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LES CAUSES DF, LA VICTOIRE HELLÉNIOUE

contemporain, celui d'Hérodote, n'en dit pas un mot, et qu'on ne la trouve que chez des écrivains postérieurs, agrémentée d'ailleurs de détails certainement inexacts. Le silence d'Hérodote n'est cependant pas une preuve certaine, car il ne donne des événements de Sicile qu'une version très résumée. Qu'il y ait eu ambassade au sens formel du mot, cela n'est pas certain ; mais qu'il y ait eu, de part et d'autres, connaissance des armements respectifs, et que le Grand Roi ait essayé, par l'intermédiaire des Phéniciens, d'influencer les Carthaginois, c'est ce qui paraît fort vraisemblable.

Contre les forces réunies de l'Orient et de l'Occident, qu'avait à opposer l'hellénisme ? Une première qualité d'abord, celle qu'on pourrait appeler la hardiesse et l'esprit d'initiative des peuples jeunes. On a montré, dans un précédent chapitre ce qu'il y avait de tempérament aventurier dans l'histoire de l'Ionie au vi^ siècle, en particulier dans la politique extérieure et l'expansion de Milet. On retrouve des manifestations de ce même tempérament dans la Grèce des guerres médiques^

Il faut se défier d'une tendance naturelle et dangereuse qui consiste à voir sous un jour trop flatteur ceux qui ont fait de grandes choses. On est parfois trop disposé à idéaliser les « Marathonomaques ». Les documents figurés de la fin du vi^ siècle et du début du venons représentent sous un jour assez peu édifiant la génération qui a repoussé l'invasion barbare ; les scènes d'ivresse et les sujets licencieux qu'on voit représentés si couramment sur les vases peints de cette époque nous montrent les futurs combattants de Salamine comme des débauchés robustes et sans scrupules, et non comme des patriotes austères. Et les textes historiques, même les plus favorables, ne font que coufiriiier cette opinion. Miliiade, le vainqueur de Marathon, est un

1 . l>a criliciuc; dos sranflos journôos dos guerres modiques a l'-lô renonvohkyjar deux ouvraf<is, A. Gruiuly, The (/real persian irav (l'.)Ul) cl U. Dclbruck, Geschichleder Krieffs/cunsl (2" éd. 11)08). Ses rôsuitats se Irouvenl ri'suiiK's par li. Obsl. Der Feldzlurj des Xerxes (Leipzig. 19i:j).

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aventurier au même titre qu'Aristagoras de Milet. Ses débuts et sa fin montrent plus d'énergie que de moralité. Avant l'invasion perse, pour des raisons que nous connaissons mal, il avait été chercher fortune loin d'Athènes : tyran de la Chersonèse et de Lemnos, vassal de Darius, il voulut le trahir sans vergogne après la campagne de Scythie; après Marathon, son tempérament de conquistador l'entraîna dans une nouvelle et dangereuse aventure ; il voulut aller s'emparer de Paros, et sans doute en piller les trésors ; il échoua, fut blessé, et revint mourir, misérable et honni, dans la ville qu'il avait sauvée. Et Thémistocle, plein de ruse et de hardiesse, jouant au plus fin avec les Athéniens qu'il conduit où il veut, avec les Spartiates qu'il abuse, avec le Grand Roi qu'il a toujours étrangement ménagé et chez lequel il finit par se réfugier, pauvre au début des guerres médiques, riche de 100 talents avant son exil et qui meurt en gouvernant Magnésie pour le roi de Perse (463), Thémistocle, est bien, lui aussi, de la race des colons hardis du vu® et du vi'^ siècle. '

Mais l'esprit d'aventure, avec l'absence de scrupules, comporte la décision et l'esprit d'initiative ; et ce sont là des qualités qu'on retrouve chez les héros des guerres médiques: la décision, qui permet à Miltiade ou à Thémistocle de faire triompher, au milieu des stratèges incertains ou des généraux malveillants, le parti de l'action, et même de l'ofTensive ; l'initiative, qui leur inspire dans la bataille de ces résolutions hardies et mêmes surprenantes qui décident de l'issue du combat, comme le fameux « pas de charge » de Marathon. « Les Athéniens, dit Hérodote, furent les premiers des Grecs à attaquer l'ennemi au pas de course ; cette manière de combattre fit l'étonnement de leurs ennemis, qui pensaient que c'était une foHe de la part des Athéniens, et bien dangereuse encore, que de prendre une pareille oiîensive, et cela, sans être soutenu par de la cavalerie ou des archers. » A Platées, de même, à travers toutes les anecdotes et les digressions qui font le charme, et, il faut bien le dire aussi, l'obscurité du récit d'Héro-

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dote, on peut deviner chez Pansanias de véritables combinaisons stratégiques, appropriées au terrain et aux circonstances. Il y a là l'indication d'une tactique nouvelle et plus souple, dont les généraux perses, plus traditionnalistes, n'avaient pas l'idée.

