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N° VII

1) FILS bien portant équilibre moral.

2) FILS

suicide

à 22 ans.

PÈRE

suicide à 62 ans.

3) FILS 4) FILS impul- assassiné

sions en

au Amérique,

suicide.

Ne s’est pas suicidé, par égard pour

sa femme.

FILS

suicide

à 17 ans.

5) FILS

suicide

à 28 ans.

6) FILLE 7) FILLE empoi- vit.

sonnée

par le phosphore à 26 ans.

Toute cette famille s’est suicidée sans cause appréciable, sans perte d’argent, etc. Pas de disposition morbide des ascendants. Les 4 hommes se sont suicidés d'un coup de pistolet et avec le même pistolet. Les suicides se sont effectués de la façon suivante :

Début par le 2° fils.

Après quelques mois, fille (phosphore).

4 ans plus tard le 5e fils.

4 ans plus tard le père.

12 ans plus tard le petit-fils de 17 ans.

La folie suicide est une de celles sur lesquelles l’hérédité a peut-être le plus d’action (Esquirol, Falret, B. de Boismont). Les exemples n’en sont point rares, mais il

n’en est peut-être pas beaucoup de plus saisissants que celui ci-contre, rapporté récemment par Maccabruni (1).

De même encore pour la kleptomanie et pour la pyromanie : l’héréditaire (débile ou dégénéré supérieur) ne vole pas, ne met pas le feu comme le paralytique général ou les autres aliénés, il obéit à une impulsion dont il a conscience, il n'ignore pas le plus souvent les conséquences de l’acte qu’il ne peut empêcher. En face de la kleptomanie et de la pyromanie, plaçons de suite les syndromes contraires : la Kleptophobie et la Pyrophobie . La kleptophobie est cet état s’accompagnant d’anxiété, que présentent certains dégénérés, poursuivis par la crainte d’avoir volé. Cette crainte les rend véritablement malheureux; ils passent leur temps à visiter leurs poches, tous les objets de la maison, pensant toujours y découvrir cet objet imaginaire qu’ils craignent d’avoir dérobé. Le pyrophobe est ce malade, qui passe sa nuit à chercher dans son appartement, sur les tapis, sous les meubles, les allumettes ou tout autre objet, susceptible de provoquer un incendie. La kleptophobie et la pyrophobie, que l’on doit logiquement rapprocher de la kleptomanie et de la pyromanie, en sont pourtant, comme on l’a vu, bien différentes cliniquement, bien qu’au fond ces quatre syndromes obéissent aux mêmes lois.

Oniomanie. — L’oniomamie (&ma, achat) est l’impulsion à faire emplette d’un nombre considérable d’objets, en dehors de toute nécessité, irrésistiblement, jusqu’à ce que la bourse soit complètement vide ; certains malades vont jusqu’à voler pour satisfaire leur besoin d’acheter.

Manie du jeu. — Cette manie constituant un syndrome

(i) Maccabruni, Une Famille vouée au suicide . (Arch. di Psychiatrie, vol. IV, fasc. I, pp. 429-440,1883. — Analysé inCentralbl. f. Nervenheilk, 1884, Avril, et Ann. Med. Psych. 1884, XI, p. 361.)

, désigne précisément cette tendance irrésistible au jeu, que possèdent un nombre si considérable d’individus répandus dans la société. On connaît ces malheureuses victimes, entraînées fatalement à chercher la fortune dans le jeu, et à dépenser jusqu’à leur dernier sou pour satisfaire leur passion, sans qu’aucune volonté soit capable de les en détourner. Ces individus sont incontestablement déchus, au point de vue intellectuel, mais il est des cas beaucoup plus typiques encore, où l’impulsion se révèle d’une façon plus catégorique. Les premiers cas seraient rangés plus avantageusement dans la catégorie de la folie morale, dont ils sont une modalité. Dans le second groupe, se range l’observation d’un malade que Magnan a présenté à l’une de ses cliniques. Ce malade était poussé à jouer dès l’âge de 4 ou 5 ans, d’une façon irrésistible; il volait même pour satisfaire son impulsion. Pendant toute sa vie, le même syndrome s’est présenté avec le même caractère impulsif. A ce syndrome, sont venus s’enjoindre un nombre considérable d’autres, particulièrement des perversions sexuelles de formes très variées. Aujourd’hui le malade est devenu paralytique général. Les faits de ce genre sont sans doute très nombreux; il suffirait de les rechercher avec soin, dans les antécédents personnels des véritables joueurs passionnés.

