député à l’Assemblée législative de la Province de Québec et à la Chambre des communes du Canada
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LE À 4 SSSuiv de Sue OS Imprimerie du ‘ Soleil ” QUEBEC Novembre 1919
La nature des relations entre notre province et celle d'Ontario, depuis les cinq dernières années surto it, donne aux divers points que je considère dans ces pages une actualité très intéressante.
Je crois devoir débuter par quelques lignes expliquant à quelle occasion j'ai dû séjourner Presque constamment dans la superbe capitale ontarienne, depuis novembre dernier jusqu’à la fin d'avril cette année. Elles contribueront à bien faire apprécier les conditions dans lesquelles j'ai recueilli les profondes impressions que je conserve de la période si intéressante de ma vie passée au milieu de nos concitoyens de Toronto.
Tout le pays se rappelle la grande convention de l’UNITÉ NATIONALE
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et “WIN THE WAR’, tenue dans l’opulente métropole, Montréal, en mai 1917.
J'y étais l’un des nombreux délégués de la cité de Québec. Je venais de publier la première édition de : "L'AncLererre, LE CANADA ET LA GRANDE Guerre”, si favorablement accueillie—je suis heureux de le dire—par la Presse du pays et par le public généralement.
Au grand banquet du mercredi soir— 23 mai—dans la vaste salle du somptueux Wiadsor, littéralement remplie de convives venus de toutes les Provinces, je fus appelé à répondre à la Santé— AU TOAST— de la province de Québec. M'adressant à un auditoire aussi distingué que nombreux, composé de citoyens bien disposés, d’hommes de bonne volonté, réunis dans le but de travailler à établir et à affermir la “BONNE ENTENTE” dans le pays, je m’efforçai de frapper la note juste pour
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aider davantage au succès de l’œuvre de la convention. Si j'en juge par les chaleureux applaudissements qui, à plusieurs reprises, saluèrent mes paroles, j'eus lieu de constater que j'avais réussi à tenir le langage que la solennité de l’occasion et l'intérêt véritable du Canada commandaient,
Tel fut l'incident qui détermina, le soir même, de nombreux délégués de Toronto, Hamilton, Montréal, Winnipeg et aut:es cités, à me solliciter de publier une édition anglaise de mon volume français qui, m'assurèrent-ils, leur était fortement re= commandé. Après divers pourparlers, je me rendais au désir souvent répété avec une insistance croissante, en publiant, non une traduction de mon volume français, mais un volume anglais jusqu’à date, up to date.
Cette édition anglaise étant surtout
destinée à renseigner l’opinion d’Ontario, j'allai à Toronto Pour organiser, de concert avec les nombreux et influents amis qui me l'avaient demandée, la circulation des volumes de la manière la plus favorable au but d'éducation désiré.
Recevant de tous, àToronto, l'accueil le plus cordial, le plus chaleureux, je me suis fait un devoir d’y prolonger mon séjour, des mois durant, afin de me renseigner sûrement, d'observer longuement, et avec soin, de causer beaucoup, d’adresser la parole à des réunions publiques, de consulter les sommités religieuses, politiques, professionnelles, financières, commerciales, industrielles, sociales sur une foule de sujets qui intéressent tout le pays, et notamment notre province, au sAprême degré.
J’ai donc fait à Toronto de très nombreuses et importantes connaissances, et,
je le dis avec un plaisir assurément très légitime, je m'y suis créé d’influentes et solides amitiés,
Dans ce milieu ambiant, malgré mon âge avancé, j'ai retrouvé tout l’entrain, tout l’enthousiasme de mes trente ans.
Je me suis repris à espérer que je pouvais encore servir mon pays avec quelques succès, et consacrer à sa grandeur nationale les efforts d’une carrière que la Providence me permet de poursuivre dans des conditions de santé et de vigueur qui me les rendent encore relativement faciles.
Dès mon arrivée à Toronto, je fus l’objet d’un témoignage d’estime dont je fus très honoré et dont je suis, et serai toujours, reconnaissant, Le vice-président, Monsieur J. M. Godfrey, avocat très distingué de la capitale ontarienne, et les membres du comité exécutif de
l'association de LA Bonne ENTENTE m'’invitèrent à un dîner en mon honneur au somptueux Vational Club, où j'étais leur hôte pour la durée de mon sé our à Toronto que je croyais, à cette date, ne devoir pas excéder deux ou trois semaines.
