BIBLIOTHÈQUE GRECQUE-LATINE DE D1D0T
toriens grecs, contenus dans des traductions orientales dont nous avons plus haut signalé l'importance en ces sortes de recherches. Le volume qui renferme VAnabase d'Arrien a pour appendice le roman historique du faux Gallisthène sur Alexandre le Grand, dont des extraits seulement avaient été publiés par Berger de Xivrey dans ses Traditions tératologiques (i8'36), et dans le tome XIII des Notices et extraits des manuscrits.
Le recueil des orateurs attiques et des sophistes est aussi remarquable à ce titre qu'il nous offre, plus nombreux qu'en aucune autre édition, les fragments des œuvres oratoires dont nous n'avons pas le texte complet ; c'est là que sont réunis pour la première fois les discours d'Hypéride, si inopinément rendus à la lumière d'après des papyrus découverts depuis 1848 dans une nécropole de l'Egypte et publiés pour la première fois, en Angleterre, par MM. Harris et Babington, puis, en Allemagne, par MM. Boeckh, Schneidewin et autres savants. Au reste, ce second volume des Oratores attici était à peine achevé en France par M. C. Mûller, que déjà l'Angleterre nous envoyait encore (i856) de nouvelles pages, et de fort belles, du même orateur. Deux hellénistes français se sont aussitôt mis à l'œuvre pour nous faire jouir de ces pages (Oraison funèbre de Léosthène et de ses soldats morts daus la guerre Lamiaque) : M. Dehèque, qui les a publiées en grec et en français dans le format même de la Bibliothèque F. Didot (i858), et M. Gaffiaux, qui les a également traduites et qui en a sans cesse amélioré le texte dans trois éditions successives (i858, 1861, 1866). Quelques fragments encore d'Hypéride (Discours contre Démosthène, dans l'alfaire d'Harpalus), fragments qui proviennent des mêmes trouvailles, ont été récemment achetés, des mains d'un propriétaire athénien, par M. Mi-
chel Chasles, de l'Institut de France ; ils viennent d'être publiés par M. Egger (i).
D'autres auteurs, dans la Bibliothèque Didot, ont été ainsi accrus, ou le seront prochainement, par l'adjonction de textes inédits.
Par une exception que justifiait l'autorité du commentateur, l'Anthologie grecque figure dans cette collection avec les notes jadis recueillies en vue d'une édition nouvelle par Boissonade ; en les préparant pour l'impression, après la mort du célèbre helléniste, Diibner les a revues et complétées à l'aide des meilleurs travaux de la critique étrangère.
Ce nom de Diibner nous est l'occasion de remarquer, non sans regret pour notre nation, que les savants qui ont procuré tant d'éditions pour M. Didot sont tous, ou presque tous, des Allemands. Cela s'explique, selon nous, non par quelque indifférence notable de nos compatriotes pour les études grecques (les faits réunis dans ce rapport le montrent assez), mais par le tour particulier que prend d'ordinaire chez nous l'éducation des hellénistes ; même dans notre École normale supérieure, la philologie proprement dite est presque toujours primée par la critique littéraire ; les questions de goût passent avant celles de critique verbale et de grammaire. Nous préparons des humanistes habiles à expliquer les textes d'élite et à en faire aimer les beautés, rarement des philologues capables des fonctions d'éditeur, pour lesquelles, au contraire, l'Allemagne entretient et renouvelle sans cesse une véritable armée de travailleurs toujours prêts à l'œuvre. Ceux de nos hellénistes qui connaissent les manuscrits et les vieilles éditions, qui savent les interroger, instituer et justifier méthodiquement la récension d'un texte,
(1) Voir plus haut, p. 430, note 1.