Aboulie. — L’aboulie est un syndrome peu commun, ou du moins, les exemples publiés jusqu’à aujourd’hui, en sont peu nombreux. C’est un phénomène d'arrêt, dont souffrent cruellement les malades, et qui les empêche d’exécuter leur volonté, quand il le faudrait, dans telle circonstance donnée. Le mot aboulie, ne vise nullement ces états de faiblesse de la volonté, si fréquents chez les mal équilibrés; il a quelque chose de spécial. L’aboulique veut réellement, mais une force irrésistible l’em-

pêche d’accomplir sa volonté. Il résiste contre son impuissance, cette lutte s’accompagne d'une anxiété énorme, et finalement elle reste sans effet. Un cas typique d’aboulie appartient à Billod, d’autres sont cités et analysés par Ribot dans son livre sur les maladies de la volonté.

Coprolalie. — Nous devons à Gilles de la Tourette (1) un travail sur le sujet suivant : Coprolalie , Echolalæ avec Incoordination motrice et rapproché par cet auteur, à très juste titre du reste, des affections que Beard a décrites sous le nom de « Jumping du Maine », O’Brien sous celui de « Lata », et auxquelles Hammond a donné le nom de « Myriachit ».

L’auteur considère ces trois aspects cliniques, comme faisant partie d’un même groupe morbide, d’une seule et même maladie. Notons dès à présent, qu’il attribue à cette dernière, comme à toutes les maladies nerveuses, une cause héréditaire. Certains malades sont pris à une époque déterminée de leur existence, d’une incoordination motrice très intense, de tics généralisés. Puis d’autres fois, des symptômes cérébraux compliquent la scène ; les malades prononcent malgré eux des mots, le plus souvent orduriers(coprolalie) ; d’autres fois, les mots qu’ils prononcent sont la répétition irrésistible, comme l’écho, des mots qui viennent d’être exprimés devant eux (écholalie). En lisant avec attention le travail de Gilles de la Tourette, il ressort de la description même de la maladie, que ces différents symptômesressemblent parleurs caractères généraux, aux syndromes que nous énumérons plus haut. L’identité est complète : obsession, impulsion, irrésistibilité ; tout s’y trouve ; de plus, nous avons affaire le plus souvent à un

(1) Gilles de la Tourette, Étude sur une affection nerveuse, caractérisée par de l’incoordination motrice , accompagnée d’écholalie et de coprolalie. (Arch. de Neurologie, t. IX, n° 26, 1885, p. 158-2U0.)

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

terrain héréditaire. N’est-il pas logique, de considérer les trois syndromes de Gilles de la Tourette, comme des syndromes de la folie des dégénérés? Il est impossible cliniquement de les séparer de cette dernière.

Maladie des Tics convulsifs. — M. Charcot désigne sous ce nom, une affection qui comprend non seulement, les cas observés par Gilles de la Tourette, mais encore les tics vulgaires, sans aucun autre phénomène, et qui sont plutôt une infirmité légère qu’une maladie véritable. Dans un travail récent (1), fait sous l’inspiration do M. Charcot, Guinon a donné de cette maladie une description très complète, et que je résumerai ici. Chez ces malades, qui sont des héréditaires, l’affection peut se présenter suivant diverses modalités, quant à l’intensité symptomatique. Parfois, le malade exécute seulement de temps en temps, un mouvement involontaire, grimaces, etc., ou bien prononce subitement un mot, en général toujours le môme.

