‹ L'Harmonie du langage chez les Grecs et les Romains, ou, Étude sur la prononciation de la prose élevée et des vers dans les langues classiquesChapitre 7 sur 82 · Cours supérieur de grammaire, 1. I, cli. m · texte numérisé non relu

Cours supérieur de grammaire, 1. I, cli. m

2. Fermé ici ne veut pas dire clos, mais affermi. En effet, c'est toujours le son fermé que nous donnons aux voix qui terminent les mots.

Les voix constantes i, u, ou n'admettent pas ces différences.

Nous avons donc en tout quinze voix sonores trèsdistincles et de plus Ve muet, celui qui termine nos polysyll.ibrs, table, enfance, lequel n'est qu'un souffle sans «tucun son qui lui soit propre. Mais comme il ( oinpie chez noiis pour syllabe dans les vers et le style élevé, il f.iul absolument y reconnaître une voix 7)me«e, tout à fait caractéristique de liî langue française. Nous avons donc on tout seize voix, dont une muette, et nous l'js i-epiésentons' avec nos six voyelles a, e, i, o, u, y seules ou accompagnées d'accents, ou coîr.binées soit cutn^ elles [au, eu, ou), soit avec les consonnes n ou m (an, on, thym).

Les Grecs et les Latins avaient-ils les u êmes voix? Il est difficile de répondre d'une manière absolue. ïrôsccrlainement ils ne les avaient pas toutes. L'e nnicl d'abord leur manquait. Avaient-ils l'e sans accent du nos monosyllabi^s ce, je, me, qui n'est aulre que noire eu ouvert? Cela ne paraît pas probable.

Les Latins ne semblent pas avoir eu notre u; et il n'est pas bien sûr que l'u des Grecs ait représenté ce son . Nous ne savons pas non plus si les uns et les au ti e^ ont eu les différences tlu son ouvert au son fermé à, d, è, éy à, ô. Gela paraît néanmoins vraisemblable, car c<'s sons se retrouvent à peu près partout. Quelques personnes croient même que c'était en cela que consistait réellement la différence des longues et des brèves, dont je parlerai plus tard. Mais ù cet égard rien n'est certain.

et sur lesquelles nous appuyons : (hé, zéro, feu; prononcez té, zéro, feû, et non pas (è, Z"ro, fe; iln'y a que l'a qui, quoique final, puisse consi-'r.er le son ouvert : da^a, fulbala. 1. Couri- supérieur de grQ,mmaire, 1. I, ch. xii et xiii.

Quant aux nasales, nous nous persuadons souvent que les Grecs et les Latins ne les avaient pas ou ne les admettaient que rarement. Je crois pour moi que c'est une erreur. Les languestendentbeaucoup plusàsedénasaler qu'à augmenter le nombre de leurs nasales. Quand je vois qu'on prononçait autrefois en France au lieu de homme, on-me; auVieude femme, fen-me, etc.Jesuisbien porté à croire que les Latins prononçaient /lon-wo, fenmina, etc. S'il y a des doutes sur ce point, il n'y en a guère sur la prononciation des finales en m; rosam, do-' minum, patrem devaient se dire rosan, dominon/pairein, puisque leur dernière syllabe s'élidait dans les vers devant les voyelles. Si l'on avait prononcé à notre manière rosame, dominome, patrème, ces élisions n'auraient eu aucune raison d'être ; elles seraient même absolument inconcevables, puisqu'il n'y arien à élider quand une consonne se fait sentir sur la voyelle suivante. C'est parce que wm, am, em étaient des voyelles nasales qu'on leur appliquait dans les vers la règle des voyelles , en ne les comptant pas devant d'autres voyelles.

Je pense donc que les deux langues classiques étaient en réalité beaucoup plus nasales que nous ne le supposons, et qu'elles avaient aussi bien que nous les sons an (ttocvteç, amantes), ein (ôévtsç, fientes), on (ovTec, audiunt), et même un {Ô£i'xvl.v-£;, undecim).

Les diphthongues étaient probablement ce que sont les nôtres, ia, ié, io, oua, oui, etc. Quand la sous-dominante * est une de nos voix fixes i, u, ou, il n'y a pas de difficulté, parce qu'elles sejoignent toutnaturellementà la voix qui les suit. Quand la première voyelle est une des

1, La sous-dominante dans une diphthongue est la voix qui sert de passage et qui va s'appuyer sur l'autre.

variables a,c, o, c'est autre chose : nous avons beau prononcer vite ad, uo, éo, les voix ne se niôlent pas assez pour ne taire qu'une syllabe. Nous voyons bien en grec at, au, £1, £u, 01, ou, et en latin se, œ, au, eu; mais il est à peu près certain qu'on y donnait les sons simples è, (?, i, eu, ou. La voyelle u prenait aussi quelquefois le son /", ou V, aff ev, of, etc. Je n'ai pas à m'arrêter là-dessus. Je remarque seulement que jusqu'aux [)ren)icres années de ce siècle on icyarduil comme une des beautés de la langue grecque, comme une des preuves de sa grande douceur et de sa sonorité le grand nombre de ses diphlhongues; et que les idées ont tout à lait changé depuis une cinquantaine d'années. Comme on sait que ces diphthongues ont disparu dans le grec moderne, et s'y prononcent comme des voyelles simples, on a donné pour les rejeter les mêmes raisons précisément qu'on donnait pour les conserver; etBurnoul comparant les deux prononciations du mot grec àçatpeîTat, afaireïtaï et fl/'crt/è, n'hésilait j)asà préférer celle-ci, en s'écriant: «Quelle différence!» C'est une des mille preuves du peu de solidité qu'ont nos jugements quand ils ne sont fondés que sur le parii pris, et non sur l'expérience ou la sensation.

§ 6. ARTICULATIONS ET CUASONNES, SIMPLES OU Mtl/riPLES.

Lorsque nous prononçons quelque syllabe telle que ba,pa,da, etc., les lèvres se fermant pour les deux premières, la langue s'appliquant pour da contre les dents d'en haut, interce|)tenl l'air vocal; et s'ouvrant tout à coup, font entendre le son a modifié en son commencement par un certain son ou par une explosion instantanée et éteinte au moment même où elle

vient de se former. C'est là précisément ce que l'on nomme articulation \ Les articulations sont représentées par les consonnes. Elles commencent et séparent presque toutes nos syllabes, et ne peuvent être entendues que quand elles sont suivies d'une voix sonore ou au moins de l'e muet, c'est-à-dire du souffle vocal.

Les articulations françaises ont été, comme les voix, parfaitement classées : en voici le tableau' :

ARTIGDLÂTIONS

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