Pendant les quatre jours qui précédèrent ce banquet, javais déjà lié connaissance avec un bon nombre de membres du National Club. A la veillée, nous causions des heures entières des affaires qui intéressent notre province, Ontario et tout le Canada, à un si haut degré.
L’armistice, prélude de la paix prochaine, avait été signé le jour même de mon arrivée à Toronto. La nouvelle certaine y arriva dans la nuit. A cinq heures du matin, j'étais éveillé par la sonnerie des carillons des églises de la grande cité, les sifflets de centaines d’automobiles, parcourant déjà les rues en-
combrées d’enthousiastes manifestants donnant libre cours à leur joie de savoir que le soleil se lèverait, en ce jour béni, sur un monde enfin délivré de l’étreinte qui menaçait de l’étouffer depuis plus de quatre douloureuses années de poignantes angoisses, de sacrifices surhumains, ‘de l’holocauste des millions de la jeune génération, espoir de l'avenir, immolée pour sauver le présent et mériter de meilleurs jours.
On deviae facilement que les événements de la guerre et les perspectivesdela paix, désormais considérée certaine, faisaient le thème de ces entretiens où tous, secouant l’obsession qui leur avait si lourdement pesé, étaient heureux d’ouvrir leurs cœurs aux grandes espérances soudainement conçues par l’éclatante victoire qui avait enfin couronné tant d’héroisme.
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L’élite des citoyens de Toronto fut bien représentée au banquet, où je fus
auditeurs,
Je profitai de l'occasion qui m'était offerte pour affirmer la loyauté de nos compatriotes à la Couronne Britannique, leur dévouement à la cause dont tous souhaitaient ardemment le triomphe, leurs patriotiques travaux pour la prospérité générale du Canada et celle de leur race en particulier.
Mes remarques furent accueillies avec beaucoup de faveur, mes auditeurs aanifestant leur entière approbation de mon appel chaleureux à leur esprit de justice, pour rétablir l’harmonie entre les deux plus grandes provinces de la confédération canadienne.
Avec quel vif plaisir j’entendis le
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Colonel McCullough, venu de la prospère cité de Hamilton, déclarer, en appuyant le vote de remerciements qui me fut proposé, combien il avait toujours regretté n’avoir pas pu apprendre la langue française, au point qu’il s'était promis que ses enfants parleraient notre belle langue. Il s’est tenu parole, dit-il avec bonheur. Sa famille a appris le doux parler de France.
Peu de jours après, enchanté de l’accueil que je recevais de tous côtés, je décidais de prolonger quelques mois durant, mon séjour à Toronto pour me consacrer à l’œuvre de la “Bonne Entente”, que j'avais de plus en plus à cœur d’aider dans toute la mesure possible.
De passage à Montréal, j'avais rencontré M. le Rédacteur en chef de “La Presse” qui me pria d'écrire pour ses lec-
teurs les impressions que je devais recueillir à Toronto.
J'accédai à son désir. En mai et juin derniers, je publiais dans cet important organe de l'opinion Canadienne-française une série de lettres dans lesquelles je faisais part au public des conclusions découlant de mon observation intense de la situation ontarienne en rapport avec notre province et nos compatriotes.
A la demande réitérée de nombreux lecteurs de ces lettres, je les reproduis en substance dans ce volume avec les développements que je crois devoir ajouter.
Mon unique but est de contribuer à rétablir “l’harmonie dans l’union”. Combien heureux je sorais si mes efforts étaient couronnés du moindre succès.
Lorsque je publiai, en août 1917, la seconde édition de :non volume : “L’An- GLETERRE, LE CANADA ET LA GRANDE
GUERRE”, j'informai mes lecteurs que je publierais prochainement un second volume, ne pouvant Pas ajouter à la deuxiè.
me édition du premier, les pages nombreuses qu’il me fallait écrire sur les questions nouvelles, d’une importance capitale, soulevées par les développements de la guerre.
La publication de mon volume anglais m'a obligé d’ajourner ce projet que j'ai toujours l'intention de réaliser. Mais plus j'y travaille, plus je me persuade qu’il me faudra donner à ce nouveau volume un caractère historique que je ne prévoyais pas s’imposer au début, la fin du terrible conflit paraissant alors si lointaine.
