C. Spinaux cérébraux antérieurs. (Réflexe cortical anté
rieur.)
D. Cérébraux antérieurs. (Erotomanes, extatiques.)
14° Aboulie.
L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES
Je viens de passer en revue, le rôle joué par l'hérédité dans les différentes sortes de folies; mais, par le fait même que les malades, sont marqués du sceau de l’hérédité, on peut rencontrer chez eux, ainsi que je l’ai indiqué précédemment, d’autres formes morbides telles que l’épilepsie, l’hystérie, l’alcoolisme, la paralysie générale (1). Peut-on dans ces cas, en l’absence des antécédents, reconnaître la folie héréditaire dans la forme même de la maladie. Ce n’est pas là chose toujours très facile, bien que l’on ait voulu donner des signes diagnostiques particuliers. C’est ainsi que l 'épilepsie de l’héréditaire aurait une physionomie spéciale; les crises convulsives seraient rares, les vertiges fréquents : et ce serait là qu’on rencontrerait surtout l’épilepsie larvée de Morel. De même, chez une hystérique, les symptômes somatiques seraient relégués au deuxième plan, et les symptômes délirants tendraient à prendre la première place. L 'alcoolisme serait pour ainsi dire un apanage des héréditaires, car leur tempérament nerveux les rend des plus sensibles à l’action toxique de l’alcool (2). « N’est pas alcoolique qui veut », a dit Lasègue. Quant à la paralysie générale (Morel, Doutrebente, Falret) qui éclaterait dans ces circonstances, elle aurait pour caractères distinctifs, des rémissions très fréquentes, une durée très longue, une forme souvent circulaire. Christian en a rapporté un récent exemple (3), observé chez un artiste bien connu du public parisien.
On voit par ce rapide exposé, que le diagnostic des folies dites héréditaires, est chose possible dans l'état actuel de
(1) Cotard, art,. Folie, dict. Dechambre, p. 302.
(2) Fêré, Des Alcoolisables. (Soc. Med. des Hop. 1883.)
(3) Christian, Paralysie générale chez un héréditaire^ Ann. Med. Psycli. 1883, t. II, p. 215.)
la science. Il reposera d’abord sur une recherche minutieuse des antécédents, et, si on ne peut en recueillir, dans la constatation des stigmates. Dans ce cas, il faudra faire attentivement l’examen physique du malade, qui peut toujours être défiant ou menteur; puis chercher à reconnaître l’état mental, ordinaire ou pathologique, en insistant sur les caractères que j’ai signalés, sur les symptômes, le début et la marche de la maladie. Il paraît donc bien établi en somme, qu’il existe une folie héréditaire à forme spéciale, à caractères tranchés; et cependant il se produit encore des discussions à ce sujet : cela tient sans doute au terme héréditaire, qui est assez mauvais, comme je l’ai indiqué au début. En effet, parmi ces malades, il en est chez lesquels la recherche des antécédents héréditaires, donne des résultats négatifs, et alors ces soi-disant héréditaires, ne seraient plus que des congénitaux, des infantiles. Les accidents de la grossesse, les maladies de l'enfance, les traumatismes seraient les coupables. [Morel, Dillod, Lasègue (1), Magnan (2), Cotard (3)]. Au lieu d’être imprégnés d’hérédité, comme le disait Morel, ils n’hériteraient que d’eux-mêmes. Au fond, il s'agirait de savoir, si ces causes n’ont pas agi de cette façon, parce qu’elles s’adressaient à un terrain spécial, de qualité déjà inférieure, par suite de l’action des causes de dégénérescence, autres que l’hérédité nerveuse simple. Quoi qu’il en soit, ces malades rentrent plus tard dans le même groupe que ceux que je viens de passer en revue : comme eux, ce sont des dégénérés, et en conséquence ils sont exposés à ces affections dites folies héréditaires, et qu'à mon avis on ferait mieux de désigner du nom commun de Psychoses
(1) Lasègue, Les Cérébraux , Étutl. Médicales, 1 88.‘i.
(2) Magnan, Ann. Med. Psych. 1886, t. I, p. 95.