A côté de cette supériorité morale, les Grecs avaient dans leur armement un avantage considérable. Ils étaient habitués aux marches pénibles avec un lourd chargement. La victoire grecque, dit Eschyle, fut le triomphe de la lance sur l'arc i ; et la bataille de Platées, d'après le récit d'Hérodote, montra l'infériorité du fantassin perse, mal défendu par son bouclier d'osier contre l'hoplite athénien ou Spartiate muni de sa massive panoplia, avec le bouclier, le casque, la cuirasse, les jambières, l'épée et la lance.

Les Grecs avaient encore un autre avantage, dû aux circonstances : ils combattaient chez eux, en Sicile comme dans la Grèce propre. Leur mobilisation ne fut pas compliquée, l'approvisionnement ne les embarrassa jamais; tandis que les Carthaginois, s'ils avaient été vainqueurs, auraient eu à résoudre le problème, — problème devant lequel Annibal lui-même échoua deux siècles et demi plus tard — , d'entretenir une armée à plusieurs jours de traversée des côtes d'Afrique. Le problème fut encore plus difficile pour les Perses lors de l'invasion de Xerxès.Il fallait quatre mois à une armée pour aller de Suse à Sardes, qui fut le point de concentration des troupes royales lors de la seconde invasion; mais, à Sardes, on était encore fort loin de l'Hellespont ; et, après l'Hellespont, l'armée perse avait encore à traverser les âpres régions de la Thrace avant de déboucher en Macédoine ; si bien que, partie de Sardes en mars ou avril, elle n'atteignit Salonique qu'en juin. Le trajet par mer n'était pas plus sûr; les tempêtes sur la côte magnète, plus encore que la valeur des Grecs à la bataille de l'Artémision, se chargèrent de faire perdre à la flotte perse, avant Salamine, sa supériorité numérique.

1. Ksctiyle, l'ers., 147-14') : TTOTspov tôÇov pûfxa tô vcxtùv "Il ^'jopoY.pi'^ryj Aoyy r^; 'i/'^; Y.v/.pi-r^/.vt .

Mais ce n'était pas tout d'amener une armée en Grèce : il fallait l'y entretenir. Xerxès avait bien pensé à la question de l'approvisionnement, et des postes de ravitaillement avaient été établis en Thrace ; il n'en est pas moins vrai que ni lui ni personne ne pouvait résoudre, à cette date, le problème de faire vivre en Attique, qui nourrissait avec peine, et en temps de paix, 150.000 habitants, une armée que les évaluations les plus modestes ne peuvent réduire à moins de 200.000 hommes, y compris les valets d'armée, et toute cette tourbe qui a toujours accompagné les armées d'Orient.

A côté des avantages que leur donnaient leurs qualités naturelles et leur situation géographique, les Grecs avaient un dangereux défaut : ils l'ont toujours eu, depuis les disputes héroïques et légendaires sous les murs de Troie jusqu'aux querelles navrantes qui ont précédé et motivé, au 11*^ siècle avant notre ère, l'intervention romaine : ils n'étaient pas unis. A Sparte, à la veille de Marathon, le roi Démarate avait fait expulser son collègue Cléomène, pour être plus tard forcé lui-même par Léotychidas de quitter la ville. En Attique, les Pisistratides déchus avaient conservé des partisans ; et, si les Perses choisirent Marathon comme lieu de débarquement, c'est parce qu'ils savaient trouver dans cette partie de l' Attique des partisans des anciens tyrans, qui étaient déjà revenus une fois par là cinquante ans auparavant. Divisées intérieurement, les cités étaient ennemies entre elles. A l'instant le plus grave de l'histoire de la Grèce, pendant les années pleines de menaces qui séparent Marathon de Salamine, les Athéniens et les Eginètes engagèrent les uns contre les autres une lutte obscure et âpre ; ces dissensions faisaient perdre aux cités le sens de l'intérêt général ; et, quand Thémistocle voulut persuader les Athéniens d'avoir une flotte de premier ordre et de mettre « leur avenir sur la mer », il fut obligé d'invoquer, non pas, comme on pourrait le croire, le péril perse, mais bien le péril éginète, le seul auquel le gros public d'Athènes fût sans doute sensible à ce moment. Au reste, si l'on veut s'en rendre compte,

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