C’est là la forme la plus légère, mais souvent les symptômes sont plus graves, et, comme l’indique Guinon, cette affection s’accompagne, lorsqu’elle atteint son plus haut degré de gravité, des phénomènes connus sous le nom d’écholalie, echokinésie et coprolalie, ainsi que d’un état mental particulier, qui se manifeste surtout par la présence d’idées fixes. Dans sa plus grande bénignité, elle n’est caractérisée que par les tics proprement dits, c’est-à-dire par les grimaces de la face ou les mouvements involontaires des membres (2).

L’état mental de ces malades est encore celui des héréditaires, comme l’a montré M. Charcot, les Idées fixes sont

(1) A. Guinon, Sur la Maladie des tics convulsifs. (Revue de Médecine, 1886, n« 1. pp. 50-88.)

(2) Id., loc. cit., p. 79.

fréquentes, chez eux. Ainsi la Folie du pourquoi, la Folie du doute avec délire du toucher, V Arithmomanie , l'Onomatomanie, tous syndromes épisodiques. M. Charcot dans ses leçons, a rapproché chez ces sujets les idées involontaires, des mouvements appelés tics, et montré que le point de départ des deux, ne doit pas être très éloigné dans les deux cas. En effet, tout mouvement, spasmodique ou non, suppose une représentation motrice antérieure de ce mouvement, à l’état normal la volonté peut agir et l’empêcher ou non de s’exécuter. Chez ces malades, la volonté n’a plus d’action, et le mouvement a lieu avec son caractère d'instantanéité caractéristique. Il en est de même pour l’idée fixe, qui s’implante d’autant mieux que, la puissance du moi ayant faibli, la volonté par suite n’a plus guère d’action. Toutes ces particularités ont été bien mises en relief par M. Charcot, qui a montré le lien qui unissait tous ce~ phénomènes, tics, mots involontaires, idées fixes. Comme le fait remarquer Guinon, « tous trois semblent être de la même famille, l’origine est la même ; ce n’est qu’une affaire de degré ». On doit donc, dès à présent, ranger la maladie des tics convulsifs, parmi les symptômes épisodiques que peuvent présenter les héréditaires, car, ici, encore, c’est l’hérédité seule que l’on peut et que l'on doit incriminer. Il en est vraisemblablement de même pour les tics douloureux, dont la parenté avec l’épilepsie est bien connue.

Folie des antivivisectionnistes (Magnan). — Née

de toutes pièces dans des cerveaux mal équilibrés, à propos des expériences physiologiques, que l’on pratique journellement sur les animaux, l’amour exagéré de ces derniers, en est la véritable cause. Les préoccupations des antivivisectionnistes, respectables en principe, deviennent absolument maladives dans certains cas, et s’accompagnent

I/HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

de troubles nerveux, caractérisant bien nettement la souffrance physique et morale de ces malades. Constamment tourmentés, inquiets sur le sort des pauvres animaux, ces derniers occupent toute leur existence ; de là mille extravagances dont seul, l’antivivisectionniste n’a pas conscience. Nuit et jour, obsédé par l’idée de rendre les animaux heureux, il délaisse souvent ses occupations journalières, passant son temps à écarter de la route, les pierres susceptibles de faire tomber un cheval, attelant luimême les chevaux d’un voiturier brutal, etc. Les exemples en sont nombreux et leur caractère syndromique ne fait aucun doute. Tous les malades de Magnan étaient des héréditaires.

L’Agoraphobie, ou peur des espaces [Westphal (1), Weber, Cordes, Perroud (2), Legrand du Saulle (3), Dechambre (4), Bongrand (S), Ritti (6)], est un état essentiellement émotif, différent des vertiges, et caractérisé par une angoisse profonde, une terreur irrésistible en face du vide, et disparaissant au moindre appui. Ici encore, on rencontre les caractères généraux des syndromes, et chez le plus grand nombre des agoraphobiques, il est facile de trouver des antécédents héréditaires.

