‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 37 sur 140 · COLONISATION GRECQUE ET COLONISATION PHÉNICIENNE · texte numérisé non relu

COLONISATION GRECQUE ET COLONISATION PHÉNICIENNE

reporter au temps où chacun de nos ports de mer avait ses colonies dont il était, plus que la France en quelque sorte, la métropole directe : Dieppe et Saint-Malo pour le Canada, Nantes et Bordeaux pour les Antilles, Marseille pour le Levant.

Bien plus encore, grâce à leur indépendance jalousement sauvegardée, les métropoles grecques se divisent les colonies. Chacune a les siennes qu'elle défend âprement contre ses voisines. Et ce ne fut pas, d'abord, sans avantages, comme Fa bien vu Gurtius :

« Maintenant, c'étaient des villes grecques qui centralisaient dans leurs ports le mouvement de la navigation ; elles faisaient de la colonisation une affaire d'Etat, systématiquement poursuivie, et c'est de cette façon seulement qu'on obtint des résultats sérieux et défmitifs. Les différentes cités se choisissaient, suivant leur situation, leurs itinéraires particuliers et s'arrangeaient en conséquence ;

car les divers bassins maritimes qu'il s'agissait d'exploiter et les peuplades de toute espèce avec lesquelles on voulait nouer des relations exigeaient un apprentissage spécial, une expérience et une pratique appropriées au but. En outre, chacune de ces cités commerçantes, mettant à profit les leçons des Phéniciens, cherchait à écarter de son itinéraire à elle toute immixtion étrangère. Il se forma ainsi sur mer comme des voies à ornières fixes qui conduisaient d'une place commerçante à une autre. C'était comme si on n'avait pu aller à Sinope qu'en partant de Milet et comme s'il avait fallu partir de Phocée pour aller à Massalia. » '

Malheureusement, si l'émulation entre les métropoles a été une des principales caues de l'intensité de la colonisation grecque dans certaines régions — dès qu'une ville achéenne avait une colonie, une ville ionienne ou une ville dorienne en établissaient une le plus près possible pour lui faire concurrence — cette concurrence commerciale, ravivant les

jalousies de race, n'eut que trop tôt fait d'allumer ces i Curtius. op cit., !. p. 5H.

guerres sanglantes qui dévastèrent la Grande Grèce — Siris ruinée par Sybaris, puis Sybaris par Grotone, puis Grotone par Locres — et qui, comme on le verra en Sicile, n'assurèrent la suprématie de Syracuse qu'aux dépens de la prospérité ou même de l'existence de dix colonies rivales. Malgré ces déplorables rivalités et les ruines qu'elles ont accumulées, la colonisation grecque n'en reste pas moins un des plus grands mouvements civilisateurs dont la Méditerranée ait été le théâtre. Et, loin d'affaiblir la mère-patrie, cette prodigieu e expansion de ses enfants a rendu service à l'hellénisme. G'est que, comme l'a dit encore excellemment GurtiusS i( les Grecs unissaient, à un degré qu'on ne rencontre chez aucun autre peuple, un désir insatiable de pénétrer dans les régions lointaines avec le patriotisme le plus fidèle. Ils emportaient partout leur patrie avec eux. Le feu allumé au foyer de la cité, les images des dieux de leur race, les prêtres et les devins issus des anciennes familleâ, accompagnaient les citoyens en route pour l'étranger. Les divinités protectrices de la métropole étaient invitées à prendre part au nouvel établissement, où l'on aimait à tout reproduire, citadelle, temples, places et rues sur le modèle de la ville

natale. D'après les idées des Grecs, ce qui constituait la cité, ce n'était pas le sol et les constructions qu'il portait, mais les citoyens. Par conséquent, là où habitaient les Milésiens, il y avait une Milet. G'est pour cela qu'on transportait volontiers à la colonie le nom de la métropole, ou le nom de quelque bourgade appartenant au territoire de la métropole qui avait fourni un contingent notable de colons.

« Toutes les tribus de la nation grecque ont pris part à la grande œuvre de la colonisation : mais ce sont surtout les Ioniens, vrais nomades et coureurs d'aventures, qui, des deux centres de leurs expéditions, Ghalcis et Milet, ont pratiqué la colonisation en grand. Le talent naturel qu'ils avaient de se tirer partout d'affaire et de se trouver partout chez eux, ils en ont fait un art où ils étaient passés maîtres

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