‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 104 sur 140 · Pausanias, I · texte numérisé non relu

Pausanias, I

9. Id. I. 16, 3 ; Hérodote. Vï, 19. 3: Strabon, XIV, 1. 5, p. 634 C. 10 Pausanias, III, 16, 8; VIII, 46, 3.

allégoriquement la défaite des barbares d'Orient ; il dut

donc être peint entre les deux guerres médiques, et un Perse, qui prit part à la seconde, l'aura emporté comme objet curieux et trophée de campagne \ L'instinct de pillage et de hame ne fut peut-être pas seul à se satisfaire de la sorte • Il se pourrait que ces ouvrages eussent été appréciés pour eux-mêmes. Les palais des rois, en effet, possédaient des œuvres d art grecques obtenues sur commande et non comme butm ; tel le cratère d'or de Théodore de Samos, et le cep de vigne, également en or, que le même artiste avait exécute pour Artaxerxès -.

Quelle action sur l'art 'perse eurent ces deux faits • importation d'objets grecs, appel à la main-d'œuvre occidentale ? 1 nous reste de cet art peu d'échantillons ^ mais caractéristiques. Il s'est constitué vers la fin du vie siècle, « quand l'architecture et la sculpture grecque en étaient encore à se dégager des entraves et des tâtonnements de 1 archaïsme ^ ». Aussi cet art « de contamination » pnt-il des 1 origine une physionomie qui révèle avant tout des emprunts à la Chaldée. D'ailleurs, à l'aube de la dynastie achemenide, l'aversion est générale à l'égard de la culture grecque Mais celle-ci a plus de sève, d'originahté et de force ; bientôt l'art ionien conquiert tout son développement et la maîtrise de ses moyens, et c'est lui qui commence a reagir sur les arts de l'Orient \ A vrai dire, dans la conception générale, la disposition des édifices, le choix des lormes, il n y a presque pas d'imitation. On a relevé pour-

1. Ed. Pottier, Compl. rend, de lAcad. des Inscript., 1902, p 4^8-438 3r;8 W^ïn^d'^ ''''''''''' ""' ^'''''''' ^"' P- ^** ^^ Hi.erius, Eclog..

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i. Cf. l'orrot ,.t Chipiez, Histoire de Varl, V (1890). p 888.8'.l

L HELLÉNISATION DU MONDK ANTIQUK

tant cette analogie : au palais d'Ecbatane, d'après la description de Polybe i, les cours ont dû être entourées de portiques à colonnades, alors que les cours assyriennes auraient été presque ouvertes ^ Les Perses ont admis le principe du rythme architectural; chez eux, comme en Grèce, les portes ont des dimensions dont les mesures sont en rapport très simple (1 à 2 1 /2, à 2, à 1 1 /2) ^ ; mais ce principe semble aujourd'hui une chose babylonienne, qui passa ensuite à la Grèce '*. Quant au système modulaire, qui subordonne toutes les grandeurs à une commune mesure, système générateur de r « ordre », qui est essentiel à l'art grec, seule de toutes les architectures asiatiques, celle des Achéménides l'adopta, avec un peu moins de rigueur toutefois que celle des Hellènes ^

En somme, fort peu de traits communs ; mais on en relève dans l'exécution : non seulement une certaine souplesse dénonce ou laisse supposer une main hellénique,

accomplissant une tâche dont le programme lui est imposé : il y a plus : divers motifs ont été littéralement copiés. On observe au portique du « tombeau de Cyrus », à Pasargades, un type de base qu'on croirait transporté tel quel de l'Héraion de Samos : c'est un épais coussin, un gros tore dont la tranche convexe est creusée de cannelures horizontales". Dans le détail de rornementation, on retrouve certains motifs tout pareils, ainsi que sur les listels qui encadrent les portes des tombeaux de Persépolis (rangées de perles et d'oves), ou en dessous des volutes des chapiteaux et le long

2. J. de Morgan, Mission scientifique en Verse, IV, 1 (18%), p. 244-5. :». M. Dieulafoy, LArt antique de la Perse, l'aris. Il (1884), p. 35 36.

4. Id., Compt. l'end, de l'Acad. des Inscript. ^ 1913, p. 46. Une tablette chaldéenne permettrait d établir que le temple de Bel à Babylone était rythmé sur le triangle équilatéral, comme le fut plus tard le Mausolée d'Halicarnasse.

5. Perrot et Chipiez, ihid.^ V, p. 458 ; C. Babin, Revue archéologique, 1891, I, p. 376-7; Fr. Benoit, UArchitecturey l. Antiquité, Vd.r\s, 1911, p. 416. On connaît au temps de Sargon un temple de type gréco-phrygien dans l'Arménie dont Ja population conquérante était apparentée au.v Phrygiens, Perrot, ibid.. Il, p. 411.

6. W. Klein, Archaeologische epigraphische Mittheilungen. IX (1885), p. 186 ; Benoît, op. l.. p. 411 sq., fig. 278, i-ii.

des créneaux qui surmontent la rampe d'un escalier * Dans le rendu de la figure humaine, l'influence d'une technique étrangère s'accuse mieux encore : les sculpteurs de Suse, à des têtes de profil, donnent des yeux qui seprésentent de face, selon l'exemple de la technique grecque contemporaine ; ils oublient celui des artistes de Ninive qui dessinaient l'œil bien plus correctement \ L'école assyrienne avait supprimé de parti pris toute expression du rehef des phs dans la représentation des costumes • or dès le ve siècle, par une révolution qu'explique sans doute 1 influence des écoles grecques (qui en offrent des exemples antérieurs), on voit ces draperies traitées par pHs larges et plats \ Sur la frise des archers, transportée partiellement au Louvre, qu'on remarque ces guerriers, leur anatomie et leur silhouette, ie modelé et la cambrure d'ensemble • ils rappellent étonnamment certains types fréquents dans' les peintures de vases attiques du vie siècle \ V Antiquariiim de Berlin a acquis, provenant d'Arménie, une anse d'amphore qm figure un bouquetin ailé dressant les jambes de devant et appuyant les autres sur une tête de Silène • quelque chose de stylisé dans la musculature prête encore al objet comme une marque orientale; mais la tête du bilene le mouvement général de la bête ont un caractère iranchement grec *.

En définitive, la main-d'œuvre grecque a dû être largement employée sous les Achéménides. C'est elle qui a fourni a la dynastie ses monnaies, notamment les célèbres dariques d'or au type -du roi archer. La monnaie elle-même quelque incertitude qui plane encore sur ses origines, fut

J. Dieulafoy, L'Art antique de la Perse, II n 32 • IH M8Sn\ r. ta .

i. Perrot et Chipiez, op. l., V, p. 84*.

3. Heuzey, loe. cil. .- Dieulafoy. L'Acropole de Suse. p. 274 sq

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