La Dipsomanie ou impulsion irrésistible, revenant par paroxysmes et entraînant à l’abus des liqueurs enivrantes, a été décrite d’abord par Hufeland, Salvatori, Buhl- Cramer, Erdmann. Les aliénistes l’ont envisagée à différents points de vue (Carpenter, Esquirol, Magnus IIuss, Forbes, Winslow, Morel, Trélat, Marcé, Griesinger, Fo-

(1) Westphal, Arch. f. Psych., 1872.

(2) Perroud, Lyon médical, 1878, n° 11.

(3) Legrand du Saulle, Gaz des Hôp., 1877 et 1878.

(4) Dechambre, Gaz. liebdom., 1873, p. 325.

(5) Bongrand, Th. de Paris, 1878.

(6) Ritti, Dict. Encycl. d. sc. med., art. Folie avec conscience.

ville, Delasiauve, Lasègue, Bail), les uns la considérant comme une entité morbide, d’autres comme une manifestation de la folie héréditaire, et comme l'a montré Magnan, c’est dans cette dernière catégorie que l’on doit la faire rentrer, car ici, l’obsession et l’impulsion sont tontes deux représentées avec leur caractère d’irrésistibilité. Il en est de même de la Sitiomanie (Magnan), qui est à l’alimentation ce que la dipsomanie est aux boissons.

Onomatomanie. — L’écholalie et la coprolalie, ne sont à vrai dire, que des modalités du syndrome suivant, décrit par MM. Charcot et Magnan (1), sous le nom cl' onomatomanie (manie du nom). L’onomatomanie est une préoccupation particulière au dégénéré, préoccupation qui peut aller jusqu’à l’angoisse, qu’elle repose sur une recherche pressante et active du mot, sur une obsession ou sur une impulsion provoquée par un nom. Des cas très divers peuvent se présenter. Ils sont classés de la manière suivante :

1° La recherche angoissante du mot;

2° L’obsession du mot et l’impulsion irrésistible à le répéter (cas dans lequel rentre la coprolalie) ;

3° La signification particulièrement funeste de certains mots, prononcés dans le cours d'une conversation;

4° L’influence préservatrice de certains mots;

5° Le mot devenu pour le patient un véritable corps solide indûment avalé, pesant sur l’estomac et pouvant être rejeté par des efforts d’expuition et de crachements.

L’obsession de certains mots trouve son complément dans un autre syndrome décrit par Magnan, et dont il a rapporté une observation : l’Arithmomanie. Ici, ce n’est plus le mol qui constitue l’obsession, c’est un chiffre, un

(1) Charcot et Magnan, De ï Onomatomanie. (Arch. de Neurologie, 1885, n° 29, p. 157.)

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

nombre quelconque, mais le plus souvent le nombre 13. Les mêmes phénomènes que dans l’obsession du nom, se retrouvent ici (Magnan). Dans toutes ces formes, le terrain héréditaire existe; àla base de chaque cas d’onomatomanie nous retrouvons encore l’obsession et l’impulsion.

En terminant je dirai quelques mots des Perversions du sens génital, étudiées par Westphal, Julius Krueg, Tomassio Arezzio, Aujel, Gock, Lasègue, Charcot et Magnan (1). Moreau de Tours (2), Gley (3), Legrain (4). Dans un Mémoire lu à l’Académie de Médecine et à la Société

Médicopsychologique, Magnan a donné de ces faits, une description très complète, et en a cité de nombreux exemples. Il divise les malades qui en sont atteints, en quatre groupes; quant à la base sur laquelle repose ce groupement, elle est formée par des considérations d’ordre physiologique, parfaitement légitimes, mais que je ne pourrais exposer ici, sans sortir du cadre de mon sujet.

Quoiqu’il en soit, la première variété est constituée par l’onanisme simple si fréquent parmi les idiots ; dans une seconde, c’est l’acte instinctif purement brutal; dans une troisième, il y a bien dans l’acte une idée, un sentiment, un penchant, mais ils sont pervertis; dans la dernière variété enfin, nous rencontrons les extatiques, les éroto-

manes.

