ACTE II, SCENE XII
BEAU F E RM A NT, debout.
Versez donc à plein verre et que la gaîté brille! Maîtres et serviteurs, nous sommes en famille. Amis, vos bons souhaits au cœur me sont allés.
// lève son verre.
Aux arbres pleins de fruits, à nos champs, à nos blés! A tous les gains futurs que Dieu voudra permettre! A vous, amis, enfants, serviteurs!
TOUS
Au bon maître!
octave, debout.
Je bois aux laboureurs, je bois aux pavsans! Aux derniers survivants de races disparues, Qu'on n'a pas vus trainer, mornes, à pas pesants, De rêve ambitieux sur le pavé des rues.
A nos frères, contents du bon pays natal, Qui vivent simplement comme vivaient leurs pères. Aux terriens, qui n'ont pas sur le seul capital Coupablement fondé l'espoir des jours prospères.
Ceux-là du toit champêtre ont maintenu l'orgueil, Ceux-là n'ont pas voulu que la famille meure; Quand l'aïeul, au midi, se chauffe près du seuil, Le rire des berceaux chante dans la demeure.
Les laboureurs ont fait gardienne du foyer La douce paix qui rend douce la servitude; Sous le joug du travail ils ont dû se ployer, Mais l'effort redoublé devient une habitude.
Chez eux, sans invoquer la loi d'humanité, Le vieillard a passé la charrue à l'éphèbe; Aux poussières du champ friable ils ont jeté La poussière du grain, et compté sur la glèbe.
Robustes ouvriers de la plaine et des monts, Ils viennent cultiver les biens héréditaires; Enivrés du grand air qui gonfle leurs poumons, Forts du sang généreux qui court dans leurs artères.
J'ai vu, quand Messidor allumait son soleil, L'attaque des faucheurs contre les moissons blondes; Dans le blé mur, au sein de l'orge et du méteil, Les clairs outils faisaient des entailles profondes.
Et les faucheurs, glissant la lame au ras du sol,
Arrachaient la javelle aux avoines houleuses;
Les brûlures du hâle avaient rougi leur col,
Les faux d'acier vibraient entre leurs mains calleuses,
Et j'ai, mes chers amis, bien aimé ce combat. Il fallait, sous l'effort des lutteurs pacifiques, Que la grappe obéît et que l'épi tombât, Pour former le faisceau des gerbes magnifiques.
Et la terre, d'où sont sortis nos vieux pommiers, Nous montre ses trésors et dit : « Venez tout prendre! » Et nous, ses fils, toujours nous serons les premiers : Debout pour l'exalter! debout pour la défendre!...
Je vais porter un toast!