‹ L'herbier; poésiesChapitre 7 sur 29 · DÉDICACE · texte numérisé non relu

DÉDICACE

'DÈTflC^CE

1 u n'étais que petite fille Que l'on t'aimait, sérieuse déjà !

A l'âge où l'on rit et babille Tes yeux semblaient parfois regarder au delà!

Ta gravité charmante Te suivit à « la pension », Tu semblais, quoique souriante.

Rêver à quelque mission!

Hélas! tu l'as vécu, ce rêve Tout fait de douleur et d'amour; Vaillante, tu luttas sans trêve, Et cela jusqu'au dernier jour!

Tout ce que je dis là ne vient guère à sa place, Mais en cherchant ici le mot de dédicace

Fait pour être flatteur, Au lieu de mon esprit je sens s'ouvrir mon cœur, Et je vois repasser ces rapides journées Qui s'écoulent si vite et qui font les années.

C'est que le cœur de l'homme est fait comme la mer Qui va ramenant tout sans cesse sur ses plages. Et que tout souvenir revient sur ses rivages, Qu'il soit doux ou qu'il soit amer!

LE f OCTOBRE 1789

LE s OCTCBTiE i^Sc,

v^E fut d'abord au loin un nuage marchant, Se levant des pavés en remous de poussière, Développant son orbe et toujours approchant, Dédaignant des seigneurs la demeure princière, Roulant vers le Palais, comme un boulet au but

Un rayon de soleil entra dans le nuage, Et comme à cet orage il fallait un début, L'alluma d'un éclair de funèbre présage 1

Alors on distingua dans son opacité •

Des yeux étincelants, des piques hérissées,

Des bouches qui criaient : « Vive la liberté !

« Mort à la servitude, aux lâchetés passées!

« Mort à la Reine ! au Roi ! Meure aussi le Dauphin ! »

D'autres bouches s'ouvraient qui murmuraient : «J'ai faim!

Du sang partout 1 du sang coulant sur toute chose. Glissant sur un balcon, éclaboussant des murs, Dans le palais, au parc, dans les recoins obscurs, Vous empourprant encor, marches de marbre rose !

Versailles a gardé le bruit de ces enfers, Les échos sont encor tremblants de la tempête. Et le passant, la nuit, sent peser sur sa tête Comm.e un dais de clameurs suspendu dans les airs.

Versailles.

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