Folie du doute. — Sous cette dénomination, on a coutume de décrire une variété de folie avec conscience, caractériséepar une série d’interrogations mentales produites

(1) Charcot et Magnan, Inversion du sens génital. (Arch. de Neurologie, 1882, nos 7 et 12.)

(2) Gley, Des Aberrations de l’instinct sexuel. (Rev. Philosoph. janvier 1 884.)

(3) Magnan, Des Anomalies, des Aberrations et des Perversions sexuelles. (Ann. Med. Psych. 1885, p. 447.)

(4) Legrain, Note sur un cas d'inversion du sens génital avec épilepsie. (Arch. de Neurol. 1886, janvier n° 31, p. 43.)

par le doute. Ce doute perpétuel, dans lequel les malades se trouvent plongés, s’accompagne d’une anxiété considérable, symptôme commun à tous les syndromes. Mais les auteurs ont l’habitude de décrire, à côté de la folie du doute, une autre modalité syndromique : le Délire du toucher, de telle sorte que, folie du doute et délire du toucher, constituent pour eux une véritable entité clinique, dont les deux termes sont inséparables, le second étant fatalement la conséquence du premier. La maladie commencerait par le doute, et la crainte du contact des objets extérieurs, constituerait la deuxième période de la maladie. Le tableau clinique de la folie du doute et du délire du toucher, est trop connu pour que j’y insiste longtemps. Rappelons-le en deux mots : les malades sont constamment obsédés, par une foule de questions qui se pressent dans leur esprit; questions auxquelles ils ne peuvent répondre, et dont la conséquence est une souffrance morale inexprimable. Cette sorte de « rumination psychologique » (Legrand du Saulle), est toute la maladie. Elle s’impose d’une façon tyrannique à l’esprit des malades, ceux-ci se troublent, s’égarent, s’impatientent, et sont finalement envahis par le plus profond désespoir. Quant au délire du toucher, il est caractérisé par la crainte et l’impossibilité dans laquelle, se trouvent les malades de toucher certains objets. C’est l'histoire de ce suisse qui pendant 25 ans n’osa toucher sa hallebarde ; c’est encore celle de ce conseiller de Cour d’appel, qui 11e peut toucher un bouton de porte, sans avoir préalablement enveloppé sa main avec le pan de son habit (Morel, délire émotif). Un autre exemple, cité par Magnan dans ses cliniques, est relatif à cet enfant qui est pris d’anxiété à la vue d’un fruit velu, comme une pêche ou un abricot, et qui 11e peut toucher ces fruits ou les manger, avant qu’ils aient été pelés.

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

Tels sont en quelques mots ees deux délires : il est facile de voir qu’ils répondent au premier chef, à la description générale que j’ai donnée du syndrome épisodique, et qu’ils en sont deux types parfaits. Aussi est-ce sans hésitation, que Magnan les inscrit dans la liste de ses syndromes. Mais Magnan ajoute une autre considération qui a sa valeur : la folie du doute et le délire du toucher ne sont pas, d’après lui, forcément associés; il n’y a même pas de rapport de cause à ell'et d’après Magnan, entre l’un et l’autre délire. C’est à tort, qu’on les associe comme entité clinique. En effet, voici ce que l’observation démontre : tantôt la folie du doute évolue seule, sans que jamais le délire du toucher vienne s’y adjoindre ; tantôt c’est ce dernier, qui précède la folie du doute dans l’ordre d’évolution; tantôt il arrive le second; tantôt enfin, il occupe seul la scène pathologique, sans que jamais le doute apparaisse. Que conclure de ces faits? C’est que si la folie du doute et le délire du toucher, sont souvent associés ensemble, ce n’est pas absolument fatal; — ces deux délires, bien qu’ayant une grande affinité l’un pour l’autre, ne sont liés l’un à l’autre par aucun rapport de cause à effet: — il est bon d’en séparer cliniquement les descriptions, pour ne pas faire croire à une entité pathologique à deux périodes : — enfin, en considération de leurs caractères objectifs et physiologiques, il est logique de les classer dans la catégorie des syndromes (Magnan).

