LES PROCÉDÉS DE L*HKLLKNISATION EN EGYPTE
notions nouvelles et ne reste pas infécond. Telle est, en Egypte, la marche générale de son histoire ; il nous faut le suivre dans ses conquêtes et voir par quelles voies il s'est insinué dans cette vieiUe société orientale pour se transformer lui-même et la marquer de son empreinte.
II. - LLIS PROCKDIÎS Dh) LHKLLÉNISATION : VILLKS GRECQUES COLONIES MILITAIRES. FIEFS ROYAUX
Il fallait des centres à l'hellénisme ; au me siècle, ces centres ne pouvaient guère être que des cités : comment se figurer alors un Grec qui ne fût pas citoven ? Fonder des cités grecques au milieu des barbares qu'elles auraient peu à peu absorbées en les habituant à la vie civique, telle est la pohtique qui semble s'imposer par la force même' des choses à ces souverains colonisateurs que furent les diadoques et les épigones.
L'Egypte eut donc ses cités ' : Naukratis fut maintenue dans ses franchises ; la capitale, Alexandrie, est probablement debout dès le règne de Sôter ; c'est Sôter aussi qui crée Ptolémaïs en pleine Thébaïde^ A partir de ce moment il y a deux parties bien distinctes dans le royaume d'Egypte, le pays grec, les poleis — territoire d'ailleurs d'une étendue très restreinte ~ et le pays indigène, la chôra. Ici nous trouvons des sujets qui obéissent, là des citoyens qui délibèrent ; ici le pouvoir royal s'exerce directement : une armée de scribes, instrument de son despotisme, assure exécution de ses ordres jusque dans le dernier des bourgs ; la il ne peut s'exercer que par l'intermédiaire des magistralures régulières, dont la création ne dépend pas uniquement <le sa volonté. A la chôra on applique les lois indigènes, aux ntes les lois grecques ; ces lois polùiques peuvent émaner du Roi mais il faut toujours qu'elles soient ratifiées par les organes législatifs des villes ' et que les ordonnances royales
• • Sur ces cités. les ouvrages mentionnés p. 308, n. 1.
-. Cf. Plaumann, Ptolémaïs in Oberaegypten (1910).
^- C'est au moins une hypothèse possible. Sur ces lois politiques, nous
l'hei.lknisation du monde antique
deviennent des décrets des assemblées ; car les cités, Alexandrie peut être exceptée, à cause de sa situation de capitale, ont leurs assemblées souveraines. En somme, il n'v a rien dans les cités d'Egypte d'essentiellement différent de ce que nous trouvons dans le reste du monde grec ; que ces institutions se développent, que
toutes les grandes villes deviennent des cités à l'image
d'Alexandrie et de Ptolémaïs, et l'hellénisation de l'Egypte
sera parfaite.
Il est remarquable que cette évolution attendue ne se soit pas produite : l'Egypte, jusqu'au ii® siècle après J.-C, n'a jamais eu que trois cités, nombre bien insuffisant pour une population aussi dense et, bien que l'érudition ne soit pas encore arrivée à dissiper les ténèbres qui nous dérobent l'histoire postérieure de ces villes, il semble qu'elles aient vu disparaître leurs institutions les plus caractéristiques : on discute encore pour décider si Alexandrie a jamais eu de Sénat, si Ptolémaïs n'a pas perdu ses assemblées au cours du II® siècle, et l'on n'entend guère parler des timouques de Naukratis. C'est pourtant dans ces centres grecs que l'hellénisme se conserve le plus pur ; on en peut juger par les noms des habitants de Plolémaïs relevés dans les documents de l'époque impériale ' ; mais n'est-ce pas la preuve que, tandis qu'elles subissaient l'influence de l'atmosphère monarchique qui les baignait, les villes grecques contribuaient assez peu — du moins directement — h l'hellénisation du pays ; leur population ne se mêle pas à h population égyptienne, et, pour l'une d'entre elles au moins, pour Naukratis, on sait que ses citoyens ne jouissaient pas du Qonuhium avec les indigènes.
C'est donc ailleurs qu'il faudra chercher les institutions militantes de l'hellénisme. Tous les Grecs n'étaient pa>
sommes un peu mieux renseignés depuis qu'on en a trouvé un fragment. V. le papyrus de Halle publié par la Graeca Halensis dans Dikaiomat* (Berlin, 4'Jl3).
I. Voir U. Wilcken, ad. l\ Lond., 604, Archiv fUr Vapyrusforscliuna IV, p- 534 et suivantes.
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confinés dans ces trois cités, et nous trouvons en Egypte ce phénomène original : des Grecs qui ne sont pas citoyens ; on en trouve même en grand nombre à Alexandrie, au moins au I«r siècle * ; on en trouve beaucoup plus, naturellement, dans la province. Gomment ces immigrés d'abord, ces descendants d'immigrés ensuite n'ont-ils pas été absorbés par les multitudes indigènes au milieu desquelles ils étaient noyés ? Ils n'avaient certes qu'un médiocre souci de maintenir la pureté de leur sang : souvent ils prenaient femme parmi les Egyptiennes, dont la beauté est si vantée dans la littérature du temps. Les conditions mêmes de la vie au bord du Nil les pliaient aux coutumes millénaires ; ils labouraient la terre noire, ils l'ensemençaient, encore hinnide des eaux fécondantes, à la manière des fellahs- Je ciel et le sol leur imposaient leurs lois, les asservissaient tout entiers et tout autant que par les nécessités quotidiennes, par la prenante et voluptueuse douceur qui est le charme de ce merveilleux climat. S'ils sont pourtant restés Hellènes, c'est qu'ils ont demandé la force de défendre leurs traditions nationales non plus à l'exercice de leurs droits He citoyens dans une ville autonome, mais à un autre trait du caractère hellénique, au goût de l'association Aous les voyons groupés dans certaines grandes villes en cercles à demi politiques, avec leurs assemblées et leurs .nagistrats, tels ces Grecs memphites qui formaient une nation à part dans l'immense capitale indigène, ayant peutêtre ses timouques à l'imitation de Naukratis \ Tels sont aussi ces groupements ethniques, comme celui des Cretois reconnus par le pouvoir central, mais dont le siège nous est inconnu. On a supposé que l'afTiHation à ces politeamata assurait le statut hellénique et peut-être se rattachaient-ils aux cites par des hens qu'on peut imaginer plus ou moins fâches 3 ; à côté de ceux des Grecs il y avait ceux de peuples