‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 117 sur 216 · LA CRITIQUE A L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE A L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS

être assujettie, de toutes les formes qui peuvent la modifier. Pour un observateur attentif, qui ne voit dans les événements les plus diversifiés en apparence que des effets naturels d'uu certain nombre de causes différemment combinées, la Grèce est en petit l'univers, et l'histoire de la Grèce un excellent précis de l'histoire universelle. Jetons un coup d'œil sur le berceau de ce peuple célèbre façonné par des mains étrangères; nous y verrons le monde en son enfance, et tel que nous le montre encore aujourd'hui l'Amérique, cultivée par des colonies européennes. L objet est intéressant pour la curiosité; c'est une belle carrière ouverte à la réflexiou. »

L'auteur de ces pages est le frère de Bougainville le navigateur ; il fut quelque temps secrétaire perpétuel de l'Académie, et ce fut lui qui, à ce titre, eut à faire l'éloge de l'illustre Fréret. On ne lit plus guère aujourd'hui ces notices de nos anciens secrétaires perpétuels; elles offrent pourtant une bien vive et bien fidèle image de la vie académique et du mouvement de la science, notamment en ce qui concerne les lettres grecques. L'Allemagne , qui nous a fort dépassés depuis ce temps, oublie trop ce qu'il y avait alors en France de sérieux érudits à côté des génies brillants et des esprits futiles. Ceux qui comprenaient comme Bougainville l'étude des antiquités de la Grèce n'y cherchaient certes pas une occupation frivole; c'étaient les dignes précurseurs de la grande école critique dont s'honore notre temps. Le choix même des sujets que l'Académie mettait au concours marque bien la direction et la mesure de il. 18

274 L'HELLÉNISME EN FRANCE. — 28e LEÇON.

cette curiosité savante (I). C'étaient, par exemple, l'Histoire des expéditions de nos ancêtres en Asie et celle du royaume grec des Galates (1741); la question : « Pourquoi la langue grecque s'est conservée si longtemps dans sa pureté, tandis que la langue atine s'est altérée de si bonne heure? » (1758); la Comparaison de la ligue Achéenne avec celle des Suisses en 1307, et celle des Provinces-Unies en 1579(1781).

Jusque dans les écrits où l'érudition française affecte, pour plaire au public, quelque frivolité de langage, elle cache souvent sous cette forme un fond sérieux de doctrine. L'Essai d'une nouvelle histoire romaine, charmant badinage de l'abbé Barthélémy (2), continue, pour le fonds des idées, la controverse de MM. Sallier, de Pouilly et de Beaufort (3), sur l'authenticité des récits anciens concernant les premiers temps de Rome. Niebuhr et son école n'ont fait que reprendre et agrandir un problème depuis longtemps posé par la critique française, mais qu'elle n'a pas su approfondir avec assez de patience et de courage.

(1) Voir l'intéressante bibliographie de Deîandine, Couronnes académiques, ou Recueil des prix proposés par des sociétés savantes, etc. (Paris, 1787, 2 vol. iu-8°).

(2) Imprime pour la première fois, en 1792, dans le Mercure, mais qui semble, par sa composition, bien antérieur à cette date. Il a été réimprimé, d'après le manuscrit et avec les notes de Barthélémy , dans le tome II de ses Œuvres diverses, par le baron de Sainte-Croix.

(3) La mémorable Dissertation de ce dernier sur l'incertitude des cinq premiers siècles de l'Histoire romaine vient d'être reimprimée (Paris, 1860, in-8°) par les soins de M. A. Blot*

Page 1