HELLÈNES ET INFMIKNGES HELLÉNIQUES EN PERSE
allégoriquement la défaite des barbares d'Orient ; il dut donc être peint entre les deux guerres médiques, et un Perse, qui prit part à la seconde, l'aura emporté comme objet curieux et trophée de campagne '. L'instinct de pillage et de haine ne fut peut-être pas seul à se satisfaire de la sorte ; il se pourrait que ces ouvrages eussent été appréciés pour eux-mêmes. Les palais des rois, en effet, possédaient des œuvres d'art grecques obtenues sur commande et non comme butin ; tel le cratère d'or de Théodore de Samos, et le cep de vigne, également en or, que le même artiste avait exécuté pour Artaxerxès -.
Quelle action sur l'art perse eurent ces deux faits : importation d'objets grecs, appel à la main-d'œuvre occidentale ? Il nous reste de cet art peu d'échantillons '', mais caractéristiques. Il s'est constitué vers la fm du vi^ siècle, « quand l'architecture et la sculpture grecque en étaient encore à se dégager des entraves et des tâtonnements de Tarchaïsme ' ». Aussi cet art « de contamination » prit-il dès l'origine une physionomie qui révèle avant tout des emprunts à la Ghaldée. D'ailleurs, à l'aube de la dynastie achéménide, l'aversion est générale à l'égard de la culture grecque. Mais celle-ci a plus de sève, d'originalité et de force ; bientôt l'art ionien conquiert tout son développement et la maîtrise de ses moyens, et c'est lui qui commence à réagir sur les arts de l'Orient '". A vrai dire, dans la conception générale, la disposition des édifices, le choix des formes, il n'y a presque pas d'imitation. On a relevé pour-
1. Ed. PotUcr. CompL. reml. de VAcad. des Inscript., 1902, p. 42S-438.
'2. Giiarùs de Milylùnc. ap. AIIioikm'. XII. j). .'il4 f: Iliniorius, Eclof/.. 31, 8 Wcrnsd.
:i. Maspéro, Ilist. anc, III, p. 8i3, résume ainsi les faillies traces laissées par les Perses : « Une douzaine de palais, autant de toniheaux, des autels el des stèles i;lairseinées, des trafj;nients d'(''poi)i''es i-ecueillis par les (Irecs, les débris, remaniés souvent. d(!S livres rolisieux d'où l'Avosta osl issu. Il
i. Cf. Pern.t et Chipie/, Hisloire de larl, V (189U). p. 888-8!M .
o. Hérodote avait cru remar([uer (1, 13.), 1) (|ueles Perses étaient très prompts à se modeler sur les mœurs des peuples avec losijuels ils entraient en contact.
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tant cette analogie : au palais d'Ecbatane, d'après la description de Polybe i, les cours ont dû être entourées de portiques à colonnades, alors que les cours assyriennes auraient été presque ouvertes ^ Les Perses ont admis le principe du rythme architectural; chez eux, comme en Grèce, les portes ont des dimensions dont les mesures sont en rapport très simple (1 à 2 1 /2, à 2, à 1 1/2) ^ ; mais ce principe semble aujourd'hui une chose babylonienne, qui passa ensuite à la Grèce '. Quant au système modulaire, qui subordonne toutes les grandeurs à une commune mesure, système générateur de r « ordre », qui est essentiel à l'art grec, seule de toutes les architectures asiatiques, celle des Achéménides l'adopta, avec un peu moins de rigueur toutefois que celle des Hellènes ^
En somme, fort peu de traits communs ; mais on en relève dans l'exécution : non seulement une certaine souplesse dénonce ou laisse supposer une main hellénique, accomplissant une tâche dont le programme lui est imposé ; il y a plus : divers motifs ont été littéralement copiés. On observe au portique du « tombeau de Cyrus », à Pasargades, un type de base qu'on croirait transporté tel quel de l'Héraion de Samos : c'est un épais coussin, un gros tore dont la tranche convexe est creusée de cannelures horizontales ". Dans le détail de l'ornementation, on retrouve certains motifs tout pareils, ainsi que sur les listels qui encadrent les portes des tombeaux de Persépolis (rangées de perles et d'oves), ou en dessous des volutes des chapiteaux et le long
2. J. de jNlorgan, Mission scientifique en Perse, IV, 1 (1896), p. 244-5. •!. M. Dieula.foy, VArf antique de la Perse, ['aris. II (1884). p. 35 36.
4. Ici., CompL. rend, de l'Acad. des Inscripf., 1913, p. 46. Une tablette chaldéenne permettrait d'établir que le temple de Bel à BaUylonc était rytbmé sur le triangle équilaléral. comme le l'ut plus tard le Mausolée d"Halicarnasse.
5. Perrot et Cbipicz, i/)id., V, p. 458 ; C. Babin, Revue archéologique. 1891, I, p. 376-7: P'r. Benoit, L'Architecture, I. Antiquité. Paris, 1911, p. 416. On connaît au temps de Sargon un temple de type gréco-plirygien dans l'Arménie dont la population conquérante était apparentée aux Plirygiens, Perrot, ibid., Il, p. 411.
6. W. Klein, Archaeologische epigraphische Mitiheilungen. IX (1885), p. 186 : Benoît, op. /.. p. 411 S(j., fig. 278, i-ii.