ACTE I, SCÈNE XI
Etant donnés d'ailleurs les marchés que vous faites,
Vous pouvez acheter du vin, donner des fêtes,
Installer votre fils avec pompe, nourrir
Tout Alençon, vers vous enchanté d'accourir.
Et n'allez pas surtout marchander la dépense
A monsieur votre fils, car vous allez, je pense,
Avec un homme aussi superbement logé,
Séduire le barreau, conquérir le clergé,
Prendre avec le fumet qui sort de vos cuisines
Un tas de gros plaideurs dans les villes voisines...
Seulement, il faudra que vous réfléchissiez,
Les plus pauvres, là-bas, aiment les vins princiers;
Les moindres avocats ont là des ruses telles
Qu'ils font sortir du vin toutes leurs clientèles.
LA HANTERIE.
Bah!
C'est comme je dis.
LA HANTERIE.
Oh!
BRANOUILLAC.
C'est comme je dis.
Alençon pour le vin est un vrai paradis : Château-Yquem, château-Latour, château-Laroze, Château... Vous en doutez? Bien, parlons d'autre chose.
A La Hanta ie qui éclate.
Je n'aime pas beaucoup que l'on me rie au nez.
LA HANTERIE.
Vous m'étonnez.
BRANOUILLAC, blessé.
C'est vous, mon cher, qui m'étonnez.
Car monsieur votre fils, avocat de province, Pour dix-sept mille francs est logé comme un prince.
LA HANTERIE.
Vingt mille.
BRANOUILLAC.
Non, dix-sept.
LA HANTERiE.
Comment le savez-vous?
C'est vingt mille.
En public, mais dix-sept entre nous.
Pas vrai?
LA HANTERIE.
Mais cet achat, tout le monde l'ignore. J'ai signé...
BRANOUILLAC
Pas plus tard qu'hier.
LA HANTERIE.
Comment! Encore!
Voilà, sur ma parole, un homme renseigné!