État délirant. — Les syndromes dont je viens de faire brièvement l'histoire sont bien, à proprement parler, des états délirants, mais ils sont bien plutôt des manières d’être du dégénéré. Tel qu'il est constitué, avec son état mental et avec ses syndromes, le dégénéré peut encore délirer, mais délirer cette fois, à la manière des autres aliénés; il peut faire, par exemple, un délire ambitieux, on un délire

de persécution, ou un délire mélancolique. Ce délire diffère du syndrome, en ce que le malade n’aura plus conscience de son état délirant. L’agoraphobe, l’onomatomane, sont inquiets et tourmentés, par leur état ; l’ambitieux dégénéré croit à ses idées ambitieuses; c’est un véritable délire. Celui-ci différera encore du syndrome par ce lait, que les idées qui le constituent, le dégénéré les partage avec les autres aliénés, alors que, seul, le dégénéré peut avoir des syndromes.

Mais, bien que partageant ses idées délirantes avec les autres catégories d’aliénés, le dégénéré imprime pourtant à son délire un cachet particulier, témoin de son état de dégénérescence. C’est en cela seulement, que le délire chez les dégénérés fait partie de la question : hérédité dans les maladies mentales. Étant donné un état délirant, le clinicien, possesseur de certains signes bien définis, pourra sûrement porter le diagnostic suivant : Délire greffé sur un terrain dégénéré.

Le principal caractère des délires de l’héréditaire est de survenir d’emblée, sans préparation aucune. Tout à coup, le dégénéré devient ambitieux ou persécuté. Le second grand caractère, est la rapidité avec laquelle, les mêmes délires changent de forme ou s’évanouissent. Ainsi une excitation maniaque intense, avec incohérence absolue dans les idées, durera deux mois, puis tout rentrera dans l’ordre. Yollà en quelques lignes les signes généraux qui feront reconnaître de prime abord, une prédisposition héréditaire.

Pour terminer, disons quelques mots de deux formes délirantes, qui sont en quelque sorte transitoires entre le syndrome et les délires proprement dits : c’est la Folie morale et la Manie raisonnante. Je me hâterai de dire cependant, que je ne considère point ces états comme

deux entités morbides, mais bien comme deux manières d’être particulières au dégénéré. Us tiennent des syndromes en ce que, seuls, les dégénérés les possèdent, et ils tiennent du délire, en ce sens, que, le plus souvent, l’état de conscience du malade n'en est pas affecté.

-La Folie morale est une grande synthèse, dans laquelle on fait rentrer tous les faits absolument contraires à la pure moralité. Des milliers d’états d’esprit, peuvent rentrer dans ce cadre, mais il est des cas typiques, dans lesquels la perversité morale, occupe exclusivement la scène morbide, au point que le malade n’a aucune conscience de son état pathologique, c’est alors du véritable délire.

La Manie raisonnante comprend ces états d’esprit si complexes, si communs, dans lesquels l’excitation intellectuelle est constante et prédominante, et pousse le sujet à mille actes extravagants, alors qu’il paraît jouir d’une lucidité complète. Perpétuelle mobilité dans les idées, associations d’idées bizarres, erronées, loquacité, conceptions imaginatives, variant avec chaque minute; tels sont, rapidement esquissés, les caractères généraux de la manie raisonnante.

Nous y retrouvons la déséquilibration intellectuelle de nos dégénérés, jointe à une demi-conscience, ou à une inconscience absolue, qui nous permet de considérer le malade comme un délirant.

Telle est l’histoire de la dégénérescence mentale avec ses trois grands aspects. Le tableau suivant, emprunté à M. Magnan, la résume tout entière d’une façon synoptique :

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