Ç3) Cotard, Soc. Méd. Psych., séance du 25 janvier 1886.
dégénératives, avec Krafft-Ebing, ou de Folies des dégénérés avec Magnan. Quoi qu'il en soit, voyons un peu quelle est la marche de ces affections :
J’ai déjà dit que c’étaient des folies d’accès, à début et à déclin souvent brusques, qu'elles aboutissaient assez rarement à la démence. J’ai fait remarquer aussi, qu’elles pouvaient se présenter sous différents aspects chez le même individu, qui toute sa vie, était pour ainsi dire en puissance de folie. Un point important est de voir maintenant ce qu’elles produisent chez lui, dans sa famille, chez ses descendants.
Toute leur vie, les héréditaires sont sujets à des accidents cérébraux, très fréquents surtout dans le jeune âge et qui parfois les emportent (1). S’ils reviennent à la vie, et qu’ils ne restent pas idiots, ou mêmesans avoir éprouvé aucune maladie, ils se développent tard, ce 11e sont pas des enfants précoces, ils marchent et parlent tard, sont difficilement propres. Puis à mesure qu’ils évoluent, 011 voit s’accentuer chez eux, l’état mental particulier ou les anomalies de conformation physique que j’ai indiquées. Une époque difficile à traverser pour eux est la puberté , qui peut être tardive et s’accompagne de ce cortège de symptômes que les Allemands ont décrits sous le nom à.' Hébéphémie. Souvent à la suite, il se produit un arrêt de développement, et les malades tombent dans une sorte de démence précoce.
D’autres survivent, et c’est chez ceux-là que nous pourrons trouver tous les phénomènes que je viens de passer en revue. Beaucoup cependant, peuvent vivre toute leur vie, avec leur état mental particulier, excentriques, originaux, mais sans jamais présenter de troubles pathologiques proprement dits. De même que la puberté, les
(1) Féré, Nervous Troubles as foreshadowe in the Child. (Brain,juin 1885.)
époques de transition, leur sont généralement funestes, et ce sont ces malades qui fournissent le plus d’observations cà la Folie de la ménopause et même à la Démence sénile.
L’influence héréditaire peut à une seule génération, frappera des degrés différents, plusieurs membres d'une même famille, et se manifester sous les aspects variés indiqués précédemment.
D’ailleurs, si on a souvent dit que les héréditaires étaient des fléaux de famille, ce qui est vrai, il faut remarquer aussi que dans certains cas, ils paraissent jouir de sentiments affectifs plus développés. Ces individus, incompris souvent de la société, trouvent des consolations auprès des membres de leur famille, qui jouissant du même tempérament, voient par cela même les choses au même point de vue, et leur affection n’est que de l’égoïsme.
C’est encore à l’influence héréditaire que nous devons d'observer, ces cas singuliers de Folie gémellaire, dont l’étude est si intéressante à tous égards, car elle est une manifestation on ne peut plus nette de la loi d' hérédité (Savage (1), Clifford Gill (2), Flentoff Mickle (3), Bail (4), Mac-Do\vell(5).j Sous le nom de folie gémellaire, on doit entendre non la folie à deux, ou folie communiquée, mais l’aliénation caractérisée par : 1° la simultanéité de l’explosion des accidents; 2° le parallélisme des conceptions délirantes et des autres troubles psychologiques ; 3° la spontanéité du délire chez chacun des individus qui s’en trouvent atteints (Bail). (Voy. le tableau n° VIII.)
(1) Savage, Twins suffering from similcir attacks o/' Melaucholia. (Jouni. of ment. sc. 1883.)
(2) C. Gill, Twins su f fer in a from Mania. J. of mental sc. Lond. 1882-83, XXVIII, pp. 540-344.)
(3) F. Mickle, Insanity of Twins. Jour, of Ment. Sc. 1884, XXX, p. 67-74.
(4) B. Ball, Folie gémellaire. (Encéphale, 1884.)
(a) Mac-Dowell, Congénital mental Oiseuses with Delusions of suspieions in Twins. (Journ. of ment. sc. Julv 1884, p. 2G4.)
L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES