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Bas Canada était beaucoup plus vive que celle de nos jours entre les provinces d'Ontario et de Québec.
Les polémiques de la presse, les luttes politiques, les joutes : parlementaires, étaient certainement beauconp plus acerbes, beaucoup plus violentes que celles de nos jours.
Et, cependant, elles aboutirent à la coalition de 1864, qui sauva la situation si gravement compromise, donna une solution à des difficultés apparemment insurmontables, et musela le fanatisme.
Je me rappelle bien les jours de vive anxiété de 1862 à 1864. Je les ai vécus, m'intéressant, très jeune, aux discussions parlementaires, Combien de fois j'ai entendu, du haut de la galerie publique de l’ancienne Chambre où siégeait l’assemblée législative du Canada-Uni, fulminer contre nous des hommes publics que, comme tant d’autres, je croyais irréconciliables. Et, cependant, le jour où le gouvernement du pays parut devoir sombrer
dans un cataclysme irrémédiable, le sens patriotique éclaira soudainement les intelligences, fit tressaillir les consciences, détermina les volontés.
L'union des intelligences inondées de la
ire vision du devoir qui s’imposait, l'union des volontés se ressaisissant pour la grande œuvre nationale à accomplir, produisirent l’union politique fédérative des provinces canadiennes.
Le régime politique sorti de la crise aiguë de 1864, tout admirable d'équilibre qu’il soit, n’est pas parfait. Il est, et il sera éternellement vrai, que la perfection n’est pas de ce monde.
Tout de même, plus j’observe, plus je compare, plus j'étudie, plus s’affermit, profonde et sincère, ma conviction, que notre constitution politique est l’une des meilleures, des plus savamment combinées qui existent. Elle l’est, parce qu’elle reproduit tous les principes fondamentaux de ce merveilleux régime britannique de liberté politique, fruit d’une élabo-
ration qui, depuis des siècles, se continue dans un épanouissement qui a produit le plus grand empire de tous les temps, se consolidant davantage en raison direcie du développement de toutes les saire:
libertés publiques.
Les nations, comme les individualita qui les composent, doivent tendre sans cesse à la perfection.
Nous n’avons pas tant à nous ingénier à perfectionner notre constitution politique, qu’à en assurer l’harmonieux fonctionnement par une conception éclairée, élevée, patriotique, de ses principes, et du sage emploi que tous doivent s’efforcer de favoriser pour lui faire produire tout le bien dont elle est susceptible.
Notre instrument de gouvernement, superbe de structure, est, comme tout autre, manié par des hommes faillibles, méme lorsqu'ils sont animés des meilleures intentions, doués des plus grandes aptitudes à s’en bien servir.
Très vains sont ceux qui s’imaginent
que les meilleures institutions politiques peuvent fonctionner sans friction, sans obstacles, sans difficultés toujours facilement renaissantes dans la diversité et la rapidité de leurs mouvements.
Mais aux forces qui provoquent les conflits, qui produisent les embarras tendant à la dissolution, il faut opposer celles plus puissantes qui consolident, qui développent la cohésion dans l’ordre et l’harmonie.