CHAPITRE XIII BRIDGING THE CHASM
Jeter un Pont sur l’Abîme qui existe entre les deux grandes races au Canada, c’est ce que l’auteur de cet important volume recommande fortement dans son ouvrage, fruit d’uné inspiration aussi élevée que patriotique.
Dès mon arrivée à Toronto, en novembre dernier, pour y séjourner presque tout l’hiver suivant, j’eus l’honneur et l'extrême plaisir de lier connaissance et amitié avec monsieur J.-P. Murray, le très digne président de la très importante association au nom corporatif de “Catholic Truth Society of C'anada’”’—La Société de la Vérité Catholique du Canada. Beau titre, œuvre admirable, assurément.
Mon distingué ami, M. Murray, après une très honorable et heureuse carrière dans les affaires industrielles, consacre sa verte vieillesse au succès de l’œuvre reli-
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gieuse dont il a été le fondateur et dont il est l’âme en s’y dévouant avec un zèle, une ardeur, une intelligence dont j'ai eu main Preuves méritant toute mon admiration.
J’allais souvent causer avec lui au bureau de la société à laquelle il se dévoue.
Un jour, il me dit qu’un jeune M. Morley, fils de l’un de ses plus intimes amis de Toronto, tous deux méthodistes, désirant faire ma Connaissance pour me soumettre un ouvrage qu’il voulait publier incessamment, l'avait prié de me le présenter,
Je m’empressai d'accueillir cette demañde avec d'autant plus de plaisir que mon ami M. Murray m'informa que le volume du jeune M. Morley, première production d’une plume qui promet — était une défense sérieuse des droits de la race française, et un fort plaidoyer en faveur de l’harmonie entre les citoyens d'origines diverses du Canada. Le jeune auteur ne pouvait pas mieux débuter.
Le jour suivant, je recevais le jeune M. Morley qui me pria de lire les pages clavigraphiées du volume qu’il avait l’intention de publier, me disant être désireux d'y faire les modifications que je croirais devoir lui suggérer dans l'intérêt de la cause qu’il m’affirmait avoir beaucoup à cœur.
Tout de suite, le jeune auteur me fit l'impression la plus favorable. Avec toute la politesse d’un homme de haute éducation, et la réserve qui sied si bien à la jeunesse méritante sans prétention, il me parla de son œuvre de conciliation des races avec un tel accent de sincérité que j'en fus vraiment ému.
Je le priai de revenir me voir, deux jours après cette première entrevue, lui promettant la réponse qu’il désirait.
Après cet entretien qui m'avait si vivement intéressé, il me tardait de lire les pages que le jeune M. Morley m'avait confiées, non sans une certaine nervosité qui me prouvait davantage qu’il savait
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peser la responsabilité qu’il allait encourir en bravant le feu de la publicité par un battre les préju-
nt souffrent si injus-
pages du ivèrent tellement
heureux même de ce que je venais de lire, j'étais étonné de ce qu’un jeune homme d’une trentaine d'années à peine avait réussi, à cet âge, à acquérir une connaissance aussi complète de l’histoire de notre race, depuis les premiers jours de son existence sur ce sol de l’Amérique, de ses luttes, de ses épreuves, de ses héroïques travaux, de sa vaillance contre les féroces tribus indiennes, de son attachement à ga foi religieuse, de sa persévérance, de sa ténacité à se river au sol
dont elle faisait, en l’arrosant de ses sueurs les plus chaudes et de son sang le plus pur, son patrimoine national qu’elle se jurait de défendre contre tous les ennemis du dehors et contre les injustes agresseurs du dedans.
Je me réjouissais vivement de constater ches ce jeune Ontarien autant d’esprit de justice, d’élévation de pensée, de noblesse de sentiment.
De toute son œuvre, me rendant au désir formel qu’il m'avait exprimé, je n’avais que deux corrections à lui suggérer :
le changement d’un mot dans le titre du premier chapitre, et la rectification d’une opinion, que je n'étais pas surpris de rencontrer chez lui, ne représentant pas exactement une certaine attitude de nos compatriotes. Le titre en question se lisait : “The failure of Confederation”.
Je le corrigeai comme suit : “Confederation on trial”.
Lorsque, dans notre deuxième entretien, je lui indiquai ce titre, tout de suite
il saisit ma pensée et me dit : “You are right. I am so glad you have made the change. Et ce avant que j’eusse prononcé un mot pour lui en expliquer la raison.