La paix enfin rétablie par la glorieuse victoire des Alliés, la situation a complètement changé. Les questions de la &uerre n’ont plus d'actualité. Il ne s’agit plus de défendre la cause des puissances coalisées contre la formidable tentative
de l’Allemagne de dominer le monde, contre les détracteurs de leur héroïsme maheureusement recrutés dansleurs rangs, au Canada comme ailleurs. Les causes de la guerre, la persévérance indomptable des défenseurs du droit contre la force, les opérations militaires et leur résultat définitif, sont désormais du domaine de l’histoire.
C'est donc de la paix et des bienfaits que le monde doit en attendre, qu’il importe maintenant de parler. Le présent et ses obligations, l'avenir et ses devoirs, sont des sujets de première importance à traiter.
Telle est l'étude que je me propose de faire dans un second volume, si La Providence me favorise de la santé nécessaire à cette tâche dont j'apprécie toute la shind L. G. DesyaRpins.
Québec, 25 novembre 1919.
ES
ES
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Au chapitre XII de ce volume, on Verra que je compte au nombre des amis les plus sincères et les plus cévoués de O8 compatriotes, Monsieur le Professeur John Squair, de la grande Université de Toronto, dont la confiance et l'amitié m'honorent beaucoup.
L’appréciation si favorable qu’il a faite de mes “Lerrres à “LA Presse” dans les lignes suivantes qu’il a adressées au grand journal “Tue STAR’, de Toronto, m’a prouvé que les vues que j'ai exprimées étaient justes.
D'autres témoignages semblables, par lettres et dans des conversatio 18, ont confirmé celui de Monsieur le Professeur Squair, me rassurant pleinement sur la justesse de mon observation pendant mon séjour prolongé à Toronto.
Je crois préférable de reproduire la
16 L’HARMONIE DANS L'UNION lettre de M. Squair dans la langue qu'il l’a écrite :—
Co. DESJARDINS’ VIE ws.
To the Editor of The Star.
Sir : It seems particularly fitting that the people of Toronto should be informed regarding what &oes on in the Province ‘Of Quebec. Many are prompt enough to
‘Call attention to disagreeable things, let :
us also point out at times what is agreeable and brings cheer and comfort. Just at present a series of articles is appearing in the Saturday edition of La Presse, of Montreal, which should be read with ap-
preciation by the people of Ontario. These | articles, of which four have appeared, are from the author of one of the best Canadian books on the war, “England, Canada and the Great War,” the English edition of which was published last Oc-
Re
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tober. Since finishing his book, Col. Desjardins has spent some months n Toronto and Ottawa and, on returning to Quebec,has busied himself in writing the articles now under consideration.
As veteran of 1866, as journalist and writer on constitutional questions, and as member of Parliament, Colonel Desjardins has had a long career and is well qualified to speak on political matters.
He is a loyal Canadian and proud of his status as a British subject. He knows what French-Canadians owe to British connection. He has no sympathy with the Nationalist doctrines whose logical development would lead to civil war and to the separation of Quebec from the rest of Canada. The political and social isolation of Quebec would have deplorable results for all and for none more than the people of Quebec themselves. It is à
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situation which must not be allowed to develop and Colonel Desjardins protests against it with eloquence and fervor.
“We have serious problems to solve, difficulties to surmount, and aspirations to realize. In order to succeed we must clear the ground of obstacles whose im- Portance we must realise but not exaggerate.” The hot-headed extremists must not be allowed to prevail over the men of moderate views. The people of Quebec must face the fact tha. they are in a minority and that only by reasonable political conduct can they have the influence they need for their own proper development. Differences of opinion are natural and inevitable, but these Lust be advocated and defended by moderate arguments and straightforward actions.
Violence, or intrigue, may seem to be influential for a time, but they are sure in
the end to react against those who use them.
In Canada, where the majority of French and English may perhaps honestly hold different opinions on political or social questions, the temptation to appeal to racial antipathy is strong, and so discussion which might remain compara- ‘ively innocuous becomes much envenomed, degenerates into rancor and the questions involved are perhaps finally settled by a complete disregard of merit or demerit. Hence the need for moderation and good temper in dealing with all questions that may provoke racial hatred.
We must applaud Colonel Desjardins in his appeal to the people of Quebec “to beware of all those who wish to force others into the perilous path of violence.” Fanaticism is a dangerous guide and will prove disastrous to those who are led by it. J. Squar.