‹ L'hérédité chez la betterave cultivéeChapitre 26 sur 46 · J. DE · texte numérisé non relu

J. DE

« Nous pourrions donner des mêmes chiffres pour les betteraves de distillerie et fourragères que nous isolons dans les mêmes conditions et sur le même terrain, sans que l’on puisse constater dans l’ensemble des résultats différents. »

Shaw (168) considère les fleurs de betteraves comme ne pouvant se féconder elles-mêmes. Sous nos isoloirs une certaine partie des fleurs sont fécondées par le pollen des fleurs voisines; on a soin, pour obtenir ce résultat, de remuer fréquemment la tente comme nous l'avons dit, en agissant sur le pieu central.

20 Obtention et sélection des élites. — Nous citons ici, en la complétant, l'étude que nous avions faite pour la Commission du Ministère de l’Agriculture en 1918. La graine récoltée sur les « premiers choix » est semée l’année suivante dans le champ d’expérience. Cette graine est petite et la diminution de vigueur à la première génération des descendances de plantes de « premiers choix » isolées sous toile est indéniable. Les plantes mères ont été autofécondées, ce qui, pour une plante habituellement soumise à la fécondation croisée, est, comme nous l’avons déjà dit, une cause d’affaiblissement; de plus les plantes sont étiolées et privées en partie de lumière et d’air libre. E. East et D. Jones (47 et suiv.) ont fait, à propos de l’autofécondation, les constatations suivantes :

19 Réduction dans la dimension de la plante et dans la production;

20 Isolement de sous-variétés différant dans leurs caractères morphologiques et accompagnant la réduction de vigueur;

3° À mesure que ces sous-variétés deviennent plus fixes dans leurs caractères, la réduction de vigueur cesse d’être notable.

Nous reviendrons plus loin sur ces observations qui concordent avec ce que nous avons noté en champ d’expérience.

Si donc l’autofécondation permet l'étude de la transmission héréditaire de la forme et de la richesse en sucre, elle produit, d'autre part, une diminution de vigueur dans la descendance. Pour y remédier, lorsque nous avons fixé dans des « lignées » ou descendances de betteraves isolées les caractères de richesse en sucre ou autres que nous recherchons, et que nous en avons éliminé tous les caractères défectueux, nous faisons grainer ensemble deux lignées bien fixées et présentant des caractères communs et nous bénéficions ainsi de la vigueur plus grande de l’hybride par rapport à ses parents. Il est donné à ces différents lots plusieurs notes au cours de la végétation, notamment au sujet du feuillage et de la résistance aux maladies. Les racines, au moment de l’arrachage, sont examinées avec soin. S'il se trouve une proportion trop grande de plantes racineuses, à mauvais collet, ou défectueuses, le lot est naturellement éliminé.

Les lots considérés comme bons dans le champ d'expérience sont

envoyés au laboratoire où se fait l'étude de la transmission des caractères.

Cette étude est faite au double point de vue du poids et de la richesse. Les descendances sont comparées aux plantes dont elles sont issues, correction faite à l’aide d’un même lot témoin cultivé les deux années considérées; la richesse et le poids sont en effet extrêmement variables d’une année à l’autre, suivant le sol et les conditions de culture. Le lot à admettre comme élite doit, naturellement, présenter un poids élevé et une richesse homogène. Il ne doit pas y avoir, par exemple, de betteraves dont les richesses s’étagent de 16 à 20 pour 100, mais un groupe compact d’individus aux environs de 18,5 à 20 pour 100, sans betteraves inférieures.

Comme constance d’une descendance nous donnons les graphiques des richesses en sucre des racines provenant de graines d’une même lignée (lignée A) de générations différentes. Bien que le nombre des individus soit très faible les courbes présentent bien la même allure (graphique A), page 104.

Il est établi, pour chaque lot, des graphiques de poids et de richesse qui permettent d'observer facilement l’'homogénéité de la lignée au point de vue de chacun des caractères considérés ; nous donnons ici deux courbes de lots homogènes au point de vue poids et richesse (graphiques B et C), et deux courbes de lots hétérogènes à ce même point de vue (graphiques D et E); les richesses pour 100 ou les poids sont inscrits en abscisses et le nombre des betteraves en ordonnées. Nous avons employé aussi un autre mode de notation que nous donnons (graphique F). Comme on peut le voir, la diminution de poids dans les lots de race pure est notable. Par contre, l'effet stimulant de l’hybridation est très marqué. Nous l'avons nettement observé dans notre sélection et nous employons ce procédé sur tous nos lots depuis 1919 (1). C’est probablement une des premières applications commerciales qui ait été faites de ce phénomène qui a été appelé, comme nous l'avons dit, heterosis, par Shull.