Alors, je lui dis : Personne ne peut sérieusement prétendre que l’œuvre de la confédération canadienne a fait fiasco, que notre régime fédératif est en faillite.
J’affirme de la manière la plus formelle, lui dis-je, que l'union fédérale des provinces de l'Amérique Britannique du Nord a obtenu un succès très marqué, qu’elle à été vraiment féconde sous bien des rapports, et qu’elle pourra produire d'excellents résultats dans l'avenir, surtout si les vues de mon jeune interlocuteur prévalent. Mais, ajoutaije, tous les systèmes de gouvernement, toutes les constitutions, sont et seront toujours on trial, à l'épreuve, et pourquoi ? Parce que la perfection n’est pas de ce monde. Le devoir de tous est d’y tendre sans jamais espérer l’atteindre.
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Notre régime fédératif fonctionne au milieu des difficultés inhérentes à tous les systèmes de gouvernement, parce qu’il est administré par des hommes, et les hommes, même les meilleurs, sont toujours incomplets, toujours faillibles, lors même qu’ils ne sont pas intentionnellement coupables,
Mais, tout de même, grâce à l’heureux équilibre dont il permet le maintien dans l'application des deux principes essentiels À l'existence de toute société politique— Pautorité et la liberté, —il opère, en somme, d’une manière favorable et fera encore beaucoup mieux, dis-je à M. Morley, quand vous, moi, et bien d’autres, aurons réussi à convaincre, sinon tous, mais une bonne et solide majorité de gens bien pensants, que l’avenir heureux du Canada dépend: de l'esprit de justice du plus grand nombre, de l'harmonie entre les races, du respect mutuel des croyances religieuses et des droits de tous.
Je n'avais pas besoin de prouver au
jeune auteur qu’il devait changer, comme je le lui suggérais, le titre de son premier chapitre, Il s’en était tout de suite convaincu en lisant le changement que je lui avais fait.
Ma seconde suggestion portait sur le caractère de l'attitude de nos compatriotes envers la France.
Induit en erreur par la lecture d’écrite op connus, il concluait de boune foi que la persécution religieuse du gouvernement français avait rendu tous nos compatriotes hostiles à notre ancienne mèrepatrie.
Je réussis facilement à le convaincre du contraire. Je lui expliquai que certainement les Canadiens-français étaient unanimes à condamner la malheureuse et coupable politique de persécution religieuse des gouvernements français, mais que la très grande majorité d’entre eux savaient parfaitement distinguer entre les gouvernants persécuteurs, et la France toujours radieuse par sa foi ancestrale,
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toujours éprise de la grandeur de son rôle de première missionnaire pour la propagation des préceptes évangéliques jusque sur les plages les plus lointaines, au sein des tribus les' plus barbares. Je le persuadai ainsi que nous nous proclamons toujours avec un légitime orgueil les fils dévoués de la France, que tant des nôtres étaient accourus défendre contre la rage allemande, la furie teutonne.
- Qu'il me suffise d’ajouter que ce livre est bien écrit, dans un très joli style.
Traitant un sujet si élevé de sa nature, on sent vibrer à chaque page l’enthousiasme d’une jeune âme éprise de l’idéale beauté de la suprême justice qu’elle souhaite voir régner dans toute l’étendue de notre vaste pays.
. Je recommande donc à tous mes compatriotes de lire ce bon et beau livre, Ils y puiseront de généreuses inspirations, de fortes raisons d'espérer.
Je tiens aussi à féliciter M. Morley sur un mérite de son volume que j'apprécie
beaucoup. Plus peut-être que ses devanciers qui, depuis un an, ont, dans des livres importants, aussi défendu la même cause, il a compris que, pour persuader le grand public d’Ontario auquel il s’adressait, il lui f. it rester dans la note juste aussi essentielle à toucher favorablement l'oreille qu’à satisfaire l'esprit. Le ton de son ouvrage est toujours modéré, bien qu’énergique, sage, pondéré. Le langage est toujours convenable, respectueux.
Ceux mêmes qu’il ne réussira pas à convaincre lui sauront gré de la candeur
avec laquelle il a fait appel à leur raison et à leur cœur en faveur de notre race qu’il respecte, qu’il aime, qu’il admire.