L'herbier; poésies
-Lorsqu'un oiseau captif, échappé d'aventure, Vole au grand inconnu qu'il croit la liberté, Lorsqu'il veut d'un coup d'œil mesurer la nature, Méprisant le logis si longtemps habité.
Son maître, de la nuit voyant approcher l'heure ( C'est quand on sait aimer que l'on devient craintif), Contemple tristement cette chère demeure, Appelant, mais en vain, l'ingrat, le fugitif.
Sentant que son amour lui-même l'efiiirouche, Que le cœur a parfois de trop brusques accents, Il arrête les mots les plus doux sur sa bouche, Mots chéris au matin et qui n'ont plus de sens.
Il apporte en tremblant une cage déserte. L'attache doucement à l'ombrage connu, Y met son meilleur grain, laisse la porte ouverte, Espérant déjà voir son ami revenu.
Parfois le voyageur s'abat sur la fenêtre; Il hésite, il compare, il songe à ses grands bois, Et préférant (qui sait?) le logis ou le maître. Reprend sa cage d'or et ses chants d'autrefois.
C'est ainsi que j'ai fait, ô volage colombe, Je ne veux pas savoir tout ce que j'ai souffert, Mais l'orage a grondé, le jour meurt, la nuit tombe. Reviens! je t'ai gardé mon triste cœur ouvert!
Viens ! je n'entendrai pas le doux bruit de ton aile, Je retiendrai mon souffle et je vivrai tout bas; Ne crains pas mes regards, ô ma chère infidèle. Mes yeux ont trop pleuré, je ne te verrai pas!