MADAME LA HANTER1E
Mon fils! Je ne crois pas.
Croyez, si bon vous semble.
Vous fûtes, contre moi, toujours d'accord ensemble. Je suis plus que jamais d'amertume abreuvé, Car votre fils n'est rien de ce que j'ai rêvé. Un rimailleur, un fat, qui jette comme un prince Des sonnets libertins aux journaux de province; Pour rien, gratis, pour rien. C'est fort intelligent. Avez-vous quelque part caché de son argent? Il a mangé le mien, c'était bien plus commode.
Feuilletant des papiers.
Une églogue, une idylle, un madrigal, une ode,
Un drame, sacrebleu! j'en devrais tomber fou.
Car j'ai tout avalé... Qu'il gagne donc un sou,
Votre fils !... Des succès! Vous en étiez jalouse!
Il a mangé cent francs, à l'auberge, à Toulouse.
Ensuite il a voulu descendre jusqu'à Pau.
Il eut de mes moutons avalé le troupeau,
Si, malgré votre avis, coupant court au programme,
Je ne l'eusse arrêté par un bref télégramme.
Nous tombions en faillite avec ce lauréat.
A l'église, avec vous, il prend un air béat,
I! vous fait des serments. Des serments? Des parjures!
S'il est docteur en droit, c'est grâce à mes injures.
Vous ne l'ignorez pas, votre fils n'a marché
Que devant les sermons de son père fâché.
44 LHERBAGER
Il me doit tout. N'aviez-vous pas en mon absence Borné vos vœux et votre orgueil à la licence? Je ne l'ai pas voulu. Je me suis révolté. Votre fils ! à lui seul, il m'a plus tourmenté Que dix enfants!
madame la hanterie, désignant son mari .
Que dix enfants... Toujours le même!
Allant vers lui.
Voyons, vous savez bien que votre fils vous aime, Vous le calomniez. 11 vous respecte.
LA HANTERIE.
Non; Si vous étiez encore attachée à mon nom, Je vous dirais...
MADAME LA HANTERIE.
Parlez!
LA HANTERIE.
Vous voulez bien m'entendre?
MADAME LA HANTERIE.
LA HANTERIE.
Vous le saviez?
MADAME LA HANTERIE.
Non.
Mais oui.