Il ne faut évidemment pas faire cette hybridation au hasard et il est nécessaire d'opérer sur des lignées de betteraves relativement fixées quant aux caractères considérés. Cela oblige à conserver et à maintenir strictement pures un certain nombre de lignées particulièrement aptes à donner, à la suite de croisements, des résultats avantageux.

Les lots qui ont donné satisfaction dans toutes les épreuves sont consisidérés comme « lots de racines d'élite ». Ces racines sont ensilotées à part et cultivées dans les champs et les environs de Verrières. Chaque lot est planté à une grande distance du voisin afin d'éviter l’hybridation. Il est l’objet de soins particuliers : binages répétés, soins contre le puceron,

(:) Shull (170) expérimentant sur des maïs, autre plante à fécondation croisée, a constaté que les effets nocifs de 5 années d’autofécondation étaient compensés en une année par le résultat du croisement.

récolte de la graine en plusieurs fois, au fur et à mesure de la maturité, etc.

Il est toujours prélevé un certain nombre de plantes dans ces lots. Ces racines servent de « premiers choix » nouveaux pour la suite de la sélection. Le nombre de lots de racines d'élite admis d'emblée est extrêmement réduit ; et il faut généralement deux, et quelquefois trois générations de « premiers choix », pour obtenir un lot d'élite hors de pair.

La graine d’élite ainsi obtenue n’est pas considérée comme définitive; il est prélevé un échantillon pour permettre de semer deux à quatre lignes dans un grand champ d'expérience où toutes les races, toutes les lignées, tous les lots sont cultivés chaque année en comparaison. Depuis plusieurs années nous avons institué de nouveaux contrôles : si les racines sont satisfaisantes comme forme, poids et richesse, elles sont, de nouveau, mises à grainer dans un champ isolé, et la graine est semée dans un dernier terrain d'expérience. Celui-ci comprend cinq ou six carrés d’un are chacun des meilleurs lots d'élite avec un nombre égal de parcelles d’un même lot témoin. Il est fait un prélèvement tous les 15 jours sur ce champ, dans chaque lot, à partir du mois d'août; le développement de la racine et son enrichissement en sucre sont notés. Un nouveau contrôle est fait à la récolte; les poids et richesses moyens sont calculés ainsi que la richesse moyenne par racine; les lots qui ne présentent pas des qualités de premier ordre sont éliminés.

39 Obtention de la graine commerciale. — Elle se fait chez des cultivateurs qui s'engagent, par contrat, à prendre, sous la surveillance de nos inspecteurs, tous les soins de culture : ensilotage et tri des planchons, culture la deuxième année, bonne récolte de la graine, etc.

Comme pour toutes les graines commerciales, un champ d’expérience de contrôle est semé à Verrières avec un échantillon de chacun des lots de graines récoltés chez les cultivateurs. Chaque parcelle est observée pendant la végétation, et le poids et la richesse sont relevés au laboratoire en comparaison avec le lot témoin. Celui-ci est semé tous les 30 rangs, environ, et les résultats des rangs voisins lui sont comparés. Le champ d'expérience contient toujours un essai de toutes les nouvelles variétés. Des milliers d’essais ont ainsi été faits depuis l’année 1800 et l’on en possède les résultats.

Nous donnons page 108, un schéma de la reproduction de quelques « premiers choix ». Dans les cas de 1 à 1 er toutes les épreuves ont été satisfaisantes; dans le cas n° 2, la descendance a été deux fois isolée sous toile. Dans le cas n° 3 les racines W et Z ont été hybridées et une racine de leur descendance jugée intéressante a été choisie et ensuite isolée. Les hybridations avant l'isolement sous toile ne sont effectuées que dans un but déterminé; soit pour hybrider, par exemple, une race à forte richesse avec une race à poids élevé, et pour tenter de réunir dans la descen-

dance ces deux caractères. Cette hybridation est très différente de celle qui a lieu après l'isolement. Dans ce dernier cas, à l'inverse du premier, on ne croise que des betteraves ayant des caractères très voisins. Ceci est à rapprocher du cas des betteraves « jumelles » de Munerati (1).

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