‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 142 sur 216 · LA NOUVEI4LE CRITIQUE EN FRANCE · texte numérisé non relu

LA NOUVEI4LE CRITIQUE EN FRANCE

de la morale, les luttes intérieures de la conscience humaine ; elle nous intéressait à ce dramatique spectacle. Sans méconnaître la grandeur des idées et des sentiments chrétiens, elle nous montrait dans Homère, dans Pindare et dans Sophocle les interprètes d'idées et de sentiments qui méritent mieux qu'une dédaigneuse indulgence.

Le même esprit a dicté les belles considérations de M1™5 de Staël Sur la littérature dam ses rapports avec les institutions sociales. C'est là un livre qui relève évidemment d'une autre inspiration que toute la critique littéraire du dix-huitième siècle. L'auteur a peu lu, je le crois, Fénelon, Voltaire et l'abbé Batteux ; elle ne cite qu'une fois, et avec respect, YAnacharsis de Barthélémy, encore est-ce pour le réfuter. Elle ne cite pas davantage les critiques allemands ; ce n'est point une érudite comme Mme Dacier, qui s'appuie, à chaque page, sur des autorités savantes; mais on voit qu'ils sont ses véritables maîtres et qu'ils lui ont appris sa large et féconde manière d'interpréter les littératures anciennes. Ce qu'avait seulement aperçu l'ingénieux Fénelon , « l'aimable simplicité du monde naissant » , devient chez elle toute une théorie historique. Comme elle nous fait comprendre que les œuvres de l'imagination et celles de la raison ne sont pas soumises à la même loi de progrès ! Comme elle nous montre, chez les Grecs, l'heureux avantage d'une iuvention poétique qui s'exerce sans leçons et sans modèles, en présence de la nature, devant les types les plus parfaits de la figure humaine ! Jamais on n'avait mieux saisi les beautés de la langue d'Ho-

mère, cette peinture naïve des moindres choses de la vie. Jamais on n'avait su nous faire sentir Jusque dans l'éloquence politique, cette noble franchise du langage que n'embarrassent pas les souvenirs du passé ni les servitudes du pédantisme scolaire. La Révolution aussi apportait alors ses leçons à la critique; elle l'aidait à mieux comprendre les libres institutions d'Athènes et ce que de telles institutions eurent d'encouragements pour le génie d'une petite race d'hommes merveilleusement née, heureusement nourrie aux jouissances du beau. C'est en vingt pages à peine que Mmc de Staël parcourt les trois principales périodes de la littérature grecque, marquées par les noms d'Homère , de Périclès et d'Alexandre. Mais , en ces vingt pages, il y a plus de substance que dans plus d'un gros livre ; j'en détache presque au hasard quelques pensées et quelques récits d'un laconisme pénétrant que le lecteur n'admet pas toujours sans réserve, mais qui ouvrent comme de larges horizons à son esprit. « L'imprimerie, si favorable au progrès, à la diffusion des lumières, nuit à l'effet de la poésie ; on l'étudié, on l'analyse, tandis que les Grecs la chantaient et n'en recevaient l'impression qu'au milieu des fêtes , de la musique et de cette ivresse que les hommes réunis éprouvent les uns pour les autres. » — « L'approbation du peuple grec s'exprimait plus vivement que les suffrages réfléchis des modernes. Une nation qui encourageait de tant de manières les talents distingués devait faire naître entre eux de grandes rivalités, mais ces rivalités servaient à l'avancement des arts. La palme la

Page 1